ROMAINS IX
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HOMÉLIE IX. OR, CE N'EST PAS POUR LUI SEUL QU'IL A ÉTÉ ÉCRIT QUE CELA LUI FUT IMPUTÉ A JUSTICE, MAIS POUR NOUS AUSSI, A QUI IL SERA IMPUTÉ, SI NOUS CROYONS EN CELUI QUI A RESSUSCITÉ D'ENTRE LES MORTS JÉSUS-CHRIST NOTRE-SEIGNEUR. (IV, 23, 24, JUSQU'A V, 11.)

 

Analyse.

 

1. Justifiés par la foi, ayons désormais la pais avec Dieu par la sainteté de notre vie.

2. Glorifions-nous non-seulement dans l'espérance des biens qui nous sont promis, parce que les promesses divines ne sont pas trompeuses, mais glorifions-nous même des maux apparents de la vie présente.

3. Qn'est-ce que Dieu nous peut refuser après qu'il nous a donné son Fils unique et le Saint-Esprit ?

4. Aimer Dieu. — Peines et afflictions de la vie utiles à l'âme, et avantageuses pour le salut. — Avis pour bien supporter une affliction. — Bénir Dieu dans les maux. — Avis pour les malades.

 

1. Après avoir beaucoup parlé et dit de grandes choses d'Abraham, de sa foi, de sa justice, de l'honneur que Dieu lui a fait, de peur que l'auditeur ne dise. Qu'est-ce que cela nous fait? C'est lui qui a été justifié; il nous rapproche du patriarche. Telle est la vertu des paroles spirituelles. Le Gentil, le nouveau-venu , celui qui n'a rien fait, non-seulement l'apôtre a affirmé qu'il n'est point au-dessous du Juif fidèle, mais pas même au-dessous du (250) patriarche; bien plus, chose étonnante ! il le place fort au-dessus. Telle est , en effet, notre noblesse, que ia foi d'Abraham est devenue la figure de la nôtre. Paul ne dit pas: Si cela lui a été imputé à justice, il est probable qu'il nous sera aussi imputé; il ne s'appuie pas sur un raisonnement humain; mais il parle d'après l'autorité des lois divines et réduit tout à une sentence de l'Ecriture. Pourquoi, nous dit-il, cela est-il écrit, sinon pour nous apprendre que nous avons été justifiés de la même manière? Car nous croyons au même Dieu, pour les mêmes objets , quoique non dans les mêmes personnes. Mais en parlant de notre foi, il parle aussi de l'immense bonté de Dieu, qu'il nous remet sans cesse sous les yeux, en rappelant le souvenir de la croix : ce qu'il fait ici en ces termes : « Qui a été livré pour nos péchés, et qui est ressuscité pour notre justification ».

Voyez comment après avoir marqué la cause de la mort du Sauveur, il en tire une démonstration de sa résurrection. Pourquoi, dit-il, Jésus a-t-il été crucifié ? Ce n'est pas peur ses péchés, comme sa résurrection le prouvé. Car s'il eût été pécheur, comment serait-il ressuscité? Sa résurrection prouve donc clairement qu'il n'était point pécheur. Mais s'il ne l'était point, comment a-t-il raté crucifié? Pour d'autres. Si c'est pour d'autres, il est nécessairement ressuscité. Et pour que vous ne disiez pas : Comment, nous qui sommes si coupables, pouvons-nous être justifiés? Paul nous montre celui qui a effacé tous les péchés; afin de prouver ce qu'il avance et par la foi d'Abraham, en vertu de laquelle il a été justifié ; et par la passion du Sauveur, qui nous a délivrés de nos péchés. Après avoir donc parlé de sa mort, il parle aussi de sa résurrection. Il n'est pas mort pour nous laisser exposés au châtiment et condamnés, mais pour nous faire du bien; c'est pour nous rendre justes qu'il est mort et ressuscité.

