Saints Germain et Randoald, Martyrs (+ 666)

(Fête le 21 février)

Abbaye Saint Benoît - Fichier Hagiographique - Chapelle Notre-Dame du Vorbourg

 

Présentation

PrésentationBible de Moutier-Grandval ; Bibliographie ; Traduction ; Texte Latin

 

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Germain, fils d'un riche sénateur de Trêves, après sa formation auprès de l'évêque de cette ville, devint moine de Luxeuil, fondée par Saint Colomban, sous l'Abbé Waldebert. Le duc Gondoin, un des principaux seigneurs d'Alsace, voulant fonder un monastère au diocèse de Bâle en un lieu appelé Grandval, recourut à l'Abbé de Luxeuil et à ses moines. Germain y fut envoyé avec quelques compagnons dont Randoald, et devint le premier  Abbé de Moutier-Grandval. Après plusieurs années de paix, le duc d'Alsace, Cathic, père de la future sainte Odile et ancêtre  du Bienheureux Léon IX, s'en vint dévaster la contrée et en particulier la vallée de Delémont. Courageusement, Germain et son prieur Randoald partirent à sa rencontre, en habits sacerdotaux et le trouvèrent dans l'église de Saint Maurice à Courtételle. Ils s'en retournèrent après l'avoir admonesté. Un des lieutenants de Cathic avec quelques hommes se lança à leur poursuite; ils les rattrapèrent et les exécutèrent, les perçant de coups de lances, le 21 février 666, veille de la fête de la chaire de Saint Pierre. On rapporte un certain nombre de miracles sur la tombe du saint et sur les lieux de son martyre. L'année suivante, notamment, la veille du jour de la naissance de Notre-Seigneur "une lumière si grande et si brillante descendit du ciel à l'endroit où reposait le corps mutilé du bienheureux que tous furent remplis d'admiration et saisis d'une grande terreur."

 

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Le martyre des saints Germain et Randoald a été rapporté par Bobolène, quelques années seulement après sa mort. La sobriété du récit l'a fait louer. Les reliques de nos saints, après la disparition de l'Abbaye de Moutier-Grandval à la Réforme, furent transportées par la communauté exilée, à Delémont. Elles se trouvent exposées dans l'Eglise paroissiale. Le Musée Jurassien, non loin de la même église, a en dépôt quelques-uns des trésors de l'ancienne Abbaye, dont la fameuse crosse de Saint Germain. Celle-ci est la plus ancienne crosse conservée d'Orient et d'Occident. La fameuse Bible de Moutier Grandval, un monument elle aussi, est propriété du British Museum à Londres. Une traduction de ce récit vous est proposée sur cette page après, d'après les Acta Sanctorum.

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LA GRANDE BIBLE DE MOUTIER-GRANDVAL

PrésentationBible de Moutier-Grandval ; Bibliographie ; Traduction ; Texte Latin

 

La Bible de Moutier-Grandval a été écrite et décorée d’enluminures par les moines de l’abbaye de Saint-Martin de Tours, en France, sous le règne de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, entre 820 et 843. Les moines de Tours travaillaient encore selon les directives de leur abbé décédé, Alcuin, le savant d’origine anglaise qui, sous Charlemagne, avait restauré les textes bibliques dans leur intégralité.

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Une des très belles pages de cette Bible: Moïse recevant la Loi de Dieu et la remettant aux enfants d'Israë

Il est presque certain que la Bible de Moutier-Grandval, dite de Tours ou d’Alcuin, a été offerte, déjà au IXe siècle, à l’abbaye de Moutier-Grandval, dans le Jura, en Suisse. Elle resta à Moutier jusqu’à la Réforme. Moutier étant alors devenu protestant, les chanoines, héritiers des moines, quittèrent cette localité en 1534, emportant la Bible, et s’installèrent dans la ville voisine, Delémont. Lorsque, deux siècles et demi plus tard, en 1792, les chanoines furent dispersés par la Révolution française, la Bible fut oubliée dans le galetas de leur maison capitulaire, à Delémont.

Issue d’un des centres de civilisation les plus prestigieux du haut moyen âge, la Bible dite d’Alcuin a été, au coeur du Jura, durant près de 1000 ans, génératrice de spiritualité, de culture et de goût artistique. Elle est l’objet par lequel le pays jurassien et son peuple ont touché à la civilisation. Malheureusement éloignée du Jura il y a 150 ans, elle mérite d’y retrouver sa place.

En 1821, des enfants découvrirent le livre, le remirent aux demoiselles Verdat, propriétaires de l’immeuble, qui le vendirent 25 batz à l’ancien maire de la ville, Alexis Bennot, lequel le céda pour 24 louis d’or à l’antiquaire bâlois de Speyr Passavant. Dès 1822, de Speyr Passavant promena la Bible de Moutier dans plusieurs pays d’Europe, en la faisant passer à tort pour la Bible qu’Alcuin avait offerte en cadeau à Charlemagne en l’an 801. Finalement, en 1836, l’antiquaire vendit le volume à la cour d’Angleterre pour 750 livres.

La Bible de Moutier-Grandval est déposée depuis lors au British Museum de Londres sous le nom de "Biblia sacra latina. Saec IX. Mus. Brit. iure emptionis. Mss. add. 10.546".

