LES EXERCICES DE SAINTE GERTRUDE

Traduction du Père Emmanuel, OSB oliv., Paris 1919

 

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LES EXERCICES DE SAINTE GERTRUDE

Traduction du Père Emmanuel, OSB oliv., Paris 1919

PREMIER EXERCICE : POUR RECOUVRER L’INNOCENCE BAPTISMALE

ORAISON

ORAISON

CONCLUSI ON

SECOND EXERCICE

LA CONVERSION SPIRITUELLE POUR L’ANNIVERSAIRE DU JOUR OU L’ON A PRIS LE SAINT HABIT

ORAISON

TROISIÈME EXERCICE

LES FIANÇAILLES ET LA CONSÉCRATION AU JOUR. ANNIVERSAIRE DE LA SAINTE PROFESSION

LITANIE

ORAISON

ORAISONPOUR LA PARFAITE CHASTETÉ D’AME ET DE CORPS

ORAISON

ORAISON

ORAISON

ORAISON

HYMNE

ORAISON

QUATRIÈME EXERCICE

RENOUVELLEMENT DE LA PROFESSION RELIGIEUSE QUAND UNE AME RELIGIEUSE VEUT RESSUSCITER EN ELLE LA GRACE DE SA DONATION A DIEU.

ORAISON

ORAISON

ORAISON

ORAISON

ORAISON

ORAISON

PSAUME

ORAISON

PSAUME

ORAISON

PSAUME

ORAISON

LITANIE

ORAISON

ORAISON

ORAISON

CANTIQUE

ORAISON

CANTIQUE

CINQUIÈME EXERCICE

POUR EXCITER LE DIVIN AMOUR

COLLOQUE.

COLLOQUE

COLLOQUE

ORAISON

ORAISON

ORAISON

ORAISON

ORAISON

ORAISON

ORAISON

VERSETS

ORAISON

SIXIÈME EXERCICE

EXERCICE DE LOUANGE ET ACTION DE GRACES

COLLOQUE

PSAUME

PSAUME

PSAUME

SEPTI ÈM E EXERCICE

RÉPARATION POUR LES PÉCHÉS ET PRÉPARATION A LA MORT

 

 


PREMIER EXERCICE : POUR RECOUVRER L’INNOCENCE BAPTISMALE

 

Afin qu’au terme de ta vie, tu puisses représenter à Dieu sans tache la robe de l’innocence baptismale, et lui montrer entier et parfait le sceau de la foi chrétienne, il faut t’appliquer à certains temps, sur tout à Pâques et à la Pentecôte, à célébrer la mémoire de ton baptême. Pour cela, désire renaître en Dieu par la sainteté d’une vie nouvelle et être rétabli dans une nouvelle enfance, et dis :

 

Dieu aie pitié de moi et me bénisse : qu’il fasse luire sur moi son visage, et qu’il ait pitié de moi. Que mon coeur le bénisse en toute sincérité et vérité. Qu’à la présence du Seigneur la terre de mon coeur soit ébranlée : que par l’esprit de sa bouche mon esprit soit créé à nouveau et renouvelé, afin que son esprit qui est bon me conduise en la terre de droiture.

 

Lis ensuite le symbole de la foi ; Credo in unum Deum, priant le Seigneur qu’il te fasse renoncer entièrement à. Satan, et qu’il te conserve dans une foi douce, vive et complète, jusqu’à la fin de ta vie.

 

ORAISON

 

Seigneur mon Dieu, miséricordieux et véritable, mon Créateur et mon Rédempteur, qui m’as marquée de la sainte lumière de ton visage, qui m’as chèrement rachetée au prix du sang t~e ton Fils unique, et m’as fait renaître à l’espérance de la vie par le baptême en la vertu de ton Esprit fais-moi d’un coeur vrai, parfait et entier, efficacement renoncer à Satan et à toutes ses pompes et à toutes ses oeuvres; fais-moi croire fidèlement d’une foi vraie et fervente, couronnée d’oeuvres vives, en toi mon Dieu, mon Créateur, par Jésus-Christ ton Fils, qui est la voie, la vérité et la vie, en l’opération efficace du Saint-Esprit; fais-moi m’attacher à toi, et persévérer immuablement en toi jusqu’à la fin. Amen.

 

Pour renouveler le sceau de ta foi, dis :

 

Trinité Sainte, Père, Fils et Saint-Esprit, que  ta toute-puissance divine règle et confirme, que ta divine sagesse instruise et éclaire, que ta divine bonté aide et perfectionne ma foi : afin qu’à l’heure de la mort, je te la représente entière et sans tache, avec le riche profit de toutes les vertus.

Au lieu de l’exorcisme, prie le Seigneur qu’en vertu de son nom, il te donne la prudence de vaincre et de comprendre toutes les ruses de Satan: afin que l’ennemi n’ait jamais la joie d’avoir prévalu contre toi, mais qu’en toute tentation il se retire vaincu, et couvert de honte dès la première attaque.

 

ORAISON

 

Seigneur Jésus-Christ, Pontife suprême, qui par ta mort précieuse m’as donné la vie, par la vertu de ton Esprit, d’un souffle éloigne de moi tous les pièges de l’ennemi par l’efficace de ta présence. Brise en moi tous les pièges de Satan, et par un regard de ta bonté éloigne de moi tout aveuglement du coeur. Que ton parfait amour, ô Christ, me fasse bravement triompher de toute tentation. Que ta sainte humilité m’enseigne à éviter tous les pièges de l’ennemi. Que ta vérité lumineuse me conduise et me fasse marcher devant toi d’un coeur parfait et en toute sincérité. Et que la bénédiction de ta très indulgente miséricorde me prévienne, me suive et me garde jusqu’à la fin de ma vie. Amen.

 

Aux paroles qui suivent, tu feras sur toi le signe de la Croix, au front et à la poitrine:

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. O très doux Jésus, mon amour crucifié, que de toi je reçoive le signe de ta sainte Croix, au front et au coeur, afin que je vive sous ta protection à tout jamais. Donne-moi la foi vive en tes célestes commandements, afin que le coeur dilaté je coure dans la voie de tes préceptes. Que par toi, dans toute ma conduite, je sois telle que je mérite de devenir le temple de Dieu et la demeure du Saint-Esprit. Amen.

 

Ici, demande que le Seigneur Jésus, souverain prêtre, t’impose sa main, pour qu’éternellement tu demeures avec le secours de Dieu, sous la protection du Dieu du ciel.

 

            Jésus très aimant, garde-moi à l’ombre de ta main: que ta droite me soutienne. Ouvre-moi la porte de ta miséricorde, afin que pénétrée du signe de la sagesse, je sois en vérité dépouillée de toute cupidité terrestre, et qu’à, la suave odeur de tes commandements, je te serve avec joie dans ta sainte Eglise, et que chaque jour je marche de vertu en vertu. Amen.

 

Pour que le Seigneur te donne un ange qui te guide en ton chemin, dis :

 

O Jésus, Prince de la paix, Ange du grand conseil, sois toi-même à ma droite toujours, comme le guide et le gardien de mon pèlerinage, pour que rien ne m’ébranle et ne me fasse m’éloigner de toi; et daigne envoyer du haut du ciel ton saint Ange, qui sous ta garde miséricordieuse soit en sollicitude pour moi, me conduise selon ton bon plaisir, et par ton chemin me ramène à toi parfaite. Amen.

 

Pour saluer et recevoir ton Ange, dis:

 

Salut, saint Ange de Dieu, gardien de mon âme et de mon corps; par le très doux coeur du Fils de Dieu Jésus-Christ, pour l’amour de Celui qui t’a créée et moi aussi, pour l’amour de Celui qu~ m a confiée à toi lors de mon Baptême, reçois-moi en la garde de ta très fidèle paternité: afin que par ton aide, je traverse le torrent de cette vie sans souiller mes pieds, jusqu’à ce que j’arrive avec toi joyeuse à la vue de cette face d’où découle le miel, face que tu vois, toi; à la vue très réjouissante de cette suprême Divinité, dont la douceur surpasse toute suavité.

 

Ici tu demanderas que ta bouche soit remplie du sel de la sagesse, afin que tu puisses savourer la douceur de la foi par le Saint-Esprit:

 

Très doux Jésus, que de toi je reçoive le sel de la sagesse, et l’esprit d’intelligence, par ta miséricorde, pour la vie éternelle. Amen.

Fais-moi goûter la douceur de ton Esprit; fais-moi avoir faim de ta volonté; fais-moi savoir ton bon plaisir, afin que toujours je te serve de manière à te plaire. Amen.

 

Marquant tes oreilles et tes narines du signe de la sainte Croix, tu prieras le Seigneur, qu’il ouvre les oreilles de ton coeur à sa loi, et qu’il remplisse tout ton intérieur de l’odeur de sa connaissance :

 

O Jésus, mon Pasteur très cordialement aimé, moi ton indigne petite brebis, fais-moi toujours suivre et reconnaître ta voix si douce, fais-moi à la très suave odeur d’une foi vive courir aux pâturages de la vie éternelle, afin qu’éternellement je puisse me reposer et voir que tu es vraiment doux, mon Seigneur.

 

Prenant en ta droite l’étendard de la sainte Croix, afin que tu puisses vaincre l’ennemi, dis:

 

Très aimant Jésus, mets en ma main droite le signe de ta sainte Croix, afin que contre toutes les embûches de l’ennemi je marche toujours la main armée de ce signe, environnée de ton secours. Amen.

Me bénisse la toute-puissance de Dieu le Père. Me bénisse la sagesse du Fils. Me bénisse la très douce charité du Saint-Esprit, et qu’elle me mène à la vie éternelle. Amen.

 

            Tu prieras ensuite la Vierge- Mère, afin qu’elle t’obtienne un parfait renouvellement de vie, et que dans cette grâce cette rose si digne de vénération te devienne une mère, une marraine, en sorte que dans toute ta conduite tu sois pour elle une vraie fille, et que cette perle de pureté, couvrant ton âme du manteau de sa chasteté, te garde par son très doux regard sans tache pour son fils, le roi notre Seigneur: qu’elle fasse aussi que ton nom soit compté dans Israël pour un partage très heureux, lequel te soit commun avec ceux qui marchent en l’innocence du coeur, ayant dans toutes leurs voies le Seigneur devant leurs yeux. Tu diras donc:

 

J e te salue, Marie, reine de clémence, olivier de miséricorde, par qui nous est venu le remède de vie, Reine de clémence, Vierge mère d’un fils qui est Dieu, c’est par toi que nous est venu Celui qui est la lumière éternelle, le rejeton odorant d’Israël. Donc, comme par ton fils tu es devenue la vraie mère de tous dont lui-même ton fils unique n’a pas dédaigné de devenir le frère: ainsi maintenant, pour l’amour de Lui, reçois-moi, toute indigne, en tes soins maternels: viens en aide à ma foi, garde-la, instruis-la, et devient maintenant la marraine de mon renouvellement et de ma foi, afin qu’à jamais tu sois ma mère, unique et cordialement chère, prenant miséricordieuse ment soin de moi en cette vie, et me recevant à l’heure de ma mort dans tes bras alors pleinement maternels. Amen.

 

Pour l’imposition du nom, dis:

 

Très doux Jésus, écris au livre -de la vie mot nom à la suite de ton nom plus doux que le miel. Dis à mon âme :Tu es à moi: moi ton salut, je te reconnais : tu ne seras plus appelée Une délaissée, mais Celle en qui se fait ma volonté : afin que mon partage soit avec, toi, à tout jamais, et la terre des vivants.

 

Pour l’immersion dans les fonts, au nom di Père et du Fils, et du Saint-Esprit, dis:

 

O Jésus, fontaine de vie, fais-moi boire en to la coupe d’eau vive, afin qu’ayant goûté de toi éternellement je n’aie plus soif de rien sinon de toi. Plonge-moi tout entière dans la profondeur de ta miséricorde. Baptise-moi dans la pureté sans tache de ta mort précieuse. Renouvelle-moi dans ton sang, par lequel tu m'as rachetée. Dans l'eau de ton côté très saint, lave toutes les taches dont j'ai pu souiller l'innocence de mon baptême. Remplis-moi de ton Esprit, et possède-moi tout entière en pureté d'Ame et de corps. Amen.

 

Au lieu du chrême; prie le Seigneur que l'onction de son Esprit t' enseigne toutes choses :

 

Père saint, qui par ton Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ, m'as régénérée par l'eau et le Saint- Esprit, donne-moi aujourd'hui la pleine rémission de tous mes péchés, et daigne me faire une onction du Chrême de ton Esprit, pour la vie éternelle. Amen…Que ta paix soit avec moi éternellement. Amen.

 

Ici fais le signe de la sainte Croix sur ta poitrine et sur tes épaules, disant :

 

Par l'amour de ton amour, fais-moi porter sur mes épaules, et toujours, le joug suave et le fardeau léger de tes commandements; fais-moi porter sur mon coeur, et toujours, le serment de la sainte foi, comme. un bouquet de myrrhe, afin que toi qui as été crucifié pour moi, tu demeures à jamais fixé dans mon coeur. Amen.

 

Pour l'habit blanc, dis :

 

O Jésus, Soleil de Justice, fais que je me revête de toi, afin que je puisse vivre selon toi; fais-moi, sous ta garde, conserver la robe de l'innocence baptismale, blanche, sainte et sans tache, et la présenter intacte devant ton tribunal, afin que je l'aie pour la vie éternelle. Amen.

 

Pour recevoir le cierge, tu demanderas la lumière intérieure :

 

O Jésus, lumière inextinguible, allume en moi la lampe ardente de ton amour, et que rien ne l'éteigne, et apprends-moi à garder sans défaut mon baptême, afin que quand à ton appel, j'arriverai à tes noces, prête à entrer, je mérite les délices de la vie éternelle, et que je te voie toi la vraie lumière, et la gloire de ta divinité plus douce que le miel. Amen.

 

Pour la communion du corps vivifiant et du sang de l'Agneau sans tache, Jésus-Christ, dis :

 

Mon Seigneur Jésus-Christ, que ton corps adorable et ton sang précieux, gardent mon corps et mon âme pour la vie éternelle. Amen. Que ta paix soit avec moi. O Jésus, la vraie paix, qu'en toi éternellement j'aie paix sur paix, afin que par toi j'arrive à cette paix, qui surpasse toute pensée, où joyeuse je te verrai en toi-même pour l'éternité. Amen.

 

En cette communion, désire que toute ta vie soit cachée en Dieu avec Jésus-Christ, et qu'à l'heure de ta mort tu sois trouvée toute parfaite :

 

O très doux hôte de mon âme, mon Jésus très cordialement aimé, que ta douce présence en moi soit pour moi aujourd'hui la rémission de tous mes péchés, le supplément de toutes mes négligences, et le recouvrement de toute ma vie perdue. Qu'elle soit pour moi le salut éternel, la réparation de mon corps et de mon âme, l'embrasement de l'amour, l'établissement de la vertu, et le terme éternel de ma vie en toi.

Qu'elle soit pour moi la liberté de l'esprit, le salut de ma vie, le règlement de ma conduite. Qu'elle soit pour moi le bouclier de la patience, l'étendard de l’humilité, r appui de la confiance, la consolation de la tristesse, le secours de la persévérance. Qu'elle soit pour moi l'armure de la foi, la force de l'espérance, la perfection de la charité, l'accomplissement de tes commandements, le renouvellement de l'esprit, la sanctification en vérité et la perfection de toute la religion.

Qu'elle soit pour moi l'origine des vertus, la fin des vices, l'accroissement de tout bien, l'alliance éternelle de ton amour, afin que demeurant seulement de corps en cet exil, ma pensée avide et ma mémoire courent avec avidité là où tu es, ô mon partage excellent, afin qu'au terme de cette vie, rejetant l'écorce amère de ce corps, je trouve cette noix très douce, où dans la lumière nouvelle de ton humanité glorifiée, je verrai la splendeur éclatante de ta. très sublime divinité, où la très belle rose de ta. face plus douce que le miel me reposera par la vue de sa suprême beauté, où dépouillée des misères de cette vie, je prendrai part à votre fête dans une joie éternelle, et je tressaillerai d'aise en les richesses de ton amour, comme une épouse se réjouit dans les délices de son roi. Amen.

 

Pour la Confirmation, dis:

 

O roi toujours victorieux, à Jésus souverain prêtre, toi, confirme-moi par ta vertu toute-puissante : ô très puissant, ceins-moi du glaive de l’esprit, afin que toujours victorieuse, je triomphe par toi des mille fraudes de Satan.

 

CONCLUSION

 

Seigneur, mon Dieu, qui es mon Créateur, et aussi mon réformateur; de grâce, renouvelle en moi aujourd’hui la présence de ton. Saint-Esprit, et inscris-moi parmi ton peuple adoptif comme une enfant nouvellement née, afin qu’avec les enfants de la promesse, je me réjouisse d’avoir reçu par grâce, ce que je n’ai pas par nature.

Fais-moi grande par la foi, joyeuse par l’espérance, patiente en la tribulation, délectée en ta louange, fervente en l’Esprit, te servant fidèlement toi mon Seigneur, mon Dieu, mon vrai roi, et persévérant avec vigilance unie à toi jusqu’à la fin de ma vie : afin que ce que je crois maintenant en l’espérance, je le voie alors de mes yeux, joyeuse de la réalité : que je te voie comme tu es, que je te voie face à face. Là, cher Jésus, que tu ‘me rassasies de toi, que là, en la jouissance de ta vue plus douce que le miel, soit mon repos éternel. Amen. Amen. Amen.

