ROMAINS XXIV
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HOMÉLIE XXIV. SACHANT DE PLUS, QUE LE TEMPS PRESSE, ET QUE C'EST L'HEURE DE NOUS RÉVEILLER DE NOTRE ASSOUPISSEMENT. (XIII, JUSQU'À LA FIN DU CHAPITRE.)

 

379

 

Analyse.

 

1. De la nécessité de se réveiller, parce que le jour approche.

2. Sur les œuvres de ténèbres et sur les armes de lumière. — Se revêtir de Jésus-Christ. —. Contre les débauches, l'ivresse, l'impudicité.

3. Contre ceux qui se croient éveillés et qui dorment ; le démon, voleur de nuit, perçant les murs, égorgeant ceux qui sont couchés, dévastant toute la maison.

4. Des festins : contre les orgies, tableaux divers ; qu'est-ce que se revêtir de Jésus-Christ ?

 

1. Après leur avoir donné tous les préceptes convenables, il les excite à la pratique du, bien par la considération de l'urgence. Le jugement, dit-il, est à nos portes; c'est ainsi qu'il écrivait aux Corinthiens : « Le temps est court » (I Cor. VII, 29), et aux Hébreux : « Encore un peu de temps, et celui qui doit venir, viendra et ne tardera pas ». (Hébr. X, 37.) Mais, dans ces lettres, il ranimait les fidèles au milieu de leurs épreuves; ses paroles avaient pour but de rafraîchir les combattants inondés de sueur, de les consoler des persécutions qu'ils subissaient coup sur coup; ici, au contraire, l'apôtre réveille des endormis; car voilà la double utilité que nous pouvons retirer de ses réflexions. Mais que signifie ce qu'il dit : « Que c'est l'heure de nous réveiller de notre assoupissement? » Cela veut dire, la résurrection approche; le jugement redoutable approche; le jour approche qui sera comme un four embrasé, il faut enfin secouer notre engourdissement. « Puisque nous sommes plus proches de notre salut que lorsque nous avons reçu la foi ». Voyez-vous comme il leur montre déjà la résurrection? Le temps marche, dit-il, la vie présente se consume, la vie à venir se rapproche de nous. Si donc vous êtes prêt, si vous avez accompli toutes les prescriptions, voici le jour du salut; si vous n'en avez rien fait, il n'en est pas de même. Mais, jusqu'à ce moment, ce ne sont pas les pensées tristes, mais les pensées riantes qui lui fournissent ses exhortations; et, par ce moyen, il les affranchit de tout regret des choses présentes. Ensuite, comme il était à croire qu'ils avaient été plus ardents au commencement, quand leur ferveur était dans toute sa force; qu'à la longue leur zèle s'était refroidi, l'apôtre leur dit que c'est une disposition toute contraire qu'ils doivent faire paraître; qu'ils ne doivent pas se relâcher au fur et à mesure que le temps avance, mais bien plutôt montrer plus d'ardeur que jamais. C'est en effet quand le roi est sur le point d'arriver qu'il convient de faire de plus grands préparatifs; c'est quand l'heure des prix approche, qu'il convient de s'animer le plus aux combats; ainsi font les coureurs; c'est vers la fin de la course, ail moment de recevoir les prix, qu'ils s'animent le plus. Voilà pourquoi l'apôtre dit : « Puisque nous sommes plus proches de notre salut que lorsque nous avons reçu la foi. La nuit est déjà fort avancée, et le jour s'approche (12) ».

