HOMÉLIE XVIII
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HOMÉLIE XVIII. NE SAVEZ-VOUS PAS QUE VOS CORPS SONT LES MEMBRES DU CHRIST? ENLÈVERAI-JE DONC LES MEMBRES DU CHRIST POUR EN FAIRE DES MEMBRES DE PROSTITUÉE? A DIEU NE PLAISE ! (CHAP. VI, VERS. 15, JUSQU'À LA FIN DU CHAPITRE.)

 

ANALYSE.

 

1. Contre la fornication

2. Nos corps comme nos rimes appartiennent au Christ qui les a rachetés au prix de son sang; nous n'avons donc pas le droit de les livrer de nouveau à Satan.

3 et 4. Combien ceux qui parent leurs corps ont sujet de craindre. — Comment nous devons glorifier le nom de Dieu. — Contre l'avarice. — Que la pauvreté est comme une fournaise. — Qu'il faut joindre l'humilité aux souffrances.

 

1. Après avoir passé du fornicateur à l'avare, il revient de l'avare au fornicateur, non en s'adressant à lui , mais à ceux qui n'ont pas commis ce péché; et pour les en garantir, il frappe encore sur le coupable. En effet, bien qu'on s'adresse à d'autres, celui qui a péché est néanmoins atteint, parce que sa conscience s'éveille et lui fait sentir le remords. La crainte de la: punition suffirait, il est vrai, à les maintenir dans la continence; mais comme il ne voulait pas que la crainte fût leur seul mobile cri: cela, il y ajoute des menaces et des raisonnements. Après avoir donc déterminé le genre de péché, fixé le châtiment, démontré le tort que le crime du fornicateur causait à tout le monde , il a quitté ce sujet pour passer à l'avare, et a conclu son discours en menaçant celui-ci de l'exclusion du royaume des cieux, lui et tous ceux dont il a fait l'énumération; maintenant il formule un avertissement plus terrible. En effet, celui qui se contente de punir une faute sans en faire voir la gravité, n'obtient pas grand résultat par le châtiment; et celui qui se contente de faire rougir sans épouvanter par la punition, ne touche pas fort les hommes insensibles. C'est pourquoi Paul fait l'un et l'autre; il fait rougir en disant : « Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges? » Et il épouvante en disant: « Ne savez-vous pas que les avares n'entreront « pas dans le royaume des cieux? » Il emploie le même procédé à l'égard du fornicateur car après l'avoir d'abord effrayé par ce qu'il vient de dire, après l'avoir retranché et livré à Satan, après avoir rappelé le dernier jour, il le fait de nouveau rougir par ces paroles : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ? » Comme s'il s'adressait désormais à des enfants de bonne naissance: C'est une explication plus claire de ce (407) qu'il a dit plus haut : « Le corps est pour le Seigneur ».

Ailleurs il en fait autant quand il dit : « Vous êtes le corps du Christ et les membres d'un membre ». (I Cor. XII, 27.) II emploie souvent cette comparaison, non pas toujours pour le même sujet, mais tantôt pour montrer l'amour, tantôt pour augmenter la crainte

ici pour intimider et effrayer : « Enlèverai-je donc les membres du Christ, pour en faire des membres de prostituée? A Dieu ne plaise ! » Rien de plus effrayant que cette parole. Il ne dit pas : Enlèverai-je donc les membres du Christ pour les unir à une prostituée? mais : « En ferai-je les membres d'une prostituée? » ce qui est plus énergique. Ensuite il fait voir ce qui arrive au fornicateur, en disant : « Ne savez-vous pas que celui qui s'unit à une prostituée devient un même corps avec elle? » Et la preuve? « Car», dit-il, «. ils seront deux en une seule chair. Mais celui qui s'attache au Seigneur est un seul esprit avec lui ». Le commerce charnel ne permet plus en effet d'être deux, mais de deux il ne fait qu'un. Et voyez comme il emploie ces mots propres et simples, en prenant pour termes de son accusation une prostituée et le Christ. « Fuyez la fornication». Il ne dit pas : abstenez-vous de la fornication; mais : « Fuyez », c'est-à-dire, empressez-vous de vous débarrasser, de ce vice. « Tout. péché que l’homme commet est hors de son corps; mais celui qui commet la fornication pèche contre son propre corps ». Ceci est moins fort. Mais comme il s'agit de la fornication , il la combat à outrance et en fait ressortir la gravité par le plus et par le moins. Le premier argument s'adressait aux plus pieux , le second est pour les plus faibles.

