ROMAINS XXXII
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HOMÉLIE XXXII. JE VOUS EXHORTE, MES FRÈRES, A PRENDRE GARDE A CEUX QUI CAUSENT LES DISSENSIONS ET LES SCANDALES, CONTRE LA DOCTRINE QUE VOUS AVEZ APPRISE, ET DE VOUS DÉTOURNER D'EUX. CAR DE TELLES GENS NE SERVENT POINT NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST, MAIS LEUR VENTRE ; ET, PAR DES PAROLES DOUCES ET FLATTEUSES, ILS SÉDUISENT LES AMES SIMPLES. (XVI, 17, 18, JUSQU'À LA FIN DE L'ÉPÎTRE. )

 

Analyse.

 

1 et 2. Il faut fuir ceux qui causent des divisions et des scandales. — Douceur de Paul dans ses exhortations. — Douceur funeste des hommes sensuels qui égarent les fidèles par leurs flatteries. — Dans les paroles de saint Paul, la prière et les prophéties s'unissent aux exhortations. — II ne faut ni la prière sans les couvres, ai tes couvres sans la prière. —Saluts envoyés par divers personnages de la compagnie de saint Paul.

3 et 4. Eloge éloquent de saint Paul. — Rome glorifiée parce qu'elle possède les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul. — Qui me donnera d'embrasser le corps de Paul? — Je voudrais voir la poussière de ses mains qui furent chargées de chaînes et imposaient l'Esprit! — Saint Paul, vainqueur des démons et des sages de la terre. — Et cependant ce n'était qu'un homme comme nous.

 

1. Encore une exhortation , et une prière après l'exhortation. En effet, après avoir dit de prendre garde à ceux qui causent les dissensions, et de ne pas les écouter, il ajoute : « Que le Dieu de paix brise bientôt Satan sous vos pieds »; et : « Que la grâce de Notre-Seigneur soit avec vous (20) ». Voyez quelle douceur dans cette exhortation ; il ne (429) conseille pas, il supplie Dieu, et ses paroles sont remplies d'égards pour les fidèles; il les appelle d'abord ses frères, et ensuite il adresse pour eux au ciel ses supplications. « Je vous exhorte », dit-il, « mes frères ». Ensuite, pour exciter leurs inquiétudes, il leur montre la ruse des ennemis qui les menacent. Comme la perfidie se cache, il l'indique par ces paroles : « Je vous exhorte à prendre garde », c'est-à-dire, à scruter avec un soin rigoureux, à bien vous rendre compte, à vous renseigner exactement. A quel sujet, je vous prie? Au sujet de ces hommes, « Qui causent les dissensions et les scandales contre la doctrine que vous avez apprise ». C'est que rien ne bouleverse plus l'Église que les divisions : ce sont là les armes du démon, c'est là ce qui met tout sens dessus dessous. Tant que le corps reste uni, impossible à lui d'y pénétrer, mais la division produit le scandale. Maintenant, d'où vient la division? des doctrines contraires à l'enseignement des apôtres. Et ces doctrines, d'où viennent-elles? de la sensualité asservie au ventre, et des autres passions. « Car de telles gens », dit-il, « ne servent point Notre-Seigneur, mais leur a ventre ». De telle sorte qu'on ne verrait ni scandales, ni division, si l'on ne concevait pas des doctrines contraires à l'enseignement apostolique; ce que montrent ici ces paroles : « Contre la doctrine ». Et Paul ne dit pas Que nous vous avons enseignée, mais : « Que « vous avez apprise », il les prévient, il leur montre qu'ils ont été persuadés, qu'ils l'ont entendue, qu'ils l'uni acceptée ! Or, maintenant que ferons-nous à ceux qui mutilent de tels enseignements ? L'apôtre ne dit pas Marchez coutre eux, combattez, mais : « Et de vous détourner d'eux ». En effet, si leur conduite était un effet de l'ignorance ou de l'erreur, il faudrait les redresser; mais ils savent ce qu'ils fout, écartez-vous.