Donc si la nuit s'en va, si le jour approche, faisons désormais les oeuvres du jour, non celtes de la nuit. C'est la conduite que nous tenons dans la vie ordinaire; quand nous voyons venir le point du jour qui hâte le départ de la nuit, quand nous entendons chanter l'hirondelle, chacun de nous réveille son voisin, quoique la nuit n'ait pas encore disparu; quand elle a tout à fait cédé la place au (380) jour, alors nous nous excitons tous, les uns les autres, en répétant : Il est jour, et nous entreprenons toutes les oeuvres qui se font le jour, nous passons nos vêtements, nous secouons nos songes, nous chassons le sommeil, pour que le jour nous trouve préparés, nous voulons avant que les rayons du soleil aient brillé, être sur pied et à l'ouvrage. Ce que nous faisons dans ces circonstances, faisons-le ici : rejetons nos visions, débarrassons-nous des songes dé la vie présente, secouons l'assoupissement profond; en guise de vêtements, revêtons-nous de vertu, c'est tout ce que veulent dire ces paroles : « Quittons donc les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière ». Car c'est à la mêlée, à la bataille que le jour nous appelle. Mais ne vous troublez pas à ces mots d'armes et de mêlée. Les armes matérielles sont pesantes et pénibles à porter, nos armes à nous sont désirables et dignes d'envie, ce sont des armes de lumière; elles vous rendent plus éclatant que le soleil, elles vous font resplendir au loin d'une éblouissante clarté; elles sont pour vous un solide rempart: car ce sont des armes, et elles vous font rayonner, parce que ce sont des armes de lumière. Quoi donc? Ne faut-il pas combattre? Sans doute il faut combattre, c'est une nécessité; mais il n'y a ni fatigue ni peine à supporter; car notre guerre à nous c'est une danse, c'est une fête. Telles sont nos armes, telle est la puissance de Celui qui commande nos légions. Beau comme l'époux qui sort de la chambre nuptiale, tel est celui qui se munit de ces armes; car c'est tout ensemble un soldat, un époux. Maintenant, quand l'apôtre dit que « le jour approche », il n'entend pas dire seulement qu'il va, venir, mais qu'il reluit déjà; en effet, il ajoute : « Marchons avec honnêteté comme on marche pendant le jour (13) ». Car il fait jour déjà. Le motif qui ordinairement a le plus de puissance auprès du grand ,nombre, lui sert ici à entraîner les fidèles, la bienséance : attendu qu'ils sont fort jaloux de bonne renommée. L'apôtre ne dit pas : Marchez, mais : « Marchons », afin de mieux faire accepter d'exhortation et d'adoucir la réprimande. « Point de débauches, d'ivresses ». Il ne défend pas de boire, mais de dépasser la mesure; il ne proscrit pas l'usage, mais l'abus du vin; c'est avec la même modération de langage qu'il continue. « Point d'impudicités, de dissolutions ». Il ne supprime pas le commerce avec les femmes, mais la fornication. « Point de querelles, ni d'envie ». Il veut éteindre les foyers où s'allument les passions mauvaises, étouffer la concupiscence et la colère. Il ne suffit pas à l'apôtre de combattre ces passions en elles-mêmes, il en tarit les sources.