Que le Dieu fidèle, le vrai Amen, qui ne défaille jamais, me fasse avoir une soif ardente de ce cher Amen, par, lequel il nous fait aimer; qu’il. me fasse goûter suavement ce doux Amen, par lequel il nous conforte; qu’il me fasse être heureusement consommée en cet Amen salutaire, par lequel il nous béatifie, afin qu’en l’éternité je mérite d’un vrai mérite de goûter l’Amen éternel et très suave, par lequel je crois que je verrai le vrai Amen lui-même, Jésus le Fils de Dieu, lequel seul suffit à qui l’aime, et ensemble avec le Père et le Saint-Esprit donne tous les biens, et ne dédaigne pas ceux qu’il a créés. Amen. Amen. Amen.

 

Avec la prière suivante remets au Seigneur ta foi et l’innocence de ton baptême:

 

Mon très doux Jésus, dans la cachette de ton très doux Coeur, garde-moi la pureté de l’innocence baptismale, et la signature que j’appose à ma foi, afin que sous ta garde fidèle, je puisse à l’heure de ma mort te les représenter sans tache. De grâce, aussi, imprime sur mon coeur le sceau de ton Coeur, afin que je puisse vivre selon toi, et qu’après cet exil, je puisse sans difficulté, arriver joyeuse auprès de toi. Amen.

 

 


SECOND EXERCICE

LA CONVERSION SPIRITUELLE POUR L’ANNIVERSAIRE DU JOUR OU L’ON A PRIS LE SAINT HABIT

 

Quand renouvelant tes bonnes résolutions, tu voudras célébrer la mémoire de ta première conversion, par laquelle tu as renoncé au monde, et tourner vers Dieu ton coeur avec toutes tes forces; sers-toi de cet exercice, priant Dieu qu’il se construise en toi un monastère d’amour et de toutes vertus.

 

O Jésus, de mon coeur le bien-aimé, comme il est sûr qu’aucun fruit spirituel ne peut croître, s’il n’est arrosé de la rosée de ton Esprit, s’il n’est échauffé par la puissance de ton amour: qu’il te plaise donc de me faire cette miséricorde, de me recevoir entre les bras de ton amour, et de m’échauffer tout entière par ton Esprit. Voici mon corps et mon âme : je te les livre, afin que tu les possèdes.

Mon bien-aimé, mon bien-aimé, verse sur moi ta bénédiction. Ouvre-moi, et fais-moi entrer en la plénitude de ta douceur. Car d’esprit et de coeur, je te désire, et je te prie de me posséder toi seul. O, moi je suis tienne, et toi tu es mien: fais que par une ferveur toujours nouvelle je croisse en ton vivant amour, et que par ta grâce je fleurisse comme les lis des vallées prés des ruisseaux limpides.

 

Ici prie la Vierge Mère, afin qu’elle-même daigne prier pour toi:

 

O lis éclatant de blancheur, après Dieu ma plus grande espérance, à très douce Marie! dis pour moi de bonnes paroles devant ton bien-aimé fils, parle pour moi avec efficace. Traite ma cause avec fidélité. Obtiens-moi miséricordieusement ce que je désire, parce qu’en toi j ‘ai confiance, toi après Jésus-Christ, mon unique espérance.

Pour moi montre-toi bonne mère; fais que le Seigneur me reçoive au cloître de l’amour, et à l’école du Saint-Esprit, parce que tu peux, mieux que tous les autres, obtenir cela de ton Fils bien-aimé. O mère fidèle, veille aux intérêts de ta fille, afin que je devienne un fruit de l’amour toujours vivant, que je grandisse en sainteté, et que je persévère arrosée de la grâce d’en haut.

 

Invoque ici la grâce du Saint-Esprit, afin qu’il te fasse avancer en la religion:

 

Viens, Esprit-Saint : viens, ô amour Dieu, remplis mon coeur, hélas ! vide de tout bien. Embrase-moi pour t’aimer, toi. Eclaire-moi pour te connaître, toi. Attire-moi pour prendre mes délices en toi. Agis en moi pour que je jouisse de toi.

 

Ici, sors du monde, et de tout ce qui n’est pas Jésus ton doux amour:

 

O très aimant Jésus, qui me donnera des ailes comme celles de la colombe, alors je volerai dans le désir, dans le désir de me reposer en toi.

 

Ici, cache-toi en Jésus-Christ:

 

Donc, de grâce, bien-aimé Jésus, par l’amour qui t’a amené, ô Dieu fait homme, chercher et sauver ce qui était perdu, à mon bien-aimé, viens en moi maintenant et fais-moi entrer en toi. Cache-moi dans la pierre très ferme de ta paternelle protection. Dans la caverne de ton cœur et mon âme, car je suis moi tout à fait tienne, et toi tu es tout à fait mien.

Donc, ô vrai amour, attache-moi bien à toi : je t’offre ma chasteté, car tu es l’époux uniquement doux et agréable, tout plein de délices: à toi je voue l’obéissance, car ta charité paternelle m’attire, ta bonté, ta douceur me sollicitent ; je m’oblige envers toi pour faire ta volonté, car je n’aime rien tant que d’être attachée à toi ; rien ne m’est plus doux et plus souhaitable que de t’aimer.

J e m’offre ainsi à toi, ô l’unique bien de mon coeur, afin que désormais je ne vive plus que pour toi; car je ne trouve rien de plus doux, je ne connais rien de plus utile que d’être unie plus intimement à toi, mon bien-aimé.

Donc, forme mon coeur selon ton coeur, afin que je mérite de me conduire entièrement selon ton bon plaisir.

 

RÉPONS. — Les royaumes de la terre, et tous les ornements du monde, j’ai tout méprisé pour l’amour de mon Seigneur Jésus-Christ: * Que j’ai vu, que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que je chéris.

 

VERSET. — Mon coeur chante un sujet excellent:

je dis mes oeuvres au Roi. Que j’ai vu, que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que je chéris.

 

RÉPONS. — Auteur vrai et gardien de la pureté, toi qui né de la Vierge, nous a tous excités à l’amour de la chasteté : ô Christ, modèle, espérance et couronne des vierges,  par l’intercession de ta bienheureuse Mère la Vierge Marie, garde-moi chaste d’esprit et de corps.

 

VERSET. — Fontaine de vie et source de l’éternelle lumière, auteur très heureux de toute bonté: Par l’intercession de ta bienheureuse Mère la Vierge Marie, garde-moi chaste d’esprit et de corps.

           

ORAISON

 

Dieu tout-puissant et éternel, sois-nous propice, et regarde nos prières, et à nous tes serviteurs, qui pour l’honneur de ton nom, sommes réunis en l’union de la charité, donne une foi droite, une espérance inébranlable, une humilité vraie, une dévotion sainte, une charité parfaite, le zèle des bonnes œuvres, la constance et la persévérance. Et par les mérites et les intercessions de tous les saints, accorde-nous d’avoir en nos coeurs la simplicité d’affection, la patience inébranlable, la religion nette et sans tache, l’obéissance qui te plaise, la paix perpétuelle, la pureté intérieure, la conscience sainte, la componction spirituelle, la vertu courageuse, une vie sans tache, une fin sans regrets, afin que courant bravement, nous méritions d’entrer heureusement en ton royaume. Amen.

 

 


 

TROISIÈME EXERCICE

LES FIANÇAILLES ET LA CONSÉCRATION AU JOUR. ANNIVERSAIRE DE LA SAINTE PROFESSION

 

 

Voici comment tu célébreras le mariage spirituel, l’alliance d’amour, les fiançailles et l’union de ton âme chaste avec Jésus l’époux céleste, par le lien indissoluble de l’amour.

 

Voix de Jésus-Christ à l’âme:

 

Regarde en moi, vois qui je suis, à ma colombe: je suis ton doux ami Jésus. Ouvre-moi l’intime de ton coeur. Car je suis du pays des Anges, moi qui suis la bonté même. Je suis la splendeur du Soleil divin. Je suis le jour très éclatant du printemps, lequel seul luit toujours et n’a pas de couchant. La majesté de ma gloire suprême remplit le ciel et la terre, et son ampleur n’a d’autre mesure que celle de l’éternité. Moi seul je porte sur ma tête le diadème unique, souverain, de ma glorieuse divinité. Je porte avec moi une couronne de mon sang, de ce sang vermeil que j’ai versé pour toi. Ni au-dessus ni au-dessous du soleil, il n’est personne qui me soit semblable.

Sous ma main marchent les choeurs des vierges, ces choeurs qui ont l’éclat du lis. Je marche devant elles au choeur de la vie éternelle, au sein des délices de ma divinité. Je les restaure dans la douce jouissance d’un bonheur toujours renaissant. Et pourtant je ne dédaigne pas ,d’abaisser mes yeux vers la vallée, pour en recueillir des violettes sans tache.

Toute âme donc qui voudra m’aimer, je veux me la fiancer, je veux la chérir et l’aimer fortement. Je lui enseignerai le cantique des Vierges, qu’elle chantera doucement l’ayant appris de moi, et par lequel elle sera contrainte à s’unir à moie par le lien très suave de l’amour. Ce que je suis, moi, par nature, elle le deviendra par grâce. Je l’embrasserai des bras de mon amour, la serrant dans les tendresses de ma divinité, afin que par la vertu de mon amour brûlant, elle se fonde comme la cire devant le feu. Ma colombe bien-aimée, si tu veux être à moi, il est nécessaire que tu m’aimes doucement, sagement et fortement, afin que tu puisses éprouver en toi la suavité de ces bienfaits.

 

L’amour excite l’âme:

 

Donc, éveille-toi, à âme: jusqu’à quand dormiras-tu ? Écoute la nouvelle que je t’apporte. Par-delà les cieux il est un roi qui est épris de ton amour. Il t’aime d’un coeur entier, il t’aime sans mesure. Il t’aime si doucement, il te chérit si fidèlement, que pour toi il a humblement quitté son royaume. Il t’a cherchée, et en te cherchant il a souffert d’être arrêté comme un voleur. Son amour pour toi lui tient tant au coeur, il te chérit si fort, te désire si doucement, te jalouse si efficacement, que joyeusement il a pour toi livré à la mort son corps à la fleur de l’âge.

 

C’est lui qui t’a lavée dans son sang, qui t’a délivrée par sa mort. Combien faudra-t-il qu’il attende que tu répondes à son amour ? Lui, à un trop grand prix, il a acheté toi et ton amour. Il t’a aimée au prix de son honneur. Il t’a aimée plus que son noble corps, qu’il n’a jamais épargné â cause de toi. Lui donc, ce doux amour, cette suave charité, cet ami fidèle, il exige de toi un amour qui réponde à son amour. Si tu veux accepter cela de suite, il est prêt à devenir ton fiancé. Hâte-toi donc de lui dire sans hésitation ce que tu choisis.

 

Voix de l’âme s’offrant à Dieu:

 

Je suis une orpheline, je n’ai plus de mère : je suis pauvre et indigente, moi. Sans Jésus, je n’ai nulle consolation. Lui- seul peut rassasier la soif de mon âme. Il est l’ami de mon coeur, choisi entre tous, unique. Il est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Si lui, le souverain dominateur, s’il veut montrer sa clémence à moi misérable, à moi la plus vile de toutes ; s’il veut me traiter selon sa miséricorde, selon son infinie compassion, c’est l’oeuvre de sa seule bonté et cela dépend de sa bonne volonté. Je suis à lui en toute propriété. Il tient en sa main mon corps et mon âme. Qu’il fasse de moi tout ce qui plaira à sa bonté.

Oh ! qui me donnera que je devienne selon son coeur, afin qu’il ait en moi ce qu’il désire selon son bon plaisir qui est si bon! Ce serait la seule chose capable de me consoler et de me réjouir.

O Jésus, l’unique bien-aimé de mon coeur, doux ami, bien-aimé, bien-aimé, bien-aimé, par-dessus tout ce qui a jamais été bien-aimé! ô jour de printemps, toujours vivant et florissant, après toi soupire, après toi languit le désir amoureux de mon coeur. Oh ! si j ‘avais ce bonheur, de te devenir unie de plus près; alors, ô vrai Soleil, sous ton action germeraient les fleurs et les fruits de mon avancement spirituel. Je t’attends, je t’attends.

Viens donc à moi, comme le tourtereau à sa tourterelle. De ta beauté, de ta splendeur, tu as blessé l’intime de mon coeur. Mon bien-aimé, mon bien-aimé, si je ne te suis unie, je n’aurai point de joie de toute l’éternité. Donc, ton désir et mon désir, accomplis-le effectivement, ô ami, ami, ami !

 

Voix de Jésus-Christ:

 

Par mon Saint-Esprit, je te ferai ma fiancée je t’attacherai à moi par une union inséparable. Tu demeureras chez moi, je t’enfermerai dans mon vivant amour. Je te revêtirai de la pourpre glorieuse de mon sang précieux. Je te ferai une couronne d’un or choisi, de l’or de ma mort douloureuse. Pour moi-même j’accomplirai ton désir, et aussi je te réjouirai pour l’éternité.

 

Ensuite l’âme fidèle au Christ se consacre, offre, et promet toute entière à l’unique époux, pour présenter à Jésus-Christ une vierge chaste, pour garder fidèlement ou la virginité ou la chasteté, et s’attacher à ce même époux céleste, d’un coeur pur, d’un corps chaste, d’un amour unissant, qui ne soit soufflé d’aucune affection à aucune chose créée. Et d’abord pour louer 1’Epoux, chante :

 

Voix de l’âme :

 

Mon Seigneur Jésus-Christ, mon doux amour, qui est comme toi, comme toi qui es très haut et infini, et qui regardes les choses les plus basses? Seigneur, qui est semblable à toi parmi les forts, à toi qui choisis ce qui est de plus faible au monde? Qui est comme toi qui a créé les cieux et la terre, qui es servi par les Trônes et les Dominations, et qui veux prendre tes délices avec les enfants des hommes?

Que tu es grand, ô Roi des rois et Seigneur des seigneurs! Tu commandes aux astres, et tu abaisses ton Coeur jusqu’à l’homme? Que tu es grand, toi qui as en ta main les richesses et la gloire? Tu possèdes toutes les délices, et tu as une épouse de la terre ! O amour, où abaisses-tu la majesté? De grâce, ô amour, où mènes-tu la fontaine de sagesse? Oui, jusqu’à l’abîme de misère. O amour, à toi seul, à toi seul appartient ce vin excellent et abondant dont mon coeur est vaincu et enivré.

 

La Probation de l’amour:

 

C’est là notre Dieu, qui nous a aimés d’un amour invincible, d’une charité inestimable, d’une dilection inséparable, qui s’est uni la substance d’un corps de notre terre, pour qu’il pût être Epoux, pour qu’il pût avoir une épouse. Il nous a aimés de tout lui-même, et l’aimer c’est être son épouse.

 

Venez ! venez! venez !

 

Je viens, je viens toi, ô Jésus très aimant, que ai aimé, que ai cherché, que j ai désiré:

pour ta douceur, ta bonté, ta charité; je te suis puisque tu m’appelles, en aimant de tout mon coeur, de toute mon âme, de toute ma force : ne me rejette pas, mais traite-moi selon ta douceur, et selon l’immensité de ta miséricorde.

 

Par cette Litanie implore le secours de tous les saints :

 

 

LITANIE

 

O Dieu, Trinité sainte, fontaine d’éternelle lumière, par ta divine toute-puissance soutiens-moi, par ta divine sagesse conduis-moi, par ta divine bonté fais-moi selon ton coeur.

O Père céleste, Roi des rois, de grâce daigne faire en moi des noces au Roi ton Fils.

O Fils du Dieu vivant, Jésus-Christ, de grâce, que mon amour se marie à toi, parce que tu es mon roi et mon Dieu.

O Saint-Esprit, Consolateur, de grâce, par ce lien d”amour dont tu unis le Père et le Fils, unis ensemble à tout jamais, mon coeur avec Jésus.

Sainte Marie, Mère du Roi, de l’Agneau, de l’Epoux des vierges, de grâce, introduis-moi pure de coeur et de corps en l’union de ton fils Jésus.

Tous les saints Anges et Archanges, de grâce, obtenez-moi d’entrer avec une pureté angélique en la chambre nuptiale de mon Époux Jésus.

Tous les saints Patriarches et Prophètes, de grâce, obtenez-moi la charité, aussi grande, aussi pure que l’exige de moi mon Époux Jésus.

 Tous les saints Apôtres, de grâce, obtenez-moi de goûter le baiser de cette bouche plus douce que le miel, de cette bouche du Verbe vivant de Dieu, que vous avez touchée, vous.

Tous les saints Martyrs, de grâce, obtenez-moi une si grande force de désir, que je mérite d’aller avec la palme du martyre, au-devant de Celui qui porte une couronne de roses et de lis.

Tous les saints Confesseurs, de grâce, obtenez-moi d’imiter en toute perfection et sainteté les vertus de mon Époux Jésus.

Toutes les saintes Vierges, priez pour moi, de grâce, afin que par un chaste amour, je mérite de faire mon nid comme une tourterelle, en la plaie d’amour de mon Époux Jésus.

Tous les saints, de grâce, obtenez-moi de me préparer dignement à entrer aux noces de l’Agneau, comme chacun de vous est entré pour voir la face de Dieu.

Sois propice, Seigneur, et fais-moi selon ton coeur.