Ailleurs encore, il tient le même langage «Retirez-vous », dit-il, « loin de tout frère, qui va et vient, d'une manière déréglée ». (II Thess. III, 6.) Au sujet de l'ouvrier en cuivre, il exhorte Timothée en ces termes « Gardez-vous de lui ». (II Tim. IV, 15.) Ensuite il tourne en dérision les fauteurs de ces désordres, it explique leur conduite, pourquoi ils suscitent la division : « Car de telles gens », dit-il, « ne servent point Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais leur ventre ». C'est ce qu'il écrivait aux Philippiens : « Qui font leur Dieu de leur ventre ». (Philipp. III, 19.) Il me parait ici vouloir désigner les Juifs, qu'il accuse surtout ordinairement d'être asservis à leur ventre. En effet, il écrit à Tite, à leur sujet : « Mauvaises bêtes, qui n'ont d'énergie que pour leur ventre ». (Tit. I, 12.) Et le Christ, les accusant pour la même raison , disait : « Vous dévorez les maisons des veuves ». (Matth. XXIII, 14.) Les prophètes dirigent contre eux les mêmes accusations : « Il s'est engraissé », dit le texte, « il s'est rempli d'embonpoint, et il s'est révolté, le bien-aimé ». De là les exhortations de Moïse : « Après avoir mangé, après avoir bu, après vous être rempli, souvenez-vous du Seigneur votre Dieu ». (Deutér. XXXII, 15 et VI, 12, 13.) Dans l'Évangile, on les entend dire au Christ : « Quel signe nous montrez-vous? » (Jean, II, 18.) Et alors, oubliant tous les miracles qu'ils ont vus, ils ne se souviennent que de la manne; partout ils se montrent possédés de ce vice. Comment ne pas rougir de reconnaître pour ses maîtres des hommes esclaves de leur ventre, quand on est le frère du Christ? Voilà, d'une part, la cause, l'occasion de ces désordres; quant à la manière dont cette dépravation se propage, c'est encore une autre maladie; il faut, d'autre part, reconnaître la flatterie. « Par des paroles douces et flatteuses ils séduisent les âmes simples ». C'est avec raison que l'apôtre dit : « Par des paroles douces et flatteuses », car leur flatterie ne va pas plus loin que les paroles, leur pensée n'a rien qui respire la douceur, elle est pleine de ruse. Et la lettre ne dit pas. Ils vous séduisent, mais: « Ils séduisent les âmes simples ».

Paul ne s'arrête pas là; pour ne pas offenser ceux à qui il s'adresse, il ajoute : « Votre obéissance est parvenue à la connaissance « de tous (t9) ». Ce qu'il dit, c'est pour les empêcher de se déshonorer, il les prévient par ses éloges, il les retient par le grand nombre des témoins qui les regardent. Je ne suis pas le seul, en effet, qui rende de vous ce témoignage, le monde entier en fait autant. Et il ne dit pas : Votre sagesse, mais : « Votre obéissance », c'est-à-dire, votre foi, ce qui est un témoignage de la douceur de leur esprit. « Je m'en réjouis pour vous ». Il n'y a pas là un éloge à dédaigner. vient ensuite, après la louange, un avertissement. Il ne veut pas, en les mettant hors d'accusation, vu leur (430) ignorance, autoriser leur relâchement; de là ce qu'il leur fait entendre par ces paroles : « Mais je désire que vous soyez sages dans le bien, et simples dans le mal ». Voyez-vous maintenant comme il les attaque, quoiqu'il le fasse sans qu'on puisse lui répondre? Il veut faire entendre que quelques uns parmi eux se sont laissé séduire. « Que le Dieu de paix brise bientôt Satan sous vos pieds (20) ». Après avoir parlé de ceux qui causent les dissensions et les scandales, il les entretient du Dieu de paix pour leur donner la confiance de se voir délivrer des hommes dangereux. Car celui qui aime la paix, fera disparaître ce qui peut la troubler. Et il ne dit pas : Que Dieu soumette ; l'expression est plus énergique: que Dieu « Brise », et non-seulement ces pervers, mais leur chef, l'auteur de tous ces désordres, « Satan ». Et non-seulement brise, mais : « Sous vos pieds »; c'est vous qui remporterez la victoire, c'est vous que rendra illustres un glorieux trophée. Autre consolation encore, prise du temps : « Bientôt ». Et il y a là tout ensemble urge prière et une prophétie. « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous ». C'est l'arme la plus puissante, le mur indestructible, la tour inébranlable ; c'est pour raviver leur ardeur qu'il rappelle la grâce à leurs pensées. Si vous avez été délivrés des maux les plus redoutables, et cela uniquement par la grâce, à bien-plus fore raison vous sauvera-t-elle de ceux (lui le sont moins, parce que vous serez devenus les amis de Dieu , parce que vous aurez contribué de tout ce qui dépend de vous.

