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QUATRIÈME HOMÉLIE. Réprimande aux absents, exhortation à ceux qui sont présents de s'occuper de leurs frères. — Sur le commencement de l’épître aux Corinthiens : « appelé » Paul, et de l'humilité.

 

ANA LYSE.

 

1° Ceux qui ne viennent pas à l'église n'ont pas entendu cette parole du Prophète : J'ai préféré d'être au dernier rang dans la maison de mon Dieu, plutôt que d'habiter sous les tentes des pécheurs. Ce que l'âme éprouve en entrant dans une église. Le culte de Dieu est la seule chose nécessaire et doit passer avant tout le reste. — 2° Nécessité de s'occuper du salut de ses frères. — 3° Ici commence l'instruction, elle roule entièrement sur l'explication du mot vocatus mis par saint Paul, en tête de sa première épître aux Corinthiens. — Il n',importe pas tant de lire que de comprendre les Ecritures. Les noms des saints sont vénérables aux fidèles et terribles au pécheurs. — 4° Ce mot vocatus veut dire que ce n'est pas l'Apôtre qui est venu au Seigneur le premier, mais qu'il a répondu à une vocation, à un appel. — 5° Les Corinthiens étaient riches de toutes sortes d'avantages selon le monde , dont ils tiraient vanité. — 6° Ils s'enorgueillissaient même de la doctrine révélée que saint Paul leur avait prêchée le premier ; c'est donc pour leur donner une leçon d'humilité que saint Paul use de ce mot vocatus; c'est l’équivalent de quid habes quod non accepisti ? Exhortation à l'humilité, fondement de toutes les vertus.

 

1. Lorsque je considère votre petit nombre,, lorsqu'à chaque réunion, je vois le troupeau qui s'en va diminuant, j'éprouve et de la peine, et de la joie; de la joie, à cause de vous qui êtes présents, de la peine à cause des absents. Vous êtes dignes d'éloges, vous dont le petit nombre n'a pas ralenti le zèle; ils méritent au contraire d'être blâmés, eux dont votre exemple n'a pu réveiller l'engourdissement. Votre ardente piété n'a pas eu à souffrir de leur froide indifférence, et je vous en félicite; mais aussi votre zèle leur a été inutile, et c'est pourquoi je les plains, pourquoi je pleure. Ils n'ont pas entendu le prophète disant : J'ai préféré d'être au dernier rang dans la maison de mon Dieu, plutôt que d'habiter sous les tentes des pécheurs. (Ps. LXXXIII, 11.) Il ne dit pas: j'ai préféré habiter, demeurer dans la maison de mon Dieu, mais : j'ai préféré d'être au dernier rang. Je m'estimerai heureux d'être rangé parmi les derniers: que je puisse seulement franchir le seuil, et je serai content. Je considère comme un don très grand d'être compté parmi les derniers dans la maison de mon Dieu. Dieu est le maître commun de tous, mais la charité se l'approprie : tel est l'amour. Dans la maison de mon Dieu. Celui qui aime désire de voir l'objet de son amour, il désire même de voir sa maison, et le vestibule de sa maison, et jusqu'au carrefour et à la rue où il demeure. S'il voit le vêtement ou la chaussure de l'objet aimé, il croit voir l'objet aimé présent devant lui. Tels étaient les prophètes; ne pouvant voir Dieu, qui est incorpore, ils voyaient sa maison, et à la vue de sa maison, leur imagination se figuraient sa présence. J'ai préféré d'être au dernier rang dans la maison de mon Dieu, plutôt que d'habiter sous les tentes des pécheurs. Tout lieu, tout endroit , comparé à la maison de Dieu est une tente de pécheurs, fût-ce le barreau, le palais du sénat, la maison d'un particulier. La prière n'est pas étrangère à ces demeures, mais elles retentissent plus souvent encore du bruit des querelles, des disputes et des injures, elles sont les asiles obligés des méprisables soucis de cette vie. L'Eglise ne connaît pas ces misères; c'est pourquoi elle est la maison de Dieu, tandis que ces autres demeures ne sont que les tentes des pécheurs. Tel un port où ne pénètre ni vent ni tempête, et qui procure aux navires qui y (93) sont à l'ancre une sécurité profonde; telle est la maison de Dieu; elle dérobe les hommes qui y entrent au tourbillon du monde et elle leur offre un calme et tranquille abri où ils peuvent entendre la voix de Dieu. Cet asile est une occasion de vertu, une école de sagesse; non-seulement au moment de l'assemblée, pendant qu'on lit les Ecritures, pendant que l'instruction descend de la chaire, et que les vénérables Pères siègent à leurs places, mais encore en tout autre temps; à quelque heure en effet que vous entriez dans l'église, aussitôt vous sentez vos épaules déchargées du fardeau de la vie. Dès le premier pas que vous faites- dans ce sacré parvis, une sorte d'atmosphère spirituelle vous enveloppe, une paix profonde saisit votre âme d'une religieuse terreur, y. fait pénétrer la sagesse, élève votre coeur, vous fait oublier le monde visible, et vous emporte de la terre jusqu'au ciel. Si l'on profite tant à venir ici, même en dehors de l'assemblée, que sera-ce  lorsque la voix éclatante des prophètes s'y fait entendre, lorsque les Apôtres y prêchent l'Évangile, lorsque le Christ est sur l'autel, lorsque le Père agrée les mystères qui s'accomplissent, lorsque le Saint-Esprit apporte les joies de l'amour divin ! quelle abondance de grâces ne recueillent pas alors ceux qui sont présents ! de quels avantages ne se privent pas ceux qui sont absents !

