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A DÉMÉTRIEN 1° Calomnies des infidèles; 2° Cause des calamités publiques; 3° Nécessité de se convertir; 4° Jugement dernier. Depuis longtemps, ô Démétrien, vous déclamez contre le Dieu unique et véritable. Jusquà présent, jai pensé quil valait mieux accueillir avec le silence du mépris les impiétés et les erreurs dun insensé que dirriter sa folie par des paroles. Sur ce point, je ne faisais que suivre le conseil du Seigneur: Ne dites rien à loreille de linsensé, de peur quaprès les avoir entendus, il ne méprise vos sages avis (Prov., XXIII.). Et ailleurs : Ne répondez pas à linsensé, pour ne pas devenir semblable à lui (Ibid., XXVI.). Le Seigneur nous dit encore de conserver dans nos âmes le dépôt de la sainteté : Ne donnez pas aux chiens les choses saintes; ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur quils ne les foulent aux pieds et quils ne se tournent ensuite contre vous pour vous déchirer (Matt., VII.). Vous êtes souvent venu chez moi, beaucoup plus pour disputer que pour apprendre. Il vous était plus agréable (243) de proférer à grands cris vos invectives que découter mes raisons. Alors, jaurais regardé comme une folie davoir une discussion avec vous; car il eût été plus facile darrêter dun mot les flots soulevés de la mer que de comprimer votre rage. A quoi bon offrir la lumière à laveugle, la parole au sourd, la sagesse à la brute? La brute est incapable de comprendre, laveugle de voir, le sourd dentendre. Ces considérations mont condamné au silence. Ne pouvant ni instruire un rebelle, ni soumettre un impie au joug de la religion, ni modérer un furieux, jai résolu dêtre patient. Mais aujourdhui vous venez nous dire que beaucoup se plaignent des chrétiens; quon fait retomber sur eux la responsabilité des guerres qui se succèdent sans interruption, des pestes et des famines qui exercent leurs ravages, de la sécheresse qui consume les récoltes. En présence de ces calomnies, je ne puis me taire plus longtemps. On pourrait attribuer mon silence à la faiblesse de ma cause, et jaurais lair de reconnaître la vérité de ces accusations si je dédaignais de les réfuter. Je vais donc vous répondre, Démétrien, et je répondrai, en même temps, à ceux que vos calomnies ont soulevés contre nous. Ils sont nombreux; ils partagent vos préjugés et vos haines; pourtant je ne désespère pas de les convaincre. Celui qui sest laissé entraîner au mal par le mensonge, reviendra au bien sous lempire de la vérité. 1° Vous dites que nous sommes la cause de tous ces fléaux qui pèsent maintenant sur le monde, et quils arrivent parce que nous nadorons pas vos dieux. Ceci dénote, de votre part, une bien grande ignorance de la vérité. Dabord vous devez savoir que le mondé a vieilli, quil na plus les forces de la jeunesse, quil a perdu sa vigueur et sa fécondité dautrefois. Ici, nous navons pas besoin de démonstration; nous pouvons laisser en paix les oracles divins; le monde parle de lui-même, et, par la chute des êtres qui le composent, il annonce assez clairement son déclin. Lhiver na plus les mêmes pluies pour nourrir les moissons; le soleil de lété les mêmes feux pour les mûrir ; la (245) température du printemps est moins favorable aux plantes,; lété est moins riche en fruits. Les montagnes fatiguées ne produisent plus la même quantité de marbres; les mines dor et dargent sépuisent, et leurs veines appauvries ne donnent plus les mêmes richesses. La campagne manque de cultivateurs, la mer de matelots, larmée de soldats. Plus de probité sur la place publique, plus de justice dans les tribunaux, de concorde entre les amis, dhabileté dans les arts, de retenue dans les moeurs. Croyez-vous quune chose puisse avoir dans sa vieillesse la même sève et la même vigueur quà son origine? Tout ce qui arrive à son déclin doit nécessairement diminuer. Ainsi les rayons du soleil couchant perdent leur éclat et leur chaleur; ainsi le disque de la lune sefface quand elle arrive à ses phases décroissantes; ainsi larbre, dont les rameaux étaient autrefois verdoyants et fertiles, se flétrit en vieillissant, se déforme et devient stérile; ainsi la fontaine, dont les eaux abondantes sétendaient au loin, se dessèche et ne trahit plus sa présence que par un peu dhumidité. Tel est larrêt porté contre le monde, telle est la loi de Dieu: tout ce qui naît