« Etant donc justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu par. Notre-Seigneur Jésus-Christ (1) ». Que veulent dire ces mots : « Ayons la paix? » C'est-à-dire, selon quelques-uns, ne causons point de discordes, en cherchant à introduire la loi. Quant à moi, je pense qu'il s'agit ici de notre conduite. Après avoir beaucoup parlé de la foi et de la justice par les oeuvres, il traite cette autre question ; et de peur qu'on ne s'autorise de ce qu'il a dit : pour se négliger, il ajoute : « Ayons la paix », c'est-à-dire ne péchons plus, ne revenons pas au passé ; car ce serait lutter contre Dieu. Et comment, direz-vous, est-il possible de ne plus pécher? Et d'abord comment tout ceci a-t-il été possible? Si, coupables de tant de péchés, nous en avons été délivrés par le Christ, à bien plus forte raison pouvons-nous, avec son aide, persévérer dans l'état où nous sommes. Ce n'est pas la même chose d'obtenir une paix qu'on n'avait pas, ou de la garder quand on l'a reçue : car il est plus difficile d'acquérir que de conserver ; et cependant le plus difficile est devenu facile et s'est réalisé. Donc le plus facile nous viendra aisément, si nous nous attachons à celui qui a accompli pour nous le plus difficile. Mais ici Paul ne semble pas seulement indiquer que la chose est facile; mais aussi qu'elle est raisonnable. Si en effet le Christ nous a réconciliés quand nous étions vaincus, il est juste de nous maintenir dans cet état de réconciliation et de lui témoigner par là notre reconnaissance, pour qu'il ne paraisse pas n'avoir réconcilié avec son père que des méchants et des ingrats. « Par lui », nous dit l'apôtre, « nous avons eu accès par la foi». Si donc il nous a ramenés quand nous étions loin, à, bien plus forte raison nous retiendrait-il depuis que nous sommes près.

2. Considérez un peu, je vous prie, comme Paul met partout en opposition, et ce que Dieu fait de son côté, et ce que nous faisons du nôtre. Ce que Dieu a fait est varié, multiple, divers : car il est mort, il nous a délivrés, il nous a amenés, il nous a accordé une grâce ineffable; et nous, nous n'avons apporté que 1a foi. Aussi l'apôtre dit-il : « Par la foi en cette grâce en laquelle nous sommes établis ». Quelle grâce, je vous demande? Celle d'être jugés dignes de la connaissance de Dieu, d'être délivrés de l’erreur, de connaître la vérité, d'obtenir tous les biens par le baptême; il nous a donné accès, afin de nous communiquer tous ces dons; non pas seulement pour que nous soyons délivrés de nos péchés, mais aussi pour que nous jouissions de mille honneurs. Et il ne s'est pas borné à cela; il nous a encore promis d'autres biens, des biens ineffables, qui surpassent notre intelligence et notre raison. C'est pourquoi Paul parle des uns et des autres. En effet, par ce mot : « Grâce », il désigne les biens présents que nous avons reçus, et par ceux-ci : « Nous nous (251) glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu », il nous découvre tous les biens. à venir. Il dit avec raison : « En laquelle nous sommes établis ». Car telle est la grâce de Dieu ;.elle n'a pas de fin, elle n; a pas de terme, mais elle croît toujours : ce qui n'est point le propre des choses humaines. Par exemple , quelqu'un est en possession d'une dignité , d'un honneur, d'un pouvoir; il ne les conserve pas toujours, mais il en déchoit promptement, car s'ils ne lui sont pas enlevés par un homme, du moins la mort l'en dépouillera complètement. Il n'en est pas ainsi du don de Dieu : ni l'homme, ni le temps, ni les évènements, ni le démon même, ni la mort ne peuvent nous en priver; c'est quand nous mourons, que nous sommes le plus assurés de les posséder, et nos jouissances ne font que s'accroître de plus en plus. Si donc vous n'avez pas de foi aux biens à venir, croyez-y du moins d'après les biens présents et d'après ce que vous avez déjà reçu. C'est ce qui fait dire à Paul : « Et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu », afin que vous sachiez dans quelle disposition doit être l'âme du fidèle. Car il faut être pleinement assuré, non-seulement des biens accordés, mais encore des biens futurs, comme s'ils étaient déjà donnés. On se glorifie des biens qu'on a reçus; mais, nous dit-il, puisque l'espérance des biens à venir est aussi ferme, aussi certaine, que la possession même de ceux que l'on a reçus, il faut donc également s'en glorifier; et pour cela il leur donne le nom de gloire. Si en effet ils contribuent à la gloire de Dieu, ils arriveront certainement, sinon à cause de nous, du moins à cause de lui: Mais à quoi bon, répond-il, dire que les biens à venir méritent qu'on s'en glorifie ? Nous pouvons nous glorifier même des maux présents et en être tiers; aussi ajoute-t-il : « Mais outre cela, nous nous glorifions encore dans les tribulations (3) ». Songez quels seront les biens futurs, puisque nous nous glorifions même de ce qui paraît un mal. Tel est le don de Dieu; il n'y a rien en lui de désagréable.