Je voudrais bien savoir où sont maintenant ceux qui n'ont pas daigné venir à cette assemblée, quelle affaire les retient éloignés du banquet sacré, de quoi ils s'occupent... Ou plutôt je ne le sais que trop : ils s'entretiennent de sujets absurdes et ridicules, ou bien ils sont rivés aux intérêts de la vie présente, occupations l'une et l'autre inexcusables et punissables du plus grand supplice. Pour les premiers, cela s'entend de soi-même sans démonstration; quant à ceux qui nous objectent leurs. affaires domestiques, prétendant y trouver une raison d'absolue nécessité pour s'exempter de venir ici une fois la semaine, donnant le pas aux intérêts du ciel sur ceux de la terre un jour sur sept, ils n'ont pas davantage de pardon à espérer, j'en atteste l'Évangile, qui s'exprime à ce sujet de la manière la plus claire. C'étaient précisément là les prétextes allégués par les conviés des noces spirituelles : l'un avait acheté une paire de boeufs, l'autre avait fait acquisition d'un champ, un autre s'était marié, ce qui n'empêcha pas qu'ils furent tous  punis. (Luc, XIV,18-20.) Ces raisons n'étaient pas sans gravité; mais, contre un appel de Dieu, il n'y a pas de raison qui puisse prévaloir. Dieu est la première de nos nécessités; il faut premièrement lui rendre l'honneur qui lui est dû, et ne vaquer qu'ensuite aux autres occupations. Est-ce qu'un serviteur s'occupe de ses propres intérêts avant d'avoir pourvu à ceux de son maître? Et quand on montre tant de respect et de soumission pour des maîtres mortels, dont le pouvoir n'est que nominal. et de convention, et qui ne sont au fond que nos compagnons de servitude, n'est-il pas absurde de ne pas avoir au moins les mêmes égards pour Celui qui est vraiment le Maître non-seulement des hommes, mais encore des puissances d'en-haut? Oh ! si vous pouviez descendre dans ces consciences mondaines, quel affligeant spectacle vous offriraient les plaies qui les rongent, les épines qui les couvrent ! Comme une terre privée des bras du laboureur ne tarde pas à devenir stérile et sauvage, ainsi l'âme privée des enseignements divins ne produit que des épines et des chardons.           .

Si nous, qui chaque jour prêtons l'oreille aux discours des prophètes et des apôtres, nous avons tant de peine à contenir l'impétuosité de notre caractère, à refréner notre colère, à réprimer nos convoitises, à nous défaire de la rouille de l'envie; si, dis-je, malgré les puissants enchantements des divines Ecritures, dont nous faisons un usage perpétuel pour assoupir nos passions, nous avons tant de peine à contenir ces bêtes farouches, quel espoir de, salut reste donc à ceux qui n'usent jamais de ces remèdes, qui ne prêtent jamais l'oreille aux enseignements de la divine Sagesse? Je voudrais pouvoir vous montrer leur âme... Comme vous la verriez sordide et malpropre, abjecte, confuse et honteuse ! Comme le corps qui ne connaît pas l'usage des bains, l'âme qui ne se purifié pas au bain de la doctrine spirituelle contracte toutes sortes de malpropretés et de souillures par le péché. Oui, vos âmes trouvent ici un bain spirituel auquel le feu de l'Esprit-Saint communique la vertu d'enlever toute souillure; ce feu de l'Esprit-Saint efface même jusqu'à la couleur de pourpre : Quand même vos péchés seraient couleur de pourpre, je vous rendrai blancs comme la neige. (Isai. I,18.) Bien que la tache du péché prenne sur l'âme avec non moins d'énergie que la teinture de pourpre sur la laine, je puis changer cet état (94) en l'état contraire: il suffit que je veuille; et tous les péchés disparaissent.

