ROMAINS XXX
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HOMELIE XXX. MAINTENANT JE M'EN VAIS A JÉRUSALEM POUR SERVIR AUX SAINTS QUELQUES AUMÔNES, CAR LA MACÉDOINE ET L'ACHAÏE ONT RÉSOLU AFFECTUEUSEMENT DE FAIRE QUELQUE PART DE LEURS BIENS A CEUX D'ENTRE LES SAINTS DE JÉRUSALEM QUI SONT PAUVRES. ILS L'ONT RÉSOLU AFFECTUEUSEMENT, ET, EN EFFET, ILS LEUR SONT REDEVABLES. (XV, 25, 26, 27, JUSQU'A XVI, 4.)

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Analyse.

 

1-3. Sur les aumônes que saint Paul allait porter à Jérusalem. — S'il en parle aux Romains, c'est pour les exhorter, avec ménagement, à la charité. — Le mot bénédiction, synonyme d'aumône.- Des saints personnages particulièrement recommandables à cette époque par leur' charité ; de la diaconesse Phébé, de Priscilla et d'Aquilas, faiseurs de tentes, chez qui saint Paul avait logé et travaillé de ses mains.

4. Èloge de Priscilla. — De la lecture des épîtres de saint Paul, et des autres livres de l'Ecriture. — Contre le faste, l'orgueil, l'attachement aux richesses.

 

1. Il a dit, plus haut: « N'ayant plus maintenant aucun sujet de demeurer davantage dans ce pays-ci, et désirant, depuis plusieurs années, de vous aller voir », et cependant il ne peut pas encore se rendre auprès d'eux ; pour éviter d'avoir l'air de s'être joué d'eux, il leur dit la cause de son retard, et de là ces mots : « Je m'en vais à Jérusalem ». On pourrait croire qu'il ne fait qu'expliquer son retard, mais il a encore un autre but, c'est de les disposer à l'aumône, c'est d'exciter leur charité. Si son zèle ne l'eût pas porté à les exciter à cette vertu, il lui suffisait de leur dire: «Je m'en vais à Jérusalem »; il fait plus, il leur dit maintenant la cause de son voyage « Je m'en vais», dit-il, « pour servir aux saints quelques aumônes ». Et il insiste, et il raisonne : « Ils leur sont redevables », dit-il, et encore : « Car, si les gentils ont participé aux  richesses spirituelles des Juifs, ils doivent aussi faire part de leurs biens temporels ». C'est pour apprendre aux Romains à imiter ceux de la Macédoine et de l'Achaïe. Aussi ne peut-on trop admirer cette habileté de l'apôtre, dans sa minière de conseiller; il se faisait .bien mieux écouter que s'il leur eût donné un conseil direct. Les Romains auraient pu regarder comme un outrage qu'on se fût servi de Corinthiens et de Macédoniens, comme de modèles à leur adresse. L'apôtre ne fait aucune difficulté d'écrire aux Corinthiens : « Il faut que je vous fasse savoir la grâce que Dieu a faite aux Eglises de la Macédoine » (II Cor. VIII, 1); d'exciter les Macédoniens, par l'exemple des Corinthiens : « Votre zèle en a excité plusieurs autres ». (Ibid. IX, 2.) Les Galates lui servent aussi de terme de comparaison : « Ce que j'ai ordonné aux Eglises de Galatie, faites-le de votre côté » (I Cor. XVI, 1) ; mais, quand il s'adresse aux Romains, ce n'est pas du tout le même style; l'apôtre a beaucoup plus de ménagements. En ce qui concerne la prédication, même manière de procéder, comme lorsqu'il lui arrive de dire : « Est-ce de vous que la parole de Dieu est sortie? ou n'est-elle venue qu'à vous seuls? » (Ibid. XIV, 36.) C'est que rien n'a autant de force que le zèle de l'émulation. Voilà pourquoi il y revient souvent; ailleurs encore il dit: « C'est ce que j'ordonne dans toutes les Eglises » ; et encore : « C'est ce que j'enseigne dans toute Eglise ». (Ibid. VII, 17; IV, 17.) Aux Colossiens, il disait: « L'Evangile de Dieu fructifie et grandit dans le monde entier ». (Coloss. I, 6.) C'est toujours le même système qu'il suit en ce moment, à propos de l'aumône.