meurt, tout ce qui croît vieillit, ce qui est fort devient faible, ce qui est grand diminue et, après laffaiblissement et la diminution, arrive la fin. Vous imputez aux chrétiens cet affaissement général causé par la décrépitude du monde: pourquoi les vieillards ne leur attribueraient-ils pas la décroissance de leur santé et de leurs forces? Leurs oreilles sont plus dures, leurs pieds moins agiles, leurs yeux moins vifs, leurs entrailles plus paresseuses, leurs membres plus lourds et plus faibles: pourquoi ne pas rendre les chrétiens responsables de toutes ces disgrâces? Autrefois la vie humaine dépassait huit et neuf cents ans; aujourdhui elle peut à peine atteindre un siècle. Nous voyons des cheveux blancs sur la tête des enfants; la chevelure tombe avant davoir pris son accroissement; la vieillesse, qui devrait être le terme de lexistence, en est, au contraire, le seuil. Ainsi tout ce qui naît se précipite vers sa fin et participe (247)à la décrépitude du monde. Ne vous étonnez donc pas de voir tout dépérir dans lunivers, quand lunivers lui-même touche à sa décadence et à son terme. Quant aux guerres incessantes, aux malheurs causés par la stérilité et la famine, aux maladies, à la contagion qui exercent partout leurs ravages, sachez que tout cela est prédit. A la fin des temps, les maux se multiplieront et prendront les formes les plus diverses. Plus le jour du jugement sera proche, plus aussi senflammera la colère de Dieu pour châtier le genre humain. 2° Si ces malheurs arrivent, ce nest pas parce que les chrétiens nadorent pas vos dieux, comme vous le faites sonner si haut dans votre ignorance; mais parce que vous nadorez pas vous-mêmes le Dieu véritable. Il est le maître de ce monde; sa volonté gouverne tout; cest lui qui produit ou qui permet tous les événements. Lors donc quéclate un de ces châtiments qui annoncent la colère de Dieu, ce nest pas nous qui en sommes cause, puisque nous adorons le vrai Dieu; mais cest contre vous quil est dirigé, contre vous qui ne craignez pas Dieu et qui ne cherchez pas à le connaître, contre vous qui ne voulez pas quitter de vaines superstitions pour vous attacher à la religion véritable et qui empêchez le Dieu unique, le Dieu du genre humain, de recevoir les hommages et les prières de toutes ses créatures. Écoutez sa parole : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul... Tu nauras pas dautre Dieu que moi. Ne suivez pas les dieux étrangers, dit-il encore, ne les servez pas, ne les adorez pas, et ne me forcez pas par vos crimes à vous exterminer (Jérem., XXV.). Le prophète Aggée, inspiré par lEsprit-Saint, nous parle en ces termes de la colère de Dieu : Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu tout-puissant parce que mon temple est désert, et que chacun dentre vous (249) demeure dans sa maison, le ciel refusera sa pluie, la terre suspendra ses productions, jenverrai des fléaux sur les blés, sur les vignes, sur les oliviers, sur les troupeaux, sur les hommes et sur les ouvrages de leurs mains (Agg., I). Un autre prophète renouvelle les mêmes menaces : Je ferai tomber ma pluie sur une ville et non sur lautre; une partie des champs sera arrosée et lautre, privée dhumidité, deviendra stérile. Les habitants de deux et de trois villes se réuniront dans une cité pour y boire de leau et leau manquera. Et vous ne vous convertissez pas, dit le Seigneur (Amos, IV) ! Le Seigneur sindigne, il vous menace parce que vous ne revenez pas â lui, et vous, obstinés dans votre révolte et dans votre mépris, vous vous plaignez de la rareté des pluies, de la poussière qui couvre nos champs et qui produit à peine quelques herbes languissantes, de la grêle qui frappe nos vignobles, des tempêtes qui déracinent nos oliviers, de la sécheresse qui tarit nos sources, de ces miasmes pestilentiels qui corrompent latmosphère et usent les constitutions les plus robustes. Tous ces fléaux sont le châtiment de vos péchés; et, ce qui met le comble à la colère divine, cest de voir quils ne vous convertissent pas. Jérémie nous dit quils ont pour but ou de corriger les rebelles ou de punir les méchants : Cest en vain que jai frappé vos fils, ils nont pas profité du châtiment. Vous les avez frappés, répond le prophète, et ils ne se sont pas repentis; vous les avez châtiés et ils ont repoussé le châtiment (Jér., V). Dieu frappe et on ne le craint pas; il