C'est le propre de la sagesse de Paul de faire. rougir, non-seulement par les motifs les plus puissants,.mais Encore par dé plus petits, par la laideur, par l'indécence. Quoi donc? Direz-vous : est-ce que le meurtrier ne souille pas sa main? et aussi l'avare et le voleur? Personne n'en doute; mais comme on ne pouvait pas dire qu'il n'y a rien de pire que le fornicateur, il fait paraître d'une autre façon l'énormité de ce crime, en disant qu'il fait du corps entier un objet d'exécration. Il est souillé, en effet, comme s'il était tombé dans une cuve d'immondices, et plongé dans l'ordure. Et c'est ainsi que nous en jugeons encore aujourd'hui. En effet, personne de nous, après s'être rendu coupable d'avarice ou de vol, ne songe à aller au bain : on revient tout simplement chez soi; tandis qu'après avoir péché. avec une prostituée, on va se baigner comme si on était devenu tout à fait impur: tant la conscience sent que ce péché la souille davantage ! Sans doute l'avarice et la fornication sont des fautes graves et précipitent en enfer ; mais comme. Paul agit toujours avec prudence:, il emploie tous les moyens en son pouvoir pour faire ressortir le crime de la fornication. « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple de l'Esprit-Saint qui est en vous? »

2. Il ne dit pas simplement de l'Esprit: mais « de l'Esprit qui est en vous », afin de consoler; et pour s'expliquer. encore, il ajoute « Que vous avez reçu de Dieu ». Il nomme l'auteur du don, pour relever son auditeur et en même temps l'effrayer par la grandeur du dépôt et la libéralité de celui qui l'a fait. « Et qu'ainsi vous n'êtes plus à vous-mêmes ». Il n'a pas seulement pour but de les faire rougir, mais aussi de les forcer à pratiquer la vertu. Quoi !  vous faites ce que vous voulez, dites-vous; mais vous n'êtes pas votre maître. En parlant ainsi, il ne prétend pas nous ôter notre libre arbitre; car après avoir dit: « Tout m'est permis, mais tout ne m'est pas avantageux », il ne nous enlève pas notre liberté; et en écrivant ici : « Vous n'êtes plus à vous-mêmes », il n'entend point nuire à notre volonté, mais éloigner du vice et faire voir la providence du Maître. Aussi ajoute-t-il : « Car vous avez été achetés à haut prix ». Mais si je ne suis pas à moi , comment m'imposez-vous le devoir d'agir? Comment dites-vous ensuite : « Glorifiez Dieu dans votre corps et dans votre esprit qui sont à Dieu? »

Que signifient donc ces paroles : « Vous n'êtes plus à vous-mêmes? » Et que veut-il prouver par là? Nous mettre en sécurité pour que nous ne péchions plus et ne nous livrions pas -aux passions désordonnées de notre âme. Nous avons en effet beaucoup de penchants déréglés qu'il faut réprimer; et nous le pouvons, autrement il serait inutile de nous y exhorter. Voyez maintenant comme il nous affermit ! Après avoir dit : « Vous n'êtes pas à vous-mêmes », il n'ajoute pas : Mais vous êtes sous l'empire de la nécessité. Non, il dit: « Vous avez été achetés à haut prix ». Paul , (408) pourquoi parlez-vous ainsi? On pourrait vous dire qu'il fallait nous proposer un autre motif, en nous montrant que nous avons un maître. Mais ce motif nous serait commun avec les gentils, tandis que celui-ci : « Vous avez été achetés à haut prix », nous est particulier. Ici l'apôtre nous rappelle la grandeur du bienfait et la manière dont nous avons été sauvés; il nous fait voir que nous étions en mains étrangères et que nous avons été achetés, non pas pour rien, mais à haut prix. « Glorifiez et portez donc Dieu dans votre corps et dans « votre esprit ». Par là il nous exhorte non-seulement à éviter la fornication dans notre corps, mais à n'admettre aucune mauvaise pensée dans notre esprit et à ne point éloigner la grâce. « Qui sont à Dieu ». Après avoir dit : « Vôtre », il ajoute : « Qui sont à Dieu », nous rappelant continuellement que tout appartient au Maître, corps, âme, esprit.