 

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Et considérez la grandeur des expressions qu'il emploie; il ne dit. pas : Je m'en vais, emportant des aumônes, mais: « Pour servir aux saints quelques aumônes». Si Paul se faisait serviteur de l'aumône, considérez la grandeur de cette vertu, voyez le maître, le docteur de toutes les nations, qui veut bien transporter des aumônes, qui, au moment d'aller à Rome, quel que soit son désir de voir les Romains, fait passer ce service avant son plaisir. « Car la Macédoine et l'Achaïe ont résolu affectueusement » , c'est-à-dire, ont trouvé bon, ont éprouvé le désir « de faire quelque part..... » Il ne dit pas de faire quelque aumône, mais « de faire quelque part..... » Ce « quelque » n'est pas mis là sans intention; l'apôtre ne veut pas avoir l'air de les censurer. Et il ne dit pas simplement : Aux pauvres; mais : « A ceux d'entre les saints qui sont pauvres » ; deux titres de recommandation, la vertu et la pauvreté. Maintenant, ce n'est pas encore assez, il ajoute : « Ils leur sont redevables ». Ensuite, Paul fait voir comment redevables. « Car, si les gentils ont participé », dit-il, « aux richesses spirituelles des Juifs , ils doivent aussi, dans les biens temporels leur servir leur part ». Voilà ce qu'il veut dire C'est pour les Juifs que le Christ est venu, c'est aux Juifs que toutes les promesses ont été faites, c'est d'eux qu'est sorti le Christ; aussi disait-il : « C'est des Juifs que vient le salut » (Jean, IV, 22), c'est d'eux que sortent les apôtres , c'est d'eux que sortent les prophètes , c'est d'eux que sortent tous les biens. La terre a donc partagé avec eux toutes ces richesses. Donc, si vous avez participé aux biens les plus considérables, dit-il, si vous avez pris votre part des festins préparés pour eux, selon la parabole de l'Evangile, vous devez aussi leur communiquer les biens temporels, et leur réserver aussi une part de ces biens. Et il ne dit pas leur faire leur part, mais « leur servir »; il en fait des diacres, il en fait des tributaires s'acquittant envers des rois. Et il ne dit pas Dans vos biens temporels, comme il a dit dans leurs richesses spirituelles; car les richesses spirituelles appartenaient réellement aux Juifs, tandis que les biens temporels n'appartiennent pas seulement aux gentils; la possession en est commune à tous : en effet l'ordre de Dieu c'est que les richesses soient pour tous, et non-seulement pour ceux qui les tiennent en leur pouvoir.

« Lors donc que je me serai acquitté de ce devoir, et que je leur aurai consigné ce fruit (28) », c'est-à-dire, que je l'aurai déposé comme on verse une somme dans les coffres du souverain, comme on met une somme à l'abri des coups de main, dans un lieu sûr; et il ne dit pas : L'aumône, mais, voyez, encore : « Ce fruit », afin de montrer le profit que font par là ceux qui le donnent : « Je passerai par chez vous pour aller en Espagne». S'il parle ici de l'Espagne, c'est pour montrer l'empressement de son zèle ardent pour les Espagnols. « Or je sais que mon arrivée auprès de vous sera accompagnée d'une abondante bénédiction de l'Evangile de Jésus-Christ ». Qu'est-ce à dire « d'une abondante bénédiction? (29) ».  Ou il parle d'argent versé en aumônes, ou il n'entend parler simplement que de toutes les bonnes oeuvres. L'habitude de l'apôtre est d'exprimer souvent l'aumône par le mot de bénédiction; exemple que ce soit un don « de la bénédiction, et non de l'avarice ». (II Cor. IX, 5.) C'était anciennement le terme usité pour dire l'aumône. Mais comme il ajoute : « De l'Evangile », nous croyons qu'il n'entend pas ici parler uniquement d'argent, mais, en même temps, de tous les autres biens, comme s'il disait : Je sais qu'en arrivant je vous verrai riches de tous les biens, parés de toutes les vertus, dignes de louanges sans nombre selon l'Evangile. Et c'est une admirable manière de conseiller que de débuter avec eux par des éloges anticipés. Ne voulant pas user à leur égard d'une exhortation directe, il a recours à ce moyeu insinuant pour les avertir : « Je vous conjure donc, par Notre Seigneur Jésus-Christ, et par la charité du Saint-Esprit (30) ».