La Bible de Moutier-Grandval est haute de 53 cm et large de 40 cm. La reliure est décorée de repoussoirs en cuivre doré. Le texte a été écrit à la main par au moins 24 copistes. Les lettres employées, les minuscules carolingiennes, sont d’une lecture assez facile pour l’homme de notre temps. On compte 449 feuillets de parchemin assez fin, donc 898 pages. La langue employée est le latin. Le volume contient l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Les différents livres composant la Bible sont souvent introduits par une préface due à saint Jérôme. Quelques poèmes d’Alcuin sont ajoutés au texte sacré. (Jean-Louis Rais ancien Conservateur du Musée Jurassien. Delémont)

(Source: La Grande Bible de Moutier Grandval, présentée par Joseph Hanhart avec la gracieuse collaboration du British Museum, Londres, de la Stiftsbibliothek, St-Gall, de la Bibliothèque universitaire de Bâle, du Musée jurassien Delémont. Prof. Dr. Johannes Duft, St-Gall, (+) Mgr L. Freléchoz, vicaire épiscopal Delémont, Pasteur J. Schwalm, Nidau, Gerold Von Bergen, Berne, Max Robert, Moutier, Jean-Louis Rais, Delémont, Roger Courbat, Bâle, Editions Heuwinkel, 22, rue de la Filature, 1227 Carouge/GE tél: 022 342 86 76 fax: 022 300 071 ou tél: 061 481 61 07)

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Bibliographie sommaire:

Actes de la Société Jurassienne d'Emulation, année 1954, deuxième série, cinquante-huitième volume. Ce volume contient une traduction la "Vita" par P. -O. Bessire et d'intéressants articles sur l'ancienne Abbaye.

Johannes Duft, Ancien conservateur de la Stiftsbibliothek de St-Gall et professeur à l'Université d'Innsbruck;  Brigitte Degler-Spengler, Dr. Phil.,rédactrice "Hevetia Sacra", Staatsarchiv, Bâle; André Gaillemin, Abbé à Remiremont, Eberhard Zahn, Dr. phil., historien à Trêves/Trier; Philippe Kahn, Professeur d'histoire à Luxeuil; Michel Desgranges, Guide à Luxeuil; Johannes Hanhart SWB; Traductions: Milena Hrdina, traductrice diplômée., Belprahon/Genève; Passio Scti Germani, Mar. Grande Vallensis, éd. Heuwinkel, CH-4122 Neuallschwil/Bâle, 1984.  ***

Pierre-Olivier Walzer, Vie des saints du Jura, éd. P.O. Walzère, 2901 Réclère, 1979 ***

"                        "              "                                           (poche), éd. l'Age d'Homme, 1990

Sarah Stékoffer, La crosse mérovingienne de Saint Germain premier Abbé de Moutier-Grandval (Suisse) Cahier d'archéologie jurassienne 6, Office du patrimoine historique, Société Jurassienne d'Emulation, Porrentruy 1996 ***

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Traduction

Acta Sanctorum

21 février

Les saints martyrs, Germain, Abbé, et son Préposé Randoald, à Grandval au diocèse de Bâle.

 

PrésentationBible de Moutier-Grandval ; Bibliographie ; Traduction ; Texte Latin

 

1. Il y a une vallée dans le pays des Rauraques qui s'étend aux frontières de l'Helvétie et qui est irriguée par le fleuve (sic!) de la Birse, lequel - augmenté de nombreuses rivières - se mêle au Rhin près de Bâle. Ce val dépend de l'évêque de Bâle; on l'appelait autrefois Grandval, nom retenu par les Gaulois. Les Germains l'appellent Grandfel et plus communément Munsterthal, c'est-à-dire Val-du-Monastère, relevant du village appelé encore maintenant Moutier, parce qu'il y eut là un monastère célèbre. Saint Waldebert, Abbé de Luxeuil l'établit au septième siècle de l'ère chrétienne, le duc Gondoin l'ayant pourvu des terres nécessaires. Saint Waldebert mit à sa tête Saint Germain son premier Abbé. Il fleurit ensuite par la faveur de nombreux rois et empereurs, muni de privilèges illustres. Ensuite il échut en possession à l'Evêque de Bâle pour devenir enfin un collège de Chanoines et cela pendant plus de cinq cents ans. Au siècle dernier, la peste de l'hérésie, soufflée par les Bernois du pays des Helvètes proliférant dans tout le Grandval, les chanoines émigrèrent dans la ville de Telsberg ou Delémont.

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Au pied de la chapelle du Vorbourg se rejoignent la Birse et la Sorne.

2. Saint Germain a vécu avant l'an mille. Il fut instruit dans les lettres par Saint Modoald évêque de Trêves, qui participa au Synode de Reims tenu sous Sonnatius en 624 ou au début de l'année suivante. Ensuite, à l'âge de 17 ans, Germain se rendit auprès de saint Arnulphe qui vivait au désert où il s'était retiré en l'a 630. Enfin il mena la vie monastique à Luxeuil sous son troisième Abbé, Waldebert, avec son frère Numérien, celui je pense, qui a succédé à saint Modoald sur son siège et qui est vénéré le 5 juillet.

3. Le prêtre Bobolène écrivit la vie de saint Germain à le demande des moines de Grandval dont certains avaient été témoins oculaires des actions glorieuses accomplies par lui, et qui vivaient encore quand Bobolène composa cette vie. Notre confrère Pierre François Chiffletius nous l'a envoyée telle que racontée dans un vieux codex. Le chartreux Henri Murerus l'a traduite en allemand et l'a publiée dans Helvetia sacra. Le chroniqueur de Bâle Christian Urtisius l'a résumé plus brièvement au Livre I, Chapitre 2, en citant Bobolène. On dit que Sébastien Brantius, au siècle dernier (c.a.d. au 16ème siècle), lui a donné la forme d'un poème élégiaque que nous n'avons pas vu.

4. La mémoire de saint Germain est célébrée au diocèse de Bâle sous le rite double le 21 février en même temps que celle de saint Randoald, Préposé de Grandval qui fut tué avec lui par les impies et remporta la palme du martyre. Nous avons joint à la Vie les lectures propres du nouvel office de ce diocèse. Au même jour, le Manuscrit Florarius en fait ainsi mémoire: Germain Abbé. Nous n'avons encore rien lu à ce sujet dans les autres martyrologes.