Quelques-uns disent que ce mot « en Esprit» signifie en grâce. En effet, si la grâce est en nous, Dieu sera glorifié, et elle y sera, si nous avons le coeur pur. Il affirme que toutes ces choses sont à Dieu, non-seulement parce qu'il les a produites, mais encore parce que, .quand elles appartenaient à d'autres , il les a recouvrées au prix du sang de son Fils.

Voyez comme il rattache tout au Christ, comme il nous mène au ciel. Vous êtes les membres du Christ, nous dit-il, vous êtes le temple de l'Esprit ; ne devenez donc pas membres d'une prostituée, car ce n'est pas votre corps que vous déshonorez, mais celui du Christ. Par là il nous fait voir la bonté du Christ, puisque notre corps est le sien, et en même temps il veut nous arracher à un funeste esclavage. En effet, si votre corps appartient à un autre, vous n'avez pas le droit de le déshonorer, surtout s'il appartient au Maître, ni de souiller le temple de l'Esprit. On punirait du dernier supplice celui qui entrerait dans un domicile étranger et s'y livrerait à la débauche; quel ne sera donc pas le châtiment de celui qui aura fait du temple du roi une maison de voleurs? Dans cette pensée, respectez l'habitant, qui n'est autre que le Paraclet; craignez celui qui est lié, adhérent à vous-même, et qui est le Christ. Est-ce vous qui vous êtes fait membre du Christ? Songez à cela, à qui étaient les membres, à qui ils sont aujourd'hui, et restez chaste. C'étaient auparavant des membres de prostituée, le Christ en a

fait les membres de son propre corps. Vous n'en êtes donc plus le maître ; servez celui qui vous a affranchi.

Si vous aviez une fille, et que, par un excès de démence vous l'eussiez livrée à prix d'argent pour en faire une prostituée ; puis que le fils du roi, passant par là, l'arrachât à son esclavage et en fît son épouse; vous ne seriez plus libre de la reconduire à la maison de débauche, car vous l'auriez livrée, vous l'auriez vendue une fois. Voilà notre cas : nous avions vendu notre chair au démon, à un vil corrupteur; ce que voyant, le Christ l'a sauvée, 1'a délivrée de cette affreuse tyrannie; elle n'est donc plus à nous, mais à celui qui l'a sauvée. Si vous voulez la traiter comme l'épouse du roi, rien ne vous en empêche; mais si vous voulez la ramener à son premier état, vous subirez le supplice réservé à ceux qui commettent de tels outrages. Vous devez donc plutôt l'orner que la déshonorer. Car vous n'êtes plus maître d'elle en fait de passions coupables, mais seulement pour l'exécution des ordres de Dieu. Songez de quel déshonneur Dieu l'a délivrée; il n'est pas de prostituée aussi dégradée que l'était alors notre nature. Les brigandages, les homicides, toute espèce de mauvaises pensées entraient chez elle, et corrompaient l'âme à vil prix, au prix d'un moment de plaisir. Car c'était là tout ce qu'elle gagnait à son honteux commerce avec les mauvaises pensées et les mauvaises actions.