Sois propice, Seigneur, et de tout ce qui m’empêche d’aller à toi, délivre-moi.

Par ton incarnation: fais-moi de tout coeur t’aimer suavement, sagement et fortement.

Par ta passion et ta mort, fais-moi mourir à moi et vivre à toi seul.

Par ta résurrection glorieuse et ton ascension merveilleuse, fais-moi de jour en jour, de vertu en vertu, profiter toujours.

A l’heure de la mort, par toutes les entrailles de ta miséricorde, viens à mon secours, et réjouis-moi par la joie de voir ton visage, Seigneur.

Au jour du jugement, que mon âme ne craigne pas d’entendre la rude parole, mais fais-moi entendre la majesté de ta voix disant: Venez, les bénis de mon Père.

Par ta mère, fais-moi comme une vraie épouse goûter l’alliance de ton chaste amour.

Pécheurs que nous sommes, nous t’en prions, écoute-nous.

Que tu daignes garder en moi, pour toi, entier et sans tache, comme la prunelle de l’oeil, le voeu de chasteté que je t’offre: nous t’en prions, écoute-nous.

Que tu me fasses goûter dans ton amour d’époux, dans ton baiser d’époux, qui tu es et quel tu es : nous t’en prions, écoute-nous.

Que tu m’accordes les arrhes de ton Esprit, et la dot de ton très parfait amour: nous t’en prions, écoute-nous.

Qu’à l’heure de la mort, au, milieu des vierges sages, tu me fasses comme épouse aller au-devant de toi comme époux, avec l’habit de noces, et la lampe allumée: nous t’en prions, écoute-nous.

Qu’avec le baiser de ta bouche plus douce que le miel, tu me fasses entrer, comme tout à fait tienne, en la chambre nuptiale de ton amour en fête: nous t’en prions, écoute-nous.

Que nous toutes qui te servons en ce lieu, tu nous fasses t’aimer de tout coeur, nous attacher à toi inséparablement, et te plaire en une perpétuelle pureté d’âme et de corps : nous t’en prions, écoute-nous.

Que tu nous fasses demander ce qu’il te plaît d’exaucer: nous t’en prions, écoute-nous.

Jésus, fils du Dieu vivant, exauce-nous par l’efficace de ton divin amour.

Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés du monde, efface mes péchés, selon l’immensité de ta miséricorde.

Agneau de Dieu, qui êtes les péchés du monde, à toutes mes négligences supplée par ton inépuisable charité.

Agneau de Dieu, qui ôtes les péchés du monde, à l’heure de la mort, laisse-moi partir en une telle paix, que je te voie face à face.

Seigneur, aie pitié.

Christ, aie pitié.

Seigneur, aie pitié.

 

ORAISON

 

De grâce, ô Jésus, Époux tout en fleurs, comme la mort sépare l’âme du corps, que ton amour emporte mon coeur en toi, afin que je demeure attachée à toi par un lien indissoluble. Mon Jésus, reçois-moi en l’abîme de ta miséricorde: et lave-moi de toute tache en la mer de ta bonté. Mon Jésus, reçois-moi en l’embrassement qui me fasse en tout travailler avec toi, afin que je mérite de devenir ton épouse par l’alliance d’une union parfaite. Mon Jésus, reçois-moi en le très doux mariage de ton amour, et là fais-moi goûter le baiser de ta bouche d’où coule le miel.

 

ORAISON

POUR LA PARFAITE CHASTETÉ D’AME ET DE CORPS

 

            O Dieu, qui par ta bonté habites dans les corps chastes et dans les âmes pures, toi qui par ton Verbe par qui toutes choses ont été faites, répares la nature humaine viciée dans les premiers hommes par les artifices du diable, de telle manière que non seulement tu la ramènes à l’innocence de la première origine, mais encore tu la conduis à goûter certains biens qui sont réservés au siècle futur, élevant dès maintenant à la ressemblance des anges des créatures encore engagées dans les liens de la mortalité: jette les yeux sur moi ton indigne servante, qui mets en ta main mon voeu de chasteté : je t’offre mon dévouement, à toi de qui j’ai reçu le voeu même que je t’offre.

Car comment un esprit environné d’une chair mortelle pourrait-il vaincre la loi de la nature, la faculté d’user de sa liberté, l’entraînement de la coutume et les aiguillons de l’âge, si tu n’avais, ô Dieu, par le libre arbitre, allumé en lui cet amour de la chasteté, si tu n’avais nourri ce désir en nos coeurs, si tu ne nous avais donné la force de le réaliser? Car ta grâce ayant été versée sur tous les peuples, et de toute nation qui est sous le ciel ayant adopté les héritiers du Testament nouveau en nombre aussi innombrable que les étoiles; parmi les autres vertus que tu as données à tes enfants, lesquels sont nés non du sang ni de la volonté de la chair, mais de ton saint Esprit; de la source de ta libéralité a coulé en certaines âmes un don tel, que, aucune défense ne diminuant l’honneur des noces, et la bénédiction initiale demeurant sur le saint mariage, par un élan sublime, elles se détournent de l’union conjugale de l’homme et ,de la femme, tout en désirant le mystère caché en cette union, et sans vouloir imiter ce qui se fait dans le mariage, elles aiment uniquement ce qui est signifié par les noces.

Elle a reconnu son Auteur la bienheureuse virginité, et rivalisant avec la pureté des anges, elle s’est dévouée à la demeure, au lit nuptial de celui qui est le fils d’une virginité perpétuelle, comme il est l’époux de la virginité perpétuelle.

A moi donc, Seigneur, qui implore ton secours, et qui désire être confirmée par la consécration de ta bénédiction, donne la défense et l’appui de ta protection, de peur que l’ancien ennemi, qui à des résolutions plus élevées tend des embûches plus subtiles, pour obtenir la palme de la parfaite continence, ne se glisse à la faveur de quelque négligence de l’âme, et ne ravisse de l’état de chasteté ce qui doit se rencontrer dans la conduite même des veuves.

Qu’il y ait en moi, Seigneur, par le don de ton Esprit, une prudente modestie, une sage-bénignité, une grave mansuétude, une chaste liberté. Que je sois ardente en la charité, que je n’aime rien sinon toi : que je vive louablement, et ne désire point d’être louée. Que je te glorifie par la sainteté du corps et par la pureté de l’âme: que je te chérisse par amour, que je te serve par amour. Sois toi-même mon honneur, sois ma joie, sois mon plaisir : sois dans le chagrin ma consolation, dans le doute mon conseil, dans l’injustice ma défense, dans la tribulation ma patience, dans la pauvreté ma richesse, dans le jeûne ma nourriture; dans la veille mon repos, dans la maladie mon remède.

Qu’en toi j’aie toutes choses, en toi que je souhaite d’aimer par-dessus toutes choses, et que je garde les voeux dont j’ai fait profession. Voulant plaire, non de corps, mais d’esprit, à toi qui scrutes les coeurs, que j’entre dans le nombre des vierges sages, afin d’attendre l’Époux céleste, avec la lampe allumée et l’huile préparée; que j’aille joyeusement au devant du choeur des vierges qui ont été avant moi; que je ne sois point rejetée avec les folles, mais qu’avec les Vierges sages j’entre librement à la cour du Roi; et que, demeurant en la chasteté, je demeure à jamais bénie de toi dans le cortège de ton Agneau.

 

Pour recevoir le voile en esprit, dis

 

RÉPONS. — Le Seigneur m’a revêtue d’un vêtement de salut, et il m’a couverte d’un habit d’allégresse : C Et comme une épouse il m’a ornée d’une couronne.

 

VERSET. — Le Seigneur m’a parée d’un collier tissu d’or, et il m’a couverte de bijoux innombrables. Et comme une épouse il m’a ornée d’une couronne.

 

ORAISON

 

De grâce, ô mon bien-aimé, choisi entre des milliers, fais-moi reposer sous l’ombre de ta charité, me couvrant tout entière de la toison de ta pureté sans tache. Là, de ta main, je recevrai le voile de la chasteté, et sous ta direction, sous ta conduite, je le porterai sans tache devant le tribunal de ta gloire, avec le fruit porté au centuple d’une très innocente chasteté.

 

Pour l’imposition de la couronne:

 

ANTIENNE. — Il a posé un signe sur ma face, afin que je n’admette personne à m’aimer, si ce n’est lui.

 

RÉPONS. — J’aime le Christ, en la chambre nuptiale duquel je suis entrée, le Christ dont la Mère est une Vierge, dont le Père ne connaît point d’épouse; le Christ dont la bouche me chante de douces mélodies : En l’aimant je suis chaste, en le touchant je suis pure, en le recevant je suis vierge.

 

VERSET. — De sa bouche j’ai reçu le miel et le lait, et son sang a fait l’ornement de mes joues. En l’aimant je suis chaste, en le touchant je suis pure, en le recevant je suis vierge.

 

ORAISON

 

De grâce, ô Jésus, mon frère, mon époux grand roi, Dieu et Agneau, pose, pose sur la face de mon £me un signe tel que sous le soleil je ne veuille, je ne désire, je ne chérisse rien si ce n’est toi : et toi-même, ô de tous les chers le plus cher, daigne t’unir à moi par l’alliance du mariage mystique, de sorte que je devienne pour toi une vraie fiancée et épouse par cet amour inséparable qui est plus fort que la mort.

 

Pour l’anneau :

 

ANTIENNE. — J’ai reçu pour arrhes un anneau, de celui qui par sa naissance et sa dignité est de beaucoup plus noble que tous les hommes.

 

RÉPONS. — Déjà son corps à mon corps a été uni et son sang a fait l’ornement de mes joues : Lui dont la Mère est une Vierge, dont le Père ne connaît point d’épouse.

 

VERSET. — Je suis la fiancée de Celui dont les Anges sont les serviteurs, dont le soleil et la lune admirent la beauté. Lui dont la Mère est une Vierge, dont le Père ne connaît point d’épouse.

 

ORAISON

 

De grâce, mon Jésus, fleur et fruit d’une pureté virginale, la meilleure part de mon héritage, ma dot vraiment royale, toi qui m’as donné pour arrhes, l’anneau de ta foi, le sceau de ton Esprit, adapte-moi à toi, à toi mon lis vivant, ma très délicieuse fleur; fais-moi être uni à ton très ardent amour par un lien si indissoluble, que par la force du désir amoureux d’être à toi, j’aie soif de mourir; et que l’alliance que tu as contractée avec moi, m’emporte mon coeur, afin que désormais il ne soit plus avec moi, mais qu’il demeure avec toi dans un amour inséparable.

 

RÉPONS. — J’ai méprisé les royaumes du monde et tous les ornements d’ici-bas, pour l’amour de mon Seigneur Jésus-Christ, Que j’ai vu, que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que j’ai chéri.

 

VERSET. — Mon coeur chante un sujet excellent: et l’ouvrage que je fais, e le dis au Roi. Que j’ai vu, que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que j’ai chéri.

 

ORAISON

 

Dieu Tout-Puissant, je t’en supplie, accorde à ton indigne servante, qui pour l’espérance de la récompense éternelle, désire se consacrer à toi, Seigneur, accorde-moi de demeurer dans ce saint état avec une pleine foi et un esprit ferme. Père tout-puissant, daigne, toi, me bénir, me sanctifier et me consacrer à tout jamais. Accorde-moi l’humilité, la chasteté, l’obéissance, la charité, et toutes bonnes oeuvres en abondance. Donne-moi, Seigneur, pour mes oeuvres la gloire, pour ma pudeur le respect, pour ma pureté la sainteté, afin qu’avec tes saints Anges, je puisse louer éternellement ta très glorieuse majesté. Amen.

 

Pour la bénédiction épiscopale, demande d’être bénie par la suprême Trinité

 

Que la divine Majesté, que la douce Paternité de Dieu le Père me bénisse et coopère à mes oeuvres. Que la parenté et la consanguinité humaine et la douce affinité du Fils de Dieu Jésus-Christ me bénisse et me fasse son épouse. Que la douce bonté et l’ardente charité du Saint-Esprit me bénisse et me féconde. Que toute la suprême Trinité me bénisse, me confirme et me fortifie.

Que la glorieuse humanité du Fils de Dieu Jésus-. Christ me bénisse et m’unisse à lui, à lui qui a daigné me choisir pour lui au milieu du monde, qui par sa mort m’a montré combien il m’a aimée, et m’a fait l’épouse de son amour : afin que par sa salutaire, vivante et ‘très douce bénédiction, j’atteigne la perfection de toutes les vertus, que je garde entière et sans tache la chasteté dont j‘ai fait profession, que je garde mon état, que je pratique l’humilité, que j’aime la chasteté, que je conserve la patience,  et que je persévère en toute sainteté jusqu’à la fin, et qu’après cette vie je mérite de recevoir la couronne de la chasteté avec la, robe blanche, au milieu des armées éclatantes comme le lis, et de te suivre, toi l’Agneau sans tache, fils de la Vierge Marie, partout où tu iras, ô toi la fleur des vierges. Amen.

 

Prie maintenant le Seigneur miséricordieux de te recommander et donner à garder, comme à ton Abbesse, à sa Mère la Vierge Marie, blanche comme lis, pour un jour te recevoir de sa main.

 

O le bien-aimé de tous mes désirs, ô Jésus le plus cher d’entre tous les plus chers, remets et recommande-moi maintenant à ta Mère, la rose impériale, virginale, et que poui~ ton amour elle soit à toujours le guide et la gardienne de ma virginité. Consigne-moi en ses mains délicates qui t’ont nourri et élevé toi le Fils de Dieu le Père, afin qu’elles veillent à défendre et à aider mon voeu de chasteté, et me conduisent sans tache en la voie de la pureté virginale [ou de la continence religieuse]. Oui, oui, dis de moi à cette Rose virginale : « Prends cette fille sous la garde de ta maternité : je te la recommande de toute la force de ma divine charité. Veille, ô Mère, à me la représenter sans tache, et à me la remettre élevée selon mon coeur. » Amen.

 

Avec l’hymne : Te Deum laudamus, chante les louanges de la toujours adorable Trinité

 

HYMNE

 

O Dieu ! nous te louons; ô Seigneur ! nous te glorifions.

Père éternel, toute la terre te révère.

A toi tous les Anges, à toi les Cieux et toutes les Puissances,

A toi les Chérubins et les Séraphins redisent éternellement

Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu des armées!

Les cieux et la terre sont remplis de la majesté de ta gloire.

Le choeur glorieux des Apôtres,

La troupe louable des Prophètes,

La blanche armée des Martyrs chantent tes louanges.

Par toute la terre, la sainte Eglise te célèbre,

Père d’infinie majesté,

Et ton vénérable, vrai et unique Fils,

Et aussi le Saint-Esprit consolateur.

C’est toi, le ,Roi de gloire, ô Christ!

C’est toi, le Fils éternel du Père.

C’est toi qui prenant la nature de l’homme pour le délivrer, n’a pas eu horreur du sein de la Vierge.

C’est toi qui brisant l’aiguillon de la mort, as ouvert aux croyants le royaume des cieux.

C’est toi qui es assis à la droite de Dieu, dans la gloire du Père.

Tu reviendras comme juge : nous le croyons. Nous t’en prions donc, viens en aide à tes serviteurs que tu as rachetés de ton précieux sang.

Fais qu’ils soient comptés parmi tes saints, dans la gloire éternelle.

Sauve ton peuple, Seigneur! bénis ton héritage. Et gouverne-les, et élève-les jusque dans l’éternité.

Chaque jour nous te bénissons,

Et nous louons ton Nom ici-bas et dans les siècles des siècles.

Daigne, Seigneur, en ce jour, nous conserver sans péché.

Aie pitié de nous, Seigneur! aie pitié de nous ! Que ta miséricorde soit sur nous, Seigneur, selon que nous avons espéré en toi.

En toi, Seigneur, j’ai espéré : je ne serai pas confondu éternellement.

 

Et ajoute cette oraison :

 

ORAISON

 

A toi, Trinité sainte, de laquelle resplendit la Divinité vivante, l’amour, la sagesse, de qui émane la puissance première, la sagesse coessentielle, la suavité qui se veut répandre, la charité embrasée, la sainteté qui se veut communiquer, la bonté qui pénètre toutes choses, à toi louange, gloire et honneur, à toi l’action de grâces, la puissance et l’éclat désiré, pour ce que toi, ô Jésus, toi le cèdre sublime du Liban, dont la majesté royale, divine s’étend sur les Chérubins, tu prends tes délices ici-bas, en cette vallée, en cet abîme de misères, de t’unir à une branche d’hysope, par un embrassement nuptial, par un amour d’époux. Et toi, ô amour Dieu, tu te poses, tu te reposes, tu te délectes parmi les enfants des hommes, en la sainte pureté, qui par ta puissance pleine d’amour répand son parfum pour tes saintes délices, comme la rose enfermée au milieu des épines.

O amour, ô amour, où va-t-on par ces chemins si agréables? où arrive-t-on par ces suavités de l’esprit? Où est donc, où est donc la voie de la vie, qui mène à ces prairies dont Dieu même est la rosée, qui réconforte les coeurs altérés? O amour, seul, seul, tu connais ces chemins de la vie et de la vérité. En toi s’accomplissent ces alliances chères à la Sainte Trinité. Par toi se départissent les dons les meilleurs du Saint-Esprit. De toi germent plus abondamment les semences des fruits de vie. De toi ,découle le miel le plus doux des délices de Dieu. De toi sourcent les courants les mieux remplis des bénédictions du Seigneur des armées : ces chers gages de l’Esprit, hélas! hélas ! si rares en nos contrées.