2. Voyez-vous comme il ne veut ni de la prière sans les oeuvres, ni des oeuvres sans la prière? Ce n'est qu'après avoir rendu témoignage de leur obéissance qu'il prie pour eux, montrant par là le double besoin que nous avons, et d'agir par nous-mêmes, et d'être assistés de Dieu, si nous devons assurer notre salut à force de soins. Nous n'avons pas eu, autrefois seulement, besoin de la grâce, si forts que nous soyons, quelques preuves que nous ayons données, maintenant encore ce secours nous est nécessaire. « Recevez-le salut « de Timothée, compagnon de mes travaux (2l) ». Voyez-vous encore les éloges accoutumés? «Comme aussi de Lucius, de Jason et de Sosipatre, mes parents? » Luc fait mention de ce Jason, et nous donne une haute idée de son courage, en le montrant traîné, au milieu des cris du peuple, devant les magistrats de la ville ». (Act. XVII, 5-9.) Il est à croire que les autres étaient aussi des personnages remarquables; car l'apôtre ne les nommerait pas pour la seule raison de la parenté, si leur piété ne les rendait semblables à lui-même. « Je vous salue, moi, Tertius qui ai écrit cette lettre (22) ». Voilà encore un titre qui a bien son prix, être le secrétaire de Paul mais il ne l'a pas dit pour se louer, mais pour se concilier vivement leur affection par son ministère. « Recevez aussi le salut de Caïus, mon hôte, et l'hôte de toute l'Eglise (23) ».

Voyez quelle couronne il tresse en son honneur, lorsqu'il constate cette hospitalité si large, qui réunit toute l'Eglise dans sa maison ! Hôte, en effet, ici, veut dire, qui donne l'hospitalité. Maintenant, quand on vous dit qu'il donnait l'hospitalité à Paul, ce n'est 'pas cette hospitalité seulement qui mérite d'être célébrée par vous, mais la régularité d'une vie parfaite ; si ce saint personnage n'avait pas été digne de recevoir Paul, certes l'apôtre n'aurait pas séjourné chez lui. Car celui dont le zèle ardent voulait dépasser la rigidité d'un grand nombre de préceptes du Christ, n'aurait pas, à coup sûr, enfreint la loi qui ordonne de s'enquérir avec le plus grand soin des hôtes qui vous reçoivent, et de ne demeurer que chez des personnes recommandées par leur vertu. « Recevez le salut d'Eraste, trésorier de la ville, et de notre frère Quartus ». Ce n'est pas sans raison qu'il ajoute: « Trésorier de la ville »; il écrivait aux Philippiens: « Ceux de la maison de César vous saluent » (Philipp. IV, 22), pour montrer que la prédication touchait de grands personnages; de même ici, il a son but quand il mentionne la charge importante d'Eraste, il montre que celui qui prête son attention à la parole, ne trouve d'obstacles ni dans sa fortune, ni dans les soucis de l'autorité, ni dans rien de ce qui y ressemble. « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen (24) ». Comprenez-vous quel doit être le point de départ et le point d'arrivée pour toutes choses? Ce qui a fuit la première base de sa lettre, lui sert à en faire le couronnement; les mêmes expressions sont une invocation à cette mère de tous les biens désirés par lui pour eux, et en même temps elles rappellent tout ce qu'il y a en lui d'active bonté. Car ce qui distingue un maître (431) généreux, ce n'est pas seulement la parole, c'est, avant tout, la prière qu'il fait pour l'utilité de ceux qui s'instruisent auprès de lui. Aussi le livre des Actes dit-il : « Pour nous, nous nous appliquerons surtout à la prière, et à la dispensation de la parole ». (Act. VI, 4.)