3. Sans doute cette conduite était déjà coupable alors; mais quel pardon espérer, si l'on se souille maintenant, quand le ciel est ouvert, quand le royaume est promis, après qu'on a participé aux redoutables mystères? Ne pensez-vous pas que le diable lui-même entretient commerce avec les avares et avec tous ceux que l'apôtre a énumérés? Et que ces femmes qui se parent pour séduire ont avec lui des rapports impurs? Qui pourrait dire le contraire? Que celui qui le nie mette à nu l'âme de ces indécentes créatures, et il verra que le méchant esprit leur est étroitement uni. Car il est difficile, chers auditeurs, oui, il est difficile, et peut-être impossible, que quand le corps est ainsi paré, l'âme le soit aussi; quand on soigne l'un, il faut qu'on néglige l'autre d'après la nature des choses, le contraire ne peut avoir lieu. Aussi l'apôtre dit-il : « Celui qui s'unit à une prostituée devient un même corps avec elle; mais celui qui s'attache au (409) Seigneur est un seul esprit avec lui ». Il devient tout esprit à la fin, quoique enveloppé d'un corps. Quand il n'a rien de corporel, d'épais, de terrestre, son corps n'est qu'un simple vêtement; quand toute l'autorité appartient à l'âme et à l'esprit, Dieu est alors glorifié. Aussi avons-nous l'ordre de dire dans la prière : « Que votre nom soit sanctifié » ; et le Christ nous dit : « Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ». (Matth. V, 16.) Ainsi le glorifient les cieux, non en parlant, mais en excitant l'admiration par leur aspect et en faisant remonter leur gloire au créateur.

Glorifions-le , nous aussi , comme eux et même plus qu'eux ; nous le pouvons, si nous le voulons. Car ni le ciel, ni le jour, ni la nuit ne glorifient Dieu comme une âme sainte.. De même qu'à l'aspect de la beauté du ciel, on s'écrie : Gloire à vous, ô Dieu ! qui avez fait un si bel ouvrage ! Ainsi fait-on, et bien mieux encore, en voyant un homme vertueux. Car tout le monde ne glorifie pas Dieu dans ses créatures; un grand nombre disent qu'elles se sont faites d'elles-mêmes ; d'autres, par une erreur tout à fait impardonnable, attribuent aux démons la création du monde et la providence; mais à propos de la vertu de l'homme, personne n'ose porter jusque-là l'impudence chacun glorifie D:eu en voyant son serviteur vivre saintement. Et qui ne serait frappé d'étonnement, quand un homme qui n'a que la nature commune aux mortels, et qui vit au sein de l'humanité, résiste comme le métal le plus dur aux, assauts des passions? Quand à travers le feu, le fer, les bêtes féroces, il se montre plus fort que l'acier et triomphe de tout par le langage de la piété? bénit quand on le maudit? répond par des paroles bienveillantes aux injures? prie pour ceux qui lui font tort? fait du bien à ses ennemis et à ceux qui lui tendent des embûches? Oui, ces choses et d'autres de ce genre glorifient Dieu plus que les cieux. Car, en voyant le ciel, les grecs ne rougirent pas; mais à l'aspect d'un homme saint, pratiquant la sagesse dans sa perfection, ils sont couverts de Confusion et se condamnent eux-mêmes. En effet, quand un homme qui n'est point d'une autre nature qu'eux l'emporte sur eux autant , et plus même que le ciel ne l'emporte sur la terre, ils sont bien forcés de croire que c'est là l'effet de quelque puissance divine. Aussi. le Christ dit-il : « Et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