2. Ici maintenant, il met en avant le Christ et le Saint-Esprit, sans faire aucune mention du Père. Ce que je vous fais observer, afin que quand vous le verrez nommer le Père et le Fils, ou le Père seulement, vous ne vous imaginiez pas qu'il exclut ni le Fils, ni l'Esprit. Et il ne dit pas : Par le Saint-Esprit, mais : « Par la charité du Saint-Esprit ». Car de même que le Christ, de même que le Père a aimé le monde, ainsi fait le Saint-Esprit. Mais de quoi nous conjurez-vous, répondez? «De combattre avec moi par les prières que vous ferez à Dieu pour moi, afin que je sois délivré des incrédules qui sont en Judée (31) ». Il avait donc, il faut le croire, une grande lutte à (417) soutenir; voilà pourquoi il a recours à leurs prières. Et il ne dit pas. Afin que je me mesure avec les incrédules, mais : « Afin que je sois délivré »; c'est conforme au précepte du Christ : « Priez, pour ne pas entrer en tentation ». (Matth. XX, 41.) Ces paroles avaient pour but rte montrer que des loups cruels, que des êtres qui ressemblaient plus à des bêtes féroces qu'à des hommes, voulaient se jeter sur lui. Paul avait encore une autre pensée; il veut prouver que c'est avec raison qu'il s'est fait de cette manière le serviteur des saints, si le nombre des incrédules était si grand que des prières fussent nécessaires pour l'en délivrer. Au milieu de tant d'ennemis, les saints étaient exposés à mourir de faim ; de là, la nécessité de leur procurer des vivres venant d'ailleurs. « Et que les saints de Jérusalem reçoivent favorablement mon service et mes soins » ; c'est-à-dire, et que mon sacrifice soit bien accueilli , que mes dons leur soient agréables. Voyez-vous comme il relève maintenant la dignité de ceux qui reçoivent, puisqu'il réclame les prières d'un si grand peuple, pour que ses dons soient reçus? Il montre en outre, par ces paroles, une autre pensée, à savoir que l'aumône toute seule ne suffit pas. Quand ou ne donne due parce que l'on y est forcé, quand on donne ce qui est mal acquis, quand on se propose une vaine gloire, le fruit est perdu.