Dans l'ordre des choses humaines, les combats entraînent des peines, des douleurs, dés misères; seules les couronnes et les récompenses procurent de la joie; ici, il n'en est pas de,même, car la lutte est aussi agréable que le prix. Comme alors les épreuves étaient nombreuses, que le royaume n'existait qu'en espérance ; que les maux étaient présents, les biens en expectative, et que cela brisait le courage des plus faibles ; l'apôtre leur distribue des encouragements avant l'heure des couronnes, en leur disant qu'il faut se glorifier dans les tribulations. Il ne dit même pas : Il faut se glorifier, mais : « Nous nous glorifions», en les encourageant par son propre exemple. Et comme, il pouvait paraître étrange, incroyable, qu'on dût se glorifier dans la faim, dans les chaînes, dans les tourments. dans les injures et les opprobres, il en donne la preuve; et ce qu'il y a de plus fort, c'est qu'il affirme qu'on doit s'en glorifier, non-seulement en vue de l'avenir, mais même dans le présent; parce que les tribulations sont par elles-mêmes un bien. Pourquoi ? Parce qu'elles exercent à la patience. C'est pourquoi , après avoir dit : « Nous nous réjouissons dans les tribulations », il en donne la raison en ces termes : « Sachant que la tribulation produit la patience ». Voyez encore une fois la ténacité de Paul, et comme il retourne le sujet en sens contraire. Comme les tribulations décourageaient des biens à venir et jetaient dans le désespoir, il leur dit qu'elles doivent par elles-mêmes inspirer du courage et qu'il ne faut point désespérer de l'avenir. « Car la tribulation produit la patience; la patience, l'épreuve; et l'épreuve, l'espérance. Or l'espérance ne confond point (4, 5) ». Non-seulement les tribulations ne détruisent point ces espérances, mais elles-en sont le fondement. Même avant les biens à venir, la tribulation produit un très-grand fruit, la patience, et elle éprouve celui qui est tenté. D'ailleurs elle contribue aussi aux biens futurs ; car elle fortifie en nous l'espérance. Rien en effet ne dispose à bien espérer comme une bonne conscience.

3. C'est pourquoi personne de ceux qui ont bien vécu, 'ne doute de l'avenir, tandis que beaucoup de ceux qui négligent de bien vivre, tourmentés par une mauvaise conscience, voudraient qu'il n'y eût ni jugement, ni punition. Quoi donc ? nos biens sont-ils en espérances ? Oui ; mais non en espérances humaines, qui sont souvent frustrées; qui confondent souvent, soit parce que celui sur qui on les fondait meurt , soit parce qu'il change de sentiment. Il n'en est pas ainsi des nôtres ; elles sont fermes, elles sont immuables. Celui qui a promis vit toujours; et nous, qui devons jouir de ces biens, nous (252) ressusciterons après notre mort; rien, absolument rien ne pourra nous confondre, comme si nous eussions nourri un vain et futile espoir. Après nous avoir ainsi délivrés de toute incertitude, l'apôtre ne s'en tient pas là, mais il revient encore aux biens à venir, sachant que les faibles s'attachent aux biens présents et ne se contentent pas des autres. Or il appuie la foi aux biens à venir sur la considération des bienfaits déjà reçus, de peur qu'on ne dise : Et si Dieu ne voulait rien donner? Nous savons tous qu'il est puissant, immuable, vivant; mais comment connaissons-nous sa volonté? Par ce qui existe déjà. Qu'est-ce donc ? L'amour qu'il nous a témoigné.