Voulez-vous savoir d'ailleurs comment Dieu est glorifié par la vie de ses serviteurs, et comment il l'est par ses prodiges? Un jour Nabuchodonosor jeta les trois enfants dans la fournaise. Ensuite , voyant que le feu ne les consumait point, il dit : « Béni soit Dieu qui a envoyé son ange et sauvé ses enfants de la fournaise, parce qu'ils ont eu confiance en lui et n'ont point obéi à la parole du roi ». (Dan. III, 95.) Que dites-vous, ô roi? Vous avez été méprisé, et vous admirez ceux qui ont rejeté vos ordres? Oui : je les admire par cela même qu'ils m'ont méprisé. Il donne la raison même du prodige. Ainsi Dieu est glorifié, non-seulement par le miracle, mais par la résolution des trois enfants. Et si on veut y regarder de près, ce dernier point n'est pas au-dessous de l'autre. Au point de vue du prodige, délivrer ces jeunes gens ,de la fournaise n'est pas plus que de les avoir décidés à y entrer. Comment, en effet, ne pas être frappé d'étonnement en voyant le roi du monde, environné de tant d'armes et d'armées, de généraux, de satrapes, de préfets, maître de la terre et de la mer, en le voyant, dis-je, méprisé par des enfants prisonniers ; en volant ces prisonniers vaincre celui qui les a mis aux fers et triompher de toutes ses troupes? Car le roi et sa cour n'ont pu ce qu'ils voulaient, eux qui avaient toutes ces ressources, et de plus celle de la fournaise ; mais des enfants dénués de tout, esclaves, étrangers, en petit nombre (trois ! que peut-on de moins?) et enchaînés, ont vaincu une immense armée. Car déjà la mort était méprisée, parce que le Christ devait venir; et comme, au lever du soleil, le jour brille avant que ses rayons aient paru, ainsi la mort reculait déjà à la seule approche du soleil de justice. Quoi de plus éclatant que ce spectacle ? quoi de plus glorieux que cette victoire ? quoi de plus insigne que ces trophées?

4. Et cela se voit encore de nos jours. Il y a encore maintenant un roi de Babylone avec sa fournaise, et qui y allume un feu bien plus ardent; il est encore là pour faire adorer sa statue ; autour de lui sont encore des satrapes, des soldats, une musique enchanteresse; et beaucoup adorent cette image, aux aspects variés, de hauteur colossale. L'avarice est une statue de ce genre, ne dédaignant pas même (410) le fer, composée d'éléments dissemblables, obligeant à tout admirer, l'airain, le fer et des matières beaucoup plus viles encore. Mais si fout cela est, il y a aussi des imitateurs de ces enfants, qui disent : Nous ne servons pas les dieux, nous n'adorons pas ton image; mais nous supportons la fournaise de la pauvreté et toutes les autres misères, pour les lois de Dieu. Ceux qui possèdent beaucoup, l'adorent souvent cette image, comme ces courtisans du roi, et ils sont dévorés par les flammes; mais ceux qui n'ont rien, la méprisent, vivent dans la pauvreté et sont plus dans la rosée que ceux qui nagent au sein de l'abondance : absolument comme ceux qui avaient jeté les trois enfants dans la fournaise furent consumés, tandis que les enfants eux-mêmes étaient comme rafraîchis par la pluie et la rosée. Et le tyran lui-même souffrait plus qu'eux de la flamme : car la colère le brûlait intérieurement; le feu ne put pas même atteindre l'extrémité de leurs cheveux; tandis que son âme était dévorée par l'ardeur de son courroux. Songez un peu à ce que c'était que d'être méprisé devant tant de témoins par des enfants prisonniers. Il a fait voir, du reste, que s'il avait pris leur ville, ce n'était pas par sa vertu propre, mais à cause des péchés de ses habitants.

Si, en effet, il n'a pu vaincre trois enfants enchaînés et . jetés dans une fournaise, comment serait-il venu à bout, par la loi de la guerre, de tant d'hommes, s'ils eussent tous été tels que ceux-ci? Il est donc évident que ce sont les péchés du peuple qui ont livré la ville. Mais voyez comme ces jeunes gens sont étrangers à la vaine gloire ! Ils ne s'élancèrent point dans la fournaise, mais ils pratiquèrent d'avance l'ordre du Christ qui dit: « Priez afin que vous n'entriez point en tentation ». (Matth. XXVI, 41.) Ils ne se sauvèrent point quand on les y conduisit; mais ils gardèrent courageusement le milieu ; ne s'empressant point quand on ne les appelait pas, ne montrant ni faiblesse ni lâcheté quand on les appelait, prêts à tout, intrépides et remplis de confiance. Et pour bien comprendre leur sagesse, écoutons ce qu'ils disent : « Il  y a dans le ciel un Dieu qui peut nous délivrer ». (Dan. III, 17.) Ils ne s'inquiètent point d'eux-mêmes ; au moment d'être brûlés, ils ne s'occupent que de la gloire de Dieu. Afin, disent-ils, que vous n'accusiez pas Dieu d'impuissance, quand nous serons consumés par le feu, nous vous ex primons nettement toute notre croyance: « Il y a un Dieu dans le ciel », non un Dieu semblable à cette statue terrestre, inanimée et. muette, mais un Dieu qui peut nous tirer du milieu de cette fournaise ardente. Ne l'accusez donc pas de faiblesse, s'il nous y laisse jeter. Il est si puissant qu'il peut nous sauver de la flamme, même quand nous y serons : «Et s'il ne le fait pas, sachez néanmoins, ô roi; que nous ne servons pas vos dieux et que nous n'adorerons pas la statue d'or que vous avez fait dresser ». (Dan. III, 18.) Vous voyez que, par un dessein providentiel, ils ignorent l'avenir. S'ils l'avaient connu, leur action serait moins admirable; quoi d'étonnant, en effet, à ce qu'ils eussent audacieusement affronté le danger s'ils avaient eu un gage certain de leur salut ?

