I TIMOTHÉE XVI
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HOMÉLIE XVI. JE VOUS ATTESTE EN PRÉSENCE DE DIEU, ET DE JÉSUS-CHRIST, ET DES ANGES ÉLUS, DE GARDER TOUTES CES PAROLES, SANS PRÉJUGÉ, NE FAISANT RIEN PAR SIMPLE PENCHANT. N'IMPOSEZ PROMPTEMENT LES MAINS A PERSONNE, ET NE VOUS RENDEZ PAS COUPABLE DES FAUTES D'AUTRUI. CONSERVEZ-VOUS CHASTE. CESSEZ DE NE BOIRE QUE DE L'EAU, MAIS FAITES USAGE D'UN PEU DE VIN, A CAUSE DE VOTRE ESTOMAC ET DE VOTRE FRÉQUENT ÉPUISEMENT. (V, 21-23; JUSQU'A VI, 1.)

 

Analyse.

 

1. Des ordinations ; qu'elles ne doivent pas se faire trop promptement et sans un examen préalable très-sérieux.

2. Devoirs des serviteurs. — Exhortation morale au service de Dieu.

 

1. Après avoir parlé des évêques, des diacres, des hommes, des femmes, des veuves, des vieillards et de tous; après avoir montré quels sont les pouvoirs de l'évêque en qualité de juge, l'apôtre ajoute : « Je vous atteste en présence de Dieu et de Jésus-Christ et des anges élus, de garder toutes ces paroles, sans préjugé, ne faisant rien par simple penchant ». C'est sur un ton terrible qu'il continue ses prescriptions , car, si Timothée est son enfant chéri, il n'hésite pas pour cela. Celui qui n'a pas craint de dire de lui-même: « Je crains qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même » (I Cor. IX, 27), n'aurait pas hésité ni craint en parlant de Timothée. Mais il atteste le Père et le Fils ; et pourquoi aussi les anges? C'est un effet de sa grande modestie. Moïse dit de même : « Je prends à témoin le ciel et la terre » (Dent. IV, 26), pour ne pas prononcer le nom du Seigneur; et il est dit encore : « Ecoutez, précipices et fondements de la terre ». (Mich. VI, 2.) Paul prend le Père et le Fils à témoin de ses paroles, se justifiant devant eux pour le jour à venir, s'il se produit quelque infraction au devoir, comme s'étant acquitté de tout le sien. — « De garder toutes ces paroles sans préjugé, ne faisant rien par simple penchant »; c’est-à-dire, vous mettant vous-même au rang de ceux qui sont jugés par vous, afin que personne ne vous gagne et ne se rende maître de votre jugement. Et pourquoi dire : « Les anges élus?» C'est qu'il y en a qui ne le sont pas. Jacob aussi prend à témoin Dieu et la colline.

Ainsi nous-même nous prenons souvent à témoin des personnages éminents et d'autres moindres, afin de rendre notre témoignage plus imposant. C'est comme s'il disait : Je prends à témoin Dieu, son Fils et ses serviteurs, des préceptes que je vous ai donnés; c'est en leur présence que je vous les donne; inspirant par là de la crainte à Timothée.