2. Je ne dis pas ces choses pour vous, qui, grâces à Dieu ! n'avez pas besoin de réprimande; je les dis afin que vous les reportiez aux absents. Si' je pouvais savoir où ils se réunissent, je n'importunerais pas votre charité; mais, comme il n'est pas possible qu'un homme seul connaisse tout un peuple si nombreux, je vous recommande à vous le soin de vos frères. Occupez-vous d'eux, invitez-les; je sais que vous l'avez fait souvent, mais ce n'est rien de l'avoir fait souvent : il faut le faire jusqu'à ce que vous les ayez persuadés et attirés. Je sais combien est peu agréable ce rôle d'importuns dont je vous charge, et que vous avez souvent rempli sans rien gagner; mais que saint Paul vous console par ces paroles: La charité espère tout, croit tout; la charité n'excède jamais. ( I Cor. XIII, 7.) Pour vous, faites votre devoir; et si votre frère se refuse au bien que vous lui voulez faire, vous n'en recevrez pas moins de Dieu votre récompense. Quand c'est à la terre que vous confiez vos semences, si elle ne vous rend pas d'épis, vous revenez chez vous les mains vides; il n'en est pas de même de la doctrine que vous semez dans une âme, elle vous donne toujours une récompense assurée, que la persuasion s ensuive ou non. Ce "n'est pas sur le résultat final du travail, mais sur l'intention des travailleurs que Dieu mesure les salaires. Je ne vous demande rien, sinon que vous fassiez ce que font ceux que possède la passion du théâtre et des courses de chevaux. Que font-ils? Ils se concertent dès le soir, et au point du jour ils vont les uns chez les autres, ils choisissent leurs places, s'établissent les uns à côté des autres, afin d'augmenter ainsi le plaisir qu'ils se promettent à ces spectacles diaboliques. Ce zèle qu'ils déploient pour la perte de leurs âmes; en s'entraînant mutuellement, ayez-le pour travailler au bien des vôtres, entr'aidez-vous dans l'oeuvre du salut : un peu avant l'heure de l'office divin, allez devant la maison de votre frère, attendez à la porte, et quand il sort, emparez-vous de lui. Il va peut-être vous objecter mille affaires urgentes; tenez ferme, ne lui permettez pas de mettre la main à aucune oeuvre séculière avant qu'il ait assisté à l’office tout entier. Il se défendra, il résistera, il alléguera vingt prétextes; ne l'écoutez pas, ne cédez pas; dites-lui, faites-lui comprendre que ses affaires temporelles ne s'en expédieront que mieux lorsqu'il aura assisté à l'office jusqu'à la fin, pris part aux prières et profité des bénédictions des Pères; par ces raisons et d'autres semblables, enchaînez-le et l'amenez à ce banquet sacré, et votre récompense sera double, parce que, non content d'y venir vous-même, vous y aurez attifé votre frère.

Déployons ce zèle et cet empressement à ramener ceux qui négligent leurs devoirs, et certainement nous ferons notre salut. Les plus indolents, les plus éhontés, les plus pervers seront à la fin touchés de vos efforts persévérants, et ils s'amélioreront. Si insensibles qu'on les suppose, ils ne le seront pas plus que ce juge qui ne connaissait pas Dieu et ne craignait pas les hommes, et qui cependant, tout cruel, tout farouche et tout cuirassé de fer et de diamant qu'il était, se laissa vaincre par les assiduités d'une seule femme veuve. (Luc, XVIII, 2-5.) Quoi ! urne pauvre veuve a su fléchir un juge cruel qui ne craignait ni Dieu ni les hommes, et nous, nous ne pourrions fléchir nos frères, beaucoup plus traitables et plus faciles que ce juge', et cela quand il y va de leurs propres intérêts! Non, nous sommes inexcusables. Ce sont là des choses que je répète bien souvent; je les dirai encore et toujours, jusqu'à ce que je voie bien portants ceux qui sont maintenant malades; je ne cesserai de les réclamer, jusqu'à ce que je les aie recouvrés par vos soins. Puisse l'état de ces malheureux vous causer la même peine qu'à moi ! certainement vous ferez tout pour les sauver. Ce n'est pas moi seulement, c'est aussi saint Paul qui vous recommande de prendre soin de ceux qui sont avec vous membres du même corps. Consolez-vous, dit-il, mutuellement par de telles paroles; et encore : Edifiez-vous les uns les autres. (I Thess. V, 11.) Grande sera la récompense de ceux qui s'occupent du salut de leurs frères, et non moins grand le châtiment de ceux qui le négligent.

3. L'importance même de ces recommandations me donne la confiance que vous vous empresserez de les mettre en pratique : Je termine donc ici l'exhortation pour commencer l'instruction , et c'est saint Paul qui va me fournir l'aliment spirituel que je me propose de vous offrir. Paul, apôtre de Jésus-Christ, par la vocation de Dieu (I Cor. I, 1.)Voilà des paroles que vous avez souvent ouïes, souvent lues. Mais c'est peu de lire, il faut encore entendre (95) ce qu'on lit, autrement la lecture est entièrement inutile. On pourrait longtemps fouler sous ses pieds un trésor avant de s'enrichir; on n'en profite qu'en creusant la terre, qu'en descendant jusqu'à l'endroit où il est enfoui pour y puiser. Il en est de même des Ecritures: une lecture superficielle n'en découvre pas toutes les richesses, il faut les approfondir. Si la lecture suffisait, Philippe n'aurait pas dit à l'eunuque : Comprenez-vous ce que vous lisez ? (Act. VIII, 30.) S'il suffisait de lire, le Christ n'aurait pas dit aux Juifs : Scrutez les Ecritures. (Jean, V, 39.) Scruter, ce n'est pas s'arrêter à la superficie, c'est descendre jusqu'au fond. Or je vois dans ce début un champ infini de réflexions. Dans les lettres que l'on s'écrit dans le inonde, les salutations sont sans conséquence, ce ne sont que de pures formules de politesse; il en est tout autrement des Epîtres de saint Paul, elles sont pleines de beaucoup de sagesse dès le commencement. C'est la voix de Paul qu'on entend, mais les paroles qu'il prononce sont celles du Christ qui meut l'âme de Paul. Paul, apôtre, par la vocation de Dieu, ce seul nom de Paul, ce simple nom, renferme, comme vous avez pu vous en convaincre, tout un trésor de réflexions. Car, si vous vous en souvenez, j'ai parlé trois jours durant sur ce seul nom, je vous ai expliqué pourquoi son ancien nom de Saul avait été changé en celui de Paul, pourquoi ce changement n'avait pas eu lieu aussitôt après la conversion, pourquoi l'Apôtre avait conservé encore assez longtemps le nom qu'il avait reçu de ses parents; nous en avons pris occasion de vous montrer la sagesse de Dieu et sa bienveillante tant envers nous qu'envers les grands. saints. Si les hommes eux-mêmes ne donnent pas au hasard des noms à leurs enfants, s'ils choisissent tantôt le nom du père, tantôt celui du grand-père, tantôt celui d'un autre ancêtre de la famille, combien plus Dieu consulte-t-il la raison et la sagesse dans les noms qu'il donne à ses serviteurs ! Les hommes ont en vue soit l'honneur de ceux qui ne sont plus, soit leur propre satisfaction, lorsqu'ils donnent à leurs enfants les noms des morts: ils cherchent à tromper leur douleur en faisant revivre un nom. Mais Dieu, c'est quelque vertu ou quelque enseignement dont il conserve le souvenir dans les noms des saints, comme s'il le gravait sur une colonne d'airain.