Qui donc priera aussi pour nous, puisque Paul est parti? Ce sont les imitateurs d e Paul que je vois ici; montrons-nous seulement dignes d'un tel patronage, afin que tout ne se borne pas, pour nous, à entendre ici la voix de Paul, mais qu'après notre départ d'ici, nous soyons jugés dignes de voir là-haut l'athlète de Jésus-Christ : je me trompe, si nous l'écoutons icibas, là-haut, il n'en faut pas douter, nous le verrons ; quand même nous ne serions pas tout près de lui, nous le verrons, il n'en faut pas douter, resplendissant, près du trône royal, où les Chérubins font entendre leurs hymnes de gloire, où planent les Séraphins. Là, nous verrons Paul avec Pierre, nous verrons, dans le choeur des saints, le chef et le prince, et là nous jouirons du vrai et pur amour. Car si Paul sur la terre a tant aimé les hommes qu'au lieu de voir rompre ses liens, de vivre auprès du Christ, il a préféré de rester parmi nous; bien autrement brûlant sera l'amour qu'il nous montrera dans le ciel. Je veux vous dire pourquoi j'aime Rome, quoiqu'il y ait tant de raisons pour la célébrer, quoiqu'on puisse exalter sa grandeur, son origine antique, sa beauté, sa population si nombreuse, sa puissance, ses richesses, sa gloire dans les combats; mais je veux tout oublier, et je dis que Rome est bien heureuse, parce que c'est à elle qu'écrivait Paul vivant, parce que Paul avait tant d'amour pour elle, parce que Paul fut présent et fit entendre ses discours au sein de ses murailles, parce que c'est dans Rome qu'il termina sa carrière. Oui, voilà pourquoi c'est une illustre cité, et cette gloire efface toutes ses autres gloires; Rome, c'est un corps de grande taille et vigoureux, qui a deux yeux étincelants, les corps de ces deux saints. Moins resplendissant est le ciel illuminé des rayons du soleil, que Rome avec ces deux flambeaux qui rayonnent sur tous les points de l'univers. C'est de Rome que Paul sera ravi au ciel, c'est de Rome que Pierre prendra son essor. Concevez, frissonnez en concevant le spectacle réservé aux regards de Rome; Paul tout à coup se relève de cet illustre tombeau, il s'enlève avec Pierre, ils vont à la rencontre du Seigneur; quelle rose le Christ reçoit de la part de Rome, quelles couronnes ceignent le front de la ville sainte, quelles ceintures d'or l'embellissent, quelles sources elle épanche ! Voilà pourquoi je l'admire ; ni ses trésors, ni les colonnes de ses palais ne m'occupent, non plus que tout son faste, c'est elle qui les possède ces deux colonnes de l'Eglise.

3. Qui me donnera donc d'embrasser le corps du glorieux Paul, de demeurer attaché à son tombeau, de voir les cendres de ce corps qui suppléait dans sa chair à ce qui manquait aux souffrances de Jésus-Christ, qui portait les stigmates du Sauveur, qui répandait partout la prédication ? la poussière de ce corps qui rendait l'Evangile partout présent ; la poussière de cette bouche qui faisait parler le Christ ; dont l'éloquence brillait plus que l'éclair; dont la voix tombait, plus terrible que le tonnerre, sur les démons ; de cette bouche qui prononçait cette grande et bienheureuse parole : « J'eusse désiré être anathème pour mes frères » (Rom. IX, 3) ; par qui l'apôtre parlait aux rois en face et sans rien craindre; par qui nous avons appris à connaître Paul, par qui nous avons connu le Maître de Paul? Non, le tonnerre n'est pas pour nous aussi formidable que l'était cette voix pour les démons. S'ils frissonnaient à l'aspect de ses vêtements, à bien plus forte raison, au bruit de sa voix. Cette voix les emmenait captifs, cette voix purifiait la terre, cette voix guérissait les maladies, exterminait la malignité , ramenait la vérité, proclamait le Christ qui l'inspirait, qu'elle accompagnait en tout lieu ; on entendait les Chérubins eux-mêmes, lorsqu'on entendait la voix de Paul. Le Christ qui réside en ces vertus, résidait de même dans sa langue. Car elle s'était rendue digne de recevoir le Christ, cette langue qui ne parlait que pour dire les vérités chères au Christ, et dont les accents s'élevaient comme le vol des Séraphins. Car quoi de plus élevé que ces paroles : « Je suis assuré que ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les futures, ni tout ce qu'il y a de plus haut, ni tout ce qu'il y a de plus profond, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ? » (Rom. VIII, 38.) Ne sont-ce pas là des paroles qui ont des ailes, qui ont des yeux? Aussi disait-il de Satan : « Nous (432) n'ignorons pas ses desseins » (II Cor. II, 11); aussi les démons le fuyaient-ils, non-seulement au bruit de sa voix, mais d'aussi loin qu'ils apercevaient ses vêtements.