« Et que je sois plein de joie, quand j'irai auprès de vous, si c'est la volonté de Dieu (32) ». De même qu'il disait eu commençant : « Que je trouve enfin quelque voie favorable, si c'est la volonté de Dieu, pour aller vers vous » (Rom. I, 10); de même ici, c'est sous la même volonté qu'il s'abrite, et il dit : Je me hâte , je prie pour être délivré des dangers de Jérusalem, afin de vous voir au plus vite, et de vous voir remplis de joie, sans y trouver aucun motif d'affliction. « Et que je goûte le repos avec vous ». Voyez encore ici quelle modestie il montre. Il ne dit pas : Et que je vous instruise, que je vous donne des règles de vie, mais: « Et que je goûte le repos avec vous ». Or c'était un athlète infatigable ; comment donc peut il dire : « Que je goûte le repos? » Il fait entendre des paroles qui leur soient agréables, qui relèvent leurs courages, qui les associent à ses couronnes, qui les montrent, eux aussi, prenant leur part des combats et des sueurs. Ensuite, selon son habitude, il joint la prière à l'exhortation, il dit : « Que le Dieu de paix soit avec vous tous ». Amen. « Je vous recommande notre soeur Phébé, diaconesse de l'Eglise de Cenchrée». (XVI,1.) Voyez quel honneur il lui fait; il la nomme avant tous les autres, et il l'appelle sueur; ce n'est pas un honneur vulgaire, que d'être appelée soeur de Paul. Et il joint encore à ce titre une dignité; il l'appelle diaconesse. «Afin que vous là receviez dans le Seigneur, comme il est digne de recevoir les saints (2) ». Ce qui veut dire : afin qu'en considération du Seigneur, elle soit honorée auprès de vous. En effet, celui qui reçoit, en considération du Seigneur, supposé même qu'il ne reçoive pas un personnage considérable , le reçoit avec empressement; or, quand il arrive que c'est une sainte, considérez de quels soins il convient de l'entourer. Voilà pourquoi l'apôtre ajoute « Comme il est digne de recevoir les saints », comme le devoir commande d'accueillir de telles personnes. Or, vous devez l'honorer pour deux raisons, et à cause du Seigneur, et parce que c'est une sainte. « Et que vous l'assistiez dans toutes les choses où elle pourrait avoir besoin de vous ». Voyez-vous comme il tient à ne pas être importun? Il ne dit pas : Et que vous la mettiez à son aise, mais : Et que vous fassiez ce qui dépend de vous, et que vous lui tendiez la main, et cela, dans les circonstances où elle pourrait avoir besoin de vous, non pas absolument dans tous ses embarras, mais seulement lorsque votre aide lui serait nécessaire; or elle n'aura besoin de vous qu'autant que vous pourrez l'obliger. Ensuite vient un éloge incomparable : « Car elle en a assisté elle-même plusieurs, et moi en particulier ». Comprenez-vous la prudence de l'apôtre? Pour commencer, des éloges; ensuite, au milieu, l'exhortation; ensuite, de nouveaux éloges; il enferme, des deux côtés, les services auxquels a droit cette bienheureuse femme dans les louanges qu’il fait d'elle. Comment refuser le nom rte bienheureuse à celle femme qui a mérité de la part de Paul un si beau témoignage, qui a été à même d'assister celui qui a instruit la terre? Car voilà ce qui a mis le comble à sa gloire; aussi l'apôtre n'énonce-t-il ce litre qu'en dernier lieu : « Et moi, en particulier». Qu'est-ce à dire : « Et moi en particulier?» Moi, le héraut des nations, moi qui ai souffert tant d'épreuves, moi qui suffis à tant de milliers d'hommes. Imitons donc cette sainte, (418) imitons-la, hommes et femmes, et imitons, après elle, cette autre sainte que nous allons voir avec sou mari. Quel est ce couple? « Saluez », dit-il, « de ma part, Priscilla et Aquilas, qui ont travaillé avec moi, en Jésus-Christ (3) ». Luc aussi témoigne de leur vertu, par ces paroles : « Paul demeura au« près d'eux, parce que leur métier était de faire des tentes »; c'est dans le chapitre où Luc montre cette sainte femme retirant chez elle Apollon et l'instruisant de la voie du Seigneur. (Act. XVIII, 2, 3.)

3. Voilà de grands titres, mais Paul leur en décerne de bien plus grands encore. Car que dit-il? D'abord, ils ont, dit-il, travaillé avec lui; ses fatigues inouïes , ses dangers , l'apôtre montre qu'ils les ont partagés. Ensuite il ajoute : « Qui ont exposé leur tête, pour me sauver la vie (4) ». Voyez-vous les martyrs prêts à tout? Evidemment, sous Néron, les fidèles couraient mille dangers, il avait donné l'ordre d'expulser de Rome tous les Juifs. «Et à qui je ne suis pas le seul qui soit obligé, mais encore toutes les Eglises des gentils ». Il fait entendre ici l'hospitalité reçue avec des secours en argent, et il les exalte parce qu'ils lui auraient donné tout leur sang, tout ce qu'ils avaient. Voyez-vous ces femmes généreuses, dont le sexe n'embarrasse nullement l'essor qui les transporte à la plus haute vertu? Et il n'y a là rien de surprenant : « Car, en Jésus-Christ, il n'y a ni homme ni femme ». (Gal. III, 28.) Et maintenant, ce que Paul a dit de Phébé, il le dit également de celle-ci : ses paroles, à propos de la première, étaient: Elle en a assisté plusieurs, et moi, « en particulier » ; à propos de la seconde, écoutez : « A qui je ne suis pas le seul qui soit obligé, mais encore toutes les Eglises des gentils ». Et pour ne pas paraître faire entendre une flatterie, il produit d'autres témoins qui sont bien plus considérables en nombre que ces femmes. «Saluez aussi l'Eglise qui est dans leur maison ».