Saint Pierre a été ainsi nommé en raison de sa vertu. Dieu a comme déposé dans ce nom une preuve de la fermeté de l'Apôtre dans la foi, et tout ensemble une perpétuelle exhortation à ne pas déchoir de cette fermeté. (Matth. XVII, 18.) Jacques et Jean, durent leur surnom de fils du tonnerre à la puissance de leur voix dans la prédication de l'Evangile. Mais pour ne pas vous causer d'ennui en me répétant, je laisse ce sujet pour vous montrer que les noms des saints sont par eux-mêmes vénérables aux personnes pieuses et terribles aux pécheurs. Lorsque saint. Paul ayant recueilli, converti et baptisé Onésime, l'esclave fugitif, le voleur qui s'était évadé après avoir dérobé de l'argent à son maître, le renvoya à Philémon, il écrivit à celui-ci une lettre où se lit le passage suivant : Je pourrais avec une pleine assurance vous ordonner dans le Christ Jésus ce qui convient, mais j'aime mieux avoir recours à la prière de l'affection, moi du même âge que vous, moi le vieux Paul, qui de plus suis maintenant le prisonnier de Jésus-Christ. (Phil. VIII, 9.) Vous voyez qu'il fait valoir trois motifs: les chaînes qu'il porte pour Jésus-Christ, son âge, et le respect dû à son nom. Pour donner plus de force à sa supplication en faveur d'Onésime, il se fait pour ainsi dire triple; ce n'est plus un seul homme : c'est l'enchaîné, c'est le vieil apôtre, c'est Paul. Cela vous montre que les noms des saints sont par eux-mêmes vénérables aux fidèles. S'il suffit de prononcer le nom d'un enfant chéri pour arracher à un père une grâce qu'il refuse, comment le même pouvoir n'appartiendrait-il pas aux noms des saints qui sont les enfants chéris de Dieu?

J'ai ajouté que les noms des saints inspirent la terreur aux- pécheurs comme le nom du maître en inspire à l'enfant paresseux. Ecoutez comment le même apôtre le donne à entendre dans son épître aux Galates. Ceux-ci avaient eu la faiblesse de se laisser entraîner au judaïsme, leur foi était en péril, et saint Paul voulant- les relever et- leur persuader de ne plus altérer la pureté de la doctrine chrétienne par aucun mélange judaïque, leur écrivait : Voici que moi, Paul, je vous dis que si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. (Gal. V, 2.) Vous avez dit : Moi; pourquoi ajouter : Paul? Est-ce que le mot moi ne suffisait pas pour désigner celui qui écrivait ? Sachez que le nom ainsi ajouté pouvait ébranler les auditeurs; l'Apôtre le met afin de (96) retracer plus vivement le souvenir du maître à l'esprit des disciples. La même chose nous arrive à tous : le nom d'un saint qui frappe notre oreille nous fait sortir de notre torpeur, nous fait trembler au sein de l'indifférence. Lorsque j'entends prononcer le nom de Paul, je me représente celui qui vivait dans les tribulations, dans les angoisses, au milieu des coups, dans les prisons, celui qui passa un jour et une nuit au fond de la mer, celui qui fut ravi au troisième ciel, celui qui entendit des paroles ineffables clans le paradis, celui que le Saint-Esprit nomma un vase d'élection, le paranymphe du Christ, celui qui eût souhaité d'être séparé du Christ pour le salut de ses frères. A peine son nom est-il prononcé que, semblable à une chaîne d'or, la suite de ses grandes actions se présente incontinent aux esprits attentifs. Ce qui est un avantage considérable.