multiplie les fléaux et personne ne tremble. Que serait-ce donc si lépreuve ne venait nous visiter? Combien laudace des hommes croîtrait par limpunité! Vous vous plaignez de voir les fontaines moins abondantes, lair moins salubre, la terre moins fertile; vous vous plaignez (251) de voir la nature vous refuser son concours et les éléments ne plus servir, comme autrefois, vos intérêts et vos plaisirs. Mais vous, servez-vous Dieu qui a mis toutes les créatures à votre service? Êtes-vous soumis à celui qui vous a soumis lunivers? Vous exigez les services de votre esclave; homme, vous imposez à un homme la soumission et lobéissance. Comme lui, vous êtes entré dans la vie, comme lui, vous en sortirez; vos corps et vos âmes sont composés de la même substance; vos droits sont égaux, votre responsabilité égale, soit pendant la vie, soit après la mort; et pourtant, sil se montre rebelle, sil ne, se soumet aveuglément à toutes vos volontés, maître impérieux et impitoyable, vous le flagellez, vous le frappez, vous lui faites subir les tortures de la faim, de, la soif, de la nudité; vous ne reculez ni devant la prison, ni devant le glaive. Et vous, misérable, qui exercez ainsi votre domination sur un homme, vous ne reconnaissez pas la puissance de Dieu! Cest donc avec raison que Dieu multiplie les fléaux et nous frappe à coups redoublés. Hélas! ils servent à bien peu de chose! la terreur quils inspirent convertit bien peu de pécheurs! mais il reste à Dieu une dernière ressource: cest la prison éternelle, le feu inextinguible, le châtiment perpétuel. Là, les gémissements du coupable ne seront plus entendus, car lui-même, pendant cette vie, a fermé loreille aux menaces du Seigneur. Et pourtant sa voix, en passant par la bouche des prophètes, retentissait bien haut : Écoutez la parole du Seigneur, ô fils dIsraël, voici le jugement du Seigneur sur tous les habitants de la terre; car il ny a plus ni miséricorde, ni vérité, ni connaissance de Dieu; partout, au contraire, on trouve la malédiction, le mensonge, le meurtre, le vol, ladultère, le sang répandu à profusion. Cest pourquoi la terre pleurera avec tous ses habitants, avec les bêtes des champs, les serpents de la terre, les oiseaux du ciel, les poissons de la mer, et personne néchappera à la sentence (Osée, IV.). Dieu sindigne de ce quil nest ni connu ni (253) craint sur la terre. Il reproche aux hommes leurs mensonges, leurs débauches, leurs fraudes, leur cruauté, leur impiété, leur fureur et personne ne se convertit. Les prédictions se réalisent, et personne, en face des disgrâces du présent, ne songe à se préparer un avenir meilleur. Au milieu de ce cercle dadversités qui nous presse et nous étouffe, les méchants sabandonnent à leurs instincts pervers et, au lieu de se juger soi-même, on juge les autres. Irritez-vous donc contre Dieu, comme si votre vie coupable méritait une récompense; comme si tous les malheurs qui vous frappent étaient en rapport avec vos iniquités. Vous donc qui vous établissez juge des autres, jugez vous enfin vous-mêmes; sondez les replis de votre conscience. Mais que dis-je? maintenant il ny a plus de honte à pécher; on se fait un mérite de ses prévarications. Eh bien donc! puisque tout le monde connaît votre conduite, ayez le courage de vous regarder un instant. A combien de passions votre âme nest-elle pas en proie? lorgueil, lavarice, la colère, la prodigalité, livrognerie, la débauche, la jalousie, la cruauté se la disputent tour à tour: et vous vous étonnez de voir les châtiments saccroître, quand les crimes vont chaque jour croissant? Lennemi attaque vos frontières: vous vous plaignez, comme si, en labsence de lennemi, la paix pouvait exister parmi les citoyens. Vous vous plaignez: mais si les armes des barbares cessaient de vous menacer, nauriez-vous pas vos luttes domestiques; et les grands, avec leurs violences et leurs calomnies, ne seraient-ils pas des ennemis encore plus cruels? Vous vous plaignez de la stérilité et de la famine; mais la cause principale de la famine ce nest pas La sécheresse, cest la cupidité : la cupidité qui accapare . les vivres et les tient à un prix inaccessible aux ressources du pauvre. Vous vous plaignez que le ciel fermé vous refuse sa rosée, comme si les greniers nétaient pas fermés sur la terre. Vous vous plaignez quo les productions du sol diminuent; comme si les