ACTES XXVI
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HOMÉLIE XXVI. EN CE TEMPS-LA LE ROI HÉRODE ENTREPRIT DE TOURMENTER QUELQUES-UNS DES MEMBRES DE L'ÉGLISE. — IL FIT PÉRIR PAR LE GLAIVE JACQUES, FRÈRE DE JEAN. — VOYANT QUE CELA PLAISAIT AUX JUIFS, IL RÉSOLUT DE S'EMPARER DE PIERRE. C'ÉTAIT ALORS LE JOUR DES AZYMES. (CHAP. XII, 1, 2, 3, JUSQU'AU VERS. 17.)

 

ANALYSE.

 

1-3. Pierre est mis en prison par Hérode et délivré par un ange.

3 et 4. Que l'affliction est un grand bien. — Bonheur de ceux qui veillent. — Le spectacle de la nuit élève l'âme vers le Créateur. — La nuit est le meilleur temps pour la prière et pour la pénitence.

 

1. Quel temps désigne « ce temps-là ? » Celui qui suivit immédiatement. Dans le texte , il en est ainsi ; ailleurs, cette parole s'interprète d'une autre manière. Ainsi lorsque Matthieu dit : « En ces jours Jean vint prêchant », il ne désigne pas les jours suivants, mais ceux auxquels se passaient les choses qu'il raconte. L'Ecriture se sert de cette forme , lorsqu'elle raconte les faits qui ont suivi , et aussi lorsqu'elle relate des faits arrivés après un certain (126) laps de temps, s'exprimant comme si elle rapportait la suite immédiate. Elle dit bien: « Le roi Hérode »; mais cet Hérode n'est pas celui du temps du Christ. Voici une autre preuve. Voyez, ce que je disais au commencement, comme les choses s'enchaînent, comme elles sont mélangées de tranquillité et de persécution ; ce ne sont plus les Juifs, ni le conseil , c'est le roi qui met la main à l'oeuvre du mal. Le pouvoir est plus grand , la guerre est d'autant plus terrible, qu'elle est entreprise en vue de plaire aux Juifs. « Il fit périr par le glaive Jacques, frère de Jean », sans raison et comme par hasard. Si quelqu'un demande pourquoi Dieu l'a permis? Nous répondrons que c'est pour leur bien propre que Dieu permet la mort des martyrs: d'abord , pour démontrer que, même lorsqu'on les met à mort, ils triomphent, comme il en arriva pour Etienne. En second lieu, pour donner aux Juifs, lorsqu'ils auront satisfait leur fureur, l'occasion de se repentir de leur folie; enfin, en troisième lieu , pour montrer que rien n'arrive que par sa permission. « Voyant que cela plaisait aux Juifs, il résolut de s'emparer aussi de Pierre ». O immense perversité ! En quoi leur était-il agréable en commettant un meurtre gratuit et téméraire? « C'était le jour des azymes ». Nouvel et frappant exemple de scrupule judaïque. Pour eux, tuer un innocent n'est rien, l'important , c'est de ne pas le tuer le jour des azymes. « Et lorsqu’il se fut et emparé de lui, et l'eut mis en prison , il le confia à la garde de quatre sections de quatre soldats (4) ». C'était le fait de la colère et de la crainte. « Il fit périr par le glaive Jacques , frère de Jean », dit le texte. Voyez-vous le courage des apôtres ? De peur qu'on ne puisse dire que les apôtres affrontent la mort sans danger et sans crainte, parce que Dieu les délivre. Le Seigneur permet qu'on les mette à mort, eux et surtout leurs chefs, pour montrer aux homicides que cela ne peut les faire reculer ni les arrêter. « Pierre était gardé dans la prison : mais l'Eglise adressait sans cesse pour lui ses prières à Dieu (5) ». C'était dans son chef et dans son principal organe que l'Eglise était attaquée. Cet emprisonnement de Pierre, survenant après la mort de Jacques, remplissait les fidèles de terreur.