5. On dit qu'autrefois des foules de pèlerins affluaient à Soleure pour vénérer leurs reliques. Mais il y a deux cents ans à peu près, comme un doute avait surgi au sujet de ces reliques, et qu'on se demandait si elles se trouvaient encore dans le sarcophage de pierre, en l'an 1477, le mercredi après la fête de sainte Marguerite, le préposé Henri Ampringius et les autres chanoines, avec grande révérence et en chantant des chants religieux, ouvrirent le tombeau, et non sans un sentiment de pieuse satisfaction, y découvrirent les saints ossements. Et il ne semble pas que le tombeau ait jamais été ouvert auparavant pendant 777 ans. C'est pourquoi, Murerus qui semble s'appuyer sur ce fait, pense que le meurtre des martyrs a eu lieu en l'an 700. Nous pensons, nous, que l'événement a eu lieu assez longtemps auparavant. Car, vu l'âge de saint Arnulphe qu'il a rejoint au désert alors qu'il avait lui-même 17 ans, il apparaît assez clairement qu'il est né avant l'an 620, et cette vigueur de l'âme et du corps avec laquelle il est allé à la rencontre du duc impie en portant avec lui des livres et des reliques, montre qu'il n'était pas un vieillard décrépit ayant plus de quatre-vingt ans.

6. Toutefois il n'est pas croyable à nos yeux ce fait rapporté dans une certaine vie de saint Arnulphe racontée par notre frère François Lahérius d'après un antique codex manuscrit de la chancellerie de Vicence et qu'il nous a envoyée à Pont-à-Mousson en l'an 1647; en effet on y lit ceci au dernier paragraphe: "Il apparaît en outre que cet homme bienheureux a pris l'habit monastique dans le désert, qu'il a consacré comme Abbé le bienheureux Germain et l'a envoyé prêcher dans la région de Bâle. Lequel bienheureux Germain rassembla une communauté de religieux dans le lieu appelé Grandval. Mais comme il reprenait les vices des habitants, il encourut leur haine: en persévérant il mérita le martyre et dans ledit Grandval il repose dans le Christ à qui appartient l'honneur et la gloire pour les siècles des sècles. Amen" Mais Bobolène, auteur contemporain, va à l'encontre de cela. Et d'ailleurs serait-il crédible qu'il ait été consacré par saint Arnulphe alors qu'il était encore jeune homme? De quel monastère aurait-il pu être consacré Abbé par un anachorète? Il a seulement été envoyé par lui pour s'initier à la vie monastique au monastère de saint Romaric.

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Au nom du Seigneur:

Ci commence la Passion de Saint Germain Martyr

1. A nos excellents maîtres, revêtus des dignités sacrées, illustrés par la grandeur de la Religion et valeureux toujours et partout en sainteté: à Déicole, Léodemond et Ingofride: Bobolène petit entre tous les prêtres. Certains saints frères ont insisté pour que je m'applique à retracer de ma plume les hauts faits de saint Germain, Abbé de Grandval, spécialement ceux qui vécurent avec lui en ce temps-là et assistèrent à ses côtés à ce qui a été accompli: ils ne nous racontent pas de choses entendues mais vues. Hormis ceux-là, nous avons nous aussi été renseignés par les saints hommes vénérables que sont Chadoald et Aridien lesquels sont encore en vie.

2. Donc Saint Germain, Abbé et martyr, prêtre du Seigneur naquit dans la ville de Trêves. Issu d'une famille de Sénateurs, il fut plus noble encore par la sainteté. Son père s'appelait Optard; ses frères Ophtomar et Numérien. Ophtomar, sous le roi défunt Dagobert, vécut à la cour, versé dans la finesse et la science du monde. Sous le roi Sigebert, également défunt, il fut par la grâce de Dieu plus remarquable que tous les autres princes. Alors que saint Germain était encore petit garçon, il fut confié au bienheureux Modoald qui, en ce temps-là, occupait saintement le siège cathédral de la cité des Trévires. Comme il était témoin de sa finesse et constatait que l'enfant avait un esprit pénétrant, il commença son instruction littéraire.

3. L'homme de Dieu commença à se fortifier en sainteté et en science et enfin de compte, il parvint à un tel résultat que tout le monde pouvait admirer sa maîtrise dans tous les domaines. Il venait très souvent à l'église et il entendait les lecteurs répéter cette sentence du bienheureux Paul: "Elle passe la figure de ce monde: Reste donc que ceux qui usent de ce monde se comportent comme s'ils n'en usaient pas." Il méditait aussi chaque mot de cette sentence évangélique: " Le riche entrera difficilement dans le royaume des cieux." Et c'est ainsi que le Seigneur le revêtit d'une telle grâce aux yeux des hommes qu'il s'attirait l'affection non seulement des clercs mais de tout le monde. Il n'y avait aucune place en lui pour la superbe ni pour l'arrogance mais il se montrait bienveillant envers tous. Il vivait sur terre mais il avait un comportement digne du ciel: en effet il avait un aspect angélique, un corps intègre, une intelligence excellente, et le don de conseil; il était catholique dans sa Foi, très patient dans son Espérance, tout donné dans sa Charité et on ne voyait en lui que douceur. Alors qu'il était encore enfant, il méditait ce qu'il a accompli par la suite comme jeune homme.

4. A 17 ans, soupirant dans son âme, il commença silencieusement à penser à la façon dont il pourrait échappper aux séductions du monde, aux plaisirs du siècle et à ses caresses. Il entreprit le siège du bienheureux Modoald en lui disant : "O vénérable Père, permets-moi de tout abandonner et de me rendre dans un monastère que m'indiquera la divine bonté." Le bienheureux Modoald, quant à lui, commença par admirer cette disposition d'âme de l'adolescent qui lui inspirait le désir viril d'aller au désert, mais il lui dit : "Jeune homme, tu désires atteindre la grandeur et les sommets, mais le chemin que tu souhaites avec empressement fouler de tes pieds est glissant pour des jeunes." Il ajouta : "Je n'ai pas osé te donner cette permission eu égard à la puissance royale car il est écrit : "Il n'est pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu" et encore : "Qui résiste au pouvoir résiste à l'ordre de Dieu."