C'étaient de si saintes personnes, qu'elles faisaient, de leur maison , une Eglise, et parce qu'elles rendaient fidèles tous ceux qui la fréquentaient, et parce qu'elles l'ouvraient à tous les étrangers. L'apôtre ne prodigue pas aux demeures particulières le nom d'Eglises, il veut que la piété, il veut que la crainte de Dieu y soit profonde, enracinée. Voilà pourquoi il disait aussi aux Corinthiens , « Saluez Aquilas et Priscilla, avec l'Eglise qui est dans leur maison » (I Cor. XVI, 19); et, dans la lettre où il recommande Onésime : « Paul à Philémon et à notre bien-aimée Appie, et à l'Eglise qui est dans votre maison ». (Philém. I, 1, 2.) On peut être marié, et montrer de grandes vertus. Voyez, ces personnes étaient mariées, leurs vertus les faisaient briller, quoique leur profession fût peu brillante, ce n'étaient que des faiseurs de tentes; leur vertu relève l'humilité de leur condition, et les a rendus plus éclatants que le soleil ; ni leur profession, ni le joug du mariage ne leur a porté de préjudice, ils ont montré cette charité que Jésus-Christ a réclamée de nous : « Personne en effet », dit-il, « ne peut avoir un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis ». (Jean, XV, 13.) Ce qui est le caractère distinctif du disciple, ils l'ont glorieusement montré; ils ont pris la croix et ont suivi la route. Ceux qui ont fait cela pour Paul ont bien plus encore montré leur courage pour Jésus-Christ.

Ecoutez ces paroles, riches et pauvres. Si les ouvriers qui vivent de leurs mains, qui ont à conduire un atelier, ont montré une générosité si large, qu'ils, ont été utiles à un grand nombre d'Eglises, quelle pourrait être l'excuse des riches qui méprisent les pauvres? Ces fidèles n'ont pas même épargné leur sang dans leur désir de se rendre agréables à Dieu; et vous, vous épargnez des biens sans valeur qui souvent vous font négliger votre âme. Mais, peut-être, ils se sont ainsi conduits envers le maître, mais, envers les disciples, ils n'agissaient pas de même? Il est impossible de tenir un pareil discours : les Eglises des gentils, dit l'apôtre, leur rendent des actions de grâces. Sans doute, c'étaient des Juifs ; pourtant leur foi était si sincère qu'ils se mettaient avec un zèle ardent au service des gentils. Tel doit être l'exemple des femmes : « Ni frisures, ni or, ni habits somptueux » (I Tim. II, 9); qu'elles se parent de semblables vertus.

Quelle reine, répondez-moi, a jamais brillé d'un si vif éclat, a mérité un si bel éloge que cette femme d'un faiseur de tentes? Elle est dans toutes les bouches, non-seulement pour dix ou vingt ans, mais jusqu'à l'avènement du Christ, et tous les discours qui la glorifient lui font une parure plus belle qu'un diadème impérial. Quelle gloire supérieure , quelle gloire égale à la gloire d'avoir assisté Paul, d'avoir, en s'exposant aux périls, sauvé le (419) maître de la terre? Réfléchissez, voyez de combien de reines les noms sont passés sous silence; mais partout on célèbre l'épouse de l'artisan; tous les lieux que le soleil éclaire entendent l'éloge de cette femme : les Perses, les Scythes, les Thraces, les peuples qui habitent aux extrémités du monde, célèbrent la vertu de cette femme, et là proclament bienheureuse. Quelles richesses, combien de diadèmes et de manteaux de pourpre ne jetteriez-vous pas volontiers sous vos pieds pour attacher à votre nom un pareil témoignage ? Et impossible de dire qu'ils ont tenu cette conduite alors, au milieu des dangers, qu'ils ont été généreux parce qu'ils étaient riches , mais qu'ils étaient indifférents à la prédication ; c'est précisément à cause de leur zèle pour l'Evangile que l'apôtre dit : Ils ont coopéré, ils ont travaillé avec moi. Et Paul ne craint pas de dire qu'une femme a travaillé à son oeuvre; Paul, ce vase d'élection va jusqu'à se glorifier de son assistance ; il ne regarde pas le sexe, c'est la volonté généreuse qu'il couronne. Quelle parure égalerait cette parure? Parlez-moi maintenant de vos richesses fragiles, fugitives, de votre beauté, de vos ornements, de votre gloire frivole! Apprenez-donc que la beauté d'une femme, ce n'est pas son corps qui la lui donne, c'est l'âme qui s'embellit d'une beauté impérissable, qu'on ne dépose pas dans un coffre, qui s'épanouit pour toujours dans le ciel.