Je voudrais voir la poussière de cette bouche dont s’est servi le Christ pour publier de grands mystères, des mystères plus grands que ceux qu'il révéla par lui-même; comme le Christ a fait de plus grandes œuvres par ses disciples que par lui-même, ainsi a-t-il fait entendre de plus grandes choses; je voudrais la voir la poussière de cette bouche dont l'Esprit s'est servi pour communiquer à la terre ces admirables oracles. Quel bien n'a-t-elle pas opéré cette bouche ? Elle exterminait les démons, elle effaçait les péchés, elle réduisait les tyrans au silence, elle enchaînait les langues des philosophes, elle faisait à Dieu l'oblation du monde, elle inspirait la sagesse aux barbares, elle réglait toutes choses sur la terre ; les choses mêmes du ciel, elle les disposait à son gré, liant ceux qu'elle voulait, ou déliant, dans l'autre vie, selon la puissance qui lui avait été donnée. Non, ce n'est pas de cette bouche seulement, mais de ce grand cœur aussi que je voudrais voir la poussière; on dirait, la vérité, en appelant ce coeur, le cœur de toute la race humaine, la source inépuisable des biens, le principe et l'élément de notre vie. Car c'était l'esprit de vie qui s'en épanchait sur toutes choses , qui, de là, se communiquait aux membres du Christ; ce n'était pas le jeu des artères qui le distribuait, mais l’impulsion d'une volonté généreuse. Ce cœur était si large qu'il renfermait des cités tout entières, des peuples, des nations; car, dit-il : « Mon cœur s'est dilaté ». (II Cor. VI, 11). Cependant, ce coeur si large, s'est resserré, bien souvent contracté par cet amour même qui le dilatait : «C'était dans une grande affliction », dit-il, « avec un serrement de cœur que je vous écrivais alors ». (Ibid. II, 4.) Je voudrais voir la cendre de ce cœur embrasé d'amour pour chacun des malheureux qui se perdent; de ce coeur qui ressentait, pour les enfants avortés, toutes les douleurs d'un enfantement nouveau ; de ce cœur qui voit Dieu, car, dit l'Ecriture :« Les coeurs purs verront Dieu » (Matth. V, 8); de ce cœur devenu victime : « C'est une victime pour Dieu, qu'un esprit contrit » (Ps. L, 15); de ce cœur plus élevé que le plus haut des cieux, plus large que la terre, plus resplendissant que les rayons du soleil, plus ardent que le feu, plus solide que le diamant, de ce cœur qui versait des eaux vives : Car, dit l'Ecriture : « De son cœur jailliront des fleuves d'eau vive » (Jean, VII, 38); de ce cœur d'où jaillissait une source qui n'arrosait pas seulement la face de la terre, mais les âmes ; d'où ne sortaient pas des fleuves seulement, mais aussi des larmes coulant jour et nuit; de ce cœur où palpitait la vie nouvelle, non la vie que nous menons : « Et je vis, ou plutôt ce n'est plus moi qui vis, mais c'est Jésus« Christ », dit il, « qui vit en moi » (Gal. II, 20); oui, le cœur de ce grand Paul, table du Saint-Esprit et livre de la grâce, ce cœur qui tremblait pour les péchés des autres ; en effet, « J'appréhende », dit-il, « que je n'aie peut-être travaillé en vain pour vous ». (Gal. IV, 11.) « Qu'ainsi que le serpent séduisit Eve. Qu'arrivant vers vous, je ne vous trouve pas tels que je voudrais » (II Cor. XI, 3; XII, 20). Maintenant, pour lui-même, ce cœur éprouvait la crainte et la confiance: Je crains, dit-il, « qu'ayant prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même » ( I Cor. IX, .27); et: « Je suis assuré que ni les anges, ni les principautés ne pourront nous séparer ». (Rom. VIII, 38.) Je voudrais le voir ce cœur qui mérita d'aimer Jésus-Christ plus que nul antre ne l'aima jamais; qui méprisait la mort et la géhenne; qui se fondait dans les larmes répandues sur ses frères. « Que faites-vous », disait-il, « de pleurer ainsi et de broyer mon coeur? » (Act. XXI, 13), ce cœur si patient, et qui trouvait le temps si long quand il craignait les défaillances des Thessaloniciens.