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A la sortie de la ville de Moutier, La petite chapelle romane de Chalière et ses peintures carolingiennes. Elle paraît avoir été construite vers 900. Peut-être s'agissait-il d'une dépendance du monastère (Chalières = Scholarium)? Les spécialistes pensent qu'elle n'en a pas été l'église principale, mais elle est tout de même un des seuls vestiges qui restent de la présence de l'ancienne Abbaye.

5. Mais comme lui était audacieux, se confiant dans le Seigneur, il distribua tous ses biens aux pauvres selon la parole de l'Evangile et, prenant avec lui trois serviteurs pour l'accompagner, il alla trouver le bienheureux Arnulphe évêque qui, pour lors, menait une vie sainte dans un lieu désert appelé Haremberg. Or donc, lorsque le bienheureux Arnulphe le vit, son âme exulta et, rendant grâce au Créateur de toutes choses, il le reçut avec joie et allégresse. Il lui fit la tonsure des cheveux et le retint assez longtemps. Quant à lui, il imitait la vie et les moeurs de l'homme de Dieu. Ensuite il gagna le monastère du bienheureux Romaric, appelé communément Castel, qu'il avait construit de ses mains au sommet des monts. Germain dépêcha deux des siens pour chercher son frère, encore enfant, appelé Numérien, avec mission de l'amener auprès de lui: il désirait le soustraire à la vie du siècle et l'amener à suivre les Institutions des saints Pères, à savoir, la Règle des moines et la conversion à une vie sainte.

6. Alors quand ils voient le bienheureux Germain arriver au monastère avec son frère, tous le reçoivent avec des manifestations de joie, rendant grâce au Créateur de ce que le Seigneur ait appelé à son service les rejetons d'une telle lignée. Soumettant son corps tout entier aux jeûnes, aux veilles et aux prières, vaquant sans cesse à Dieu, il ne se réservait rien à part sa nourriture quotidienne. Son vêtement était on ne peut plus ordinaire; il donnait à tous l'exemple de l'humilité et de la charité: c'est ainsi qu'il allait avec son compagnon dans les forêts couper du bois et le rapportait sur son dos. Il méditait cette sentence du bienheureux Paul : "Celui qui ne travaille pas, qu'il ne mange pas non plus".

7. Or Dieu le combla de telles grâces qu'il n'y avait personne qui ne désirât imiter sa vie et ses moeurs. Finalement il s'adjoignit le bienheureux Chunnan homme d'une grande piété, de la nation des Burgondes et, prenant la décision la plus salutaire, ils se rendent les deux ensemble avec leurs acolytes respectifs au monastère construit des mains des anciens et qui s'appelait Luxeuil. Le Père Abbé de ce monastère avait nom Waldebert, homme remarquable de la nation des Sicambres et moine de sainte vie. Lorsque le prêtre de Dieu les eut vus, tous le reçurent unanimement et avec joie dans l'enceinte du monastère en manifestant leur allégresse. L'homme de Dieu étant donc entré avec son frère dans le monastère, tous deux, par un libre mouvement de volonté, se mettent à pratiquer la mortification, une sainte vie religieuse et l'obéissance. Et par la suite, ils conservèrent cette vie intègre et pure. Et comme le bienheureux Waldebert voyait que cet homme avait des talents, il ordonna qu'il devienne prêtre. Toute la Communauté des Frères, pleine de vénération pour lui, s'écria: "Germain est digne du sacerdoce". Etant donc ordonné prêtre, il dépassait les autres clercs en toutes sortes de grâces.

8. Là-dessus, le prêtre de Dieu Waldebert, le coeur plein du Dieu de vérité et débordant d'Esprit-Saint, voyant que des foules de moines, à l'envi, venaient de partout se rassembler dans son monastère, commença à perdre le souffle devant un tel afflux et se demanda si on pourrait trouver ici ou là des lieux très fertiles où l'on puisse envoyer des moines pour y habiter. Or le duc Gondoin, homme illustre, entendant dire que le Bienheureux Abbé Waldebert avec une sage intuition recherchait un endroit où ses moines puissent résider et mener une vie sainte, dépécha des envoyés pour lui dire de venir le trouver au plus vite. Alors sans hésitation, le Bienheureux Waldebert se rendit auprès dudit Gondoin. Lui exposant son projet, l'illustre Gondoin lui donnait un endroit opportun et bien qu'il soit difficile d'accès, on pouvait en trouver l'entrée. A son tour Waldebert mit du baume dans son coeur avec de douces paroles lui représentant que s'il voulait réaliser ce projet poussé par le désir de voir Dieu, ou pour le remède de son âme ou encore pour le pardon de ses péchés, il aurait à montrer la fermeté de son propos en aménageant ces mêmes lieux par ses propres mains ou par celles d'hommes de bien.

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9. Alors Waldebert, s'appuyant sur la crainte de Dieu et la prière des frères se rendit à cet endroit et il y trouva un lieu très riche, encaissé, entre des rochers élevés: c'était un val qu'il appela Grandval. Il y a là un torrent très poissonneux. Alors il exhorta ses frères, leur disant qu'ils devaient s'établir là. Puis il convoqua l'un de ses prêtres, du nom de Fridoald, l'un des rares moines qui avaient été jadis avec leur Maître et Abbé Colomban, lui demandant de se rendre là-bas. Lui donc, confiant dans les bienfaits de l'obéissance et ne doutant de rien, se rendit, poussé par la crainte de Dieu, à l'endroit donné avec un petit nombre de frères. Se mettant au travail avec les siens, il commença à couper du bois afin de pourvoir à leur subsistance.