Puis il continue par l'objet le plus opportun, celui qui renferme surtout le salut de l'Eglise, les ordinations. « N'imposez promptement », dit-il, « les mains à personne, et ne vous rendez pas coupable des fautes d'autrui ». Qu'est-ce à dire : « Promptement?» C'est-à-dire, qu'il ne suffit pas d'une première, d'une seconde, ni d'une troisième épreuve, mais qu'il faut une étude bien des fois répétée et un examen approfondi, car ce n'est pas une oeuvre sans péril. Vous serez en effet responsable des fautes du prêtre, si voles êtes l'auteur de leur origine, des fautes qui ont précédé l'ordination et de celles qui la suivront. Parce que vous aurez été à contretemps indulgent pour les premières, vous serez responsable des secondes, dont vous serez la cause , et aussi des fautes passées parce que vous aurez dispensé le coupable du repentir et de la componction. Car de même que vous avez part aux avantages spirituels de vos disciples, vous participez aussi à leurs fautes. — « Conservez-vous chaste ». Il parle ici de la continence. « Cessez de ne boire que de l'eau, mais faites usage d'un peu de vin, à cause de votre estomac et de (341) votre fréquent épuisement ». Si,   à un homme si fort adonné au jeûne, et faisant de l'eau un usage si constant, qu'il se trouve épuisé et fréquemment épuisé, l'apôtre prescrit de se modérer, et si Timothée ne s'y refuse pas, combien plus ne devons-nous pas nous irriter si nous entendons quelque discours qui nous froisse. Et comment, dira-t-on, n'a-t-il pas fortifié l'estomac de son disciple, lui dont les vêtements ressuscitaient les morts? Car il est clair qu'il le pouvait. Pourquoi donc ne l'a-t-il pas fait? Afin que si nous voyons aujourd'hui de grands hommes, des hommes vertueux affligés de maladies , nous n'en soyons pas scandalisés , car c'est pour leur avantage qu'il en arrive ainsi. Si un ange de Satan a été donné à Paul pour qu'il ne s'enorgueillit point (II Cor. XII, 1), combien plus à Timothée, car ses miracles auraient pu l'entraîner à l'orgueil. Il le laisse donc soumis aux lois de la médecine, afin qu'il modère aussi ses pensées et que les autres ne soient pas scandalisés, mais qu'ils apprennent que Paul et Timothée étaient de notre nature, eux qui ont fait de tels progrès dans la vertu. Car Timothée paraît avoir été maladif, ce que l'apôtre fait entendre quand il dit : « A cause de votre fréquent épuisement », de l'estomac et du reste du corps. Mais il ne lui permet pas de se remplir de vin sans modération; il le lui permet pour la santé, non pour la mollesse.

« Les péchés de certains hommes sont manifestes et précèdent le jugement; pour d'autres, les péchés suivent (24) ». L'apôtre vient de dire, en parlant des ordinations : « Ne vous rendez pas coupable des fautes d'autrui». Mais, dira-t-on , si je les ignore? « Les péchés de certains hommes sont manifestes et précèdent le jugement; pour d'autres, les péchés suivent ». Les péchés des uns sont connus parce qu'ils sont antérieurs au jugement; et ceux des autres non , parce qu'ils sont postérieurs. « De même aussi les bonnes oeuvres sont manifestes, et celles qui ne le sont pas ne peuvent longtemps rester cachées (25) ».

« Que ceux qui sont sous le joug de la servitude regardent leurs maîtres comme dignes de tout honneur, afin que le nom et la doctrine du Seigneur ne soient point blasphémés ». (VI, 1.) Qu'ils les regardent comme dignes de tout honneur. Ne pensez pas être libre, parce que vous êtes fidèle ; mais c'est un acte de liberté que de mieux aimer servir. Car l'infidèle, s'il voit que ses esclaves se comportent avec insolence, parce qu'ils ont la foi, proférera des blasphèmes, en disant que la croyance chrétienne rend séditieux; s'il les voit obéissants, il cédera plus facilement et prêtera mieux l'oreille à la parole de Dieu. Car autrement Dieu et sa prédication seront blasphémés. Mais, dira-t-on, si les maîtres sont fidèles? Même alors il faut être docile, à cause du nom du Seigneur. « Que ceux qui ont des maîtres fidèles ne les méprisent point parce qu'ils sont leurs frères, mais qu'ils les servent avec plus de soin, parce qu'ils sont fidèles et aimés de Dieu, participant au même bienfait (2) ».