indigents avaient leur part de ces (255) productions. Vous abusez la peste; mais la peste a servi dévoiler les consciences ou à les rendre plus criminelles. Nous les avons vus ces hommes, qui navaient aucune pitié pour les malades, attendre leur mort avec impatience. Timides quand il sagissait de rendre service, lappât dun gain impie les rendait hardis jusquà la témérité. Ils fuyaient la couche des mourants; mais ils se jetaient sur les dépouilles des morts: montrant par là quils avaient abandonné les victimes à leur malheureux sort, pour ne pas prolonger leur existence eh les soignant. Nest-ce pas vouloir la mort dun malade, que de se jeter sur sa dépouille de suite après sa mort? Tant de fléaux ne peuvent ramener parmi nous les bonnes moeurs; au milieu des coups multipliés de la mort, personne ne songe quil est mortel. Partout le mouvement, la violence, la rapine. On vole ouvertement, sans hésitation, sans crainte. On vole comme si cétait une chose permise, recommandée; comme si celui qui sen abstient se privait dun droit justement acquis. Les brigands ont quelque honte de leurs crimes; ils choisissent des gorges solitaires, des lieux déserts; ils cachent leurs forfaits dans les ombres de la nuit. Mais ici, la cupidité marche le front levé et, forte de sa propre audace, elle exerce ses fureurs au grand jour et en plein Forum. De là les faussaires, les empoisonneurs, les assassins dont la violence croît avec limpunité. Un homme pervers commet un crime, et il ne se trouve pas un innocent pour le venger. Les accusateurs et les juges ninspirent plus aucune crainte. Les méchants demeurent impunis, parce que les hommes modérés se taisent, que les témoins tremblent, que les juges vendent leurs arrêts. Aussi le prophète nous avertit que Dieu peut écarter les maux dont nous sommes accablés; mais quil en est empêché par nos crimes. Est-ce que la main de Dieu nest pas assez forte vous sauver? Est-ce que son oreille est sourde à votre prière? Mais vos péchés ont mis entre lui et vous un mur de séparation. Cest à cause de vos fautes quil détourne de vous sa (257) face, pour ne pas vous faire miséricorde (Is., LIX.). Comptez donc vos péchés et vos prévarications; sondez les blessures de votre conscience, et cessez de vous plaindre de Dieu ou des chrétiens. Si vous souffrez vous lavez mérité. Voilà donc,et cest ce que nous ne cessons de vous répéter, voilà pourquoi vous nous persécutez malgré notre innocence; voilà pourquoi vous outragez Dieu, en combattant ou en opprimant ses serviteurs. Ce nest pas assez de souiller votre vie par toute espèce de vices, diniquités, je rapines; ce nest pas assez de vous faire de la superstition une arme contre la religion véritable; ce nest pas assez de vivre dans loubli et le mépris de Dieu: vous poursuivez encore de vos injustes attaques les serviteurs qui se dévouent à sa majesté et à son nom. Vous nadorez pas Dieu, et vous persécutez ceux qui ladorent; vous nadorez pas Dieu et vous cherchez à lui ravir ses adorateurs. Quon sattache à dabsurdes idoles, à des statues fabriquées par des hommes; quon adore je ne sais quelles imaginations monstrueuses, peu vous importe: les serviteurs de Dieu ont seuls le don de vous déplaire. De toutes parts, dans vos temples, on voit fumer la graisse des victimes : et le Dieu véritable na pas dautels, ou bien ,on est réduit à. les cacher. Vous prodiguez votre encens à des crocodiles, à des cynocéphales, à des pierres, à des serpents; et Dieu seul est oublié, et on joue sa tête en le servant. Des hommes innocents, justes, agréables à Dieu, sont chassés par vous de leurs demeures, dépouillés de leur patrimoine, chargés de chaînes, enfermés dans les prisons; ils meurent sous le tranchant du glaive, brûlés sur les bûchers ou dévorés par les bêtes. Mais une mort prompte, qui dun seul coup met un ternie à nos douleurs, ne saurait vous satisfaire; vous déchirez nos corps par de longs tourments; vous épuisez nos entrailles par dinterminab1es tortures. Votre cruauté barbare ne peut se contenter des supplices ordinaires; elle singénie à en découvrir de nouveaux. (259) Quelle est donc cette soif insatiable de carnage? quelle est cette cruauté effrénée que rien ne peut satisfaire? De deux choses lune : ou cest un crime dêtre chrétien, ou ce nest pas un crime. Si cest un crime, vous avez laveu du coupable, pourquoi ne pas le mettre