10. Après cela, Waldebert le prêtre de Dieu, se mit à réfléchir silencieusement, cherchant parmi ses frères quelqu'un de noble condition, ayant reçu les saints Ordres, instruit dans les lettres, se distinguant par sa sainteté de vie, qui serait en mesure de gouverner et régir ces mêmes moines, selon la teneur de la règle. Mais pourquoi en dire plus? Sur l'ordre de Dieu ou par son inspiration, saint Germain est élu Abbé. L'homme vénérable, prêtre de Dieu, se rend donc avec le même Germain audit monastère de Grandval. Il se mit alors à lui donner ses instructions, l'exhortant à ne rien craindre mais à ceindre ses reins en homme de Dieu; et lui, ne doutant de rien, s'appuyant sur la sainte obéissance et marchant dans la crainte de Dieu, s'attaqua à la tâche. Waldebert, de son côté, délia les frères de son obédience et les exhorta à se plier, avec un regard de foi en Dieu, sous celle de saint Germain et ils firent ainsi. Ayant donc reçu la bénédiction, il reçut en son pouvoir tous ces trois monastères, à savoir ceux de Saint Ursanne et de Vermes et encore celui de Grandval. Et le Seigneur lui conféra une telle grâce qu'il fut aimé d'une grande affection non seulement des siens, mais de personnes de tout âge et sexe. Alors, l'Abbé saint Germain voyant qu'ils avaient de la peine à entrer dans ce territoire commença à creuser le dur rocher de ses propres mains et avec vigueur ils y firent une ouverture de part et d'autre et le passage fut ouvert pour tous ceux qui y passaient, jusqu'à ce jour.

11. Or il ariva que moururent le duc Gondoin et le duc Boniface: Chatalricus ou Caticus leur succéda. Il commença à opprimer méchamment le peuple qui était dans le voisinage du monastère, leur reprochant d'avoir toujours été rebelles à son prédécesseur. Ceux-ci protestaient disant que ses reproches étaient injustifiés, mais lui s'employait à les persécuter de mille manières. Le Dieu Tout-Puissant prend soin de ceux qui combattent pour Lui et Il voulait couvrir son athlète de lauriers, sachant dans sa prescience qu'il allait le couronner pour ses travaux: c'est alors que Cathicus fut poussé au crime contre les hommes du Sornegau. Ne voulant rien entendre de ces gens-là et ayant convoqué les centeniers de ce Val, il leur donna l'ordre de partir en exil. Et Cathicus, soit pour aller jusqu'au bout par sa méchanceté, soit pour réaliser ce qu'il avait longuement mûri dans son esprit empoisonné, prit avec lui des phalanges d'Alamans, nation belliqueuse, et au lever du soleil, il pénétra dans le Val.

12.Comme on annonçait au bienheureux Germain  que Salmond entrait dans le Val par le Nord avec une grande armée et que Cathicus arrivait par un autre endroit avec une troupe considérable, prenant avec lui les reliques des saints et les livres, il se hâta d'aller à leur rencontre avec le Préposé du Monastère appelé Randoald. Mais avant qu'ils parviennent jusqu'au duc, des ennemis, remplis du diable, le jetèrent à terre. Néanmoins ils parvinrent jusquà Cathicus et le bienheureux Germain le trouva dans la basilique de saint Maurice tenant  conseil avec le comte Erico. Il lui adressa la parole en ces termes: "Ennemi de Dieu et de la vérité, pourquoi as-tu attaqué des hommes qui sont chrétiens? Comment ne crains-tu pas de vouer mon monastère au naufrage, le monastère que j'ai construit?" Alors Cathicus demanda pardon pour le forfait commis. Avec une feinte humilité, il voulut lui remettre en mains propres une caution, mais le bienheureux Germain refusa de l'accepter puisque l'autre promettait de faire satisfaction pour tout. Il le laissa donc dans cette même basilique de saint Maurice et sortit avec son seul compagnon, Randoald.

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Cette croix marque l'emplacement de la basilique de Saint Maurice, à Courtételle où eût lieu la rencontre entre les saints Germain et Randoald et Cathicus

13. Mais voyant que rien ne s'améliorait, constatant au contraire que dans tout le Val, les voisins du monastère se faisaient déchirer par la dent de (ces) loups et que leurs maisons étaient la proie du feu, celui-ci pleura longuement et tendant la paume de ses mains vers le ciel, il disait : "Regarde, Seigneur, ne reste pas silencieux (Ps 34,22), car un peuple barbare nous a envahis." Ensuite, comme il voulait regagner à pied son monastère avec son compagnon, des hommes remplis du démon le suivirent sur le chemin. A leur vue, Germain, prêtre de Dieu et martyr, leur adressa des paroles pacifiques en ces termes : "Mes fils, ne perpétrez pas un tel crime contre le peuple de Dieu." Mais eux, remplis du démon, le dépouillèrent de ses vêtements. Voyant que son martyre approchait, le bienheureux Germain parla ainsi à son frère Randoald : "Soyons en paix, mon frère, car aujourd'hui, nous recevons le fruit de nos travaux." Et comme on l'avait dépouillé de ses vêtements ainsi que son frère, il disait : " Je te rends grâce, bon Pasteur, parce que tu ne m'as pas frustré de tes biens. Daigne m'accueillir avec mon frère et me faire partager le sort de tes saints." Après cela vint du ciel une voix qui disait : " Viens fidèle intendant, les cieux te sont ouverts. Mes anges se réjouissent à ton sujet et s'apprêtent à te conduire dans la Jérusalem céleste." Ces paroles dites, l'un de leurs ennemis plus effronté que les autres et rempli du démon le transperça de sa lance ainsi que Randoald ; son corps gisait inanimé, son âme pénétra les cieux.