O amour, ô amour, prépare-moi dans la belle dilection une voie pour aller à toi: à tout jamais je te suivrai en la chaste charité partout où tu iras, en l’amour de l’alliance nuptiale là où roi souverain en la suprême majesté de ta divinité, en l’union très douce de ton vivant amour, en la vive amitié de ta brûlante divinité, tu mènes avec toi en une armée céleste et toute bienheureuse, des milliers de vierges très resplendissantes, qui avec toi portent la robe blanche comme neige, et qui jubilent à tout jamais les doux cantiques de l’époux.

De grâce, ô amour, en ce lieu de misères, garde-moi si bien à l’ombre de ta charité, qu’après cet exil, j’entre sans tache, sous ta conduite, en ton sanctuaire, au milieu de ces armées virginales, et que là j’aie pour me conforter la source de ta divine amitié, et pour unique rassasiement la jouissance, plus douce que le miel, de toi seul. Amen, et que toutes choses disent: Amen !

 

 


 

QUATRIÈME EXERCICE

RENOUVELLEMENT DE LA PROFESSION RELIGIEUSE QUAND UNE AME RELIGIEUSE VEUT RESSUSCITER EN ELLE LA GRACE DE SA DONATION A DIEU.

 

 

Tu  célébreras en esprit la rénovation de ta profession ou le désir d’une faveur nouvelle, par ces oraisons et désirs très brûlants, t’offrant tout entière à Dieu comme une hostie et un holocauste, en odeur de suavité.

 

ORAISON

 

Père tout-puissant, miséricordieux, clément, tendre, bon et ne voulant pas punir, j’implore ta grande et infinie miséricorde, sur cette petite branche desséchée, que tu as plantée en ce très saint ordre, et qui n’a point observé le temps où elle devait être taillée; hélas, hélas ! Au lieu de cela tout le temps de sa vie elle est demeurée stérile; par ton éternelle bonté, par l’amour de ta Mère toute glorieuse et bien-aimée, la Vierge Marie, et par l’intercession de saint Benoît, notre vénérable législateur, daigne aujourd’hui jeter sur moi les yeux de ta miséricorde et de ta charité; afin que par toi reprenant vigueur j e reverdisse tout entière, et que je refleurisse sanctifiée dans la vérité; que je pratique en vérité les devoirs de la sainte religion, que je sois fidèle en vérité aux lois de la vie spirituelle, que pour toi dont je suis aimée je porte les fruits de toute vertu et sainteté, afin qu’au temps de la vendange, c’est-à-dire au jour de ma mort, comme une religieuse parfaite, je sois trouvée devant toi pleinement mûre et consommée. Amen.

 

Pour la bénédiction:

 

Mon Dieu, mon doux amour, que ta divine toute-puissance, sagesse et bonté, me bénisse, et me fasse d’une volonté très prompte venir à toi, me renoncer moi-même en vérité, et te suivre d’un coeur très attentif, d’âme et d’esprit, de la manière la plus parfaite. Amen.

 

Invoque ici la grâce du Saint-Esprit:

 

O douceur et amour mien, mon Dieu, ma miséricorde, de grâce envoie du haut du ciel ton Saint-Esprit, et crée en moi un coeur nouveau et un esprit nouveau. Que ton onction m’enseigne sur toutes choses, parce que je t’ai choisi de préférence à mille autres, et je t’aime plus chèrement que tout amour, que l’amour même de ma vie. Que la vertu de mon âme s’accroisse de la beauté et de l’éclat de la charité que tu souhaites, car moi je te désire grandement. De grâce fais-moi paraître devant toi avec la beauté qui convient. Amen.

 

A l’invitation : Venez !

 

Et voici, je viens à toi, que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que j’ai chéri.

 

ORAISON

 

Toi, l’allégresse de mon esprit, toi la louange de ma bouche et de mon coeur, mon Jésus, je te suivrai partout où tu iras. Quand tu auras revendiqué pour toi mon coeur, et que tu l’auras possédé en propre, éternellement tu ne pourras plus m’être enlevé.

 

A la seconde invitation : Venez !

 

Et voici, je viens à toi que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que j’ai chéri.

 

 

ORAISON

 

Mon bien-aimé, je te serre sur mon coeur par un embrassement inséparable d’amour, mon Jésus. Voici maintenant je t’ai pris, je te tiens par tout l’amour de mon coeur, quand mille fois tu m’aurais bénie, jamais je ne te laisserai aller.

 

A la troisième invitation : Venez, mes filles!

 

Et voici que je viens à toi que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que j’ai chéri.

 

ORAISON

 

Que tout l’efficace et la vertu de ta divinité te loue pour moi, que toute l’amitié et l’affection de ton humanité satisfasse à toi pour moi, que toute la magnificence et la majesté de la suprême Trinité te glorifie, te magnifie et t’honore, toi-même, en toi-même pour moi, de cette louange très haute par laquelle seul tu te suffis, tu te loues parfaitement, suppléant à toi-même pour les défauts de toutes tes créatures.

 

A cette invitation de l’évêque: Ecoutez-moi, je vous enseignerai la crainte, du Seigneur.

 

ORAISON

 

De grâce, Jésus, bon Pasteur, fais-moi entendre et reconnaître ta voix. Lève-moi sur ton bras. Fais-moi reposer sur ton sein, moi ta brebis, fécondée du Saint-Esprit. Là enseigne-moi à te craindre. Là apprends-moi à t’aimer. Là instruis-moi à te suivre. Amen.

 

ANTIENNE. Approchez de lui, et soyez éclairées; et vos visages ne seront point confondus.

 

ORAISON

 

Voici, je viens à toi, ô feu dévorant, mon Dieu. De grâce, dans la vive flamme de ton amour, dévore-moi petite poussière, consume-moi tout à fait, absorbe-moi en toi. O ma douce lumière, vois, je viens à toi. De grâce, fais luire sur moi ton visage, afin que mes ténèbres deviennent comme un midi devant toi. Vois, j’avance vers toi, ô union toute bienheureuse! De grâce, fais-moi une même chose avec toi, par l’attache de ton vivant amour.

 

 

PSAUME

 

Dominus est terra.

 

Au Seigneur est la terre et sa plénitude : le globe des terres et tous ceux qui habitent en lui.

Parce que lui-même sur les mers l’a fondé, et sur les courants d’eau l’a affermi.

Qui montera à la montagne du Seigneur, ou qui se tiendra en son saint lieu?

Celui qui est innocent de mains, et de coeur pur, qui n’a pas reçu en vain son âme, et n’a pas juré avec ruse à son prochain.

Celui-là recevra bénédiction du Seigneur et miséricorde de Dieu son Sauveur.

C’est là la génération de ceux qui le cherchent, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob.

Ouvrez vos portes, ô princes; et soyez levées, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera.

Qui est celui-là, le roi de gloire? C’est le Seigneur fort et puissant, le Seigneur fort dans les combats.

Ouvrez vos portes, ô princes; et soyez levées, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera.

Qui est celui-1à, le roi de gloire? c’est le Seigneur des armées, c’est lui-même le roi de gloire.

 

ANTIENNE: C’est là la race de ceux qui cherchent le Seigneur, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob.

 

ORAISON

 

Doux Jésus, fais-moi être comptée et inscrite dans la race de ceux qui te connaissent, ô Dieu d’Israël, dans la race de ceux qui cherchent ta face, ô Dieu de Jacob, dans la race de ceux qui, t’aiment, ô Dieu des armées. De grâce, que, comme innocente de mes mains et pure de coeur, je reçoive bénédiction et miséricorde de toi mon Dieu, mon Sauveur.

 

PSAUME

 

Miserere mei Deus...

 

Aie pitié de moi, ô Dieu, selon ta grande miséricorde.

Et selon l’abondance de tes tendresses, efface mon iniquité.

De plus en plus lave-moi de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché.

Parce que moi je connais mon iniquité, et mon péché est devant moi toujours.

Contre toi seul j’ai péché, et j’ai fait ce qui est mal devant toi, de sorte que tu sois reconnu juste en tes paroles et que tu sois victorieux lorsque tu es jugé.

Pour moi, dans les iniquités j’ai été conçu, et ma mère m’a conçu dans les péchés.

Et toi tu as aimé la vérité, tu m’as manifesté les choses obscures et secrètes de ta sagesse.

Tu m’arroseras avec l’hysope, et je serai purifié : tu me laveras, et je deviendrai plus blanc que la neige.

A mon oreille tu donneras la joie et l’allégresse, et mes os humiliés tressailleront.

Détourne ta face de mes péchés et efface toutes mes iniquités.

O Dieu, crée en moi un coeur pur, et renouvelle dans mes entrailles un esprit droit.

Ne me rejette pas de ta face, et n’ôte pas de moi ton Saint-Esprit.

Rends-moi la joie de ton salut, et de ton esprit souverain affermis-moi.

J’enseignerai tes voies aux injustes, et les impies vers toi se convertiront.

Délivre-moi du sang, ô Dieu, Dieu de mon salut, et ma langue célébrera avec joie ta justice.

Seigneur, tu ouvriras mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.

Parce que, si tu avais voulu quelque sacrifice, je te l’aurais donné assurément: tu ne te délectes pas des holocaustes.

Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé de douleur : ô Dieu, tu ne mépriseras pas un coeur contrit et humilié.

Seigneur, par ta bonne volonté, traite Sion avec bonté: afin que les murs de Jérusalem soient bâtis.

Alors tu accepteras le sacrifice de justice, les oblations et les holocaustes: alors on imposera des veaux sur ton autel.

 

ANTIENNE : Crée en moi un coeur pur, mon Dieu; et renouvelle dans mes entrailles un esprit droit.

 

ORAISON

 

            Dans l’abîme de ta charité, plonge-moi et enfonce-moi assez. De grâce, ô amour, donne gratis : dans le bain de ta grâce purifie-moi de toute tache; en toi renouvelle-moi, ô ma vraie vie !

 

PSAUME

 

Qui habitas.

 

Qui habite en la garde du Très-Haut, demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

Il dira au Seigneur : Tu es mon soutien et mon refuge: c’est mon Dieu, j’espérerai en lui.

Parce qu’il m’a délivré du piège des chasseurs, et de la rude parole.

De ses épaules il te fera une ombre protectrice, et sous ses ailes tu auras bon espoir.

Sa vérité t’environnera comme un bouclier, tu ne craindras rien de la crainte nocturne,

Rien de la flèche volant dans le jour, de l’embûche cheminant dans les ténèbres, de l’attaque d’un ennemi ni du démon du midi.

Mille ennemis tomberont à ton côté gauche et dix mille à ta droite, mais aucun n’approchera de toi.

Et cependant tu regarderas de tes yeux et tu verras le châtiment des pécheurs.

Et tout cela, Seigneur, parce que tu es mon espérance. Tu as posé le Très-Haut ton refuge.

Le mal n’arrivera pas vers toi et le fléau n’approchera pas de ta demeure.

Parce que Dieu a fait à ses anges un commandement à ton sujet, afin qu’ils te gardent en toutes tes voies.

En leurs mains ils te porteront, de peur que peut-être tu ne heurtes ton pied à quelque pierre.

Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

Parce qu’il a espéré en moi je le délivrerai, je le protégerai parce qu’il a connu mon nom.

Il criera à moi, et moi je l’exaucerai. Je suis avec lui dans la’~ tribulation, je l’en retirerai, et je le glorifierai.

Je le remplirai de la longueur des jours, et je lui montrerai mon salut.

 

ORAISON

 

O le soutien de mon âme et mon refuge au jour de malheur, en toute tentation mets-moi à l’ombre de tes épaules pour me défendre: couvre-moi du bouclier de ta vérité. Sois toi-même avec moi en toutes mes tribulations : mon espérance, de tout péril de corps et d’âme défends-moi et protège-moi toujours. De grâce, et après cet exil, révèle-toi à moi, toi mon doux salut. Amen.

 

 

LITANIE

 

Seigneur, aie pitié.

Christ, aie pitié.

Seigneur, aie pitié.

Trinité sainte, un seul Dieu : donne que mon coeur te craigne, te chérisse, te suive, parce que tu es mon vrai amour.

Sainte Marie, paradis de sainteté, lis de pureté, sois le guide et la gardienne de ma chasteté, parce qu’en toi est toute grâce de vie et de vérité.

Tous les saints Anges et Archanges, obtenez-moi de rendre de corps et d’âme un service agréable à ce Roi, au service duquel on est roi; en présence duquel vous remplissez votre ministère, sans ennui aucun, avec une ineffable jubilation.

Saint Jean-Baptiste, obtiens-moi d’être éclairé de cette vraie lumière, à laquelle tu es venu rendre témoignage.

O Abraham, mon père, obtiens-moi cette foi, cette obéissance, qui t’a conduit à l’amitié au Dieu vivant.

O Moïse, cher à Dieu, obtiens-moi cet esprit de. douceur, de paix et de charité, qui t’a rendu digne de parler face à face avec la majesté du Seigneur.

O David, vénérable roi-prophète, obtiens-moi cette parfaite fidélité, résolution et humilité, qui a fait de toi un homme selon le coeur de Dieu, afin que tu fusses vraiment cher et agréable - au Roi qui est Dieu.

Tous les saints Patriarches et Prophètes, obtenez-moi l’esprit de pénétration et d’intelligence.

Saint Pierre, prince des Apôtres, par ton autorité, délies-moi des liens de tous mes péchés.

Saint Paul, vase d’élection, obtiens-moi le don de la vraie dilection.

O Jean, toi qui es mon très cher, ô disciple que Jésus aimait, obtiens-moi cette piété, pureté et sainteté d’esprit, que souhaite voir en moi Celui qui est la fleur et le fils de ce Lis, dont tu étais le gardien délicat.

Tous les saints Apôtres, frères et amis de Jésus mon époux, obtenez-moi de lui être unie par un amour inséparable.

Saint Étienne, élu premier martyr, obtiens-moi d’avoir soif du martyre pour l’amour de Jésus-Christ, afin qu’il vienne à mon secours, lui qui à ta mort t’a donné sa consolation.

Saint Laurent, martyr invincible, obtiens-moi cet amour plus fort que la mort, par lequel tu as surmonté le feu et le bourreau.

Saint Georges, fleur des martyrs, obtiens-moi un esprit invincible dans le service de Dieu.

Tous les saints Martyrs, obtenez-moi la douce patience, afin que pour l’amour de Jésus je sois prête à sacrifier mon corps et ma vie.

Saint Grégoire, pasteur apostolique, obtiens-moi la vigilance pour persévérer avec fidélité dans le saint état religieux jusqu’à la fin de ma vie.

Saint Augustin, miroir de l’Église, obtiens-moi de vivre tout entière pour Dieu et pour l’Eglise.

O de tout l’état religieux base très illustre, mon père Saint Benoît, le bien-aimé de Dieu, obtiens-moi une si grande fermeté d’esprit dans l’exactitude rigoureuse de la vie spirituelle, qu’avec toi je reçoive la couronne de la vie éternelle. Tous les saints Confesseurs, obtenez-moi d’être revêtue de confession et de beauté, afin que ma vie et toutes mes actions confessent au Seigneur sa tendresse en toutes mes oeuvres.

Sainte Catherine, blessée de la charité divine, obtiens-moi de mépriser toutes les choses de la terre, et de ne désirer que Jésus.

Sainte Agnès, tendre petite suivante de l’Agneau, obtiens-moi d’aimer d’un amour brûlant mon époux Jésus, celui même dont tu te glorifies d’être une conquête d’amour, Celui qui t’a donné les arrhes de sa foi, Celui qui t’a reçue en sa chambre nuptiale.

Sainte Marie-Madeleine, très fervente amante de Jésus-Christ, obtiens-moi de devenir une très diligente observatrice des devoirs de la sainte religion.

Toutes les Saintes, Vierges et Veuves, obtenez-moi de profiter si bien en toute sainteté dans la vie spirituelle, que je puisse parvenir jusqu’à des fruits au centuple.

Tous les Saints et Élus de Dieu, obtenez-moi une telle et si grande observation de la sainte toute la raison d’être de mon désir fais-moi devenir selon ton coeur: nous t’en prions, écoute-nous.

Agneau de Dieu, en cette vie où je marche, tiens ma main droite, de peur que je ne défaille.

Agneau de Dieu, ce que j’ai commencé en ton nom, fais-le-moi, par ta coopération, accomplir fidèlement.

Agneau de Dieu, que mes péchés ne me fassent point entrave, mais qu’en toutes choses ta miséricorde me fasse avancer.

Christ, écoute-moi, et à l’heure de ma mort, par ton salut réjouis-moi.

Seigneur, aie pitié.

Christ, aie pitié.

Seigneur, aie pitié.

 

ORAISON

 

O Dieu qui par un art admirable sais planter et garder toutes les vertus, bien qu’indigne fais-moi comme un petit grain de ta vraie semence, daigne me fortifier en l’état de la sainte religion, et fais-moi croître jusqu’à mille pour un en fruits de vie très parfaite, et persévérer en ton saint service fidèlement et infatigablement jusqu’à la fin de ma vie.

 

Prie la divine sagesse de venir à ton secours, en récitant le répons suivant:

 

RÉPONS. Du trône de ta majesté, envoie, Seigneur, la sagesse, afin qu’elle demeure et travaille avec moi; Et que je sache ce qui est agréable à tes yeux, en tout temps.