2. Rien n'embrase la concupiscence, rien n'enflamme la colère comme le vin et l'ivresse. Aussi, est-ce après « Point de débauches, d'ivresses », qu'il dit: « Point d'impudicités, de dissolutions, point de querelles ni d'envie ». Et il ne s'arrête pas là; mais, quand il nous a débarrassés de nos mauvais vêtements, écoutez de quelle parure il nous embellit par ces paroles : « Mais revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ (14) ». II ne parle plus d'oeuvres à faire, mais il s'exprime d'une manière plus propre à encourager. Quand il s'agissait du vice, il parlait d'oeuvres; mais maintenant qu'il s'agit de la vertu, il ne parle plus d'oeuvres, mais d'armes, afin de montrer par cette expression que la vertu orne en même temps qu'elle protégé celui qui la possède. Et l'apôtre ne s'arrête pas là; il élève beaucoup plus haut son discours, il conçoit une image d'une redoutable grandeur; c'est le Seigneur même qu'il nous donne pour vêtement, le Roi des rois. Celui qui en est revêtu possède la vertu parfaite dans son intégrité. Ces paroles : « Revêtez-vous », nous prescrivent de nous en envelopper complètement. C'est la même pensée que l'apôtre exprime ailleurs : « Si Jésus-Christ est en vous » (Rom. VIII, 10); et encore : « Que dans l'homme intérieur habite le Christ ». (Ephés. III, 16, 17.) Ce qu'il veut en effet, c'est que notre âme soit son domicile, c'est que le Christ soit pour nous comme un vêtement, c'est qu'il soit tout pour nous, et au dedans, et au dehors. Car le Christ est notre plénitude: « La plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Ephés. I, 23); il est la voie, il est l'homme, il est l'époux : « Car je vous ai fiancés à cet unique époux, comme une vierge pure ». (II Cor. XI, 2.) Il est la racine, le breuvage, la nourriture, la vie : « Et je vis », dit Paul lui-même ailleurs, « ou plutôt, ce n'est plus moi qui vis, mais Jésus-Christ qui vit en moi ». (Gal. II, 20) II est l'apôtre, le pontife suprême, le docteur, le père, le frère, le cohéritier, le compagnon du sépulcre et de la croix : « Car nous avons été ensevelis » nous-mêmes, dit encore l'apôtre, « et nous avons été entés en lui, par la (381) ressemblance de sa mort ». (Rom. VI, 4, 5.) Il est aussi un suppléant : « Nous faisons donc la fonction d'ambassadeurs pour Jésus-Christ ». (II Cor. V, 20.) Il est encore notre avocat auprès du Père, car « Il intercède pour nous ». (Rom. VIII , 34.) Il est et l'habitation et l'habitant. Celui-là « demeure en moi et moi en lui ». (Jean, VI, 57.) C'est, en outre, un ami : « Car vous êtes mes amis ». (Jean, XV , 14.) C'est le fondement, la pierre de l'angle; quant à nous, nous sommes ses membres, le champ qu'il cultive, l'édifice qu'il construit, sa vigne, les ouvriers qui y travaillent avec lui. Que ne veut-il pas être pour nous? quel moyen ne prend-il pas pour nous appliquer, nous attacher à lui? ce qui est la preuve de son ardent amour. Cédez-lui donc, en secouant votre sommeil ; revêtez-vous de lui, et, vous en étant revêtu, donnez-lui votre chair à façonner à son gré. C'est ce que l'apôtre a fait entendre par ces paroles : « Et ne cherchez pas à contenter votre sensualité ».

De même qu'il ne défend pas de boire, mais de s'enivrer ; ni de se marier, mais de s'adonner au libertinage ; de même il ne réprouve pas les soins qu'on prend du corps, mais seulement la concupiscence, il ne veut pas que nous franchissions les limites de la nécessité. La preuve qu'il ne proscrit pas les soins pour le corps, c'est ce qu'il écrit à Timothée : « Usez d'un peu de vin, à cause de votre estomac et de vos fréquentes maladies ». (I Tim. V, 23.) Oui, soignez votre corps, mais pour la santé, non pour la luxure. Il n'y aurait pas d'ailleurs prévoyance et soin pour le corps si vous ne faisiez qu'allumer en lui une flamme ardente ; que d'en faire une fournaise insupportable. Voulez-vous bien comprendre ce que c'est que soigner le corps; pour la concupiscence? Voulez-vous qu'on ne vous voie jamais préoccupés de tels soins? Regardez ceux qui s'abandonnent à l'ivresse, à la gourmandise, qui recherchent le luxe des vêtements, la délicatesse, la mollesse, les dissolutions, et vous comprendrez les paroles de l'apôtre. Tous ces débauchés recherchent, non la santé, mais la luxure , ce qui attise le feu des passions. Mais vous, qui avez revêtu le Christ, qui avez rejeté toutes ces souillures, ne recherchez, pour le corps, que la santé ; prenez soin de votre corps uniquement dans cette vue ; rien au delà ; employez toute votre ardeur pour les biens spirituels. C'est ainsi que vous pourrez secouer ce sommeil, toutes ces concupiscences ne pèseront pas sur vous. Qu'est-ce que la vie présente? un sommeil, et les affaires qui s'y rapportent, ne diffèrent en rien des songes. Et, de même que ceux qui dorment, font entendre des paroles insensées, et la plupart du temps n'ont que des visions malsaines , de même, en est-il de nous, ou plutôt notre condition est bien pire. Car celui qui commet, en songe, des actions coupables, ou prononce des paroles honteuses, une fois délivré du sommeil, l'est aussi de la honte, et n'a pas d'expiation à subir; ici, au contraire, et la honte, et le châtiment subsistent pour l'éternité. Autre différence encore : ceux qui sont riches en songe, une fois le jour arrivé; comprennent le néant de leurs richesses; ici, au contraire, c'est ce que l'on comprend même avant que le jour arrive ; avant notre départ d'ici bas, ces songes sont déjà loin. Secouons donc ce sommeil funeste. Car si ce jour nous surprend dormant encore, ce qui nous saisira, c'est une mort immortelle ; et avant que ce jour arrive, nous serons la proie facile de tous nos ennemis, et des hommes. et des démons; s'ils veulent notre mort, nul ne les empêchera de nous frapper. Si le grand nombre était éveillé; le danger ne serait pas si grand ; mais à peine un ou deux tiennent leur flambeau allumé, les autres dorment comme au sein de la nuit la plus profonde, voilà pourquoi nous ne pouvons trop veiller nous-mêmes, prendre trop de précautions, si nous voulons éviter d'insupportables malheurs.