Qu'a-t-il fait? direz-vous. Il a donné le Saint-Esprit. Aussi après avoir dit : « L'espérance ne confond point », il en donne la preuve en disant : « Parce que la charité de. Dieu est répandue en nos coeurs ». Et il ne dit pas : a été donnée, mais : « A été répandue en nos « coeurs », pour en faire voir l'abondance, car il nous a donné ce qu'il y a de plus grand non pas le ciel, la terre et la mer, mais quelque chose de plus précieux que tout cela :.il nous a transformés d'hommes en anges et faits enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ. Et qu'est-ce que ce don? L'Esprit-Saint. Or, s'il ne nous réservait pas de glorieuses couronnes après le combat, il ne nous aurait pas fait de. si grands dons avant le combat; et ce qui démontre l'ardeur de son amour, c'est qu'il ne nous a pas accordé ces honneurs peu à peu, et avec mesure, mais qu'il nous a ouvert sans réserve la source des biens, et cela même avant la lutte. En sorte que, ne fussiez-vous pas très-digne, vous ne devez point désespérer, puisque vous avez un puissant avocat, l'amour du juge. Voilà pourquoi Paul après avoir dit : « L'espérance ne confond point » , rapporte tout à l'amour de Dieu, et non à nos mérites. Puis après avoir parlé du don de l'Esprit, il revient encore à la croix et dit : « En effet, le Christ, lorsque nous étions encore infirmes, est mort, au temps marqué, pour des impies. Certes à peine quelqu'un mourrait-il pour un juste; peut-être cependant que quelqu'un aurait le courage de mourir pour un homme de bien. Ainsi Dieu témoigne son amour  pour nous (6-8) ». C'est-à-dire : si personne peut-être ne voudrait mourir pour un homme vertueux, comprenez l'amour de votre Maître, qui a été crucifié, non pour des hommes vertueux, mais pour des pécheurs et des ennemis, ce que Paul dit ensuite : « En ce que, dans le temps où nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. Maintenant donc, justifiés par son sang, nous serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère. Car si lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils; à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie (9, 10) ».          .

Tout cela a l'air d'une répétition et n'en est cependant pas une pour quiconque examine attentivement. Voyez un peu : il veut les confirmer dans la foi aux biens futurs: et d'abord il les confond par la croyance du juste Abraham, en disant « qu'il était pleinement assuré que ce que Dieu a promis, il est puissant pour le faire » ; ensuite il prouve sa proposition par la grâce qui a été donnée, puis par les tribulations, qui sont propres à nous faire espérer; puis par l'Esprit que nous avons reçu, et enfin par la mort du Christ et notre méchanceté première. Tout cela, comme je l'ai déjà dit, semble,n'être qu'une seule et même chose, et pourtant on y en trouve deux, trois et bien davantage : d'abord que le Christ est mort; secondement, qu'il est mort pour des impies; troisièmement, qu'il nous a délivrés, sauvés, justifiés, qu'il nous a rendus immortels, qu'il nous a faits enfants de Dieu et héritiers. Ce n'est pas seulement sa mort qui doit nous fortifier, dit Paul, mais encore le don qui nous a été fait par sa mort. Fût-il simplement mort pour nous tels que nous sommes, t'eût déjà été une très-grande preuve d'amour; mais qu'en mourant, il nous ait encore fait des dons, et des dons si grands, et quand nous étions pécheurs : voilà ce qui surpasse toute idée, et amène à la. foi l'homme le plus insensible. Car personne ne nous sauvera que celui qui nous a aimés, nous pécheurs, jusqu'à se livrer lui-même. Voyez-vous combien ce passage fournit de preuves pour établir la foi aux biens futurs? Avant cela, il y avait deux obstacles à notre salut : nous étions pécheurs et nous devions être sauvés par la mort du Maître: ce qui semblait incroyable avant ,d'exister, et exigeait, pour se réaliser, un grand amour; mats maintenant que cela est fait, le reste est plus facile car nous sommes devenus amis, et la mort n'est. plus nécessaire. Et Celui qui a épargné des ennemis jusqu'au point de ne pas (253) épargner son Fils, ne protégerait pas des amis, quand il n'est plus nécessaire que son Fils se livre? Si l'on ne sauve pas quelqu'un, c'est qu'ors ne le veut pas, ou souvent encore parce qu'on ne le peut pas, quand même on le voudrait. Or, ni Puis ni l'autre ne peut,se dire de Dieu; qu'il, l'ait voulu, cela est clair puisqu'il a donné son Fils; qu'il le puisse, il l'a fait voir en justifiant des pécheurs. Qu'est-ce qui nous empêche donc de jouir des biens à venir? Rien. Et pour que vous ne soyez pas couvert de confusion et de honte en entendant ces mots de pécheurs, d'ennemis, d'infirmes et d'impies, écoutez ce que dit l'apôtre : « Mais outre cela, nous nous glorifions en Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui maintenant nous avons reçu la réconciliation (11) ».