« Mais lorsque Hérode devait le produire devant le peuple, pendant cette nuit Pierre  dormait entre deux soldats, lié par une double chaîne; les gardes gardaient la porte de la prison. Et voilà que l'ange du Seigneur lui apparut, et la lumière brilla dans le cachot. Et touchant le côté de Pierre, il le réveilla, et lui dit : Levez-vous promptement, et les chaînes tombèrent de ses mains (6, 7) ». Voyez, cette nuit même, Dieu le délivra. « Et la lumière brilla dans le cachot », afin qu'il ne crût pas à un songe; et personne ne vit la lumière excepté lui. Quoique ce fait fût certain, il était si imprévu que Pierre se croyait le jouet d'une illusion. Mais si le fait se fût passé autrement, l'apôtre eût douté bien davantage. Dieu l'avait laissé plusieurs jours en prison avant de le délivrer, pour qu'il s'apprît à regarder la mort en face. Pourquoi donc, dit-on, Dieu ne permit-il pas qu'il tombât entre les mains d'Hérode, et l’arracha-t-il alors à sa puissance? Parce que la mort de Pierre eût plongé l'Eglise dans la stupeur, au lieu que la mort de Jacques eut un bon résultat. On n'eût pas cru que les apôtres fussent des hommes, si tout s'était passé d'une façon divine. Que n'a pas fait Dieu pour Etienne? Ne fit-il pas ressembler son visage à celui d'un ange? Et qu'a-t-il négligé dans le cas présent? « L'ange lui dit : Ceignez vos reins, et mettez vos sandales à vos pieds ». Dieu montre ici qu'il ne s'agit pas d'une évasion opérée par ruse; le prisonnier qui s'évade en perçant les murs est trop pressé pour prendre tant de précautions, comme de mettre ses sandales et se ceindre les reins. « Il fit ainsi. Et l'ange lui dit : Revêtez-vous de vos habits, et suivez-moi. Et étant sorti, il le suivait; et il ne savait pas si ce que faisait l'ange était la vérité; il croyait avoir eu un songe. Lorsqu'ils eurent passé la première et la seconde garde, ils arrivèrent à la porte de fer qui conduit à la ville, et elle s'ouvrit d'elle-même devant eux (8-10) ». Voici un second prodige. Aussitôt que l'ange eut disparu, Pierre comprit. « Lorsqu'ils furent sortis, ils « allèrent jusqu'à la première rue, et aussitôt l'ange s'éloigna de lui. Et Pierre, revenu à lui-même, dit : Je sais maintenant que le Seigneur a véritablement envoyé son ange, et il m'arrache des mains d'Hérode et de  l'attente du peuple juif (11) ». — « Je sais maintenant », dit-il , non alors. Pourquoi cet événement se .passe-t-il ainsi ? Pourquoi Pierre n'a-t-il pas le sentiment de ce qui se passe, bien qu'il reçût une délivrance qui (127) était aussi celle de toute l'Eglise? Dieu veut qu'il soit délivré soudainement, et qu'après sa délivrance, il ait le sentiment de ce qui est arrivé. Une grande preuve qu'il ne s'enfuit pas, c'est que les chaînes lui sont tombées des mains. « Ayant considéré, il se rendit à la maison de Marie, mère de Jean, surnommé Marc, où étaient réunis et priaient beaucoup de disciples. Pierre ayant frappé à la porte du vestibule, une servante, nommée Rhodé, vint pour écouter. Et ayant reconnu la voix de Pierre, à cause de sa joie elle n'ouvrit pas la porte (12-14) ». Remarquez que Pierre n'entre pas aussitôt , mais qu'auparavant la bonne nouvelle est annoncée aux siens. « Etant accourue, elle annonça que Pierre était à la porte. Ils lui dirent : Tu es folle. Mais elle soutenait qu'il en était ainsi ».