 

VERSET. Donnez-moi, Seigneur, la sagesse qui participe à ton trône. Et que je sache ce qui est agréable à tes yeux, en tout temps.

 

Ici tu donneras au Seigneur l’écrit signé de ta profession, disant:

 

Mon tout bien-aimé Jésus, je souhaite d’embrasser avec toi la règle de l’amour, afin que je puisse renouveler ma vie et la passer en toi. De grâce, place ma vie sous la garde de ton Saint-Esprit, afin qu’en tout temps je sois toute prête à garder tes commandements. Assimile-toi toute ma conduite; affermis-moi dans ton amour et ta paix. Enferme mon esprit dans la lumière de ton amour, afin que seul tu m’enseignes, seul tu me conduises et m’instruises au fond du coeur. Absorbe mon esprit en ton esprit, si fortement, si profondément, que je sois de vrai tout entière ensevelie en toi, qu’ainsi unie à toi je me sépare de moi, et que nul ne connaisse ma sépulture si ce n’est mon amour. Que cet amour m’enferme là sous son sceau, et me consigne à toi par un lien indivisible. Amen.

 

Ici tourne-toi vers le Seigneur, attendant ce que sera la première obédience que te donnera son amour.

 

Mon bien-aimé me crie : Mets-moi comme un sceau sur ton coeur, et sur tôn bras ; car l’amour est fort comme la mort.

 

Prépare-toi avec grand empressement à entrer avec le Seigneur dans la voie de la belle dilection.

 

RÉPONS. Je t’aimerai, Seigneur, toi qui es ma force : Seigneur est mon appui, et mon refuge, et mon libérateur.

 

VERSET. Je louerai et invoquerai le Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis. Le Seigneur est mon appui, et mon refuge, et mon libérateur.

 

Pour recevoir le joug de la sainte Règle:

 

Père saint, reçois-moi en ta clémente paternité, afin que dans la carrière de cet état, en laquelle je suis entrée pour ton amour, je te reçoive toi-même pour couronne et héritage éternel.

Très aimant Jésus, reçois-moi en ta très douce fraternité ; afin que tu portes avec moi tout le poids du jour et de la chaleur, et que je t’aie pour consolateur dans tout mon travail, pour compagnon de voyage, pour guide et pour associé.

Esprit-Saint, amour Dieu, reçois-moi en ta très tendre miséricorde et charité, afin que je t’aie pour maître et précepteur de toute ma vie, et pour le très doux amant de mon coeur. Amen.

 

Ici prosterne-toi devant le Seigneur.

 

Seigneur, aie pitié

Christ, aie pitié

Seigneur, aie pitié

 

 

Psaume: Miserere mei Deus.

 

Père très aimant, je viens à tes pieds. Mes péchés ont fait une séparation entre toi et moi. De grâce, aie pitié de moi selon la grandeur de ta miséricorde, et renverse la muraille de ma vie passée, qui me sépare de toi; et tire-moi à toi si puissamment, que par la douceur de ton inextinguible dilection, je te suive en aimant sagement.

 

ORAISON

 

Doux Jésus, puisque j’ai bien le vouloir, mais que je ne puis rien accomplir k cause de la fragilité de la nature humaine; convertis si bien mon âme à toi par la loi sans tache de ton amour et la coopération de ta grâce, que je coure infatigablement en la voie de tes commandements, et m’attache inséparablement à toi, et que tu sois avec moi, mon Seigneur, m’aidant toujours et me confortant dans l’oeuvre que j’ai entreprise par l’amour de ton amour. 

 

Pour l’imposition du saint habit, tu diras cette oraison:

 

ORAISON

 

Viens, noble amour; et fais-moi, pauvre roseau abject, fleurir à ton aspect pareil au lis, moi plantée par la main de ta sublime divinité, en la vallée très profonde de la sainte humilité, sur le courant des eaux surabondantes de ta charité, au bord des grandes eaux de ta miséricorde et de ta tendresse; moi herbe desséchée quoique plantée par toi, qui de moi ne suis qu’en tout rien et un pur néant, je reverdirai sous l’action de ton Esprit, et je refleurirai en toi, ê ma très douce lumière du matin; et ainsi par toi je dépouillerai le vieil homme et ses actes, et je pourrai revêtir le nouveau qui est créé selon Dieu, en la justice et la sainteté véritable. Amen.

 

RÉPONS. — J’ai méprisé les royaumes du monde et tous les ornements d’ici-bas, pour l’amour de mon Seigneur Jésus-Christ, Que j’ai vu, que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que j’ai chéri.

 

VERSET. — Mon coeur chante un sujet excellent; et l’ouvrage que je fais, je le dis au Roi, Que j’ai vu, que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que j’ai chéri.

 

Qu’ai-je à faire désormais avec le monde, ô mon cher Jésus? Mais même dans le ciel, je ne veux rien si ce n’est toi; c’est toi seul que j’aime, toi que e désire, toi que je chéris, toi que je souhaite, toi dont j’ai soif, toi que j’aime. En toi tout entière je défaille, mon bien-aimé, mon bien-aimé ! De grâce, transporte-moi en la flamme de ton vivant incendie, et fais-moi maintenant si pleinement m’attacher à toi, qu’à l’heure de ma mort, quittant mon corps, éternellement mon bien soit d’être avec toi. Car mon âme t’aime, mon coeur te désire, toute ma force te chérit, et toute ma vie s’en allant de moi est partie après toi. O Jésus, de tous les chers le plus cher, mon coeur te dit : tu es mon très cher Cher, toute ma joie vraie et assurée, ma part qui est la meilleure, toi que seul mon âme aime et chérit.

 

Approchant de la communion, jette-toi tout à fait en Dieu, afin que tu ne vives plus que pour lui :

Qui suis-je, moi, mon Dieu, la vie de mon âme ? Hélas, hélas ! Que je suis loin de toi. Moi je suis comme un grain de poussière, que le vent emporte de dessus la terre. De grâce, de grâce, par la puissance de ta charité, daigne faire s’élever si puissamment le vent brûlant de ton amour tout. puissant, et me jeter en toi si fortement par li tourbillon de ton Esprit, et me recevoir en le sein de ta tendre sollicitude; afin que je commence ci vérité à mourir à moi-même, et à m’en aller ci esprit en toi, mon doux amour. Là, là, donne-moi de me perdre moi-même en toi, et de m’abandonner Si entièrement à toi, qu’il ne me reste aucune trace de moi en moi, comme un grain de poussière ne laisse aucune trace de sa disparition du lieu où il a été enlevé. De grâce, de grâce, transporte moi en l’affection de ton amour, de telle manière que toute mon imperfection soit anéantie en toi et que désormais je n’aie plus de vie hors de toi afin qu’à tout jamais je ne me retrouve nulle part si ce n’est en toi. Amen.

 

ci désire être consommée dans le Seigneur.

 

Que suis-je, moi, ô mon Dieu, ô l’amour de mon coeur? hélas, hélas ! que je te suis dissemblable ! Moi je ne suis que comme une toute petite goutte de ta bonté, et toi tu es une mer immense de toute douceur. De grâce, ô amour, ô amour, ouvre, ouvre un peu pour moi les entrailles de ta tendresse. Fais dégoutter sur moi tous les réservoirs de ta très bénigne paternité. Fais s’ouvrir sur moi toutes les sources du grand abîme de ton infinie miséricorde. Que je sois absorbée en la profondeur de ta charité. Que je sois plongée en l’abîme de la mer de ta très miséricordieuse bonté. Que je sois perdue dans le déluge de ton vivant amour, comme se perd la goutte d’eau de la mer en la profondeur de sa plénitude. Que je meure, que je meure, dans le torrent de ta tendresse infinie, comme mourrait une étincelle de feu dans le courant impétueux d’un fleuve. Que je sois tout enveloppée dans la pluie de ta dilection: que le breuvage de ton amour m’ôte la vie. Que le conseil secret de ton amour très sage opère et achève en moi la glorieuse mort de l’amour vivifiant. Là, là, je perdrai ma vie en toi, là où tu vis éternellement, ô mon amour, ô le Dieu de ma vie. Amen.

 

Que suis-je, moi, ô mon Dieu, ma douceur sainte? Hélas, hélas 1 De toutes tes créatures je suis devenue la balayure, mais tu es ma grande confiance, car en toi est déposée pour moi une véritable abondance et le supplément de tout ce que j’ai perdu. Donc, ô amour, amour, amour, rassemble maintenant sur moi en un monceau toute ton immense bonté et miséricorde. Ecrase-moi sous le poids de ton infinie clémence et tendresse. Fais-moi expirer sous le souffle si doux de ton Esprit, m’endormir sous le voile de ton amour. Que toute vivante je rende l’esprit en goûtant ta suavité, afin qu’en toi, mon doux bonheur, sortant de moi, doucement je m’en aille, que je tombe en tes embrassements, et que de vrai je sois ensevelie dans le baiser de ton amour d’où coule le miel.

Enveloppe-moi du suaire de ta chère rédemption. Embaume-moi dans le parfum de ta mort précieuse. Place-moi dans la tombe de marbre de ton coeur percé de la lance, cache-moi sous la pierre du très doux regard de ta face plus douce que le miel, afin qu’à tout jamais tu aies soin de moi. Là, là, mon bien-aimé, que je sois ensevelie à l’ombre si douce de ta paternelle dilection. Que je repose, repose, repose, en la mémoire éternelle de ta précieuse et vivante amitié. De grâce, de grâce, ô amour si fort, que ma chair se dessèche en toi. Que ma vie expire en toi, ô amour vivifiant. Qu’en toi ma substance tout entière soit réduite en cendre, ô doux amour. Et dans la lumière plus douce que le miel de ton visage, que mon âme se repose pour l’éternité. Amen.

Ensuite pour action de grâces dis le Magnificat.

 

CANTIQUE

 

Mon âme glorifie le Seigneur.

Et mon esprit a tressailli de joie en Dieu mon Sauveur.

Parce qu’il a regardé la petitesse de sa servante : car voici que dès ce moment toutes les générations me diront bienheureuse.

Parce qu’il a fait â moi de grandes choses, lui qui est puissant, lui dont le nom est saint.

Lui dont la miséricorde s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent.

Il a fait acte de puissance par son bras, il a dispersé les superbes en la pensée de leur coeur.

Il a déposé les puissants du trône, et il a exalté les humbles.

Il a rempli de biens les affamés, et il a renvoyé les riches dans l’indigence.

Il a recueilli Israël son serviteur, s’étant ressouvenu de sa miséricorde.

Comme il a parlé à nos pères à Abraham et à sa race dans les siècles.

 

Et cette oraison:

 

ORAISON

 

A toi, ô Dieu de ma vie, à toi qui donnes la vie à mon âme, à toi mon très doux amant, mon père, mon époux, mon pourvoyeur, à toi j’offre le trésor entier de mon amour, pour le brasier de ton Esprit brûlant, pour la fournaise ardente de ton vivant amour. Pour toi, pour toi, ô de tous les chers le plus cher, à cette heure j’entre dans les voies douloureuses, sachant-que ta miséricorde est meilleure que toutes les vies.

De grâce, ô mon bien-aimé, par ta divine puissance, je me confie en ta bonté, avec les armes de ton Esprit, arme-moi pour la guerre; fais que je passe par-dessus toutes les embûches de mes ennemis; par ton inextinguible charité, toi-même supplante tout ce qui en moi ne vit pas uniquement pour toi, afin que par le doux secours de ton vivant amour, attirée et fortifiée par la vivifiante suavité de ta dilection, j’arrive donc à t’aimer. Oui, je t’aimerai, ô mon doux secours; sous ta conduite, je porterai joyeusement le joug suave, le doux fardeau de ton amour, afin que toute la durée du service que je te rends, mon bien-aimé, ne me paraisse durer que peu de jours à cause de la grandeur de mon amour.

Que le doux rafraîchissement de ton Esprit me rende court et léger le poids du jour et de la chaleur, et daigne toi-même enlacer toutes les oeuvres et exercices de. ma vie dans les oeuvres de la vie de ta vivante dilection, afin que mon âme te glorifie éternellement, que toute ma vie te serve infatigablement, et que mon esprit tressaille de joie en toi, mon Dieu, mon Sauveur, et que toutes mes pensées et mes actions soient pour toi autant de louanges et de remerciements. Amen.

Enfin, recommande-toi À Dieu, par le cantique Nunc dimittis:

 

 

CANTIQUE

 

Maintenant, tu peux renvoyer ton serviteur en paix, selon ta parole.

Parce que mes yeux ont vu ton salut, le Sauveur envoyé par toi.

Que tu as préparé, devant la face de tous les peuples:

Lumière pour la révélation des gentils, et gloire de ton peuple Israël.

 

De grâce, maintenant, ô amour, mon Roi et mon Dieu, maintenant, ô Jésus, mon cher mien, reçois-moi en la garde de ton très doux coeur. Là, là, attache-moi par ton amour, afin que je vive pour toi tout entière. De grâce maintenant, jette-moi dans l’immense mer de l’abîme de la miséricorde. Là, là, confie-moi aux entrailles de ta tendresse surabondante. Oui, jette-moi dans les flammes dévorantes de ton vivant amour. Là, là fais-moi passer en toi jusqu’à réduire en cendres mon esprit et mon âme. De grâce, et à l’heure de ma mort, confie-moi à la providence de ta paternelle charité.

Là, là, ô mon doux salut, console-moi par la vue plus douce que le miel de ta présence. Là, repose-moi en me faisant goûter la rédemption par laquelle tu m’as si chèrement acquise. Là, appelle-moi à toi de la vive voix de ta belle dilection. Là, reçois-moi au baiser de ta bonté très indulgente. Là sous le doux souffle de ton Esprit d’où découle toute suavité, attire-moi à toi, attire-moi dedans toi, absorbe-moi dedans toi. Là, dans le baiser de l’union parfaite, plonge-moi dans l’éternelle jouissance de toi, et donne-moi alors de te voir; de te posséder, et de jouir de toi éternellement, parce que c’est toi~ que mon âme désire, ô Jésus, de tous les chers le plus cher. Amen.

 

 


CINQUIÈME EXERCICE

POUR EXCITER LE DIVIN AMOUR

 

Quand tu voudras t’appliquer à aimer, retire ton coeur de toutes les affections déréglées, empêchements et imaginations, choisissant pour cela temps et jour opportun, et emploie à cela au moins trois heures dans la journée, le matin, le midi et le soir, pour suppléer à ce que jamais tu n’as aimé le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force. Et alors de toute l’affection, la dévotion et l’application possible, unis-toi à Dieu dans l’oraison, comme si tu voyais devant toi l’époux lui-même Jésus, lequel assurément est présent dans ton âme.

Le matin, allant pour ainsi dire au-devant de ton Dieu, dis la prière avec les trois versets qui suivent:

 

VERSETS. — « O Dieu, mon Dieu, vers toi je veille dès le matin.

« Mon âme a soif de toi : et ma chair elle-même, combien entièrement elle est à toi.

« Dans une terre déserte et abandonnée et aride, comme. dans le sanctuaire, je parais devant toi, pour voir ta puissance et ta gloire. »

 

 

COLLOQUE.

 

Oui, ô mon Dieu, toi seul tu es et tout et mon vrai amour ; tu es mon très cher salut, toute mon espérance et ma joie, mon bien suprême et excellent. A toi mon Dieu, mon très cher Amour, le matin je me présente et je vois que tu es la douceur même et l’éternelle suavité. Tu es la soif de mon coeur. Tu es toute la richesse de mon esprit. Plus je te goûte, et plus j’ai faim; plus je te bois, et plus j’ai soif.

O amour Dieu, te voir c’est pour moi le jour le plus resplendissant: ce jour unique qui dans les parvis du Seigneur vaut mieux que mille partout ailleurs, est la seule chose après laquelle soupire mon âme que tu as rachetée pour toi. De grâce quand me rassasieras-tu de la douceur de ta face plus douce que le miel? Mon âme soupire, se fond de désir pour l’abondance de ta suavité. J’ai choisi et choisi de préférence, d’être abjecte en la maison de mon Dieu, afin de pouvoir aspirer au rassasiement de ton très doux visage.

Te voir, ô amour, c’est s’en aller à Dieu en esprit, s’attacher à toi, c‘est s’unir à Dieu par l’alliance nuptiale. O très sereine lumière de mon âme, ô matin très resplendissant, de grâce, fais en moi le jour, et éclaire-moi si bien, qu’en ta lumière, je voie la lumière, et que par toi ma nuit se change en jour. O mon très cher matin! tout ce que tu n’es pas, je veux, par l’amour de ton amour, le traiter comme rien, comme un néant. De grâce, visite-moi à ce commencement du jour, et qu’en toi je sois subitement renouvelée.

O amour, qui portes non la lumière, mais Dieu même, viens à moi avec affluence, afin que par toi je sois fondue suavement : annihilée en moi que je m’écoule en toi totalement : afin que désormais je ne puisse plus me retrouver en moi dans le temps, et que je demeure attachée à toi dans l’éternité.

O amour, tu es cette nature unique, cette beauté première, qui dans ce monde ne se peut voir que de dessous les ailes des Séraphins. O quand serai-je rassasiée de cette beauté si grande et si grande? O suprême étoile du matin, brillante de la divine clarté, quand serai-j e éclairée de ta présence?