4. Voyez les labeurs qu'ils acceptent pour la prédication , la couronne qu'ils conquièrent parle martyre, leur générosité quant à l'argent, leur charité à l'égard de Paul , leur amour pour le Christ; comparez, femme chrétienne, cette conduite à la vôtre, à votre -passion pour l'argent, à votre émulation pour les femmes perdues, à cette idolâtrie d'une chair qui n'est qu'un peu d'herbe ; vous verrez mieux alors quels étaient ces personnages, et qui vous êtes. Ou plutôt, ne vous contentez pas de comparaisons, imitez cette femme, jetez bas cette charge d'herbes sans valeur (c'est ainsi qu'il faut appeler votre magnificence dans vos ajustements), revêtez-vous des parures du ciel, et apprenez ce qui a fait Priscilla ce qu'elle était, ainsi que son mari. Donc, qui les a faits ce qu'ils ont été? L'hospitalité de deux ans qu'ils ont donnée à Paul ; cette durée de deux ans, quel travail n'a-t-elle pas opéré dans leur âme? Mais, dira-t-on, que puis-je faire moi qui n'ai pas ce même Paul? Il ne tient qu'à vous de le posséder mieux encore; ce n'est pas la vue de Paul qui les a ainsi façonnés, ce sont ses discours. Il ne tient qu'à vous d'entendre et Paul, et Pierre, et Jean, et tout le choeur des prophètes, sans qu'aucun y manque, avec les apôtres, de vous en faire une société qui ne vous quitte jamais. Prenez les livres de ces bienheureux, conversez toujours avec leurs écrits, ils pourront vous édifier à la ressemblance de cette femme du faiseur de tentes. Mais à quoi bon vous parler de Paul? Si vous voulez, vous posséderez le Maître lui-même, le Maître de Paul; par la langue de Paul, c'est lui-même qui conversera avec vous. Et vous avez encore un autre moyen de le recevoir, c'est de recevoir les saints, c'est de mettre vos soins au service de ceux qui croient en lui ; c'est ainsi que, même après leur départ, vous posséderez des souvenirs de piété. Car il suffit d'une table où le saint a mangé, d'une chaise où il s'est assis, d'un lit où il a couché, pour toucher le coeur de celui qui l'a reçu, même après le départ de l'homme saint.