2. Remarquez que les servantes mêmes sont remplies de piété. De joie, elle n'ouvrit pas la porte; ils refusaient de croire à cet événement. « Elle soutenait qu'il en était ainsi », disent les Actes. « Mais ils disaient : C'est son ange. Et Pierre continuait à frapper. Ayant ouvert, ils le virent, et furent hors d'eux-mêmes. Leur faisant signe de sa main de se taire, il leur raconta comment le Seigneur l'avait fait sortir   de la prison. Et il dit : Annoncez-le à Jacques et aux frères. Et s'étant levé , il alla dans un autre endroit (16, 17) ». Reprenons de plus haut la suite de ce qui a été rapporté. « En ce temps-là », dit l'auteur,            « le roi Hérode entreprit de tourmenter quelques-uns des membres de l'Eglise ». Comme une bête féroce, il envahit l'Eglise sans cause et par caprice. C'est là ce que disait le Christ : « Vous boirez le calice que je vais boire, et vous serez baptisé du baptême dont j'ai été baptisé ». (Marc, X, 39.) « Il fit donc périr parle glaive Jacques, frère de Jean », dit le texte. Mais comment, dit-on, ne fit-il pas périr Pierre aussitôt? L'écrivain en donne la raison : « C'étaient les jours des azymes », dit-il, et il voulait que cette mort fût entourée du plus grand éclat possible. Les Juifs, sur l'avis de Gamaliel, s'abstenaient de tuer les disciples; d'ailleurs ils n'avaient pas de motifs, mais ils les faisaient tuer par d'autres mains. Comme il y avait un autre Jacques, le frère du Seigneur, on désigne celui-ci en disant : « Frère de Jean ». Remarquez-vous que les trois apôtres étaient les chefs suprêmes de l'Eglise, surtout Pierre et Jacques? C'était là surtout la condamnation des Juifs. Il devenait évident que ce n'était pas une parole humaine qui était prêchée, et l'on voyait véritablement l'accomplissement de cet oracle: « Nous avons été considérés comme des brebis l'immolation. Voyant donc que cela plaisait aux Juifs, il résolut de s'emparer aussi de Pierre ». Le meurtre, et le meurtre injuste, plaisait. La folie d'Hérode est grande; il était aux ordres des absurdes passions des Juifs; quand il eût fallu faire tout le contraire, et arrêter leur fureur, il l'excitait comme s'il eût été le bourreau des malades et non leur médecin; et cependant il avait mille exemples, et de son aïeul et de son père Hérode : il savait de combien de maux avait souffert le premier à cause du massacre des enfants; et que le second, par l'assassinat de Jean , avait soulevé une guerre terrible. « S'étant emparé de lui, il le mit en prison ». Il craignait que Pierre, à cause de la mort de Jacques, ne s'éloignât, et voulant s'assurer de lui, il le jeta en prison. Plus la garde est rigoureuse, plus le spectacle offert est prodigieux. Tout cela fut bon pour Pierre, il sortit de là plus éprouvé, et montra sa force propre.