à mort? Si ce nest pas un crime, pourquoi persécuter un innocent? Si je nie, à la bonne heure, employez la torture. Si la crainte du châtiment me faisait dissimuler mon passé; si, employant le mensonge pour sauver ma vie, je nosais dire que jai refusé mon culte à vos dieux, alors vous devriez user de la torture et arracher par la souffrance laveu de ma faute. Cest ainsi quon agit dans les autres procès. Les coupables sont mis à la question quand ils nient les faits dont on les accuse, et on obtient par la souffrance une confession que la voix sobstine à taire. Mais moi, javoue tout ; je crie sans relâche, je proteste que je suis chrétien pourquoi me mettre à la torture? je renverse vos dieux, non pas en secret et dans des endroits retirés; mais en public, dans le Forum, sous les yeux des juges et des chefs de lÉtat. Si le nom de chrétien me rend coupable à vos yeux, ce nom, je le proclame bien haut, à la face du peuple; je confonds, par cette confession éclatante, et vous et vos dieux... Comme jai mérité votre haine! comme vous devez me punir! Pourquoi donc vous en prendre à la faiblesse de notre corps? pourquoi essayer vos~ tortures sur une chair terrestre et fragile? Luttez avec la vigueur de lesprit, terrassez-le, renversez ses croyances, remportez la victoire, si vous le pouvez, avec les seules armes de. la logique et de la raison! Ou bien, puisque vos dieux ont tant de puissance, quils se vengent eux-mômes, quils défendent leur propre majesté: sils ne peuvent punir ceux qui refusent de les adorer, comment protégeront-ils leurs adorateurs? Si lhomme qui venge un de ses semblables est au-dessus de lui, vous êtes au-dessus de vos dieux. Si vous êtes au-dessus deux, cessez de leur rendre hommage; ce sont eux qui doivent vous adorer et vous craindre comme un maître. Mais non, quand on les offense, vous les vengez; il est vrai que vous les enfermez (261) aussi et que vous les entourez de soins pour les empêcher de périr. Rougissez dadorer des êtres qui ne peuvent vous défendre; nespérez aucune protection de ces dieux que vous protégez vous-mêmes. Oh ! si vous vouliez les entendre et les voir, quand nous leurs commandons en maîtres; lorsque, avec les armes spirituelles, nous les chassons des corps quils obsédaient ! Alors, ils prennent une voix humaine; ils crient, ils gémissent, et, courbés sous la puissance divine qui les châtie, ils confessent le jugement futur. Venez et vous reconnaîtrez la vérité de mes paroles. Puisque ce sont là vos dieux, du moins croyez-les; ou, si vous voulez ne croire que vous-mêmes, celui qui obsède votre coeur, qui répand sur votre esprit les ténèbres de lignorance, parlera par votre bouche, et vous lentendrez. Alors vous verrez que ces dieux que vous priez nous adressent leurs prières; que ces dieux que vous adorez nous craignent; que ces dieux que vous proclamez .vos maîtres et à qui vous adressez des regards suppliants tremblent, enchaînés et captifs, sous notre main. Certes, vous rougirez de votre erreur quand vous entendrez vos dieux, interrogés par nous, dire ce quils sont; quand vous les verrez, en votre présence, révéler malgré eux leurs prestiges et leurs fourberies. 3° Quelle faiblesse desprit! que dis-je? quelle aveugle folie, de ne vouloir pas passer des ténèbres à la lumière, de ne vouloir pas briser les liens de la mort éternelle, pour accueillir lespérance de limmortalité ! Et pourtant Dieu vous adresse de terribles menaces : Celui qui sacrifie à des dieux, qui ne sont pas le Dieu véritable, sera mis à mort (Exod., XXII.). Ils ont adoré, dit-il encore, des dieux fabriqués par leurs mains, et ils se sont prosternés devant eux: aussi je ne leur pardonnerai pas (Is., II.). Pourquoi vous incliner devant vos fausses divinités ? Pourquoi courber votre tête devant des simulacres absurdes, des statues de pierre captives dans vos temples ? Dieu vous a donné un corps droit: tandis que les autres animaux marchent courbés vers la terre, vous portez la tête haute; votre mil s'élève vers le ciel et vers Dieu. C'est là que vous devez fixer vos regards; c'est dans ces régions sublimes que vous devez chercher le Créateur. Pour ne pas tomber dans les enfers, élevez votre coeur vers le Ciel. Pourquoi ramper vers la. mort, avec ce serpent que vous adorez ? Pourquoi souffrir que le démon vous entraîne dans sa ruine ? Conservez la forme que vous