Qu'est-ce que signifie outre cela? » Non-seulement, dit-il, nous avons été sauvés, mais nous nous glorifions de ce dont on voudrait nous faire un sujet de honte. En effet que nous ayons été sauvés quand nous vivions ainsi dans une telle malice, c'est la preuve d'une grande charité de la part de celui qui nous a sauvés. Et ce n'est point par des anges ou des archanges, mais par son Fils unique qu'il a opéré notre salut. Ainsi il nous a sauvés; il nous a sauvés quand nous étions pécheurs, il nous a sauvés par son Fils unique, et non-seulement par son Fils, mais par le sang même de ce Fils : voilà de quoi nous tresser mille couronnes de gloire. Car rien ne procure autant de gloire et n'excite autant la confiance que. d'être aimé de Dieu et de le payer de retour. Voilà ce qui fait la splendeur des anges, des principautés et des puissances; voilà ce qui l'emporte sur la royauté. Aussi Paul met-il cela au-dessus du pouvoir royal; c'est ce qui me fait proclamer bienheureux les purs esprits, parce qu'ils aiment Dieu et qu'ils lui obéissent en tout. Voilà pourquoi le prophète les admirait en disant : « Puissants en vertu, exécutant sa parole » (Ps. CII); voilà pourquoi Isaïe exaltait les séraphins et indiquait leur grande vertu. en ce qu'ils étaient,rapprochés de cette gloire : ce qui était le signe d'un très-grand amour.

4. Imitons donc, rions aussi, les puissances célestes, et efforçons-nous, non-seulement de nous tenir près, du trône, mais de loger en nous Celui qui est assis sur le trône. Il a aimé ceux-mêmes qui le haïssaient et il continue à les aimer : car « Il fait lever le soleil sur les méchants et sur les bons et pleuvoir sur les justes et les injustes ». (Matth. V, 45.) Rendez-lui donc amour punir amour; car il vous aime. Mais s'il nous aime, direz-vous, comment sa fait-il qu'il nous menace de l'enfer, du châtiment et de la vengeance? Précisément parce qu'il vous aime : pour couper en vous la racine du vice, pour refréner par la crainte vôtre penchant au mal, il met tout en oeuvre, il ne néglige rien; par les biens comme par les maux, il cherche à retenir votre inclination vers les choses de la terre, à vous ramener à lui, et- vous arracher à toute espèce de péché, qui est un mal pire que l'enfer. Que si vous riez de ce qu'on vous dit, .si vous aimez mille fois mieux vivre dans le vice que d'être affligé un seul jour, il n'y a rien d'étonnant : c'est la preuve d'une âme basse, un signe d'ivresse et de maladie incurable.