« La prière », disent les Actes, « se faisait sans interruption en faveur de Pierre ». La prière est une marque de tendresse. Tous redemandaient leur père, leur père bien-aimé. « Elle était sans interruption la prière faite pour lui ». Apprenez quels étaient les sentiments des fidèles pour leurs maîtres. Ils ne recourent pas à l'émeute et aux troubles , mais à la prière qui est le secours invincible. Ils ne disaient pas : Hommes de néant que nous sommes, comment prierions-nous pour lui. Ils priaient par amour, et ils ne pensaient rien de semblable. Voulez-vous apprendre ce que firent les persécuteurs même sans le vouloir? Ils rendirent les uns plus fermes contre les épreuves, et les autres plus zélés. Si l'on veut les mettre à mort, on choisit un jour de fête comme pour mieux faire éclater leur gloire. « Mais lorsque Hérode devait le produire devant le peuple », disent les Actes, « Pierre cette nuit même dormait ». Voyez Pierre, il dort, il n'est en proie ni à l'inquiétude, ni à la crainte. Cette nuit, dans laquelle il doit être produit devant le peuple, il dormait, il avait tout remis entre les mains clé Dieu. Ce n'est pas tout . « Il était couché entre (128) deux soldats, lié par deux chaînes ». Voyez combien la garde est rigoureuse? « Et voilà que l'ange du Seigneur lui apparut, et lui dit : Levez-vous promptement ». Les gardiens dormaient tous, et ils ne s'aperçurent pas de ce qui se passait. La lumière brilla afin que Pierre pût voir, et entendre, et qu'il ne s'imaginât point que ce fût un songe. Et pour qu'il ne tarde pas, on lui touche le côté. On ne lui dit pas seulement : « Levez-vous », mais on ajoute : « promptement », tant il dormait profondément. « Il lui semblait qu'il avait une vision », disent les Actes. « Il passa donc la première et la seconde garde ». Où sont maintenant les hérétiques? Qu'ils nous disent comment il passa : mais ils ne le pourraient pas. Et cependant, c'est pour lui persuader que ce n'est pas un songe que l'ange lui ordonne de se ceindre et de se chausser; c'est aussi pour secouer son sommeil, et lui montrer que la chose est vraie. C'est pour cela aussi que soudain ses chaînes lui tombent des mains, et il entend qu'on lui dit: « Levez-vous promptement ». Cette parole n'était pas dite pour le troubler, mais pour lui persuader de ne pas tarder. «Et il ne savait pas », dit le livre, « si ce que faisait l'ange était vrai; il lui semblait qu'il avait une vision ». Et c'était avec raison, tant le prodige était grand !

3. Ne voyez-vous pas combien est grand ce miracle? combien il frappe celui qui le voit? combien il semble incroyable? Si Pierre continuait à croire que c'était un songe, même après qu'il se fût ceint et chaussé, que n'eût pas fait un autre que lui ? « Ayant donc traversé la première et la seconde garde, ils arrivèrent à la porte de fer. Et lorsqu'ils furent sortis, ils allèrent jusqu'à la première rue, et aussitôt l'ange s'éloigna de lui ». Ce qui s'est passé dans l'intérieur de la prison est plus merveilleux, ce qui suit est plus naturel. Lorsqu'il n'y eut plus d'obstacle, l'ange s'en alla. Pierre n'aurait pu passer au milieu de tant de difficultés ; car, véritablement, il était dans la stupeur. « Maintenant je sais », dit-il, « que le Seigneur a vraiment envoyé son ange, et il m'a arraché des mains d'Hérode, et à l'attente du peuple juif ».

« Maintenant » (non pas alors que j'étais dans la prison). « Ayant considéré, il alla à la  maison de Marie, mère de Jean ». Que veut dire « ayant considéré ? » Ayant réfléchi à l'endroit où il était. Voilà ce qu'il a considéré: ou bien qu'il ne devait pas aller n'importe où, mais rendre grâces à son bienfaiteur. Ayant donc considéré, il alla à la maison de Marie. Quel est ce Jean? Peut-être celui qui était toujours avec les apôtres, et c'est pour cela que l'auteur a donné aussi son surnom.