O splendeur très aimable, quand serai-je rassasiée de toi ? Que je voudrais apercevoir d’ici les rayons délicats de ta beauté, pour ensuite goûter au moins un peu ta douceur, et avoir ainsi un avant-goût bien suave de mon héritage qui est si bon. De grâce, tourne-toi quelque peu, afin qu’en toi, fleur des fleurs, je fixe mon regard.

Tu es le miroir très, brillant de la Trinité, miroir que l’oeil d’un coeur pur voit 1à-haut face à face, et ici-bas seulement en énigme. De grâce, verse sur moi de ta pureté, et je serai pure. Touche de ta blancheur l’intime de mon coeur, et je deviendrai plus blanche que la neige. Je t’en prie, que la grandeur de ta charité ait la victoire, et que l’abondante sainteté de tes mérites m’enveloppe tout entière, de peur que la distance ou je suis de ta beauté ne me sépare de toi.

Jette les yeux sur moi, et vois : et fais-moi te reconnaître et savoir. Tu m’as aimée le premier.

Tu m’as choisie, moi qui ne t’avais pas choisi. Toi spontanément, tu viens au-devant de qui a soif de toi: sur ton front brille l’éclat de l’éternelle lumière.

De grâce, montre-moi ta face, et fais-moi voir ta beauté. Elle est douce et gracieuse, cette face, sur laquelle rayonne la très belle aurore de ta divinité. Sur tes joues je lis, d’un rouge merveilleux, l’Alpha et l’Oméga. En tes yeux brille d’une clarté inextinguible l’immense éternité. Là le salut de Dieu m’éclaire comme une lampe. Là s’unissent admirablement la vérité lumineuse et la charité gracieuse. De toi émane pour moi l’odeur de vie: de ta bouche coulent pour moi le lait et le miel.

Que tu es belle, ô charité qui es Dieu, que tu es agréable, et admirable, et douce à voir, ô ma très chère, en tes délices! Sur le trône divin tu es assise première, comblée .des richesses de la suprême Trinité. Comme fiancée et épouse, tu demeures en la maison du Dieu suprême, unie au Fils de Dieu par une dilection inséparable.

O amour, quand viendra le soir de ma vie, daigne te lever pour moi de grand matin, et quand tu me verras mourir à cet exil, fais-moi puiser en toi la vie éternelle ; et donne-moi de terminer si bien mon pèlerinage que sans empêchement je puisse avec toi entrer aux noces de l’Agneau, et sous ta conduite trouver le vrai époux et ami, et m’unir à lui si tendrement entre tes bras, que jamais à tout jamais je ne puisse être séparée de son embrassement.

O amour, ô Clef de David, ouvre-moi alors le Saint des saints, afin que par toi introduite je voie joyeuse et sans retard le Dieu des Dieux en Sion, Celui dont le visage plus doux que le miel fait maintenant tout le désir, tous les souhaits de mon âme.

 

A midi, va vers ton Époux brûlant pour toi d’amour, afin que ce soleil de justice enflamme ta tiédeur de la ferveur de sa dilection : afin que le charbon de l’amour divin soit ardent à ne pouvoir s’éteindre sur l’autel de ton coeur, et dis cette oraison avec ces versets:

 

« Je t’aimerai, ô Dieu qui est ma force.

« Mon Dieu, mon soutien.

            « Mon protecteur, et la force de mon salut. »

 

 

COLLOQUE

 

Oui, ô amour, fleur première de mon amour tu es mes très chères arrhes de fiancée et ma do d’épouse. Pour toi j’ai méprisé le monde, et j’a regardé comme la boue de mes pieds toutes le joies d’ici-bas, afin de pouvoir aspirer à être ton épouse.

De grâce, admets-moi dans le secret de ta charité. Vois, mon coeur brûle de désir pour le baiser de ton amour. Ouvre-moi la chambre intime de ta belle dilection. Mon âme a soif de l’embrassement de ton union intime.

De grâce, maintenant prépare le festin de ton abondante miséricorde et invite-moi à la table d tes douceurs. Présente-moi le doux mets de ton éternel pardon, lequel seul peut rassurer moi esprit.

J e t’en prie, maintenant faisons fête ensemble ô mon très cher et souverain bien. En toi-même d’une manière incompréhensible, tu abondes e surabondes de tous les biens, et tu te communiques toi-même à ta créature. O merveille!

Nourris-moi abondamment de toi-même. Car comment l’étincelle . vivra-t-elle sinon dans son feu? Où et comment la goutte peut-elle être sinon dans sa source?

Oui, que ton cher embrasement m’enveloppe et me consume tout entière, esprit et âme, comme peut le faire ta toute-puissante libéralité pour un pauvre grain de poussière. O amour, ô très douce chaleur du midi, en ta pleine paix, un saint repos me ravit par-dessus tout. Tes sabbats si désirés sont riches de la présence de Dieu, et pour une épouse regorgent de la grâce de ta face très sereine.

De grâce, ô mon bien-aimé, choisi et préféré par-dessus toute créature, fais-moi voir maintenant en toi, et montre-moi où tu mènes ton troupeau, où tu le fais coucher à midi. Mon esprit est brûlant du désir de la douceur de ton repos.

O amour, ici sous l’ombre douce comme miel de ta charité, ici repose toute mon espérance et ma confiance. Dans le sein de ta paix, Israël habite en sécurité. Mon âme souhaite ardemment avoir part aux fêtes de ce sabbat désiré.

O amour, la jouissance de toi, c’est l’alliance miséricordieuse du Verbe et de l’âme, opérée par la parfaite union de Dieu. User de toi, c’est être engagée en Dieu: jouir de toi, c’est être fait une même chose avec Dieu. Tu es cette paix qui surpasse toute pensée, et là est le chemin qui mène à la chambre nuptiale.

Oh! si moi misérable, j’avais ce bonheur de pauser un seul moment sous le très cher vêtement de ta dilection, afin que mon coeur soit fortifié par une seule parole consolante de ton Verbe vivant, et que mon âme entende de ta bouche cette bonne, cette suave parole : Je suis ton salut! Dès lors la chambre de mon coeur est ouverte pour toi.

Car pourquoi, ô amour triomphant, as-tu aimé une créature si laide, si dégoûtante, si ce n’est pour la faire belle en toi? Ta tendre charité m’attire et m’engage, ô fleur délicate de la Vierge Marie.

Ne me trompe pas d-ans mon attente, mais donne-moi de trouver en toi le repos de mon âme. Je n’ai rien trouvé de plus désirable, rien jugé de plus aimable, rien souhaité de plus cher, que d’être serrée, ô amour, dans tes embrassements, que de me reposer sous les ailes de mon Jésus, et d’habiter dans les tabernacles de la divine charité.

O amour, ô midi splendide, je voudrais mourir mille fois, pour me reposer en toi. Que je souhaiterais, mon très cher, que tu inclines vers moi la face de ta dilection, elle est si belle et si bonne.

Oh! s’il m’était donné de venir à toi, mais si près, que je ne sois pas près de toi, mais dans toi, afin que de toi, Soleil de Justice, en moi cendre et poussière, naissent les fleurs de toutes les vertus, et que mariée à toi, mon Seigneur, mon âme ait une telle fécondité, que surgisse en moi la famille glorieuse de toute perfection; en sorte que retirée de cette vallée de misère, e puisse devant ta face si désirable, à jamais me glorifier de ce que toi, miroir sans tache, tu n’as pas dédaigné de t’unir en vérité à une telle et si grande pécheresse!

Donc, ô amour, qu’à l’heure de ma mort, je sois récréée de tes paroles meilleures que le vin, et consolée de tes lèvres plus douces que le miel, le miel en rayon ; à cette heure, sois toi-même ma voie, de peur que je ne m’égare en des sentiersdétournés, mais aidée par toi, ô amour roi, que j’arrive sans empêchement aux lieux si beaux et fertiles du désert divin, et que là je mérite de jouir heureusement et éternellement de la présence plus douce que le miel de celui qui est Dieu, et Agneau, et mon époux. Que toutes choses disent : Amen.

 

Au soir, tu seras toute fondue et défaillante en l’attente de la jouissance de la vision éternelle de la face plus douce que le miel de Dieu et de l’Agneau, et tu te jetteras dans les embrassements de ton bien-aimé Jésus, comme une abeille diligente, t’attachant tout entière par le baiser à son Coeur plein d’amour; tu lui demanderas un baiser si efficace, que tu en meures à toi-même sur-le-champ, et que morte ainsi tu t’écoules en Dieu et devienne un même esprit avec lui: dans ta soif tu crieras :

 

« Comme le cerf soupire après les sources d’eaux, ainsi mon âme soupire vers toi mon Dieu.

« Mon âme a soif du Dieu fort, du Dieu vivant; quand irai-je paraître devant la face de Dieu?

« Jour et nuit, je n’ai d’autre pain que mes larmes, car tous les jours on me dit : Où est ton Dieu?»

 

COLLOQUE

 

Oui, ô amour, doux à baiser, tu es cette fontaine dont je suis altérée. Pour toi, mon coeur est tout brûlant: ô mer immense, plaise, plaise à Dieu que tu m’absorbes en toi, moi pauvre petite goutte. Tu es pour mon âme une vivante et très douce porte d’entrée, pour m’en aller de moi en toi.

Oui, ouvre-moi de ton très cher coeur l’entrée salutaire. Vois, mon coeur n’est plus avec moi, je ne l’ai plus; mais toi, mon très cher Trésor, tu le gardes avec toi en ta chambre secrète. Tu es l’unique bien, tout le bien, le très cher bien de mon coeur. A toi seule ma petite âme est attachée, mais d’une attache brûlante.

Oh! quelle société que la tienne. De vrai, de vrai, ta familiarité vaut mieux que mille vies. Ton odeur, c’est comme les baumes pénétrants de la paix et de la miséricorde de Dieu. Tu es le réservoir surabondant et infiniment riche de la divine consolation. O charité qui es reine, plaise à Dieu que tu m’introduises en tes celliers, afin que je déguste suavement les meilleurs des vins que tu as là cachés! Là sont tous tes vases tout pleins de Dieu, et tout regorgeants du Saint-Esprit.

Oh! si j’avais le bien que je souhaite, si j’avais le bonheur que je désire, si en vérité tu te tournais vers moi, et me confortais du baiser si doux de ta miséricorde. Plaise à Dieu, ô mon bien cher très cher, que dans le plus intime de moi-même je t’embrasse et te baise, afin qu’unie à toi dans la vérité, je m’attache à toi inséparablement.

O amour, tu es en la Sainte-Trinité, le très doux baiser qui unit si puissamment le Père et le Fils. Tu es encore ce baiser de salut, que la suprême divinité a par le Fils imprimé à notre humanité.

O très doux baiser, que je ne sois pas à l’abri de tes chaînes, moi faible poussière: que je ne sois pas exempte de ton contact et de tes étreintes, jusqu’à ce que je devienne un même esprit avec Dieu. Fais-moi éprouver en vérité combien grandes sont les délices de t’embrasser en toi-même, et de t’être unie, à toi, ô Dieu vivant, mon très doux amour.

O amour Dieu, tu es mon très cher bien, en dehors duquel, au ciel et en la terre, je n’espère ni ne veux, ni ne désire rien. Tu es mon vrai héritage et mon attente, c’est vers toi que tendent et mon but et mon intention.

De grâce, ô amour, que ta parfaite dilection envers moi, soit ma fin et ma perfection. Maintenant que le soir arrive, montre-moi le pacte de l’alliance nuptiale maintenant contractée entre toi et mon coeur. En la face de mon Dieu très aimé, tu es la lumière de l’astre du soir. Au temps de ma mort, daigne m’apparaître en ta miséricorde, ô mon cher et resplendissant soir, afin qu’en toi je trouve le soir désiré de mon pèlerinage ici-bas, m’endormant et me reposant suavement sur ta poitrine pleine de toute douceur.

O amour Dieu, ma délivrance, fais-moi ce bien que mon âme en toi s’écoule, afin qu’enveloppée de toi, dans ta royale beauté, je sois digne de paraître devant l’immortel Époux, avec l’habit de noces, et la dot d’une fiancée.

De grâce, ô amour, que ma dernière heure soit marquée du sceau de ta chère dilection, qu’elle ait la marque de ta propitiation, afin que l’abondance de ta bénédiction se répande sur moi et me conduise sans obstacle à la porte de mon éternelle réception en toi, à la porte de l’éternelle jouissance, et de la possession sans fin.

O amour, ô mon très cher soir, à l’heure de ma mort que je te voie, et heureusement et joyeusement. Que cette flamme sainte, qui par la force embrasée de la divinité brûle en toi sans relâche, purifie en vérité mon âme de toute tache.

O mon très doux soir, quand pour moi viendra le soir de cette vie, fais-moi doucement m’endormir en toi, et goûter ce repos tout bienheureux, en toi préparé à ceux qui te sont chers. Que le regard si paisible et si doux de ta belle dilection daigne ordonner et disposer les préparatifs de mes noces. Par les richesses de ta bonté, couvre et cache l’indigence et la misère de ma vie défectueuse. Que dans les délices de ta charité, mon âme habite en toute sécurité.

O amour, sois pour moi à cette heure un tel soir, que par toi mon âme avec joie et allégresse dise à mon corps un doux au-revoir, et que mon esprit revenant à Dieu qui l’a donné, sous ton ombre, suavement repose en paix. Alors tu me diras clairement, de la voix qui t’est propre, chantant très doucement : Voici l’Epoux qui vient! sors maintenant, et unis-toi à lui de plus près, afin qu’il te réjouisse par la gloire de son visage.

Oh! combien heureux et bienheureux est celui dont le pélerinage en toi trouve sa fin. Hélas sur moi! Hélas sur moi ! jusqu’à quand le mien durera-t-il? Oh! quel sera cet Alors ? Quand m’arrivera cet agréable et très doux Maintent , où me sera révélée et où m’apparaîtra la gloire de mon Dieu, de mon Roi, de mon Époux, avec une jouissance éternelle et une joie sans fin, où je contemplerai dans la vérité, où je verrai cette désirable, cette souhaitable, cette aimable face de mon Jésus, dont mon âme a si longtemps désiré, souhaité la vue. Oui, alors je serai rassasiée, je serai comblée du torrent de ces délices, qui maintenant restent pour moi si longtemps cachées dans les trésors de la divinité. Alors je verrai, je contemplerai Dieu mon très cher amour, pour lequel aujourd’hui se meurent de désir mon esprit et mon coeur.

Oh! quand, quand te montreras-tu toi-même à moi, afin que je te voie et que je te boive avec délices, toi fontaine de vie, mon Dieu? Alors je serai désaltérée et enivrée de l’abondance de la douceur de la fontaine de vie, qui coule des délices de la face, plus douce que le miel, de celui que mon âme désire.

O douce face, quand donc feras-tu de toi mon rassasiement? Alors j’entrerai au lieu du tabernacle admirable, j’entrerai à la vue de Dieu; je suis à la porte, et mon coeur gémit sur la durée de mon attente. Oh ! quand me combleras-tu, de joie par la vue de ta face d’où coule le miel? Alors je verrai et je baiserai le vrai Époux de mon âme Jésus, auquel dans sa soif mon coeur s’est attaché, et à la suite duquel il s’en va tout entier.

Oh! qui me délivrera de l’exil de ce pèlerinage? Qui me retirera des pièges de ce monde? Oh ! quand laisserai-je là ce corps misérable, pour te voir sans milieu, ô amour Dieu, astre des astres? Par toi, ô cher amour, je serai délivrée des tentations de cette vie mortelle; par toi, ô Dieu mon amant, je passerai au delà du mur de ce corps et j’irai avec allégresse et sécurité, 1à où en vérité, sans énigme et face à face, je te verrai.

De grâce, ô source des lumières éternelles, fais-moi rentrer dans le lit de ce fleuve immense, qui est tien, et d’où je suis sortie : là où je connaîtrai comme je suis connue, là ou j’aimerai comme je suis aimée; afin que je te voie comme tu es, ô mon Dieu, de cette vision, de cette jouissance, de cette possession qui fait ta béatitude, éternellement. Amen.

 

En ce même jour d’amour, sept fois tu offriras ton âme au Seigneur pour rafraîchir en toi l’amour de son divin coeur.

 

Et d’abord à Matines, prie le Seigneur, comme le maître souverain, de t’enseigner par l’onction de son Esprit l’art d’aimer, te prenant pour son écolière, afin que sous un tel docteur tu t’exerces sans relâche à pratiquer la charité. Et dis:

 

VERSET. — Seigneur Jésus-Christ, vers toi je me réfugie : enseigne-moi à faire ta volonté, parce que tu es mon Dieu.

 

 

ORAISON

 

O amour, maître, mon Seigneur, plus élevé que les cieux, et plus profond que les abîmes, dont la sagesse admirable de sa vue seule béatifie toutes choses; toi qui, de par-dessus les Chérubins tout plein de charité, regarde ce qu’il y a de plus humble en cette vallée de larmes, et recueille les petits enfants pour leur enseigner tes dogmes salutaires; de grâce que je ne sois point oubliée de ton enseignement, moi pauvre balayure, mais que ta doctrine vivifiante me fortifie, je t’en prie. Plaise à Dieu, et mille fois plaise à Dieu que tu m’adoptes pour ta fille, et que tu me tiennes et me possèdes comme tienne et bien à toi. De grâce, ô amour, commence dès maintenant à exercer sur moi ton magistère, sépare-moi de moi-même pour servir à ta vivante charité et dilection, possédant, ô amour, et sanctifiant et remplissant tout mon esprit. Amen.