4. Il serait facile d'en dire davantage sur le nom. Mais il faut enfin venir au second mot de notre texte. Nous avons trouvé dans le mot Paul une abondante moisson; le terme par la vocation de Dieu, ne sera pas moins fertile : je dis même qu'il nous offrira une plus ample récolte. de contemplations élevées, si nous voulons ne pas épargner notre peine et notre attention. Un seul diamant détaché d'une riche parure ou du diadème d'un roi, et vendu, fournirait de quoi acheter et des palais splendides et d'immenses domaines, et des troupes d'esclaves, et tout ce qui compose une grande fortune; il en est ainsi des paroles divines. Prenez-en une seule, développez en le sens, elle va vous donner toute une fortune spirituelle; elle ne vous apportera, il est vrai, ni maisons, ni esclaves, ni arpents de terre; mais si vos âmes sont attentives, elle leur procurera ce qui vaut mieux que tout cela, de nombreux motifs de sagesse et de vertu. Considérez donc dans quel vaste champ de réflexions spirituelles nous introduit ce terme par la vocation divine. Voyons donc d'abord ce qu'est ce terme, puis nous rechercherons les raisons pour lesquelles l'Apôtre ne l'emploie qu'en tête des épîtres aux Romains, et aux Corinthiens; on ne le trouve en effet dans aucune autre. A ce fait il y a une raison, il n'est pas dû au hasard. Est-ce le hasard qui nous dicte à nous les formules initiales de nos lettres? Nullement, c'est l'usage et la raison. Lorsque nous écrivons à un inférieur, nous

débutons ainsi : un tel à un tel; lorsque c'est à un égal nous qualifions de seigneur le destinataire de la lettre; lorsque c'est à un supérieur, nous ajoutons encore d'autres qualifications plus respectueuses. Si donc nous usons, nous, d'un tel discernement, si nous n'écrivons pas à tous du même ton, si nous modifions les appellations suivant le rang des personnes , pourquoi saint Paul eût-il agi en pareil cas sans raison et au hasard? Non, ce n'est pas sans motif qu'il a écrit à ceux-ci d'une manière, à ceux-là d'une autre: il ne l'a fait que guidé par une sagesse inspirée.

Parcourez les épîtres de saint Paul, et vous verrez qu'il ne se sert de ce terme par la vocation de Dieu que dans l'épître aux Romains, et dans la première aux Corinthiens. C'est un fait dont nous dirons la raison, après que nous aurons expliqué ce terme lui-même, et montré ce que saint Paul a voulu par là nous enseigner. Que veut-il donc nous enseigner en se disant apôtre par la vocation de Dieu ? Que ce n'est pas lui qui est venu au Seigneur le premier, mais qu'il a répondu à une vocation. Ce n'est pas lui qui a cherché et trouvé : non, il a été trouvé, étant égaré; ce n'est pas lui qui a tourné le premier ses regards vers la lumière, c’est la lumière qui l'a prévenu en lui dardant ses rayons dans les yeux; en même temps qu'il perdait l'usage de ses yeux corporels, s'ouvraient les yeux de son âme. Il a voulu nous apprendre qu'il ne s'attribuait pas à lui-même ses grandes actions, mais à Dieu qui l'avait appelé, et voilà pourquoi il se dit apôtre par la vocation. de Dieu. Il semble nous dire : Celui qui m'a ouvert l'arène et le stade, voilà l'auteur de mes couronnes; celui qui a posé le principe, planté la racine, voilà le maître à qui reviennent de droit les fruits. C'est dans le même sens qu'après avoir dit (I Cor. XV, 10) : J'ai travaillé plus que tous les autres, il ajoute aussitôt : Non pas moi, mais la grâce qui est avec moi. Ainsi ce terme par la vocation de Dieu exprime que saint Paul ne s'attribue pas à lui-même le mérite de ses oeuvres, mais qu'il le rapporte à Dieu son Maître. L'enseignement que le Christ donnait à ses disciples, disant: Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis (I Jean, XV,16), l'Apôtre le reproduit en ces termes : Alors je connaîtrai dans la mesure que j'ai été connu. (I Cor. XIII, 12.) Ce qui veut dire : ce n'est pas moi qui ai Connu le premier, c'est Dieu qui m'a prévenu. (97) Il était encore persécuteur, il dévastait l'Eglise, lorsque le Christ l'appela en lui disant : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? (Act. IX, 4.) Voilà pourquoi il se dit apôtre par la vocation de Dieu.

Pourquoi prend-il ce titre, lorsqu'il écrit aux Corinthiens? Corinthe est la métropole de l'Achaïe ; elle abondait en dons spirituels, et cela se conçoit : elle avait plus que tolite autre cité joui de la prédication de l'Apôtre. Comme une vigne qui jouit des soins d'un excellent vigneron, se couvre d'un feuillage luxuriant et se charge de fruits abondants, ainsi cette cité, qui, plus que toute autre, avait participé à 1'enseignelnent du grand Apôtre, et qui durant longtemps avait joui de sa sagesse, florissait en toute sorte de biens et de grâces. L'abondance des dons de l'Esprit n'était pas le seul bien qu'elle possédât, elle était encore comblée de tous les avantages, de toutes les commodités de la vie. Par sa. sagesse profane, par sa richesse et par sa puissance, elle l'emportait sur toutes les autres villes de la Grèce. Or, tant d'avantages lui inspiraient de l'orgueil, et ce vice la divisait en une multitude de sectes.