avez reçue de la nature: soyez toujours tel que Dieu vous a faits, et, puisque vous portez un front élevé, que votre âme s'élève avec lui. Pour connaître Dieu, connaissez-vous vous- même. Loin de vous ces idoles fabriqués par l'erreur; revenez au Dieu véritable: il est toujours prêt à vous accueillir. Croyez au Christ envoyé, par Dieu son père, pour vous rendre la vie et vous rétablir dans votre grandeur primitive. Cessez aussi de persécuter les serviteurs du Christ, car la vengeance divine est là pour les défendre. voilà pourquoi , malgré notre grand nombre, nous ne repoussons jamais par la force vos injustes violences. Nous sommes patients, parce que nous sommes sûrs de la vengeance. Les innocents cèdent aux coupables; ils acceptent les châtiments et les tortures; ils souffrent tout, parce qu'il savent que la justice viendra , d'autant plus juste et plus terrible que la persécution aura été plus implacable. Jamais l'impiété ne
s'attaque au nom que nous portons, sans qu'aussitôt la justice divine n'éclate. Il est
inutile de réveiller d'anciens souvenirs et de citer des faits qui se sont souvent
reproduits: les événements présents nous suffisent. Est-ce que la justice de Dieu ne
s'est pas assez promptement manifestée par (265) la mort des empereurs, la perte des
fonds publics, le massacre des soldats, la diminution des armées? Ne croyez pas que ce
soit leffet du hasard; car lÉcriture a dit depuis longtemps : La
vengeance est à moi, dit le Seigneur, je rendrai à chacun selon ses oeuvres (Deut.,
XXXII.). Et au livre des proverbes : Ne dites pas Je me vengerai de mon ennemi, mais attendez que le Seigneur vienne à votre secours (Prov., XX.). Il est donc manifeste que ce nest pas à cause de nous, mais pour nous, que la justice du ciel châtie si rudement les peuples. Ces événements, il est vrai, frappent aussi les chrétiens; mais dune manière bien différente. Celui qui place dans ce monde son plaisir et sa gloire est sensible aux adversités temporelles. Il pleure, il se désole en face du malheur, parce que, après cette vie, il ny a plus de bien être pour lui. Il renferme, dans les limites étroites de son existence, tous ses intérêts, toutes ses consolations, toutes ses joies; aussi, lorsquil la quitte, il ne trouve plus que le repentir et le châtiment. Au contraire, ceux qui portent leur espérance sur les biens futurs sont insensibles aux malheurs dici-bas. Si nous sommes dans ladversité, si nous la supportons sans faiblesse, si les calamités et les maladies ne nous arrachent ni plainte ni murmure, cest que nous vivons plus par lesprit que par la chair; cest que, par la fermeté de lâme, nous domptons la faiblesse du corps. Nous savons que ces malheurs qui vous écrasent ne sont quune épreuve doù nous sortons plus forts. Vous pensez que nous supportons, comme vous, le poids des calamités publiques; mais vous voyez bien que notre conduite diffère de la vôtre. Chez vous, on ne voit quirritation, on nentend que des clameurs et des plaintes; parmi nous on ne voit que la patience, forte et résignée, qui rend toujours grâces à Dieu. Elle ne compte sur aucune des joies et des prospérités (267) de ce monde; mais, douce et immobile au sein de la tempête, elle attend la réalisation des promesses divines. Tant que la vie anime notre corps, il doit partager la destinée des autres : tout est commun ici-bas, et la séparation ne sopère quaprès cette vie. Une seule demeure renferme les bons et les méchants; tout ce qui arrive à lintérieur les atteint sans distinction; mais à la fin, ils prendront des directions opposées, pour aller où à la mort éternelle où dans le sanctuaire de limmortalité. Ne nous croyez donc pas semblables à vous parce que, placés ici-bas avec un corps mortel, nous subissons les inconvénients du monde et de la chair. Lessence dun châtiment consiste dans le sentiment de la douleur : puisque nous ne partageons pas vos douleurs, les châtiments qui tombent sur vous ne nous atteignent pas. Notre espérance et notre foi conservent leur vigueur, et, au milieu des scènes du monde, notre âme reste debout, forte de sa patience et de sa confiance en Dieu. LEsprit-Saint nous parle ainsi par la bouche dun prophète : Le figuier ne portera plus de fruits; les vignes nauront plus de raisins; lolivier trompera les espérances du cultivateur et les champs lui refuseront sa nourriture. Plus de