Considérez combien l'affliction est utile ; combien les fidèles ont gagné en priant la nuit; et combien aussi la prière les a rendus vigilants. N'avez-vous pas vu le bien qu'a procuré la mort d'Etienne ? N'avez-vous pas vu de quelle utilité a été cet emprisonnement de Pierre? Dieu, en ne punissant pas ceux qui persécutent les apôtres, montre la grandeur de l'Evangile; et même en permettant que les méchants vivent exempts des maux qu'ils font souffrir aux bons, il montre que les tribulations en soi sont quelque chose d'excellent, et que nous ne devons chercher ni à les fuir ni à en tirer vengeance. Remarquez aussi dans quelle considération étaient les servantes chez les premiers chrétiens. « A cause de sa joie, elle n'ouvrit pas », dit l'auteur. Cet incident fut heureusement ménagé, de peur que les disciples; voyant soudainement l'apôtre, ne demeurassent stupéfaits et incrédules ; et aussi pour que leur intelligence fût préparée. Et ce que nous avons accoutumé de faire, la servante le fit aussi ; car elle s'empressait d'aller porter la bonne nouvelle ; en effet, c'était une bonne nouvelle. « Ils lui dirent : Tu es folle. Mais elle soutenait qu'il en était ainsi. Ils lui dirent : C'est son ange ». Il est donc prouvé par là que chacun de nous a un ange. Mais d'où leur vient cette pensée que c'était un ange? Ils supposaient cela à cause de la circonstance. « Mais comme il continuait à frapper, ils ouvrirent, le virent, et furent stupéfaits. Pierre ayant fait signe de la main », imposa silence pour se faire entendre. Les disciples désiraient, plus que toute autre chose, non-seulement que Pierre fût sauvé, mais encore qu'il fût présent au milieu d'eux. Les fidèles apprirent de la bouche de Pierre tout ce qui s'était passé ; leurs persécuteurs l'apprirent aussi, s'ils avaient voulu croire, mais ils ne voulurent pas. La même chose arriva aussi pour le Christ.

« Annoncez ces choses à Jacques et aux frères ». Remarquez qu'il ne recherche pas la vaine gloire , car il ne dit pas . Annoncez ces choses partout à tout le monde ; mais « aux frères ». « Et il s'en alla dans un autre lieu ».

 

129

 

Il ne tentait pas Dieu, et ne. se précipitait pas lui-même dans la persécution. Les apôtres ne firent ainsi que lorsqu'ils en eurent reçu l'ordre, par exemple lorsque l'ange leur eût dit : « Entrez dans le temple et parlez au peuple ». (Act. V, 20.) Les apôtres entendirent ces paroles, et aussitôt ils obéirent. Mais ici l'ange ne dit rien de semblable à Pierre, il lui donna seulement la permission de s'éloigner après l'avoir fait sortir en silence et enlevé pendant la nuit. Et les choses se passent ainsi 'pour nous apprendre qu'en maintes occasions les apôtres, pour éviter de tomber en péril, se sont conduits suivant les lumières de la prudence humaine. Afin que les disciples, après son départ, ne disent pas que c'était son ange, ils le disent tout d'abord, et ils le voient ensuite lui-même, et il leur enlève cette opinion. Si c'eût été un ange, il n'eût pas frappé à la porte, il ne se fût pas retiré dans un autre lieu. Le fait paraît même plus croyable que s'il se fût passé en plein jour. Eux qui étaient libres demeuraient en prière , lui qui, était dans les chaînes dormait; s'il eût pensé que ce qui se faisait fût la vérité, il en eût été effrayé et n'en aurait pas gardé le souvenir; mais, croyant à un songe, il ne se troubla pas. « Ils arrivèrent près de la porte de fer ». Vous voyez si elle était solide. «, Ayant traversé la première et la seconde garde, ils arrivèrent à la porte de fer ». Et pourquoi, direz-vous, les apôtres ne font-ils pas ces prodiges par eux-mêmes ? Pourquoi ? Parce qu'en les délivrant par le moyen de ses anges, Dieu les honore. Quoi donc, Paul ne fût-il pas délivré sans l'intervention d'un ange? Oui, mais il y avait une raison à cela; il s'agissait alors de convertir le geôlier, et, dans le cas présent, il s'agissait seulement de délivrer l'apôtre; d'ailleurs, Dieu accomplit ses oeuvres de diverses manières. Là, Paul chantait des hymnes; ici, Pierre dormait. Ne cachons donc pas lés merveilles de Dieu, mais efforçons-nous de les célébrer pour notre propre utilité, et aussi pour l'édification des autres. De même que celui qui préféra être dans les chaînes est admirable, plus admirable encore est celui qui ne s'éloigna pas avant d'avoir annoncé tout à ses frères. « Et il dit : Annoncez cela à Jacques et aux frères ». Pourquoi cette recommandation? Afin qu'ils se réjouissent et ne soient pas dans l'inquiétude; et aussi pour que les apôtres apprennent la nouvelle par les disciples, et non ceux-ci par les apôtres. Ainsi il s'occupait des plus humbles. Rien n'est donc préférable à une légère affliction. Dans quel état pensez-vous que fût alors leur âme? De combien de joie ne fût-elle pas remplie?