Sans doute Dieu eût été également glorifié, puisqu'il aurait pu les sauver de la fournaise: mais ils eussent été moins dignes d'admiration, puisque au fait ils ne se seraient pas précipités, dans le danger. Dieu leur a donc laissé ignorer l'avenir, pour les glorifier davantage. Et comme ils assuraient au roi que Dieu ne devait pas être accusé d'impuissance, quand même le feu les consumerait; ainsi Dieu a tout à la fois montré sa puissance et mieux fait briller leur courage. Et pourquoi, dites-vous, ce doute de leur part, cette incertitude de leur délivrance? Parce qu'ils se croyaient trop peu de chose, trop indignes d'un si grand bienfait. Et la preuve que ce n'est pas ici une simple conjecture, ce sont les plaintes qu'ils font entendre dans la fournaise, quand ils disent : « Nous avons péché, nous avons commis l'iniquité; il ne nous est pas permis d'ouvrir la bouche ». (Dan. III, 29.) Voilà pourquoi ils ont d'abord dit : « Et s'il ne le fait pas ». Ne soyez pas surpris qu'ils ne disent pas clairement : Dieu peut nous sauver, et s'il ne nous sauve pas, c'est à cause de nos péchés; car alors ils auraient eu l'air, aux yeux de barbares, de voiler l'impuissance de Dieu sous le prétexte de leurs propres péchés. Ne parlant donc que de soin pouvoir, ils n'ont rien dit de la cause. Ils étaient d'ailleurs parfaitement habitués à ne point scruter témérairement les jugements de Dieu. Après avoir  prononcé ces paroles; ils sont entrés dans le feu, sans injurier le roi, sans renverser sa statue.

 

411

 

Tel doit être l'homme courageux, modéré et doux, surtout dans les dangers, pour ne pas paraître aller à ces combats par colère et par vaine gloire, mais par courage et avec modération. C'est à celui qui commet l'injustice à supporter le soupçon de ces coupables motifs; quant à celui qui les subit, qui souffre violence et combat avec douceur, non-seulement on l'admire comme un homme de coeur, mais on ne le vante pas moins pour sa modération et sa douceur : ce que firent alors les trois enfants, en montrant tout le courage et toute la douceur possibles, et n'agissant point en vue d'un prix ou d'une récompense. Et quand même il ne voudrait pas nous sauver, ajoutent-ils, nous n'adorerons pas vos dieux; car nous sommes déjà récompensés par cela seul que nous sommes jugés dignes d'être délivrés de l'impiété et brûlés pour cette fin. Et nous aussi qui avons déjà notre récompense (et nous l'avons, puisque nous avons été jugés dignes de connaître le Christ et de devenir ses membres) , n'en faisons pas les membres d'une prostituée. C'est par ce mot terrible qu'il faut finir ce discours; afin que, sous l'impression de la plus vive frayeur, nous devenions plus purs que l'or et persévérions dans cet état. C'est ainsi que délivrés de la fornication nous pourrons voir le Christ. Puissions-nous le voir tous avec confiance au dernier jour, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en qui appartiennent au Père, en union avec le Saint-Esprit, la gloire, la force, l'honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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