14. Après ces événements, ses frères le recherchaient errant çà et là. A la troisième heure de la nuit environ, ils le trouvèrent, déjà mort, avec son compagnon. Prenant son corps avec de grandes lamentations, ils l'emmenèrent dans la basilique de Saint Ursicin qu'il avait lui-même construite et le déposèrent, nu, sous le regard de Dieu (cf Hb 4,13). Tout cela se passa en la nuit même de la Vigile de la Chaire de saint Pierre. Or comme les frères étaient éveillés pour ces Vigiles, arrive un messager qui leur dit que le Père du monastère avait été tué par l'ennemi impie. Eux donc, avec de grandes lamentations, l'emmènent à la basilique de saint Pierre et l'ensevelissent, là où l'on donne les offrandes des prières que l'on adresse à Dieu, lequel, lui-même, nous donne toutes choses. A lui honneur et gloire pour les siècle des siècles. Amen.

Lorsque fut achevé le cercle de l'année, arriva le jour de la naissance du Seigneur : à la vigile même du jour de la Nativité, à ce qu'on rapporte, une si grande lumière resplendit, venant du ciel, là où le corps de saint Germain avait subi la mort, que tous s'en étonnaient et étaient remplis d'une grande crainte.

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A Delémont, la croix qui marqua le lieu du martyre.

15. L'un des frères, le jour même de sa mise à mort, en plein milieu des rangs ennemis, trouva une ceinture, appelée vulgairement bracile, entre les mains de ceux qui traînaient son corps et il la rapporta au vestiaire du monastère. Alors tous les frères la reçoivent avec des acclamations comme un présent venu du ciel et la suspendent dans l'église sous les reliques des saints. Après cela il arriva qu'un homme voisin du monastère était handicapé par de grandes infirmités, accompagnées de fièvres ; à grand peine il vient au monastère soutenu par les siens. Comme il atteignait le seuil de l'Eglise, il vit la ceinture de saint Germain qui pendait ; alors, avec moult gémissements, il se mit à prier qu'on lui permette de la toucher. Alors l'un des diacres remplit une coupe dans laquelle il trempa la ceinture et il donna à boire au malade, et aussitôt qu'il eut bu, il recouvra la santé d'antan.

De si nombreux miracles ont été accomplis par le bienheureux Germain qu'ils seraient à peine concevables en paroles.

 

 

Ci-finit la Passion de Germain de Granval, martyr.

 

Traduction par le Fr. Paul de Cornulier, osb.

© Abbaye Saint Benoît de Port-Valais 1999

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Les reliques et les reliquaires de nos deux sains martyrs dans l'Eglise paroissiale de Delémont. Elles y furent apportés par les chanoines de Moutier-Grandval lorsqu'ils furent chassés par la Réforme.

 

 

Texte Latin

PrésentationBible de Moutier-Grandval ; Bibliographie ; Traduction ; Texte Latin

 

VITA

Auctore Boboleno coaevo,

Ex veteri MS. Eruta a Pet. Fran. Chiffletio S.J.

1. Dominis eximiis, et sacris culminibus decoratis, religionisque copia fultis, et in sanctitate semper ubique pollentibus, Deicolo, Leudemundo, et Ingefrido Patribus, Bobolenus exiguus omnium Presbyterorum. Pauci admodum dies sunt, quod a quibusdam sanctis Fratribus flagitatus, ut S. Germani Abbatis Grandivallensis meo studerem stylo texere gesta, praesertim qui cum eo fuerunt in tempore, et penes ipsum patrata viderunt: a quibus etiam et nos per venerabiles viros Chadoaldum et Aridium didicimus, qui nunc superstites sunt.

2. Igitur Sanctus Germanus Abbas et Martyr, natali solo Trevirensium urbis incola fuit, ex genere Senatorum genitus, sed nobilior sanctitate. Pater ejus Optardus; fratres vero ejus Ophtomarus et Numerianus. Ophtomarus sub Dagoberto Rege quondam regia elegantia et mundana scientia inclytus sub Rege Sigeberto, idemque auxilio fultus Domini ceteris Proceribus sublimior fuit. Cum esset S. Germanus infantulus, traditus est B. Modoaldo, qui et ipse illis Diebus Trevirorum urbis Cathedram arce sanctitatis tenebat: qui cum audisset eum elegantem, et sagacis ingenii cerneret puerum, litteris liberalibus eum erudire coepit.

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3. Tandem coepit vir Dei sanctitate et et scientia pollere, ita ut omnes mirarentur constantiam ejus: et audiebat a legentibus B. Pauli sententiam dicentis; Praeterit enim figura hujus mundi: restat enim ut qui utuntur hoc mundo, tamquam non utentes sint. Evangelicae verba sententiae considerabat, dicentis; quod dives difficile intrabit in regnum coelorum. Tantam itaque viro Dominus gratiam ab hominibus dedit, ut non solum a Cleris sed ab omnibus nimio diligeretur affectu: nihil in eo superbiae, vel arrogantiae, sed omnibus benevolus habebatur: in terris positus, coelestibus se secretis aptum ostendebat; erat enim adspectu angelicus, sermone nitidus, opere sanctus, corpore integer, ingenio optimus, consilio magnus, fide Catholicus, spe patientissimus, caritate diffusus, et omni suavitate conspicuus: meditabatur apud se in aetate puerili, quod postea juvenis implevit.

4. Cum vero esset annorum septemdecim, anhelanti animo coepit tacitus intra semetipsum cogitare, qualiter mundanas illecebras, et delectationes hujus seculi, blanditiasque evadere posset. B. Modoaldum Episcopum flagitare coepit: O venerabilis Pater, permitte me, ut omnibus prius positis, ad monasterium, quo me jusserit divina pietas, pergam. At vero B. Modoaldus mirari coepit adolescentis animum, quod tam viriliter ageret, ut eremum desideraret; ait ad eum: O juvenis, magnum et altum petere desideras; sed juvenibus lubricum est iter, per quod terente pede ire festinas; dixitque ad eum: Non sum ausus tibi dare prossimum, propter regiam potestatem, quia scriptum est: Non est enim Potestas, nisi a Deo. Et iterum: Qui potestati resistit, Dei ordinationi resistit.