4. Je voudrais voir la poussière de ces mains chargées de fers, dont l'imposition donnait l'Esprit; de ces mains qui écrivaient ces lettres « Voyez quelle lettre je vous ai écrite de ma propre main » (Gal. VI, 11); et encore : « J'écris cette salutation de ma main, moi Paul » (I Cor. XVI, 21); la poussière de ces mains dont le seul aspect a précipité la vipère dans le feu. Je voudrais voir la poussière de ces yeux frappés d'une cécité bienfaisante, dont les regards embrassèrent ensuite le salut du monde, de ces yeux qui ont eu la gloire de contempler le corps du Christ, de ces yeux qui voyaient les choses de la terre et étui ne les voyaient pas, qui apercevaient ce qu'on ne peut apercevoir, qui ne connaissaient pas le sommeil, qui veillaient au milieu des nuits, qui défiaient les poisons dont nous infectent (433) nos yeux. Je voudrais voir la poussière de ces pieds qui ont parcouru la terre, sans ressentir la fatigue, qu'on a liés contre le bois de la prison, quand il secoua et fit trembler les murailles; la poussière de ces pieds qui franchissaient et les lieux habités et les déserts, de ces pieds toujours en voyage. Mais à quoi bon ces détails ajoutés l'un à l'autre ? Je voudrais voir la tombe où reposent les armes de la justice, les armes de la lumière, les membres maintenant vivants, et qui étaient morts lorsque l'homme était plein de vie, qui tous ne vivaient que dans le Christ , et qui étaient, comme lui, crucifiés pour le monde; membres du Christ, revêtus du Christ, temple de l'Esprit, demeure sainte, où tout était cimenté par l'Esprit, cloué, rivé par la crainte de Dieu, empreint des stigmates de Jésus-Christ. C'est ce corps qui sert de rempart à la ville éternelle, plus invincible, plus inexpugnable que tous les forts, que tous les retranchements.

N'oublions pas le corps de Pierre ; Pierre vivant reçut les hommages de Paul : « Je retournai », dit -il , « pour visiter Pierre ». (Gal. I, 18.) Et la grâce de Dieu permit, qu'avant de repartir, Paul demeurât avec lui. Je voudrais voir le lion de l'Esprit-Saint. Comme un lion ardent fondant sur des troupeaux de renards, ainsi s'élançait Paul sur les phalanges des démons et des philosophes, c'était la foudre qui exterminait les troupes de Satan. Et le maudit ne cherchait pas à lutter contre lui en bataille rangée, il en avait peur, il tremblait rien qu'à voir son ombre, rien qu'au bruit de sa voix, et s'enfuyait au loin. Voilà donc comment l'apôtre lui livra le fornicateur, pour le lui arracher; voilà pourquoi il fit de même pour,d'autres pécheurs, afin d'apprendre aux hommes à détester le blasphème. Voyez, considérez de quelle manière il mène au combat ceux qu'il commande, quelle est son adresse à les animer, à les fortifier. Tantôt il dit aux Ephésiens : « Nous avons à combattre non contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances » ; et il montre ensuite le prix réservé dans le ciel : « Car nous ne combattons pas pour les choses de la terre », dit-il, « mais pour le ciel, et pour tout ce qui est renfermé dans le ciel ». (Ephés. VI, 12; Hébr. XII, 4.) Tantôt il dit à d'autres : « Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges; avec combien plus de raison jugeons-nous les choses de ce monde? » (I Cor. VI, 3.)

Méditons donc ces pensées, et tenons-nous fièrement debout. Paul était un homme de la même nature que nous, par tous les autres côtés, semblable à nous, mais parce qu'il a montré la perfection de son amour pour le Christ, il s'est élevé au-dessus du ciel, et il a mérité de se tenir avec les anges. Nous n'avons donc nous aussi qu'à vouloir un peu nous relever, allumer en nous la même flamme, et nous pourrons rivaliser avec le glorieux saint. Si ce désir était impossible à satisfaire, il ne nous aurait pas crié : « Soyez mes imitateurs comme je le suis de Jésus-Christ ». (I Cor. IV, 16, et XI, 1.) Ne nous bornons donc pas à le contempler dans la stupeur de l'admiration; mais imitons-le, afin de mériter, à notre départ d'ici-bas, le bonheur de le voir, et de participer à la gloire ineffable : puissions-nous tous entrer dans ce partage, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, la puissance, l'honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Traduit par M. C. PORTELETTE.

 

FIN DES HOMÉLIES SUR L'ÉPÎTRE AUX ROMAINS.

 

 

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