Telle est, en effet, la nature de l'orgueil : il brise le lien de la charité, sépare les hommes, et aboutit à l'isolement de celui qui en est possédé. Comme un mur, en se dilatant, peut renverser une maison, ainsi une âme que l'amour-propre gonfle, rejette tous les liens qui l'attachent au prochain. Corinthe était alors travaillée de ce mal. Les dissensions qui la déchiraient divisaient aussi l'Eglise ; ses habitants s'attachaient à vingt docteurs rivaux, se constituaient en sectes et en partis et ruinaient la dignité de l'Eglise. La dignité de l'Eglise ne peut être florissante qu'autant que ceux qui la composent gardent entre eux la concorde et l'harmonie qui doivent exister entre les membres d'un même corps.

5. Il faut vous montrer que c'était de saint Paul que les Corinthiens avaient reçu les premiers enseignements de la foi, qu'ils étaient comblés de dons spirituels, qu'ils jouissaient d'avantages temporels supérieurs à ceux des autres peuples, qu'enorgueillis de- toutes ces faveurs, ils se partageaient en factions, qu'ils se disaient sectateurs les uns de celui-ci, les autres de celui-là. Saint Paul leur a le premier inculqué la foi, il nous l'enseigne lui-même en ces termes : Quand vous auriez beaucoup de maîtres en Jésus-Christ, vous n’avez pas néanmoins plusieurs pères, puisque c'est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l'Evangile. (I Cor. IV, 15.) S'il les a engendrés en Jésus-Christ, c'est donc qu'il a été le premier à leur faire connaître Jésus-Christ. J'ai planté, dit-il encore, Apollo a arrosé (L. III, 6), et il se donne comme ayant le premier jeté dans cette ville la semence de l'Evangile. Voici un passage qui montre de quelles faveurs spirituelles ils étaient comblés : Je remercie mon Dieu de la grâce que Dieu vous a donnée en Jésus-Christ et de toutes les richesses dont vous êtes comblés en lui, au point de n’être privés d'aucune grâce. (I Cor. I, 4, 5.) Qu'ils possédassent la science profane, nous le voyons assez par les nombreuses et longues attaques que l'Apôtre dirige contre cette même science. Il les réprimande avec une sévérité dont on aurait peine à trouver un autre exemple dans ses écrits : et certes il avait raison, il était naturel qu'il portât le fer à la racine du mal. Jésus-Christ, dit-il, ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher l'Evangile, non pas toutefois par la sagesse de la parole, afin de ne pas rendre vaine la croix de Jésus-Christ. (I Cor. I, 17.) Pouvait-il traiter plus sévèrement la sagesse du siècle, qu'il accusait non-seulement d'être inutile à la piété, mais encore de l'entraver et de l'arrêter ? De même que le fard et les autres raffinements de la parure ne s'appliquent aux beaux corps et aux beaux visages qu'au détriment de leur beauté vraie et naturelle, parce qu'alors une partie du mérite revient aux couleurs empruntées, ainsi qu'aux autres moyens artificiels, tandis que rien ne fait tant ressortir la beauté naturelle d'un visage que de n'y rien ajouter, parce que, dépourvue d'ornements étrangers, elle attire sur soi-même toute l'attention et. tous les hommages; de même en est-il de la piété, qui est toute la beauté de l'épouse du Saint-Esprit; si vous la chargez des ornements extérieurs de la richesse, de la puissance, de l'éloquence, vous rabaissez sa gloire, parce que vous ne l'avez pas laissée paraître toute seule dans l'éclat de sa beauté, et que vous l'avez forcée de partager un honneur qu'il eût mieux valu lui laisser entier; mais si vous la laissez combattre seule et nue, si vous écartez d'elle tout ce qui est humain, alors sa beauté paraîtra parfaitement et dans sa plénitude, alors éclatera sa force invincible, parée que, sans avoir besoin ni de la richesse, ni de la science, ni de (98) la puissance, ni de la noblesse, ni d'aucun secours humain, elle sera capable de tout vaincre, de tout surmonter, et pourra, parle moyen d'hommes simples, humbles, indigents, pauvres, communs, subjuguer les impies, les rhéteurs, les philosophes, les tyrans; en un mot, la terre entière.