 

A Prime, prie le Seigneur de t’introduire à l’école d’amour, où tu apprendras à connaître et à aimer Jésus. Et cela avec ce verset et cette oraison.

 

VERSET. — O Jésus très aimant, je suis ta servante, donne-moi l’intelligence pour apprendre tes commandements.

 

 

ORAISON

 

O amour Dieu, comme tu réchauffes bien tes enfants dans le sein de ta charité, comme tu les nourris avec soin ! Plaise à Dieu, et mille fois plaise à Dieu, que tu m’ouvres dès maintenant l’école d’amour, afin que là je reçoive ton très cher enseignement, et que par toi j’aie une âme non seulement bonne, mais en vérité sainte et parfaite.

De grâce, ô amour, plonge mon esprit dans la moelle de ta charité, afin que je devienne par toi une enfant intelligente, que tu sois en vérité mon père, mon docteur et mon maître, que sous ta paternelle bénédiction, mon esprit soit entièrement épuré et purifié au feu, de toute scorie de péché, que pour comprendre tes paroles enflammées, il soit tout entier rendu apte et bien disposé, et que ton Saint-Esprit, ô amour, esprit droit et souverain, habite en tout mon être. Amen.

A Tierce, prie le Seigneur d’écrire en ton coeur, avec les lettres vivantes de son Esprit, la loi brûlante de son divin amour, afin que tu lui sois inséparablement attachée-à toutes les heures. Et cela avec ce verset et cette oraison:

 

VERSET. — Plaise à Dieu, ô Jésus très aimant, que toutes mes pensées, paroles et actions, soient tournées vers la garde de tes commandements en tout temps.

 

ORAISON

 

O amour Dieu, combien tu es secourable à ceux qui te cherchent ! Que tu es doux et aimable à ceux qui te trouvent! Oh! si maintenant tu me développais ton admirable Alphabet, afin que mon coeur entre en commune étude avec toi. Dis-moi donc par une vivante expérience, tout ce qu’est le glorieux et magistral Alpha de ta belle dilection: ne me cache pas ce Bétha riche de fruits, des fruits abondants que produit ta sagesse suprême. Montre-moi soigneusement et en particulier par le doigt de ton Esprit toutes et chacune des lettres de ta charité, afin que je les scrute, les parcoure, les apprenne, les sache et les reconnaisse complètement, autant qu’il est possible en cette vie, et en vérité, et avec les yeux purs du coeur et jusqu’à goûter la moelle de toutes tes douceurs.

Par la coopération de ton Esprit enseigne-moi le Thau de la  suprême perfection, et conduis-moi jusqu’à l’Oméga de la dernière consommation. Fais-moi si parfaitement apprendre en cette vie ton écriture pleine de charité et de dilection, que dans la perfection de ta charité, il ne manque pas même un Iota, qui puisse me retarder, alors que, ô amour Dieu, mon doux amour, tu m’appelleras à toi pour te voir à tout jamais, toi-même en toi-même. Amen.

 

A Sexte, prie le Seigneur, que tu profites si bien en l’art de son amour, que son amour te prenne comme son propre instrument pour l’accomplissement de toute sa volonté, et que tout entière tu sois faite selon le coeur de Dieu. Tu diras donc ce verset et cette oraison

 

VERSET. — Mon cher Jésus, vrai législateur, donne-moi ta très douce bénédiction, afin que j’aille de vertu en vertu, et que je te voie, toi Dieu des Dieux en Sion.

 

ORAISON

 

O amour Dieu, qui ne t’aime pas est un enfant, un muet : celui-là seul grandit, qui tout entier s’attache à toi, et t’aime toi seul inséparablement. De grâce, que dans ton école de charité je ne sois pas laissée seule, comme un petit poussin encore dans sa coque, que tu ferais grandir : mais en toi et par toi, je dis mieux avec toi, que j’aille et que j’avance de jour en jour, de vertu en vertu, chaque jour, te rapportant, ô mon bien-aimé, des fruits nouveaux sur le terrain nouveau de ta dilection, Car il ne me suffit pas de te connaître par les syllabes de ton nom : je désire, je souhaite et mille fois j’ambitionne de te connaître en esprit, de t’aimer fortement, de te chérir non seulement en te goûtant mais en te savourant, et de m’attacher à toi inséparablement, afin que je commence à vivre, non plus en moi, mais en toi, et pour toi seul. Donc, ô amour, fais-moi te reconnaître en vérité, et dresse-toi dans mon âme une demeure qui soit de toute sainteté. Amen.

            A None, prie le Seigneur, que lui-même le Roi des rois te fasse entrer dans la milice d’amour, et qu’il te fasse prendre sur toi son joug qui est doux et son fardeau qui est léger, afin que tu suives ton Seigneur avec ta croix, t’attachant à ton Dieu par un amour indivisible. Pour cela, dis ce verset et cette oraison

 

VERSET. — Seigneur, tu es mon espérance, et mon appui, et mon refuge : tu es avec moi en toutes mes tribulations.

 

ORAISON

 

O amour Dieu, quiconque est courageux et alerte en l’oeuvre de ta dilection, de vrai se tiendra en tout temps devant ta face royale. De grâce, ô charité, la reine des reines, fais-moi pour ta gloire m’allier avec toi en la milice nouvelle de ta dilection. Enseigne-moi à mettre là main à de grandes choses, et en toi et par toi, à entreprendre et accomplir promptement et infatigablement les très fidèles affaires de ta dilection. Ceins-moi très puissamment du glaive de ton Esprit, fais qu’en esprit je sois un homme, afin qu’en toute vertu j’agisse bravement et habilement, et qu’étant bien affermie en toi, avec toi je persévère inséparablement d’un esprit invincible.

Que toutes mes forces deviennent tellement appropriées à ta charité, mes pensées, tellement établies et affermies en toi, que dans mon sexe fragile, avec une force de caractère et un esprit viril, j’arrive à ce degré d’amour qui mène au lit nuptial de la chambre secrète de ta parfaite union. Donc, ô amour, prends-moi et retiens-moi comme tienne en toute propriété, car désormais je n’ai plus ni souffle, ni âme, si ce n’est en toi. Amen.

 

A Vêpres, avec Jésus ton amant, marche en assurance au-devant de toute tentation avec l’armure de l’amant, afin que par lui; dont la miséricorde t’aide toujours et te console, tu puisses vaincre la chair, le monde et le diable, et triompher glorieusement de toute tentation. Demande cela par le verset et l’oraison qui suivent

 

VERSET. — Mon très doux Jésus, ne permets pas que mon pied glisse, car tu ne dors ni ne sommeilles, toi qui gardes mon âme.

 

ORAISON

 

O amour Dieu, tu es, toi, mon mur de défense et mon rempart. Ceux qui dans le monde ont à souffrir, savent quelle tente leur est dans ta paix préparée pour les protéger contre la chaleur et la pluie. De grâce, maintenant regarde et vois le combat que je soutiens, et toi-même instruis mes doigts à la guerre. Quand une armée serait campée contre moi, mon coeur ne craindra pas, car tu es avec moi, au dedans et au dehors, toi ma tour très solide et mon fidèle rempart.

Où est mon ennemi, si tu, es mon secours? Si tu tiens pour moi, qu’il ose donc approcher ! D’un seul regard tu me découvres et mets à nu les pensées de Satan, et d’un mot, d’un souffle, tu les éloignes de moi. Quand mon ennemi me renverserait mille fois, tombant sur ta très chère main, je l’embrasserai, je la baiserai de toutes mes affections, et par ton secours, sous ta défense, à l’abri de tout péril, je demeurerai ferme;

Toi, en moi, foule aux pieds Satan, et mets à mort, mets en fuite mes défauts de toute sorte.

Qu’en ta présence mille tombent à mon côté, et des milliers de milliers à ma droite. Mais que le mal n’approche pas de moi, puisque tu es avec moi, ô mon vrai,, mon souverain, mon très cher bien. Plaise à Dieu, et mille fois plaise à Dieu que tes flèches bien aiguisées se tournent enfin vers moi, et que blessée par la lance de ta dilection, j’habite en toute confiance, ô charité, en toi, au milieu de toi. Donc, ô amour, qu’ici je tombe sous tes coups, et que jamais je ne m’échappe de tes mains. Amen.

 

A Complies, souhaite t’enivrer avec le bien-aimé du vin de l’amour, t’endormir au monde en l’union de Dieu, mourir à toi-même, expirer en Dieu dans l’embrassement du bien-aimé, et presque entièrement dépouillée de ce qui est de l’homme, t’endormir suavement sur le coeur de Jésus; afin qu’en son amour mourant à toi chaque jour et vivant à lui seul, à l’heure du trépas tu ailles avec confiance au-devant de la mort, la considérant comme la fin de ton exil, l’entrée du royaume et la porte du ciel. A cette fin, dis ce verset et cette oraison:

 

 

VERSET. — Très aimant Jésus, cache-moi dans le secret de ta face, contre tous ceux qui me dressent des embûches; et que mon âme ne soit pas confondue, quand elle parlera à ses ennemis à ton tribunal: mais remplis la de joie par la vue de ta face d’où coule le miel.

 

ORAISON

 

O amour Dieu, tu es de tout bien la perfection et la fin : tu chéris jusqu’au bout ce que tu as choisi : et tout ce qui vient en tes mains, loin de le rejeter, tu le gardes pour toi avec le plus grand soin. De grâce, approprie-moi tout entière à toi, moi et la fin de ma perfection, par un droit de perpétuelle possession. Désormais ne me ménage plus, mais blesse mon coeur jusqu’à la moelle de l’esprit, afin de ne pas laisser en moi la plus faible étincelle de vie. Mieux que cela, emporte avec toi toute ma vie, réservant mon âme en toi pour toi.

Qui me donnera, ô charité, d’être consommée en toi, et par la mort que tu m’auras donnée d’être retirée de la prison du corps, et délivrée de ce séjour à l’étranger? Que c’est bon, ô amour, de te voir, de t’avoir, et de te posséder éternellement.

Au jour de ma mort, assiste-moi du regard de ta grande consolation, et alors bénis-moi en la belle aurore de ta manifeste contemplation. Maintenant, ô amour, je t’abandonne ici et te recommande ma vie et mon âme : laisse-moi désormais, laisse-moi en paix, en toi, me reposer et m’endormir. Amen.

 

Dans le courant de ce jour, où tu vaqueras à l’amour, afin que tes sens soient embrasés du vrai Soleil qui est Dieu, et que ta flamme ne s’éteigne pas, mais que tu ailles toujours croissant en amour, tu rumineras assidûment un de ces versets

 

VERSETS

 

Bienheureux les yeux qui te voient, ô amour Dieu! Oh ! quand donc arriverai-je là où tu es, ô Dieu vraie lumière, Dieu et agneau? Je sais qu’enfin je te verrai de mes yeux, ô Jésus, Dieu mon Sauveur !

 Bienheureuses les oreilles qui t’entendent, ô amour Dieu, Verbe de vie! Oh! quand donc serai-je consolée de ta parole pleine d’une suavité plus douce que le miel, et par elle appelée vers toi? De grâce, que je n’aie point à craindre la sentence formidable, mais que j’entende bientôt ta voix m’appelant à la gloire. Amen.

Bienheureux l’odorat qui te respire, ô amour Dieu, très doux arôme de vie! Oh! quand donc soufflera pour moi la suave odeur de ta divinité d’où coule le miel? De grâce, que bientôt j’arrive aux pâturages riches et délicieux de ta’ vision éternelle. Amen.

Bienheureuse la bouche qui goûte, ô amour Dieu, tes consolantes paroles plus douces que ,le miel, que le miel en rayon! Oh ! quand mon âme sera-t-elle donc nourrie, rassasiée dé ta divinité, et enivrée de l’abondance de tes délices? De grâce, mon Seigneur, qu’ici-bas je goûte combien tu es doux, afin que là dans l’éternité, j’aie le bonheur de jouir de toi, ô Dieu de ma vie. Amen.

Bienheureuse l’âme qui dans un embrassement d’amour s’est inséparablement attachée à toi, et bienheureux le coeur qui sent le baiser de ton coeur, ô amour Dieu, contractant avec toi une alliance d’indissoluble amitié. Oh! quand donc serai-je serrée dans tes bras, ô Dieu de mon coeur, et quand donc te verrai-je sans milieu? De grâce que bientôt, bientôt retirée de cet exil, je voie dans la jubilation ta face d’où coule le miel. Amen.

Enfin pour t’affermir dans l’amour, remets-toi et abandonne-toi tout entière en la puissance de l’amour, t’attachant tout entière à Dieu ton amant, afin qu’il t’ait à lui comme un instrument disposé pour les délices de son divin Coeur, et qu’il garde toi en lui, et lui en toi, le tout pour lui, jusqu’en la vie éternelle ; à cette fin dis cette prière

 

 

ORAISON

 

Je te tiens par l’amour, ô très aimant Jésus, et je ne te quitterai pas, car ta bénédiction ne me suffit pas; il faut que je te tienne, toi, et que je t’aie pour ma part excellente, toute mon espérance et mon unique attente. O amour, vie qui donne la vie, donne-moi la vie dans le. Verbe vivant de Dieu, qui est toi-même: par toi réparant en moi, tout ce qu’en l’amour de’ Dieu j’ai dissipé et perdu.

O amour Dieu, qui m’as créé, en ton amour crée-moi de nouveau. O amour qui m’as racheté, rachète en moi et supplée pour toi, toutes mes négligences en l’amour. O amour Dieu, qui m’as acquis pour toi dans le sang de ton Christ, sanctifie-moi dans ta vérité. O amour Dieu, qui m’as adoptée pour ta fille, nourris-moi, nourris-moi selon ton coeur. O amour qui m’as choisie pour toi et non pour un autre, fais-moi tout entière m’attacher à toi. O amour Dieu, qui m’as aimée d’un amour gratuit, donne-moi de t’aimer de tout mon coeur, de toute mon âme, de toute ma force.

O amour Dieu, très tout-puissant, confirme-moi dans ton amour. O amour - souverainement sage, donne-moi de t’aimer sagement. O amour très doux, donne-moi de te goûter suavement. O amour très cher, donne-moi de vivre pour toi seul. O amour très fidèle, en toutes mes tribulations, sois mon aide et ma consolation. O amour très familier, opère en moi toutes mes oeuvres. O amour très victorieux, donne-moi de persévérer en toi jusqu’à la fin.

 O amour très cordialement cher, qui ne m’as jamais délaissée, je te recommande mon âme. A l’heure de ma mort reçois-moi près de toi, de ta bouche appelle-moi à toi, disant : « Aujourd’hui tu seras avec moi : sors de l’exil et viens au solennel Demain de l’inflétrissable éternité : là, tu me trouveras, moi Jésus, le vrai Aujourd’hui de la divine clarté, moi qui suis le commencement et la fin de toute créature. Tu n’auras plus de Demain dans cette Immutabilité, mais en moi le vrai Aujourd’hui, tu auras un éternel Aujourd’hui, afin que comme je suis vivant, tu vives aussi en moi Jésus, ton Dieu, ton amant, heureuse et très heureuse à tout jamais. » Que toutes les puissances, que tous les sens, que tous les mouvements de mon corps et de mon âme, disent : Amen !

 

 


SIXIÈME EXERCICE

EXERCICE DE LOUANGE ET ACTION DE GRACES

 

De temps en temps, choisis un jour, dans lequel tu puisses sans empêchement t’appliquer- à la louange de Dieu, en compensation de toute la louange et action de grâces que tu as négligé de rendre à Dieu, tous les jours de ta vie, pour tous ses bienfaits. Ce sera donc un jour de louange et d’action de grâces, un jour de jubilé, tu y feras mémoire de cette louange magnifique, qui te fera jubiler au Seigneur dans l’éternité, quand tu seras rassasiée de la présence du Seigneur, et que ton âme sera remplie de sa gloire. A cette fin tu trouveras ici quelques dévots soupirs d’une âme qui cherche à voir la face de Dieu.

 

Et tout d’abord, en esprit d’humilité, viens en la présence de ton Dieu, afin qu’il te montre la grâce de son visage, et dis :

 

COLLOQUE

 

Je parlerai à mon Seigneur, encore que je ne sois que cendre et poussière. O mon Dieu, sublime et- très haut, tu abaisses tes regards sur tout ce qui est humble ici-bas; mon âme et mon esprit se perdent à la vue de tes infinis bienfaits. Ouvre-moi le trésor de ton coeur très aimant, où se trouvent réunis tous mes désirs. Découvre-moi la grâce de ton visage plus doux que le miel, afin que je répande mon âme en ta présence. Ouvre-moi en toi la source très douce de ta miséricorde, qui me donnera la paix, afin de réjouir mon âme, et de délier ma langue pour ta louange.

De grâce, ô amour, entre pour moi en la présence du grand Dieu, et là fais retentir le cri d,e mon désir, car j’ai une telle soif de Dieu que toute ma force en est desséchée. De grâce, tire et élève mon esprit en haut vers toi, car mon coeur et ma chair défaillent déjà de désir du salut de Dieu. De grâce, présente-moi au Roi mon Seigneur, car mon âme est fondue d’amour dans l’attente de mon Epoux. O amour, vite, vite, accomplis mon désir; si tu tardes, je défaille, je meurs d’amour.

 

Ici commence à louer Dieu.