5. Ille vero, ut erat audax, confidens in Domino, omnia sua distribuens, dedit pauperibus , juxta Evangelii vocem: assumptisque secum tribus pueris comitantibus eum B. Arnulphum Episcopum expectiit, qui in illis diebus in eremo, cui vocabulum est Horenbergo, vitam sanctam ducebat. At vero B. Arnulphus cernens eum, ovanti animo, gratias agens omnium conditori excepit laetus et hilaris, et comam capitis tondebat, et apud se aliquandiu commorari fecit; ut esset imitans vitam et mores viri Dei. Deinde ad monasterium B. Romarici, quod vulgo vocant Castellum, in cacumine montium suo opere constructum, venit: mittens duos e suis, qui fratrem suum, Numerianum nomine, parvuli adhuc aetate, ad ipsum adducere deberent: cupiens eum de seculi actibus ad instituta sanctorum Patrum, vel regulam monachorum, et sanctam vitae conversionem adducere.

6. Beatum vero Germanum ad ipsum monasterium venientem omnes, una cum fratre suo ovantes excipiunt, referentes Conditori gratias, quod de tantae prosapiae genere sibi Dominus ad suum vocaret servitium. Totum corpus suum affligens in jejuniis et vigiliis et orationibus, semper Deo vacans, nihil amplius praeter quotidianum victum reservabat. Vestitus ejus vilitas erat : exemplum humilitatis et caritatis omnibus exhibebat; ita ut ad ligna caedenda cum collega suo ad sylvas pergeret, et suis humeris deferret: sermonum B. Pauli considerabat sententiam, dicentis: qui non laborat, non manducet.

7. Tantam autem Dominus gratiam ei dedit, ut nullus esset, qui non cuperet vitam et mores illius imitari. Tum deinde assumpsit secum B. Chuanem magnae religionis virum, ex genere Burgundionum: et accipies salubrius consilium, monasterium antiquorum opere constructum, cujus vocabulum est Luxovium, ambo pariter cum suis sodalibus expetunt. Erat autem Pater monasterii illius Waldebertus nomine, vir egregius, ex genere Sicambrorum, et magnae conversionis vitae. Cumque eos aspexisset Sacerdos Dei, omnes unanimiter hilari vultu intra monasterii septa recepit ovans. Ingressus vero homo Dei cum suo fratre monasterium, mortificationem carnis et sanctae religionis vitam, et obedientiam ambo spontanea voluntate depromunt. Cumque cerneret eum B. Waldebertus virum esse industrium, eum Presbyterum fieri jussit; omnis chorus Fratrum in ejus veneratione clamaverunt, dicentes, Germanum dignum esse presbyterio. Sancto itaque ordinato Presbytero, omnem gratiam transcendebat in Clero.

8. Cernens vero Deo plenus, et Spiritu sancto repletus Sacerdos Dei Waldebertus, certatim undique catervas monachorum coadunari, coepit de tam plurima multitudine, si forte ubiubi posset, loca uberrima, ubi de suis monachis ad habitandum adunaret, exquire. Audiens autem Gundonius vir illustris, quod B. Waldebertus Abba sagaci intentione requirebat loca, ubi monachi sui residere, et vitam sanctam degere deberent, ministros suos ad eum direxit, ut ad ipsum quantocyus properarent. Tum vero B. Waldebertus absque ulla ambiguitate ad ipsum Gundonium accedit, dans consilium. Illustris vir Gundonius dedit illa loca opportuna; et licet difficilis sit introitus eorum, aditus eorum inveniri queunt. Tunc coepit Waldebertus lenibus verbis mulcere animum ejus, ut si vellet pro Dei intuitu, vel pro remedio anima suae, vel pro absolutione peccaminum suorum, firmitatem de ipsis locis manibus suis, seu bonorum hominum roboratam manibus exiberet.

9. Deinde Waldebertus, cum timore Dei, et oratione Fratrum, ad ipsum locum accessit: et invenit locum uberrimum, infra saxorum concava, vallem, quam nuncupavit Grandem vallem: et est amnis in ea, cum multitudine piscium; hortans fratres suos, ut ibidem consistere deberent. Accersivit itaque ad se unum de Presbyteris suis, nomine Fridoaldum, de paucis monachis Domini Columbani Abbatis, admonens ut ad ipsum locum accedat. Ille vero de obedientiae bono, nihil dubitans, cum aliquot Fratribus ad ipsum locum cum timore Dei accessit: exercens se in labore cum suis coepit ligna caedere, qualiter victitare deberent.

10. Post haec coepit Waldebertus Sacerdos Dei intra semetipsum tacitus cogitare, si posset reperire de suis Fratribus, ex genere nobili, et sacris apicibus, vel litteris eruditum, in santitate conspicuum, qui ipsos monachos secundum tenorem regulae gubernare et regere deberet. Quid plura? Deo jubente, vel inspirante, S. Germanus eligitur Abbas. Igitur venerabilis vir, Sacerdos Dei, cum ipso Germano, ad ipsum monasterium Grandem-Vallem veniunt: coepit eum cum suis monachis exhortari, ut nihil formidaret, sed ut vir sanctus lumbos suos accingeret. Ille vero de obedientiae bono nihil dubitans, accedens cum timore Dei laborem arripuit. Waldbertus vero Fratres exhortabatur, ut eos de sua obedientia absolutos reddat, et S. Germano, pro Dei intuitu, obedientiae colla submitterent: quod et ita fecerunt. Accepta igitur benedictione, tria monasteria, scilicet S. Ursicini, atque Verdunense, necnon et Grandis-vallense, in suo recepit dominio. Tantam autem ei gratiam Dominius dedit, ut non solum a suis, verum etiam ab omni aetate et sexu, nimio diligeretur affectu. Cernens ergo S. Germanus Abbas, quod difficilis esset introitus eorum, coepit saxorum dura manibus quatere; et sunt intrantibus patefacta usque in praesentem diem.