brebis dans les pâturages, plus de boeufs dans les étables; mais moi je me réjouirai dans le Seigneur, je tressaillerai de joie en Dieu mon Sauveur (Habac., III.). Oui, le véritable serviteur de Dieu, appuyé sur la foi et sur lespérance, est inaccessible aux calamités de ce monde. Que la vigne refuse ses fruits, que lolivier se flétrisse, que les herbes épuisées par la sécheresse, meurent dans les champs, quimporte aux chrétiens? Quimporte aux serviteurs de Dieu, que le paradis appelle, et qui ont pour patrie le royaume céleste ? Leur joie est grande dans le Seigneur; ils supportent avec courage les maux et les adversités de la vie, parce quils ont en face un meilleur avenir. Régénérés par lEsprit, nous avons dépouillé la vie terrestre pour commencer une nouvelle existence; nous (269) ne vivons plus pour le monde, mais pour Dieu. Lorsquil nous rappellera dans son sein, nous jouirons de la récompense quil nous a promise. Cependant nous ne cessons de prier pour obtenir léloignement des ennemis, le retour de la pluie, la cessation des calamités qui nous affligent. Nuit et jour, nous apaisons la colère du Ciel et nous le prions avec instance pour votre tranquillité et votre conservation. Ne vous flattez donc pas; et, en voyant que nous avons notre part des malheurs de ce monde, gardez-vous de croire que le châtiment est réservé pour dautres que vous. Dieu a prédit par ses prophètes que sa justice descendrait sur les pécheurs : vous persécutez les serviteurs de Dieu; mais Dieu se charge de les venger. 4° Nous pourrions citer bien des exemples; mais à quoi bon? A la fin des temps, viendra ce jugement, dont le prophète nous parle en ces termes : Hurlez, car le jour du Seigneur est proche; il va vous écraser sous le poids de sa colère, Voici le jour du Seigneur, jour dindignation et de colère; il va changer la terre en désert, et anéantir tous ses habitants (Is., XIII.). Voici le jour du Seigneur, dit un autre prophète : il arrive, ardent comme une fournaise, tous les étrangers et tous les pécheurs seront brillés comme la paille, le jour du Seigneur les consumera (Mal., IV.). Quels sont donc ces étrangers dont parle le prophète? Ce sont les profanes, qui nont pas voulu de la régénération spirituelle et qui, par suite, ne sont pas devenus les enfants de Dieu. Le Seigneur nous apprend que, lorsquil enverra ses anges pour anéantir le genre humain, il ne sauvera que ceux qui, après leur seconde naissance, porteront le signe du Christ. Allez, dit-il, frappez, népargnez personne; navez pitié ni du vieillard, ni du jeune homme, ni de la jeune fille; mettez à mort les enfants et les femmes; quils soient anéantis. Mais ceux qui (271) porteront un signe, ne les touchez pas (Ezéch., IX). Le Seigneur nous dit encore quel est ce signe et sur quelle partie du corps il doit être placé: Passez par le milieu de Jérusalem et vous remarquerez un signe sur le front des hommes qui pleurent et gémissent à cause des iniquités des peuples. Or, ce signe qui protége et sauve ceux qui en sont marqués nest autre chose que le sang de Jésus-Christ. Écoutez encore le Seigneur: Vous marquerez du sang de lagneau les maisons que vous habitez; je verrai ce sang et je vous protégerai, et personne dentre vous ne mourra, quand je frapperai la terre dÉgypte (Exod., XII.). Lagneau étaIt la figure du Christ. Lorsque lÉgypte fut frappée, les Israélites durent leur salut au sang et au signe de lagneau; de même quand le monde tombera en ruine, celui-là seul sera sauvé qui portera sur son front le sang et le signe du Christ. Tournez donc vos
regards, pendant quil en est temps encore, vers le port du salut, et puisque la fin
du monde est proche, craignez Dieu et élevez vers lui vos âmes converties. Ne vous
flattez pas de cette domination vaine et orgueilleuse que vous exercez sur les justes :
Dans les champs, ne voit-on pas livraie et les folles herbes sélever
au-dessus des moissons? Ne dites pas que les malheurs arrivent parce que nous
nadorons pas vos dieux: sachez que cest la justice divine qui vous frappe;
vous navez pas compris ses bienfaits, comprenez du moins ses châtiments. Cherchez
le Seigneur, quoiquil soit bien tard, cherchez-le et votre âme vivra.
Apprenez à connaître Dieu, car la vie éternelle consiste à vous connaître, vous
seul Dieu véritable, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ (Joan., XVII.).