Quand les petits enfants voient le médecin prêt à employer le feu et le fer, ils s'enfuient en poussant des cris de terreur et en se déchirant eux-mêmes; ils aiment mieux périr de consomption que de subir une douleur momentanée pour jouir ensuite d'une bonne santé. Mais ceux qui sont intelligents savent que la maladie est pire qu'une opération, et une vie coupable plus triste que la punition car l'un, c'est le remède suivi de la bonne santé, et l'autre c'est la `mort et la souffrance prolongée. Or il est de toute évidence que la santé est préférable à la maladie; ce n'est pas quand le brigand reçoit le coup mortel qu'il est juste de verser sur lui des larmes, mais quand il perce lui-même les murs et devient meurtrier. Si en, effet l'âme vaut mieux que le corps, comme elle vaut mieux réellement, sa perte est plus digne de pleurs et de gémissements; et si elle ne la sent pas, elle n'en mérite que mieux les larmes. fi faut donc plaindre ceux qui sont brûlés de l'amour impur, bien plus que ceux que la fièvre travaille, et les ivrognes plus que ceux que l'on applique à la torture. Mais, dira-t-on, pourquoi préférons-nous l'un à l'autre? Parce que, comme dit le proverbe, la plupart des hommes préfèrent le pire et le choisissent, au détriment du meilleur. C'est ce qui se voit en fait de nourriture, de conduite, de rivalité, de plaisir, de femmes, de maisons, d'esclaves, de champs, et dans tout le reste. Lequel, je vous le demande, est le plus doux d'avoir commerce avec un homme (254) ou avec une femme, avec une femme ou avec une mule? Et pourtant nous en voyons beaucoup négliger le commerce des femmes pour Celai des brutes, ou déshonorer le corps d'un homme : quoique les jouissances conformes aux lois de la nature soient plus agréables.

Pourtant le nombre est grand de ceux qui poursuivent comme pleines d'attraits des jouissances ridicules, désagréables, pénibles. Mais, dira-t-on, ils y trouvent du charme. Et c'est là précisément leur malheur, de croire agréable ce qui ne l'est point du tout. Par là ils se persuadent que le châtiment est pire que le péché; et c'est tout le contraire. Car si le châtiment était un mal pour les pécheurs, Dieu n'eût point ajouté mal à mal, et n'aurait pas voulu les rendre pires; lui qui fait tout pour éteindre le vice, ne l'aurait pas augmenté. Ce n'est donc pas le châtiment qui est un mal pour le coupable , mais la faute sans la punition, comme la maladie sang le remède. Car rien n'est mauvais comme une passion déplacée : et quand je dis déplacée, j'entends parler de la passion de la volupté, de celle de la vaine gloire, du pouvoir, en un mot de tout ce qui dépasse le besoin. Un homme de ce genre, qui mène une vie molle et relâchée, semble le plus heureux des mortels et il en est le plus malheureux, introduisant dans son âme des maîtresses incommodes et tyranniques. Voilà pourquoi Dieu nous a. rendu cette vie pénible, afin de nous arracher à cet esclavage et de nous conduire à la liberté pure; voilà pourquoi il nous menace du châtiment et associe les travaux à notre existence, afin de contenir notre mollesse.

Ainsi quand les Juifs étaient assujettis à travailler l'argile, à façonner la brique, ils étaient raisonnables et recouraient souvent à Dieu; mais dès qu'ils furent en liberté, ils murmurèrent, ils excitèrent le courroux du Maître et s'attirèrent. des maux sans nombre. Mais, objecte-t-on, que direz-vous de ceux que l'affliction a pervertis? que c'est là l'effet de leur faiblesse, et non de l'adversité. Si quelqu'un a un estomac faible qu'un remède amer trouble, tandis qu'il- devrait le purger, ce n'est point le remède que nous accusons, mais la faiblesse de l'organe. Autant-en dirons-nous de l'infirmité de l'âme. Celui en effet qui est perverti par l'affliction, le serait encore bien plutôt par la prospérité : s'il tombe quand il est retenu par une chaîne (car l'affliction est une chaîne), à plus forte raison tomberait-il s'il était libre; s'il est culbuté quoique lié fortement, bien plutôt le serait-il s'il était desserré. — Et comment, direz-vous, pourrais-je ne pas être renversé par l'affliction? En songeant que, bon gré malgré, il faudra que vous la supportiez; que si c'est avec reconnaissance, vous en retirerez de très grands profits; si c'est avec répugnance, avec désespoir et en blasphémant, non-seulement vous n'allégerez pas le fardeau du malheur, mais vous augmenterez la force de la tempête.