Vous faites-vous bien l'idée de ce qui touchait le coeur de l'antique Sunamite, entrant dans cette chambre d'en-haut, où logeait Elisée, à la vue de la table, à la vue du lit où dormait cet illustre saint? Quels sentiments de piété ne retirait-elle pas d'un pareil spectacle? Non, elle n'y aurait pas jeté le corps de son fils sans vie, s'il en eût été autrement, si elle n'en eût recueilli une grande utilité. Si nous-mêmes, lorsque nous pénétrons, après un si long espace de temps, dans les lieux ou Paul séjournait, où il était chargé de fers, où il s'asseyait et discourait, nous nous sentons transportés, comme sur des ailes, perdant de vue ces lieux mêmes vers la mémoire de ces jours si glorieux , représentez-vous les faits encore récents, quelle émotion ne devaient pas éprouver les pieux fidèles qui lui donnaient l'hospitalité? Donc, sous l'empire de ces pensées, recevons les saints, afin que notre demeure devienne resplendissante, que toutes les épines en disparaissent, que notre maison soit un port de salut; recevons-les, et lavons leurs pieds. Tu n'es pas, qui que tu sois, ô femme, tu n'es pas supérieure à Sara, ni de plus haute naissance, ni plus riche, quand tu serais une reine. Elle avait trois cent dix-huit serviteurs, Sara, dans un temps où deux domestiques faisaient dire d'un homme : il est (420) riche. Et à quoi bon vous parler de ces trois cent dix-huit serviteurs? La terre entière appartenait à sa race, en vertu des promesses, elle avait pour époux, l'ami de Dieu, elle avait Dieu lui-même pour protecteur, honneur qui surpasse toutes les royautés. Eh bien ! à ce faîte resplendissant de gloire, elle-même mélangeait la farine; rendait de ses propres mains tous les autres services, et. envers les hôtes assis à sa table, elle remplissait l'office d'une servante. Tu n'es pas, ô homme, de meilleure noblesse qu'Abraham, qui faisait les fonctions des serviteurs, après ses glorieux trophées, après ses victoires, après avoir reçu tant d'honneurs du roi d'Egypte, après avoir, chassé devant lui les rois de Perse, après avoir dressé les trophées de ses faits d'armes éclatants. Et ne considérez pas l'aspect mi>érable des saints qui sont portés vers vous, des mendiants, des malheureux en haillons, pour la plupart ; rappelez-vous la parole qui vous dit : « Autant de fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi-même que vous l'avez fait » ; et : « Ne méprisez aucun de ces petits, parce que leurs anges voient sans cesse la face de notre Père qui est dans les cieux » (Matth, XXV, 40, et XVIII, 10) ; recevez-les avec joie. ; leurs saluts de paix vous apportent des biens en foule.

En même temps que vous méditez sur Sara, voyez aussi Rébecca; elle puisait de l'eau, elle donnait à boire, elle invitait l'étranger à entrer dans sa demeure, elle foulait tout orgueil à ses pieds; aussi a-t-elle reçu les grandes récompenses de son hospitalité. Il ne tient qu'à vous d'en recevoir de plus grandes encore. Car ce n'est pas seulement un fils que Dieu vous donnera pour récompense, mais le ciel, et tous les biens qu'il renferme, et plus de géhenne à redouter, plus de péchés à expier ! Il est grand, n'en doutez pas, il est d'une grandeur incomparable, le fruit de l'hospitalité.

C'est ainsi que Jéthro; tout barbare qu'il était, eut pour gendre celui qui commandait à la mer avec tant d'autorité ; ses filles, dans leurs filets, prirent cette proie si digne d'être enviée. Réfléchis, ô femme, à ces vieilles histoires, médite sur lés vertus viriles des femmes d'autrefois, et foule donc aux pieds le faste présent, et les parures, et la toilette, et toutes les dorures, avec tous tes parfums; loin de toi la nonchalance, la lâche délicatesse, le calcul dans les allures du corps et dans la démarche, toutes ces préoccupations de la chair, applique-les à ton âme, et allume dans ton âme le désir du ciel. Une fois brûlante de cet amour, tu reconnaîtras ce qui n'est que boue et fumier, tu tourneras en dérision ce que tu admires maintenant; il n'est pas possible qu'une femme embellie des perfections spirituelles recherche ce qui ne mérite que les rires du mépris. Rejetant donc, ô femme, loin de toi, ce qui ne charme que les femmes des places publiques, ce qui fait la joie des sauteuses et des joueuses de flûte, fais ta vie de l'hospitalité, des services à rendre aux saints, de la componction du coeur, de l'assiduité dans les prières. Voilà ce qui vaut mieux que des vêtements d'or, voilà ce qui est plus digne de nos respects que des pierreries et que des colliers; voilà ce qui fait la considération auprès des hommes, et ce qui assure de la part de Dieu, une magnifique récompense. Voilà la parure de l'Eglise, l'autre est pour les théâtres; voilà ce qui convient au ciel; l'autre est bonne pour des chevaux et pour des mulets; cette autre, on la met jusque sur des corps morts, la parure dont je parle, elle brille, mais seulement dans l'âme juste, de tout l'éclat du Christ qui réside en elle. Sachons donc mettre la main sur cette parure, afin d'être partout, nous aussi, célébrés et glorieux, afin d'être agréables à Jésus-Christ, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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