3. Ne croirait-on pas que nous sommes à présent en pleine lumière? Ne croyons-nous pas être tous bien éveillés et sur nos gardes? Et pourtant (mes paroles vont provoquer peut-être votre rire, je parlerai toutefois) nous dormons tous, nous ronflons dans une nuit profonde tous tant que nous sommes. Si nos yeux pouvaient voir les substances incorporelles, je vous montrerais comment pendant que la plupart de nous ronflent, le démon perce les murs, égorge les malheureux couchés, dévalise l'intérieur de la maison, comme un malfaiteur que rien ne gêne dans l'obscurité épaisse. Mais si nos yeux ne peuvent saisir l'insensible, servons-nous de la parole pour le décrire, représentons-nous parla pensée combien sont appesantis par les passions coupables, combien sont tenus dans les chaînes d'un lourd assoupissement, combien éteignent la, (382) lumière de l'esprit. Aussi voient-ils une chose pour une autre, entendent-ils une chose pour une autre, et aucune des paroles prononcées ici ne frappe leur attention. Si je mens, si vous êtes éveillé, alors dites-moi ce qui s'est passé ici aujourd'hui, si tout ce que vous avez entendu n'a pas été pour vous comme un songe. Oh ! je sais bien que quelques-uns réclameront ; ce que je dis ne s'adresse pas à tous; mais vous, à qui mes paroles s'adressent, vous qui n'avez rien gagné à venir ici, répondez-moi, quel est le prophète, quel est l'apôtre qui s'est entretenu aujourd'hui avec nous, et de quoi? Vous ne sauriez répondre : le plus grand nombre des paroles prononcées ici, l'ont été pour vous comme dans un songe, vous n'avez rien entendu réellement. Ce que je dis s'adresse aussi aux femmes ; elles dorment, elles aussi, d'un profond sommeil, et plût au ciel que ce fût un sommeil ! Car celui qui dort, ne dit rien, soit en mal, soit en bien; mais celui qui veille comme vous veillez, lance beaucoup de paroles qui retomberont sur sa tête, supputant ses usures, roulant des pensées de gros intérêts, n'ayant dans sa tête qu'un négoce de scélératesse et d'effronterie, remplissant son âme des épines qu'il y plante, y étouffant la bonne semence jusque dans la racine. Relevez-vous; toutes ces épines, extirpez-les ; secouez votre ivresse; car de cette ivresse, vient votre sommeil. Quand je parle d'ivresse, je ne dis pas seulement l'ivresse du vin, mais celle qu'excitent en vous les soucis de la vie présente, et à cette ivresse j'ajoute celle que te vin provoque. Mon discours ne s'adresse pas aux riches seulement, mais aux pauvres, et surtout à ceux qui chargent les tables pour des repas d'amis. Il n'y a là ni plaisir, ni récréation, mais supplice et châtiment; le plaisir ne consiste pas à dire des paroles honteuses , mais à faire entendre des discours honnêtes, le plaisir consiste à se rassasier, non pas à se crever les entrailles. Si vous prenez cela pour de la volupté, montrez-la moi le soir, votre volupté. Je ne veux pas encore vous parler des conséquences funestes de ces débauches, je ne vous entretiens quant à présent que de la brièveté de cette volupté sitôt altérée; à peine le repas terminé, la joie a déjà disparu. Si je rappelais les vomissements, les pesanteurs de tête , les maladies impossibles à compter, l'âme prisonnière, captive, que pourriez-vous me répondre? Est-ce parce que nous sommes pauvres, que nous devons nous couvrir de honte?