Croyez à celui qui a prédit, depuis longtemps, les malheurs qui vous frappent; croyez à
celui qui donne à ses fidèles la vie éternelle en récompense; croyez à celui qui
prépare aux incrédules, dans les flammes de lenfer, un supplice éternel. (273) A ce jugement suprême, quelle gloire pour les fidèles ! quel châtiment pour. les perfides! quelle joie pour les croyants! quelle tristesse pour les incrédules! Pendant cette vie, ils nont pas voulu croire, et ils ne peuvent revenir sur la terre pour y trouver la foi. Un feu toujours ardent tourmentera les coupables et les enveloppera de flammes dévorantes. Tel sera leur châtiment; et ce supplice, qui sattache à la fois au corps et à lâme, durera toujours, sans trêve, sans fin. Alors nous contemplerons à loisir ceux qui, sur la terre, jouissent un instant du spectacle de nos épreuves et de nos tribulations : Le ver qui les ronge, dit lÉcriture, ne mourra pas; le feu qui les consume ne séteindra pas; et ils seront en spectacle à fout lunivers.... Alors les justes, pleins de confiance, se dresseront devant ceux qui les abreuvèrent dangoisses et leur ravirent le fruit de leurs travaux. A cette vue, les méchants seront frappés de trouble et de crainte et ils sétonneront de voir les justes si promptement sauvés. Touchés par le repentir et gémissant dans langoisse de leur âme, ils diront en eux-mêmes : Les voilà ceux que nous avons couverts de nos dérisions et de nos opprobres. Insensés, nous croyions leur existence une folie et leur mort sans honneur; et maintenant ils sont comptés parmi les fils de Dieu et leur place est au milieu des saints. Nous nous sommes donc écartés du chemin de la vérité; nous navons pas vu le flambeau de la justice et le soleil ne sest pas levé pour nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de liniquité et de la perdition; nous avons parcouru des déserts difficiles et nous navons pas su reconnaître le sentier du Seigneur. A quoi nous a servi notre orgueil? Quel fruit avons-nous tiré de nos richesses? Tout cela est passé comme lombre ( Sap., V.). Alors tout sera inutile, et le repentir et le châtiment, et les larmes et la prière. Ceux qui nont pas voulu croire à. la vie éternelle croiront, mais trop tard, à un châtiment éternel. (275)
Pendant quil en est temps encore, assurez donc votre avenir. Nous vous offrons et notre affection et nos conseils. La haine nous est interdite : pour plaire à Dieu, nous ne devons jamais. rendre le mal pour le mal. Nous vous exhortons à. profiter de la grâce divine et du temps quelle vous accorde, pour expier vos fautes. Oui, sortez de la nuit profonde et ténébreuse de la superstition et marchez vers la lumière sans tache de la religion véritable. Vous le voyez, nous ne sommes pas jaloux de vos intérêts; nous ne vous cachons pas les bienfaits de Dieu; nous répondons à vos haines par la bienveillance et, en échange des tourments et des supplices dont vous nous accablez, nous vous montrons le chemin du salut. Croyez et vivez. Vous nous persécutez sur la terre, eh bien! partagez avec nous le bonheur éternel. Quand vous aurez quitté cette vie, il sera trop tard pour vous repentir. Alors la pénitence demeurera sans effet. Cest ici quon se sauve ou quon se damne pour toujours; cest ici quon assure son salut éternel, en persévérant dans la foi et dans le service de Dieu. Que personne ne se laisse arrêter par ses péchés ou par son âge: tant que nous sommes dans ce monde, le repentir narrive jamais trop tard. Le Dieu des miséricordes nous ouvre sou sein, et tout homme qui recherche et comprend la vérité trouve auprès de lui un accès facile. Fussiez-vous au terme de votre vie, implorez le pardon de vos péchés; priez le Dieu unique et véritable; confessez-lui vos fautes, et vous obtiendrez votre pardon La miséricorde divine n est jamais insensible à la foi et au repentir, et, même à notre dernière heure, elle rions ouvre les portes de léternelle Patrie. Cest le Christ qui nous accorde cette grâce : cest lui, en effet, qui, armé de, sa croix, a vaincu la mort; cest lui qui a racheté les croyants aux prix de tout son sang; cest lui qui a réconcilié lhomme avec Dieu son père, et qui, par la régénération spirituelle, a fait succéder la vie à la mort. Suivons-le tous, selon létendue de nos forces; recevons lempreinte de son (277) signe sacré; il nous ouvre le chemin de la vie; il nous ramène au Paradis. En nous élevant à la dignité de fils de Dieu, il nous fait citoyens du Ciel. Cest là que nous vivrons toujours avec lui; cest là que, régénérés par son sang, nous trouverons le bonheur éternel. Là, chrétiens, nous partagerons la gloire du Christ; nous serons heureux avec Dieu le père, et, plongés dans un bonheur infini, nous rendrons à Dieu déternelles actions de grâces. Quelle joie pour nous, quelle reconnaissance de nous voir revêtus dimmortalité, après avoir vécu sous lempire de la mort! (279)
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