Où sont maintenant les femmes qui dorment toute la nuit? Où sont les hommes qui ne se retournent pas même sur leur lit? Voyez-vous une âme vigilante? Rendus plus purs que le ciel par la persécution , les disciples chantaient des hymnes au Seigneur avec es femmes, les serviteurs et es servantes. Maintenant, lorsque nous voyons un petit danger, nous nous laissons abattre. Rien de plus splendide, que cette église. Soyons les .imitateurs et les émules de ces chrétiens. La nuit n'a pas été faite pour que nous dormions et soyons oisifs pendant toute sa durée : témoin les artisans, les âniers, les marchands, et l'Eglise de Dieu qui se lève pendant la nuit. Levez-vous donc , vous aussi, et contemplez le choeur des astres, le silence profond , et le calme immense de la nuit; admirez avec transport la sagesse du Maître de la nature. Alors l'âme est plus pure : elle est surtout plus légère, plus subtile. Les ténèbres elles-mêmes, le profond silence sont propres à produire la componction. Si vous contemplez le ciel comme semé d'yeux innombrables par les astres, vous goûterez une joie infinie en pensant d'abord au Créateur. Si vous pensez que ceux qui crient tout le jour, rient, dansent , sautent , commettent l'injustice, menacent,;s'adonnent à l'avarice et à tous les vices; si vous pensez, dis-je, que tous ces hommes ne diffèrent plus en ce moment des morts, vous prendrez en pitié cette vie mondaine à la fois si vaine et si fastueuse. Le sommeil vient, il triomphe de la nature; il est l'image de la mort, il est l'image de la consommation de toutes choses. Vous regardez dans la rue , vous n'entendez aucune voix; si vous arrêtez vos regards sur votre demeure, vous voyez tout le monde, comme étendu dans un sépulcre. Toutes ces choses sont propres à fortifier l'âme, et à la faire penser à la consommation universelle.