2. Si donc vous avez reçu cet honneur de trouver des frères dans vos maîtres, c'est un devoir plus grand d'être dociles envers eux. — « Antérieurement au jugement ». L'apôtre veut dire que, parmi les mauvaises actions, il en est qui sont ignorées, et d'autres qui ne le sont pas, mais qu'au jour du jugement, ni les bonnes ni les mauvaises ne resteront cachées. Qu'est-ce à dire, antérieurement au jugement qu'elles provoquent? Par exemple, lorsqu'un homme commet des péchés qui le condamnent à l'avance, quand il est incorrigible, quand on espère en vain qu'il se corrigera. Et pourquoi l'apôtre dit-il cela? Parce que, quand ces pécheurs se cacheraient ici-bas , ils .ne seront point ignorés dans ce jugement où tout sera mis à nu. Il y a là aussi un grand encouragement pour les justes. Entre les prescriptions précédentes, telles que: Ne faisant rien par simple penchant, etc., et celle-ci : Tous ceux qui sont sous le joug, il y a une suite naturelle, nécessaire; celles-ci sont le développement de celles-là. Celles-ci regardent-elles l'évêque? Oui, sans doute, puisqu'il doit exhorter les serviteurs. Nous voyons partout l'apôtre adresser ses préceptes aux esclaves plus qu'aux maîtres; leur montrant les voies de la soumission, et tenant d'eux un très-grand compte. Aux maîtres il dit : « Renoncez aux menaces ». (Eph. VI, 9.) — Mais pourquoi ces avis? Les infidèles en avaient besoin; mais il ne pouvait s'adresser qu'à ceux qui avaient embrassé la foi; et pour ceux-ci, à quoi bon? Parce que les maîtres donnent plus à leurs serviteurs que les serviteurs à leurs maîtres. Ce sont les maîtres qui paient pour l'entretien de leurs serviteurs, pour leur habillement, pour tous (342) leurs besoins; en sorte que les maîtres sont plutôt les serviteurs de leurs esclaves, et c'est ce qu'il veut faire entendre, quand il dit « Parce qu'ils sont fidèles et aimés de Dieu, participant au même bienfait ». Ils se fatiguent et prennent de la peine pour votre repos; ne doivent-ils pas être grandement honorés de leurs serviteurs?

Mais, s'il a prescrit aux esclaves d'être ainsi obéissants, songez comment nous devons nous conduire envers notre Maître, qui nous a fait passer du néant à l'être, qui nous donne la nourriture et le vêtement. Servons-le au moins comme nos domestiques nous servent. N'y emploient-ils pas leur vie tout entière, pour que leurs maîtres vivent en repos? Leur occupation, leur vie, c'est de prendre soin des intérêts de leurs maîtres. Ne s'en préoccupent-ils pas toute la journée, n'ayant souvent à disposer pour eux-mêmes que d'une petite partie de la soirée? Nous, tout au contraire, nous nous préoccupons sans cesse de nos intérêts; ceux de notre maître ne nous prennent pas la moindre partie du jour; et pourtant il ne nous demande pas ce qui est à nous, comme le font les maîtres à l'égard de leurs esclaves; mais ce que nous faisons pour lui tourne à notre propre avantage. Là, en effet, le travail du serviteur était profitable au maître ; ici le service de l'esclave ne profite point au maître, mais au serviteur seul. « Vous n'avez pas besoin de mes biens », dit le Psalmiste. (Ps. XV, 2.) Car, dites-moi, quel profit revient-il à Dieu que je sois juste ? Que perd-il si je suis injuste? Son essence n'est-elle pas inaltérable et impassible? N'est-elle pas au-dessus de la souffrance ? Les esclaves n'ont rien à eux; tout est à leur maître, quelque riches qu'ils deviennent, et nous avons bien des choses en propre. Et cet honneur n'est pas tout ce que nous recevons du Roi de l'univers. Quel maître a donné son propre fils pour son serviteur? Aucun; tous donneraient plutôt leurs serviteurs pour leurs enfants. Ici c'est tout le contraire. Dieu n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous, pour tous ses ennemis, pour ceux qui le haïssent. Les esclaves, quand on leur donnerait des ordres pénibles, ne se fâchent point, mais se montrent pleins de reconnaissance; et nous, nous regimbons en mille occasions. Un maître ne promet point à ses serviteurs de récompenses telles que Dieu nous en promet. Que promet-il, le maître ? La liberté qui est souvent plu difficile à supporter que la servitude. Souvent sous la pression de la faim, on la trouve plu amère, quelque grand qu'en soit le don. Au près de Dieu, rien de précaire, rien de corruptible ; mais que nous promet-il? « Je ne vous appellerai plus serviteurs , vous êtes mes amis ». (Jean, XV, 15.)