11. Contigit autem ut moreretur Gundonius Dux, et Bonifacius Dux, sive Cathicus, in locum ejus succederet: qui coepit nequiter opprimere populum illum vicini monasterii, coepitque imputare quod ejus antecessori semper rebelles fuissent. Illis vero protestantibus, quod nefas erat quod eis imputabatur, multis modis affligere eos conabatur. Et qui Deo omnipotenti cura est de his qui certant pro eo, volens athletam suum laureare, quem praescivit pro suis laboribus coronandum, tandem excitatus est Cathicus in scelus. Igitur homines hos, neque audientes tunc, jubens ad se venire centenarios illius vallis, eos in exilium ire praecepit. Tunc Cathicus quod iniquo consilio coeperat explere, seu quod venenata mente tractaverat, omnino cupiens adimplere, assumpsit secum phalanges Alamannorum gentis bellicosae: orto jam sole ingressus est super valle.

12. Quod nuntiatum esset B. Germano Salmundus a partibus Aquilonis cum magno exercitu ingrederetur super valle illa, et Cathicus ab alia parte ingenti exercitu adveniret; tunc B. Germanus, accepta secum pignora Sanctorum, cum libris, et Praeposito monasterii, nomine Randoaldo, ad eum properare studet. Sed antequam perveniret ad eum, homines inimici, diabolo impleti, projecerunt eum in terram: qui tandem pervenerunt ad Cathicum, et invenit eum in basilica S. Mauritii cum Erico Comite, consiliantes in invicem. Coepit autem B. Germanus alloqui eum, et dicere: Inimice Dei et veritatis, cur ingressus es super homines Christianos? Cur non pertimescis ad naufragium perducere monasterium meum, quod ipse aedificavi? At ille veniam postulat de commisso scelere, falsa humilitate vadimonium suum in manum ejus dare voluit. Sed ille renuit eum accipere, promittens se de omnibus satisfacturum esse. Egressus inde reliquit eum in basilica S. Mauritii, cum uno tantum comite, nomine Randoaldo.

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13. Ille vero videns, quod nihil proficeret, sed per totam vallem cernens tamquam a luporum morsibus vicinos monasterii laniari, et domus eorum incendio concremari, flevit diutissime, et manus palmasque in coelum tendens, dicebat: Vide Domine, ne sileas, quia gens barbara ingressa est super nos. Quem repedare volentem ad monasterium suum, cum collega suo, in via secuti sunt homines pleni daemonio: quos videns S. Germanus Martyr et Sacerdos Dei, verbis pacificis eos alloquebatur, dicens: Nolite, filii mei, tantum nefas perpetrare in populo Dei. Illi vero, ut erant repleti daemonio, eum exspoliaverunt vestimentis suis. Cumque cerneret B. Germanus martyrium suum prope adesse, Fratri suo Randoaldo loquebatur, dicens: Simus pacifici, Frater mi, quia hodie fructum bonorum nostrorum consequimur. Cumque expoliassent eum, una cum colega suo, aiebat, dicens: Gratias ago tibi, Pastor bone, quia non me fraudasti bonis tuis. Dignare me recipere cum Fratre meo in consortio Sanctorum tuorum. Post haec, vox ei de coelo venit, dicens: Veni fidelis dispensator, aperti sunt tibi coeli: congaudent tibi Angeli mei, ut perducant te in coelestem Jerusalem. Et haec dicens, unus ex iis, qui erat audacior, repletus daemonio, lanceat perfodit eum, simulque et Randoaldum. Corpus remansit exanime, anima illius penetravit coelos.

14. Cum haec acta fuissent, Fratres ejus requirebant eum, huc atque illuc circumeuntes. Fere hora tertia noctis invenerunt eum jam defunctum unacum collega suo: et levantes corpus ejus cum ejulatu magno, defecerunt in basilicam S. Ursicini suo opere constructam, prosternentes eum nudum ante conspectum Dei. Acta sunt haec ipsa nocte, in vigilia Cathedrae S. Petri. Cum Fratres ad vigilias excubarent, nuntius venit, qui diceret, Patrem monasterii ab hoste iniquo interfectum fuisse. Illi vero cum ejulatu magno deferunt eum in basilicam S. Petri, et sepelierunt eum: ubi praestantur beneficia orationum, ipso praestante, cui est honor et gloria in secula seculorum. Amen. Factum est autem redeunte anni circulo, dies natalis Domini advenit: tantum lumen coruscans referunt in ipsa vigilia natalis Domini, ubi iterfectum corpus B. Germani fuit, de coelo venit, ut omnes mirarentur, et replerentur timore magno.

15. Unus autem e Fratribus ipsa die interfectionis ejus, inter hostium cuneos, cingulum, quod vulgo bracile vocatur, inter manus trahentium invenit, et monasterii vestiario detulit. Tunc omnes Fratres tamquam munus de coelo prolatum ovantes excipiunt, et illud in ecclesia inter pignora Sanctorum suspendunt. Post haec contigit, ut aliquis homo vicinus monasterii magnis febrium detineretur infirmitatibus: vix a suis deportatus in monastrium venit: cumque ecclesiae limen attigisset aspexit cingulum almi Germani pendere . Tum coepit cum ejulatu magno precari, ut illud contingere liceret. Tunc unus de Diaconibus replevit calicem, et immersit, et dedit bibere aegroto: et statim ut bibit, ad pristinam restitutus est sanitatem. Adeo plura sunt a B. Germano facta miracula, ut vix verbis concipi queant.

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