Ce que j'en dis, ce n'est pas pour empêcher les réunions, les festins, mais pour prévenir une conduite honteuse; et puis je voudrais que les plaisirs fussent vraiment des plaisirs, et non un supplice, un châtiment, de l'ivresse, des indigestions. Apprenons aux gentils que les Chrétiens savent goûter les plaisirs, mais les plaisirs honnêtes. Car c'est l'Ecriture qui dit : « Réjouissez-vous dans le Seigneur avec tremblement ». (Ps. II , 11.) Comment se réjouir? En récitant des hymnes, en priant, en faisant entendre des psaumes, au lieu de tous ces chants ignobles. Voulez-vous que le Christ prenne place à votre table, que sa bénédiction se répande sur tous vos convives? Priez, faites entendre des chants spirituels, appelez les pauvres à partager le repas, faites y régner le bon ordre et la tempérance; voulez-vous convertir en église la salle du festin? Au lieu de vociférations indécentes et d'applaudissements, et de trépignements, faites entendre les hymnes en l'honneur du souverain maître de toutes choses. Ne me dites pas : Qu'une autre coutume a prévalu ; corrigez ce qui est mauvais. « Soit que vous mangiez », dit ailleurs l'apôtre, « soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu ». (I Cor. X, 31.) De vos impurs festins viennent les mauvais désirs, les impuretés, le mépris pour les épouses, les courtisanes en honneur; de là, la ruine des familles, des maux innombrables; tout est bouleversé; abandonnant la source pure, vous courez au cloaque immonde. Car que le corps de la courtisane ne soit qu'un cloaque immonde, je ne le demande à nul autre qu'à vous, qui vous vautrez dans ces immondices. Est-ce que vous ne rougissez pas, est-ce que vous ne vous regardez pas comme impur, quand vous avez péché? Aussi , je vous en conjure , fuyez la fornication et la mère de la fornication , l'ivresse. Pourquoi jetez-vous la semence où il n'y a pas d'espoir de moisson ? Je me trompe, quand vous moissonneriez, le fruit vous couvrirait de honte. Quand il en naîtrait un enfant, ce serait une honte pour vous, et cet enfant vous doit son malheur à vous qui l'avez fait bâtard et déshonoré par sa naissance. Et quand vous lui laisseriez des monceaux d'or, méprisé dans la famille, méprisé dans la cité, méprisé devant les tribunaux, ce ne sera (383) jamais que le fils de la courtisane, le fils de la femme esclave; et vous êtes méprisé à votre tour, soit vivant, soit mort; vous n'êtes plus de ce monde, mais ce monde garde le monument de votre déshonneur. Pourquoi donc jetez-vous ainsi la honte à pleines mains?

4. Pourquoi jeter la semence dans une terre qui ne tient qu'à corrompre son fruit? Où tant de germes sont voués à la stérilité? Où le meurtre a lieu avant la naissance? Car par vous la courtisane n'est pas seulement la courtisane, vous en faites de plus une homicide. Voyez-vous la filiation? Après l'ivresse, la fornication ; après la fornication, l'adultère; après. l'adultère , le meurtre? ou plutôt un 'crime, plus détestable encore que le meurtre; je ne sais quel terme employer. En effet, on ne tue pas ce qui est né, on empêche de naître. Pourquoi outragez-vous le don de Dieu? Pourquoi violez-vous les lois de la nature? Pourquoi une oeuvre maudite vous attire-t-elle, comme si c'était une bénédiction? Pourquoi faites-vous que les hommes trouvent la mort là où ils devraient trouver la vie? La femme qui vous a été accordée pour vous donner des enfants, vous en faites un instrument de meurtre ? Pour être toujours belle aux yeux de ses amants, toujours un objet de désir, pour extorquer plus d'argent, cette femme ne recule devant rien, et par là, c'est sur votre tête qu'elle amasse un ardent brasier, car si ces attentats sont commis par elle, c'est vous aussi qui en êtes cause. De là encore les idolâtries. Car que de femmes, pour se faire aimer de vous, ont recours aux enchantements, aux libations, aux breuvages, à mille autres machinations ! Eh bien ! en dépit de cet excès d'infamie, malgré ces meurtres, malgré ces idolâtries, le grand nombre regarde encore ces passions comme une chose indifférente, même ceux qui ont des épouses, et c'est de là que découlent les plus grands maux. Car tous ces poisons ne s'attaquent plus aux flancs de la courtisane , mais à l'épouse outragée, machinations sans nombre, appels aux démons, évocations des morts, guerres de chaque jour, combats sans trêve ni merci, querelles sans fin et sans relâche. Aussi Paul, après avoir dit : « Point d'impudicités, de dissolutions », ajoute-t-il : « Point de querelles, ni d'envies », parce qu'il sait bien que les désordres de ce genre enfantent les bouleversements des familles, les outrages faits aux enfants légitimes, des malheurs qu'on ne peut compter.