Dans ces pensées, acceptons de bon coeur ce qui' est l'effet de la nécessité. Par exemple quelqu'un a perdu un enfant légitime, un autre toute sa fortune ; s'il considère qu'il n'était pas possible d'éviter le coup, qu'il y a quelque profit à tirer d'un malheur irréparable, en le supportant généreusement, en renvoyant au Maître des actions de grâces au lieu de blasphèmes, il arrivera que la volonté se fera un mérite d'un mal arrivé contre son gré. Voyez-vous votre fils enlevé par une mort prématurée? Dites: « Le Seigneur me l'avait donné, le Seigneur me l'a ôté ». (Job. I, 21.) Voyez-vous votre fortune disparaître? Dites : « Je suis sorti nu du sein de ma mère, je m'en retournerai nu ». (Ibid.) Voyez-vous les méchants prospérer, les justes tomber dans l'adversité et subir mille afflictions, sans que vous puissiez en connaître la cause? Dites: «Je suis devenu comme une bête de charge devant vous, et pourtant je suis toujours avec vous ». (Ps. LXXII.) Si vous m'en demandez la raison, je vous dirai de vous figurer comme présent le jour où Dieu doit juger l'univers, et tous vos doutes se dissiperont : car chacun alors sera traité selon ses mérites, comme Lazare et le mauvais riche. Souvenez-vous des apôtres déchirés de coups de fouet, chassés, accablés de. mauvais traitements, ils se réjouissaient d'avoir été jugés dignes de souffrir injure pour le nom du Christ. Si vous êtes malades, souffrez avec patience, rendez grâces à Dieu, et vous recevrez la même récompense qu'eux.

Mais comment pourrez-vous rendre grâces au Maître , au sein de la maladie et des souffrances? Si vous l'aimez véritablement. Si les trois enfants dans la fournaise, si d'autres au milieu des chaînes ou de maux sans nombre, ne cessaient pas de rendre grâces à Dieu, à plus forte raison ceux qui sont affligés de maladies ou d'infirmités pénibles peuvent-ils le (255) faire. Car il n'est rien, non rien, dont l'amour ne triomphe; et quand c'est l'amour de Dieu, il l'emporte sur tous les autres, et ni le feu, ni le fer, ni la maladie, ni la pauvreté, ni l'infirmité, ni la mort, ni rien de semblable ne paraît pénible à celui qui le possède; il rit de tout, il prend son vol vers le ciel, et n'éprouve pas d'autres sentiments que ceux qui y habitent, ne voit pas autre chose qu'eux : non pas le ciel, ni la terre , ni la mer, mais l’iniquement la beauté de cette gloire; les misères de la vie présente ne sauraient l'abattre, ni ses biens et ses plaisirs l'enorgueillir et l'enfler. Aimons donc cet amour (car rien ne l'égale) et pour le présent et pour l'avenir ; mais surtout, pour lui-même; nous serons ainsi délivrés des châtiments de cette vie et de l'autre , et nous obtiendrons le royaume. Du reste , être délivré de l'enfer et en possession du royaume , c'est peu de chose en comparaison de ce que je vais dire : « Aimer le Christ et en être aimé est bien au-dessus de tout cela. Si en effet l'amour mutuel chez les hommes mêmes est la plus grande des voluptés, quand il s'agit de Dieu, quelle parole, quelle pensée pourrait exprimer le bonheur de l'âme ? Il n'y a que l'expérience qui le puisse. Afin donc de connaître par expérience cette joie spirituelle , cette vie heureuse, ce trésor inépuisable de biens, quittons tout, attachons-nous à cet amour, et pour notre propre bonheur et pour la gloire du Dieu qui en est l'objet; car la gloire et l'empire sont à lui , comme au Fils unique et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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