C'est là ce qui faisait dire à saint Paul : Ce n'est pas avec l'ascendant d'une sublime éloquence que je surs venu vous annoncer l'Evangile de Jésus-Christ (I Cor. II, 1) ; et : Dieu a choisi ce qui est folie selon le monde pour confondre les sages. (I Cor. I, 27.) Il ne dit pas simplement, ce qui est folie, mais ce qui est folie selon le monde; c'est qu'en effet tout ce que le monde regarde comme folie , n'est pas toujours tel au jugement de Dieu; au contraire beaucoup d'insensés selon le monde sont sages selon Dieu, beaucoup de pauvres selon le monde sont riches selon Dieu. Par exemple le Lazare, si pauvre dans le monde, se trouve parmi les plus riches dans les cieux. (Luc, XVI, 20.) Cette folie selon le monde désigne, dans le langage de l'Apôtre, ceux qui n'ont pas la langue exercée, ceux qui ignorent la science profane, ceux qui ne savent point parler agréablement. Et voilà , dit l'Apôtre, ceux que Dieu a choisis pour confondre les sages. Et comment, dites-vous, sont-ils confondus ? Par les faits , par l'expérience. Voici une pauvre veuve, une mendiante assise à la porté de votre maison peut-être même est-elle estropiée ; vous l'interrogez sur l'immortalité de l'âme, sur la résurrection des corps, sur la Providence de Dieu, sur la rétribution proportionnée aux mérites , sur les comptes à rendre en l'autre monde, sur le tribunal redoutable, sur les biens réservés à ceux qui pratiquent la vertu, sur les maux dont sont menacés les pécheurs , sur d'autres questions de ce genre, et elle vous fait des réponses dont la plénitude, et l'exactitude ne laissent rien à désirer; voyez au contraire ce philosophe si fier de sa chevelure et de son bâton, proposez-lui les mêmes questions : il dissertera longuement, son bavardage ne tarira pas durant des, heures ; mais quand il faudra conclure, il ne pourra pas dire un seul mot, pas articuler une syllabe. Ce contraste vous montrera comment Dieu a choisi ce qui est fou selon le monde , pour confondre les sages. Des choses que ces superbes et ces orgueilleux n'ont pas trouvées, parce qu'ils se sont privés des lumières du Saint-Esprit, parce qu'ils n'ont rien voulu devoir qu'à leur propre raison, des mendiants, des misérables, des ignorants les ont apprises à la perfection en se faisant les disciples de la Sagesse d'en-haut. L'Apôtre va plus loin dans ses attaqués contre la sagesse profane, et il dit : La sagesse de ce monde est folie au jugement de Dieu. (I Cor. III,19.) Pour éloigner les fidèles de cette sagesse mondaine il leur disait encore avec autant de dédain que de force : Si quelqu'un parmi vous se croit sage de la sagesse de ce siècle, qu'il devienne fou pour devenir sage de la vraie sagesse ; et encore : Il est écrit , je perdrai la, sagesse des sages, et je réprouverai la prudence des prudents (I Cor. 1, 19) ; et encore : Le Seigneur connaît les pensées des hommes, et il en sait toute la vanité. (I Cor. III, 27.)

6. Ces citations démontrent suffisamment que les Corinthiens possédaient la sagesse de ce monde : leur orgueil, leur vaine gloire se voient également dans la même épître. Par exemple, après quelques paroles sévères prononcées au sujet de l'incestueux, il ajoute : Et vous êtes encore enflés d'orgueil! (I Cor. V, 2.) Que cet orgueil donnait naissance à des querelles qui les divisaient, écoutez-en la preuve : Car puisqu'il y a parmi vous, des querelles, des jalousies et des dissensions, n'est-il pas visible que vous êtes charnels, et que vous vous conduisez selon l'homme? (I Cor. III, 3.) Quelles étaient les conséquences de ces querelles? Ils se disaient partisans de tels ou tels maîtres et docteurs. Ce que je veux dire, c'est que chacun dé vous se met d'un parti en disant : Pour moi je suis disciple de Paul; et moi je le suis d'Apollo ; moi , de Céphas. (I Cor. I, 12.) Il nomme Paul, Apollo, Cephas, non qu'ils fussent les chefs que les Corinthiens se donnaient, mais il dissimule par ces noms les véritables auteurs de la division qu'une dénonciation précise et publique aurait peut-être portés à l'entêtement et à l'impudence. Ce n'était pas autour dé Paul, de Pierre, ni d'Apollo que se formaient les sectes, mais autour de certains autres docteurs, comme il est facile de s'en convaincre par ce qui suit. En effet, après avoir repris les Corinthiens au sujet de ces discordes, il ajoute : Au reste, mes frères, j'ai personnifié ces choses en moi et  en Apollo à cause de vous, afin que vous appreniez à ne pas avoir des pensées contraires à ce qui vous a été écrit, en sorte que nul ne s'enfle contre un autre au sujet de qui que ce soit. (I Cor. IV, 6.) (99) Comme beaucoup d'ignorants ne trouvaient pas en eux-mêmes de quoi concevoir de l'orgueil, ni exercer sur le prochain une mordante critique, ils se donnaient des chefs du mérite desquels ils se prévalaient pour déverser le mépris autour d'eux. Ainsi la sagesse de ceux qui les instruisaient leur devenaient un prétexte d'arrogance envers les autres.; singulière manie de gloire que d'en tirer même de ce qui ne leur appartenait pas, et d'abuser des avantages d'autrui pour mépriser leurs frères ! Comme donc ils étaient enflés d'orgueil, désunis, et partagés en beaucoup de sectes, qu'ils tiraient vanité de la doctrine, comme s'ils l'avaient tirée d'eux-mêmes et non reçue d'en-haut, comme si les dogmes de la vérité leur fussent venus d'ailleurs que de la grâce de Dieu , l'Apôtre voulait réduire cette vaine enflure ; et c'est pourquoi, dès le début de son épître, il fait valoir sa vocation. C'est comme s'il disait : Si moi, qui suis votre maître, je n'ai rien tiré de mon propre fonds, si je n'ai pas prévenu Dieu dans ma conversion, si je n'ai fait que répondre à une vocation, comment vous, mes disciples, vous qui avez reçu de moi les dogmes, pouvez-vous en tirer vanité comme si vous les aviez trouvés vous-mêmes? Au reste, cette pensée se trouve explicitement exprimée plus loin : Qui est-ce qui met de la différence entre vous? Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu? Que si vous l'avez reçu, pourquoi vous en glorifiez-vous comme si vous ne l'aviez point reçu ? (I Cor. IV, 7.)