Rougissons et craignons, mes bien-aimés nous devrions servir notre maître au moins comme nos domestiques nous servent; mai la plupart du temps nous ne lui témoignons point notre service. Ceux-là sont philosophe malgré eux; ils n'ont que le vêtement et la nourriture; tandis que nous insultons à Dieu par notre mollesse. Si nous n'en recevons pas d'ailleurs, recevons d'eux des leçons de sagesse. L'Ecriture renvoie bien les hommes à l'école, non des esclaves, mais des animaux sans raison, quand elle nous commande d'imiter les abeilles ou les fourmis. Pour moi, je vous exhorte à imiter vos serviteurs : faisons au moins par crainte de Dieu tout ce qu'ils font par crainte de leurs maîtres; car je ne vois pas que vous le fassiez. Bien souvent par. crainte ils se laissent insulter et demeurent plus silencieux que n'importe quel philosophe ; on les insulte à tort ou à raison, et ils ne répliquent pas; mais ils demandent pardon, souvent sans avoir fait de mal. Ils ne reçoivent que le nécessaire, souvent moins que le nécessaire, et ils prennent patience; ils dorment sur une natte de jonc, ils ne se nourrissent que de pain, toute leur existence est pauvre, et ils ne réclament point, ils ne se fâchent point, parce qu'ils nous craignent. Quand on leur confie de l'argent, ils le rendent tout entier : ne me parlez pas de ceux qui sont pervers, mais ceux qui ne sont pas trop mauvais cèdent à la première menace. N'est-ce pas là de la philosophie? Ne me dites pas qu'ils le font par nécessité, car vous avez, vous aussi, la nécessité d'éviter l'enfer, et cependant vous n'avez point tant de prudence et ne rendez point tant d'honneur à Dieu que ne vous en rendent vos esclaves. Chacun d'eux a sa demeure déterminée, et n'empiète pas sur celle de son camarade, non plus que la cupidité de celui-ci ne lui fait tort. La crainte de leur commun maître les maintient dans le devoir.

Rarement un serviteur fait tort à un autre ou en reçoit quelque dommage.

Mais, parmi les hommes libres, le contraire (343) a lieu; nous nous déchirons, nous nous dévorons les uns les autres; nous ne craignons point notre maître, nous ravissons ce qui appartient à des serviteurs comme nous, nous volons, nous frappons, sous ses yeux. Nul esclave ne ferait cela; s'il frappe, c'est loin des yeux de son maître; s'il profère des injures, c'est loin de ses oreilles; mais nous osons tout, et pourtant Dieu nous voit et nous entend. La crainte du maître leur est toujours présente; à nous, jamais. C'est pour cela que l'on voit partout le bouleversement, la confusion, la corruption ; nous ne réfléchissons point à nos péchés, et, quand nos serviteurs commettent des fautes même les plus petites, nous les examinons toutes avec rigueur. Je ne dis point cela pour enseigner la paresse aux esclaves, mais pour secouer la nôtre , pour réveiller notre nonchalance , afin que nous soyons au moins pour Dieu ce que nos esclaves sont pour nous, eux qui sont de même nature que nous et n'ont point reçu de nous des bienfaits comparables à ceux dont Dieu nous comble. Eux aussi sont libres par nature. La parole : « Qu'ils commandent aux poissons, etc. » (Gen. I, 26), a été dite aussi pour eux. La servitude ne vient pas de la nature; elle vient d'un châtiment et de circonstances malheureuses, et cependant ils nous portent un grand respect. Nous leur prescrivons exactement tout ce qui concerne notre service, et la plupart du temps nous nous dérobons à celui de Dieu dont tout l'avantage est pour nous. Car plus nous serons zélés à ce service, plus nous aurons de bonheur et de gain. Ne nous privons point nous-mêmes d'un tel avantage; car Dieu se suffit et n'a besoin de rien ; récompense et gain retomberont sur nous. Il semble donc que ce ne soit pas Dieu que nous servons, mais nous-mêmes; obéissons-lui avec crainte et tremblement, afin d'obtenir les biens promis par Jésus-Christ Notre-Seigneur, avec qui soient au Père et au Saint-Esprit , gloire , puissance, honneur, maintenant et toujours, et aux siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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