4. Voici ce que j'ai à dire aux hommes et aux femmes. Fléchissez les genoux, gémissez, priez le Seigneur de vous être propice. Il se laisse mieux fléchir par ces prières nocturnes, lorsque vous faites du temps du repos le temps des larmes. Rappelez-vous la parole d'un roi (130) : « Je me suis fatigué dans les gémissements, je laverai chaque nuit mon lit, j'arroserai chaque nuit ma couche de mes larmes ». Quelque opulent que vous soyez, vous ne l'êtes pas plus que ce roi; quelque riche que vous soyez, vous ne l'êtes pas plus que David. Et il dit de nouveau : « Au milieu de la nuit je me levais pour vous louer à cause des jugements de votre justice ». (Ps. VI, 7; CXVIII, 42.) Alors la vaine gloire ne vous agite plus; comment cela se pourrait-il, lorsque tous dorment et personne ne vous voit? Alors, ni la nonchalance, ni la lâcheté ne s'emparent de vous; comment le pourraient-elles, l'âme étant occupée à de telles choses? Après de telles veilles, le sommeil est doux, et les révélations admirables. Faites cela aussi, ô vous homme, et non la femme seulement. Que votre maison soit une église composée d'hommes et de femmes. Quand il n'y aurait qu'un homme et qu'une femme, ce ne serait pas un empêchement. « Là où deux sont réunis en mon nom », dit le Christ, « je suis au milieu d'eux ». (Matth. XVIII, 20.) Là où le Christ est au milieu, là est une grande multitude. Là où est le Christ, là sont nécessairement aussi les anges, les archanges et toutes les puissances. Vous n'êtes donc pas seul, puisque le Seigneur de tous est avec vous. Entendez encore le prophète disant : « Un seul qui fait la volonté du Seigneur vaut mieux que mille prévaricateurs ». (Eccli. XVI, 3.) Rien de plus faible que de nombreux pécheurs; rien de plus fort qu'un seul homme vivant suivant la loi de Dieu. Si vous avez des enfants, réveillez aussi vos enfants, et que la maison devienne tout à fait une église pendant la nuit. S'ils sont petits, et qu'ils ne puissent supporter la veille, qu'ils se reposent après la première ou la seconde prière. Seulement, levez-vous, et faites-vous en une habitude. Rien de meilleur que 1e trésor où se déposent ces prières. Ecoutez les paroles du prophète : « Si je me souvenais de vous sur ma couche, le matin je méditais sur vous ». (Ps. LXII, 7.) Mais vous direz :J'ai passé le jour à travailler, je me suis fatigué, et je ne puis me lever. Ce sont là des prétextes et des excuses. Si fatigué que vous soyez, vous ne l'êtes pas autant que le forgeron qui lève, et laisse retomber son pesant marteau sur un fer embrasé, le corps toujours exposé à la fumée. Et cependant, il passe dans ce travail la plus grande partie de la nuit. Les femmes elles-mêmes savent comment, quand on a quelquefois le désir d'aller à la campagne, ou à une fête nocturne, on y veille pendant la nuit entière. Ayez donc un atelier spirituel, non pour y fabriquer des marmites et des bassins, mais pour y édifier votre âme qui est bien meilleure qu'un forgeron ou un orfèvre. Cette âme vieillie par le péché, jetez-la dans le creuset de la confession, faites tomber le marteau sur elle d'une grande hauteur; c'est-à-dire, les paroles de blâme; allumez le feu de l'Esprit-Saint. Vous avez un art bien supérieur à exercer. En effet, vous ne façonnez pas de vases d'or; mais, comme le forgeron fabrique un ustensile, vous formez votre âme qui est plus précieuse que l'or. Vous ne façonnez pas un vase matériel, mais vous débarrassez votre âme de toutes les chimères de ce monde. Ayez avec vous une lumière, non celle qui brûle, mais celle dont le prophète a dit: « Votre loi est une lumière pour mes pieds (CXVIII, 105) ». Enflammez votre âme par la prière, et si vous voyez qu'elle est assez enflammée, enlevez-la du feu, et façonnez-la pour le mieux.

Croyez-moi, le feu ne saurait si bien enlever la rouille du fer, que la prière nocturne, la rouille de nos péchés. Imitons au moins les gardes de nuit. Ces hommes, en vertu de la loi humaine, font leurs tournées au milieu du froid, poussant de grands cris; parcourant les rues, souvent mouillés et transis, pour vous, pour votre conservation, et la garde de vos richesses. Cet homme exerce une si grande vigilance sur votre fortune ; mais vous, vous n'avez nul souci de votre âme. Je ne vous astreins pas à courir dehors comme cet homme de garde, ni à pousser de grands cris, ni à vous épuiser de fatigue; mais dans votre chambre à coucher, ou dans la partie retirée de votre demeure, fléchissez le genou devant le Seigneur, et suppliez-le. Pourquoi le Christ a-t-il veillé pendant la nuit? N'est-ce pas pour nous donner l'exemple? Les plantes respirent à cette heure, je veux dire la nuit; l'âme alors reçoit plus qu'elles de rosée. Celles que le soleil a brûlées pendant le jour, se ravivent pendant la nuit. Mieux encore que la rosée, les larmes de la nuit sont versées sur la concupiscence, sur toute sorte d'ardeur et de feu, et elles empêcheront que l'âme ne souffre rien de grave. Si l'âme ne jouit de cette rosée, elle sera consumée pendant le jour. Qu'aucun de vous ne devienne la proie de ce feu; mais, rafraîchis (131) par la clémence divine, et recueillant les fruits de sa bonté, puissions-nous tous ainsi être délivrés du fardeau de nos fautes, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui soient au Père et à l'Esprit-Saint , gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours, dans tons les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

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