Ainsi donc ce mot de vocation mis par l'Apôtre en tête de son épître est à lui seul une leçon d'humilité, il fait évanouir l'enflure, il rabaisse l'orgueil. Rien ne dompte et ne confient mieux les passions de l'homme que l'humilité, que la modestie, que la simplicité,. que l'opinion vraie et non exagérée qu'on a de soi. Aussi le Christ, révélant pour la première fois la doctrine céleste, commence-t-il par exhorter à l'humilité, et dès qu'il ouvre la bouche pour instruire, la première loi qu'il porte est celle-ci : Bienheureux les pauvres d'esprit! (Matth. V, 3.) Comme celui qui projette de bâtir une grande et magnifique maison, établit d'abord un fondement en rapport avec l'édifice, afin qu'il puisse sans fléchir en supporter la ruasse énorme, ainsi le Christ, sur le point d'élever l'édifice de la religion dans les âmes; voulant avant tout poser un fondement solide, inébranlable, choisit la vertu d'humilité pour faire porter sur elle toute la vaste construction qu'il médite, parce qu'il sait bien qu'une fois cette base solidement assise dans les coeurs, on pourra, sans crainte, élever dessus toutes les autres parties du palais de la vertu. Bâtir sur un autre fondement, c'est se condamner à ne rien faire de durable et à travailler en vain, à l'exemple de celui qui ayant construit sur le sable eut beaucoup de peine et nul profit, précisément parce qu'il. avait négligé la solidité des fondements: Oui, quelque bien que nous fassions, si nous n'avons pas l'humilité, tout le fruit de nos oeuvres se trouve corrompu et perdu. Et quand je dis l'humilité, je ne parle pas de celle qui n'est que dans la parole et sur la langue, mais de celle qui vit dans le coeur, dans l'âme, dans la conscience, de celle que Dieu peut seul voir. Cette vertu suffit, même; quand elle est seule, pour nous rendre Dieu propice: témoin le publicain; il n'avait aucune bonne' oeuvre à présenter, aucun acte vertueux, mais il sut dire du fond du cœur : Soyez-moi propice à moi pécheur (Luc, XVIII, 13), et il descendit chez lui plus justifié que le pharisien, quoique ces paroles fussent moins des paroles d'humilité que de modestie et d'équité. Car avoir fait de grandes choses et no pas s'en glorifier, voilà de l'humilité, mais se sentir pécheur et l'avouer, - ce n'est que do la modestie. Si celui qui avait conscience de n'avoir fait aucun bien, s'est attiré à ce point la bienveillance de Dieu, uniquement pour en avoir fait l'aveu, de quelle faveur ne jouiront pas ceux qui, pouvant se rendre le témoignage d'avoir accompli de grandes choses, les oublient jusqu'a se placer au dernier rang ! c'est ce que. fit saint Paul, lui qui était au premier rang parmi les justes, et qui se disait le dernier des pécheurs. (I Tim. I, 15.) Et non-seulement il le disait, mais il le croyait, ayant appris du divin Maître que, même après avoir fait tout ce qui nous est commandé, nous devons nous estimer des serviteurs inutiles. (Luc, XVII, 10.) Voilà la, véritable humilité : imitez Paul vous qui avez des vertus, suivez le publicain vous qui êtes remplis de péchés; out, confessez ce que vous êtes, frappez-vous la poitrine , formons notre esprit aux humbles pensées sur nous-mêmes. Une telle disposition est par elle-même une offrande et un sacrifice, David nous l'assure : C'est un sacrifice aux yeux de Dieu qu'un esprit brisé. Dieu ne rejettera jamais un coeur contrit et humilié. (Ps. L,19.) Il ne dit pas (100) simplement : humilié; il dit encore: contrit, c'est-à-dire broyé, réduit en tel état qu'il ne peut plis s'élever quoiqu'il désire de le faire. Ainsi donc n'humilions pas seulement notre âme, mais broyons-la, livrons-la à la componction : or elle se broie par le souvenir continuel de nos péchés. Ainsi humiliée, elle ne pourra plus s’élever, parce que la conscience, comme un frein que l'on serre, s'opposera à tousses élans, la réprimera et la forcera d'être modeste en tout. Alors nous trouverons grâce devant Dieu, car il est écrit : Plus tu es grand, plus tu dois t'humilier, car tu 1rouveras grâce devant Dieu. (Eccl. III, 20.) Or celui qui aura trouvé grâce .devant Dieu ne ressentira plus aucune disgrâce, mais il pourra; dès ici-bas, protégé par la divine grâce, traverser toutes les incommodités de ce monde, et surtout il évitera les châtiments réservés dans l'autre à ceux qui commettent le péché, la grâce de Dieu le précédant partout et aplanissant tous les obstacles sur sa route; c'est cette grâce que je vous souhaite à tous, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui et avec qui gloire soit au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Traduit par M. JEANNIN.

 

 

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