Donc, pour éviter tous ces maux, revêtons-nous du Christ, ne le quittons jamais : se revêtir du Christ, c'est ne jamais en être séparé, c'est le manifester en nous de tous côtés par la sainteté , par la douceur de nos moeurs. Cette expression, nous l'employons en parlant des amis : Il ne le quitte non plus que son habit, disons-nous (1), pour marquer un commerce inséparable. En effet, on parait selon ce qu'on a revêtu. Donc il faut que le Christ paraisse de tous côtés en nous. Et comment paraîtra-t-il ? Si vous faites les actions du Christ. « Le Fils de l'Homme », dit le Sauveur, « n'a  pas où reposer sa tête ».(Luc, IX, 58.) Imitez-le. Quand il lui fallait prendre sa nourriture, il mangeait du pain d'orge; quand il voyageait, il n'avait ni chevaux ni attelages, mais il marchait à pied au point de souffrir de la fatigue ; le sommeil nécessaire, il le prenait sur la proue d'une barque qui lui servait d'oreiller; le repos dont on avait besoin, il disait de le prendre sur l'herbe. Ses vêtements étaient grossiers, et souvent il était seul, ne menant personne à sa suite. Ce n'est pas tout; l'exemple qu'il a donné sur la croix et au milieu des outrages, méditez-le, imitez-le ; vous vous serez revêtu du Christ, si vous prenez soin de votre chair, non pour la concupiscence; car il n'y a là aucun vrai plaisir. Les désirs déréglés engendrent d'autres désirs plus tyranniques encore , et vous ne serez jamais rassasié, vous ne ferez que vous préparer une grande torture. De même que celui qui a toujours soif, eût-il à sa disposition mille sources, n'en retire aucun profit, parce qu'il lui est impossible d'éteindre en lui le mal qui le brûle, de même en est-il pour celui qui est toujours en proie à la concupiscence. Si, au contraire, vous savez vous contenir dans les limites du nécessaire., vous ne serez jamais saisi d'une telle fièvre, toutes ces impuretés s'enfuiront loin dé vous, les ivresses comme les passions lascives. Donc, mangez dans la mesure qui convient pour chasser la faim, habillez-vous comme il faut pour couvrir votre corps, ne cherchez pas dans vos vêtements une parure pour votre chair, de peur de perdre ce que vous voulez embellir; vous ne faites ainsi que rendre la chair plus faible,

 

1. Il en est coiffé.

 

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que compromettre une santé que la mollesse énerve. Pour qu'elle soit l'heureux véhicule de votre âme, pour que le pilote tienne ferme le gouvernail, pour que le soldat manie facilement ses armes, sachez bien disposer toutes choses. Ce n'est pas la richesse, c'est le petit nombre des besoins, qui met l'homme hors d'atteinte. Le riche, même quand ii n'éprouve aucune perte, a peur d'en éprouver; le pauvre, même quand il subit l'injustice, est mieux disposé que ceux qu'on n'a pas lésés, et grâce à son esprit, il ressent mieux l'allégresse et la joie. Donc ne cherchons pas à nous préserver des outrages, mais à rendre impossibles les outrages que l'on voudrait nous faire. Or nous n'y réussirons qu'à la condition de nous contenir dans les limites du nécessaire, sans rien désirer par de là. C'est ainsi qu'il nous sera donné de goûter même ici-bas les plaisirs, et d'obtenir les biens futurs, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, la puissance, l'honneur, maintenant et toujours , et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

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