 

Élève-toi, mon âme, élève-toi : secoue la poussière, lève-toi et entre en la présence du Seigneur ton Dieu, afin que tu lui confesses toutes les miséricordes et toutes les tendresses dont il a usé envers toi. Et que dirai-je au Seigneur, et comment pourrais-je lui répondre seulement un pour mille? O amour, je souffre violence : toi, réponds pour moi : car je ne sais que dire au Dieu de ma vie. Je suis muette en l’admiration de la gloire de son visage : je n’ai plus 1ii pensée ni parole, car à la splendeur de sa, majesté mon coeur n’en peut plus, la force me manque. O amour, toi en Jésus mon Dieu, le Verbe de vie, toi réponds pour moi, et émeus pour moi ce  Coeur déifié, en qui toute ta puissance reluit d’un si brillant éclat.

O mon amour, je reprends des forces, et par toi je dis au Dieu de mon salut: « Tu es le soutien de mon âme : tu es la vie de mon esprit, tu es le Dieu de mon coeur. » O amour, saisis dans tes bras très doucement cette lyre merveilleuse du gosier de mon époux Jésus, afin que lui, le Dieu de ma vie, se chante à lui-même pour moi le premier mot de louange, et que dans la délectation de sa louange il englobe et mon âme et ma vie. De grâce, ô amour, ce que tu fais, fais-le vite. Car je ne puis plus porter la vaillante blessure dont tu m’as percée.

 

Excite maintenant ton âme à te délecter en Dieu:

 

O mon âme, lève les yeux maintenant, regarde et vois la puissance de ton Roi, la grâce de ton Dieu, la charité de ce Sauveur, qui est tien, et dont tu t’es approchée. Sois attentive, goûte et vois, combien doux, combien gracieux est ton Epoux, celui que tu as préféré à des milliers d’autres. Vois quelle et combien grande est la gloire pour laquelle tu as méprisé le monde. Vois quel bien est celui que tu espères. Vois quelle est la patrie pour laquelle tu as soupiré. Vois quelle est la couronne pour laquelle tu as travaillé. Vois qui, et quel et combien grand est ton Dieu, que tu as aimé, que tu as adoré, que tu as toujours désiré.

 

O Dieu de ma vie, je ne sais comment je pourrai te louer dignement : je ne sais non plus ce que je pourrai te rendre, ô mon bien-aimé, pour tous les biens dont tu m’as comblé. Alors, mon cher Jésus, je t’offre en holocauste de louange, toi en moi, et moi en toi: je n’ai rien de plus; ce que je suis, ce qu’est ma vie en toi, je te le donne tout entier.

Tu es ma vie, tu es mon bien, tu es ma gloire. Tu es cette miséricorde éclatante qui resplendit dans mon âme. A toi la suprême louange et action de grâces. Oh ! quand donc sur ton autel brûlerai-je toute la moelle de mon âme? Quand donc, en ce feu s,acré, qui brûle là toujours, embraserai-je mon coeur, et m’immolerai-je tout entière à toi comme une victime de louange?

De grâce, ô Dieu, dilate en toi mon coeur, et agrandis mon âme, afin que tout mon intérieur soit rempli de ta gloire. Oh ! quand mon âme entendra-t-elle cette parole : Entre en ton repos, parce que le Seigneur t’en fait la grâce?Oh ! quand entendrai-je la voix très agréable qui me dira: viens, entre en la chambre de ton Époux? Oh! quand donc, ô Jésus ma très douce paix, en toi me reposerai-je et m’endormirai-je pour voir ta gloire?

Mais toi, ô la vie de mon esprit, tu peux bien me garder mon dépôt, et ramener à toi mon âme que tu as créée. O amour, ô amour, quand tireras-tu mon âme de sa prison? Quand délieras-tu mon unique des entraves du corps? Quand m’introduiras-tu en la chambre de mon Epoux, afin que je lui sois unie dans une jouissance sans fin? De grâce, ô amour, prépare vite mes noces, car je voudrais mourir mille fois, pour goûter de telles délices, et pourtant non dans mon intérêt, mais pour ton bon plaisir.

 

Ensuite, comme défaillante en l’admiration de la gloire de ton Dieu, tiens-toi devant sa face que les Anges souhaitent de regarder, et de coeur comme de bouche, dis le premier des Psaumes Benedic.

 

PSAUME

 

O mon âme, bénis le Seigneur; et que toutes les choses qui sont au dedans de moi bénissent son saint nom.

O mon âme, bénis le Seigneur, et ne veuille pas oublier tous ses bienfaits.

C’est lui qui pardonne à toutes tes iniquités qui guérit toutes tes infirmités.

Qui rachète ta vie de la mort, qui te couronne de miséricorde et de tendresse.

Qui comble de bien ton désir; comme celle de l’aigle, se renouvellera ta jeunesse.

Le Seigneur fait miséricorde, il rend justice à tous ceux qui souffrent injure. .

Il a fait connaître sa voie à Moïse, aux fils d’Israël ses volontés.

Le Seigneur est tendre et miséricordieux, patient et grandement miséricordieux.

Il ne se mettra pas en colère pour toujours, et il ne menacera pas éternellement.

Il ne nous a pas traités selon nos péchés; et il ne nous a pas rendu selon nos iniquités.

Car selon la hauteur du ciel au-dessus de la terre, il a fortifié sa miséricorde sur ceux qui le craignent.

Autant l’Orient est distant de l’Occident, autant il a éloigné de nous nos iniquités.

Comme un père a pitié de ses enfants, le Seigneur a eu pitié de ceux qui le craignent; car lui connaît de quoi nous sommes faits.

Il s’est ressouvenu que nous sommes poussière; les jours de l’homme sont comme l’herbe, comme une fleur des champs, ainsi fleurira-t-il.

Car un souffle passera sur lui, et il ne subsistera plus; et il ne connaîtra plus désormais la place où il était.

Mais la miséricorde du Seigneur demeure depuis l’éternité jusqu’en l’éternité sur ceux qui le craignent.

Et sa justice s’étend aux enfants des enfants, pour ceux qui gardent son alliance,

Et qui se souviennent de ses commandements, pour les accomplir.

Le Seigneur dans le ciel a affermi son trône et sa royauté dominera sur toutes choses.

Bénissez le Seigneur, vous tous ses anges; vous puissants en force, qui accomplissez sa parole, aussitôt que vous entendez sa voix qui commande.

Bénissez le Seigneur, vous toutes ses armées; vous ses ministres, qui faites sa volonté.

Bénissez le Seigneur, vous tous ses ouvrages, en tout lieu de sa domination : ô mon âme, bénis le Seigneur.

Et salue la face glorieuse de ton Dieu en ces termes :

 

Tu es béni, mon Seigneur, au firmament du ciel. Que toute la moelle, toute la vertu de mon esprit te bénisse. Que toute la substance de mon âme et de mon corps te bénisse. Que tout ce qui est en moi te glorifie. Que tous mes désirs soient pour toi une jubilation, parce que seul tu mérites louange et gloire dans les siècles. Mon coeur, ma force m’ont quittée, la moelle de mon esprit s’en est allée après toi, mon Dieu, mon amant, qui m’as créée pour toi; et mon âme que tu as rachetée, gémissant sur la durée de mon exil, te suit en l’esprit jusque dans le sanctuaire, où toi-même, mon Roi et mon Dieu, tu demeures avec ma nature et ma chair.

O combien sont heureux ceux qui habitent dans ta maison! Qu’ils sont bienheureux ceux qui demeurent devant ta face d’où coule le miel. Oui, oui, pour ta gloire infinie, ils te loueront éternellement. Oh! quand donc, quand donc mon âme entrera-t-elle en ce lieu de ton tabernacle admirable, afin que ma bouche te loue avec tous ces bienheureux, proclamant à jamais, et avec un vrai bonheur devant ta face d’où coule le miel, ce chant du Paradis : Sanctus, Sanctus, Sanctus!

O que tu es glorieux, mon Dieu, que tu es digne d’amour et de ‘louange, là, sur le trône saint de ta divinité Que ta lumière est délectable pour nos yeux! Quel bonheur c’est de- voir le vrai soleil ! Comme elle est belle et agréable, et gracieuse ta louange, là où sont devant toi des milliers de milliers d’anges. Mon coeur s’élance de moi jusqu’en toi; ià, ô Dieu vivant, il est dans l’allégresse et mon âme avec lui. Oh! quelle et combien grande est ta gloire, ô mon Dieu, ma douceur sainte, devant le trône saint de ta royauté, là où te louent tous les anges et les saints.

Mon âme languit, elle se meurt d’ennui de la vie présente, de tout coeur je souhaite en être détachée et être avec toi; afin que moi aussi, la balayure de toutes tes créatures, je puisse, parmi ces troupes bienheureuses qui jubilent ta louange au plus haut des cieux, t’offrir des holocaustes agréables de jubilation. Là, sur l’autel d’or de ton divin Coeur, je te brûlerai le très cher encens de mon esprit et de mon âme, avec la graisse de la très suave onction de ta grande et infinie douceur, tous biens par lesquels, toi mon Seigneur et mon Père, tu m’as consolée dans toutes mes tribulations et mes angoisses.

 

Ici, éclate en actions de louange :

 

O Dieu de ma vie, que toutes tes oeuvres si merveilleuses, que tous les dons que tu m’as départis avec tant de libéralité, te bénissent, te glorifient, te magnifient. Que tes miséricordes si grandes, que tes tendresses infinies, te bénissent, ô Dieu de mon coeur, ainsi que tous les bienfaits dont tu as comblé mon âme. Que tout ce qui est en moi, que toute ma substance et toute ma force te bénissent, parce que tu es le Dieu de mon salut, et le’ soutien de mon âme.

 

Ici, jubile au Seigneur devant le trône de Dieu et de l’Agneau, pour tous ses bienfaits

 

Que les voeux et les désirs de mon coeur jubilent à toi, et que les dons de tes grâces si

variées te chantent gloire. Que les soupirs et les gémissements de cet exil malheureux jubilent à toi, et te bénissent, ô mon Dieu, mon attente, ma patience et mon espoir si différé. Que l’espérance et la confiance que j’ai en toi, jubilent à toi, de ce qu’enfin, ô Dieu vie toute bienheureuse, de la poussière du tombeau tu me ramèneras à toi.

Que le sceau de la foi par lequel tu m’as marquée pour être à toi, jubile à toi, de ce que je crois, ô mon cher rédempteur, qu’enfin dans ma chair je te verrai. Que le désir que j’ai pour toi, que la soif que j’endure pour toi, jubile à toi,- de ce qu’après cette vie, ô mon Dieu, ma vraie patrie, j’irai enfin à toi. Que le divin amour, qui prévient mon amour, et m’oblige à t’aimer sans fin, jubile à toi par-dessus toutes choses, de ce que toi, ô mon Dieu, mon doux amour, tu es seul Dieu béni dans tous les siècles.

 

Ici tu adoreras devant la face du Seigneur ton Dieu, priant dévotement de coeur et de bouche, afin que Jésus supplée à ce que tu ne peux louer assez.

 

O Jésus très aimant, quand donc entrerai-je en ta -maison avec des holocaustes, pour t’y offrir une hostie avec des chants, et te rendre mes voeux, ces voeux que mes lèvres ont prononcés dans ma tribulation? Oh! quand donc viendrai-je paraître devant ton trône, afin de voir ton visage d’où coule le miel, dont la lumière toute divine rassasie en elle-même le désir de tous les saints, et tourne à une douce jubilation et leurs coeurs et leurs voix et leurs lèvres.

De grâce, ô le bien-aimé de mes désirs, écoute mes cris : sois attentif à ma prière, parce que c’est toi, ô mon roi et mon Dieu, c’est toi que veut, toi qu’appelle le soupir de mon coeur, et le désir de mon âme. Mon regard se tourne vers toi, et mon oeil-pleure après toi. Tu es mon Dieu, ma douceur, mon amour, mon espérance dès mon enfance : tu es tout ce que je veux, tout ce que j’espère, tout ce que je désire.

Et maintenant, ô mon bien-aimé, en cet amour triomphant, avec lequel tu es assis à la droite du Père, revêtu de ma chair, avec lequel tu me gardes pour toi, écrite que je suis en tes mains, en tes pieds et en ton très doux Coeur, afin que jamais tu n’oublies mon âme que tu as rachetée si cher; mon Dieu, ma miséricorde, rends-toi à toi-même pour moi, à cause de tous les biens que tu m’as faits, que tu me fais et me feras, des louanges éternelles, infinies et immuables, telles que tu le peux ayant en toi-même toute puissance, et telles que tu sais- convenir à ta gloire digne de toute révérence, et à l’honneur de ta majesté, ô Jésus qui m’es si cher; et prends pour moi un tel et si grand accent de remerciement, qu’il convient à toi mon Seigneur, si grand et admirable : te louant en toi, et en moi, et pour moi, de toute la puissance de ta divinité, de toute l’affection de ton humanité, de la part et de l’affection de tout l’univers, jusqu’à ce que, par toi qui es la voie, tu me conduises, moi pauvre atome au milieu de toutes tes créatures, et que tu me fasses arriver à toi, qui es la Vérité, et que tu m’introduises et me caches en toi qui es la Vie, afin que j’aie pour mon partage ta très douce face toute pleine de grâces.

 

Ici comme enivrée de délices en l’admiration de la gloire de Dieu, salue Dieu ton amant, avec ces paroles, lisant le Psaume céleste : Exaltabo te, Deus meus Rex!

 

PSAUME

 

J e t’exalterai, mon Dieu et mon Roi et je bénirai ton nom dans le temps et dans l’éternité.

Chaque jour je te bénirai, et je louerai ton nom, dans le temps et dans l’éternité.

Le Seigneur est grand et grandement digne de louange, et sa grandeur n’a pas de fin.

La génération présente et la génération future loueront tes oeuvres ; et elles proclameront ta puissance.

Elles diront la magnificence de la gloire de ta sainteté, et elles raconteront tes merveilles.

Et elles diront la force de tes prodiges terribles, et elles raconteront ta grandeur.

Elles chanteront la mémoire de l’abondance de ta douceur, et se réjouiront de ta justice.

Le Seigneur est tendre et miséricordieux, patient et fort miséricordieux.

Le Seigneur est bon pour tous, et ses tendresses se répandent sur toutes ses oeuvres.

Que toutes tes oeuvres te rendent gloire, Seigneur; et que tes saints te bénissent.

Ils diront la gloire de ton royaume et publieront ta puissance.

Afin de faire connaître aux enfants des hommes ta puissance, et la gloire de la magnificence de ton royaume.

Ton royaume est le royaume de tous les siècles, et ta domination s’étend sur toute génération et génération.

Le Seigneur est fidèle en toutes ses paroles, et saint en toutes ses oeuvres.

Le Seigneur relève tous ceux qui tombent et redresse tous ceux qui sont brisés.

Les yeux de tous espèrent en toi, Seigneur; et tu leur donnes leur nourriture en temps opportun.

Tu ouvres ta main et tu remplis tout animal de ta bénédiction.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies et saint en toutes ses oeuvres. -

Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent dans la vérité.

Il fera la volonté de ceux qui le craignent et il écoutera leur~supplication et il les sauvera.

Le Seigneur garde tous ceux qui l’aiment, et il détruira tous les pécheurs.

Ma bouche dira la louange du Seigneur, et que toute chair bénisse son saint nom, dans le temps et dans l’éternité.

 

Mon Roi et mon Dieu, mon amour et ma joie, c’est à toi que jubile mon âme et mon coeur. Mon coeur désire te saluer, te louer, te glorifier, te bénir, toi la vie de mon âme, mon Dieu, le Dieu vivant et véritable, la source des éternelles lumières, toi qui as fait luire sur moi bien indigne la lumière de ta face d’où coule le miel, et je t’offre la moelle de mes forces et de mes pensées en holocauste d’une louange nouvelle et d’une intime action de grâces.

Et que te rendrai-je, mon Seigneur, pour tous les biens dont tu m’as comblée? Je vois en effet que tu m’as aimée plus que ta gloire, et pour moi tu ne t’es pas épargné; et tu m’as créée pour toi, et tu m’as rachetée et élue pour m’amener à toi, et me donner une vie heureuse en toi, avec la très fortunée jouissance de toi pendant l’éternité. Et maintenant qu’y a-t-il pour moi jusque dans le ciel, si ce n’est toi, et que souhaité-je ou désiré-je désormais de tous les biens, si ce n’est toi?

Mon Seigneur, tu es mon espérance, tu es ma gloire, tu es ma joie, tu es ma béatitude. Tu es ce dont mon esprit a soif. Tu es la vie de mon âme. Tu es la jubilation de mon coeur. Mon Dieu, où me mènera, si ce n’est à toi, mon admiration? Tu es de tout bien le commencement et la fin: tu es la commune habitation de tous ceux qui ont la vraie joie. Tu es la louange de ma bouche et de mon coeur. Tu es tout éclatant de beauté, au doux printemps de ton amour en fête. Que ta très haute divinité te magnifie, te glorifie, car tu es l’origine de la lumière éternelle et la source de vie. Il n’est pas de créature qui puisse te louer dignement. Toi seul tu te suffis, car en toi il n’est nulle défaillance. Ta douce face plus douce que le miel, que le miel en rayon, fait le bonheur des âmes saintes.

 

Ici bénis le Seigneur Dieu, ton grand Roi, pour toutes ses tendresses.

 

Mon Dieu, que ta lumière, glorieuse et admirable, te bénisse pour moi, et loue la beauté souveraine de ta très haute majesté. Que la très digne magnificence de ta gloire infinie te bénisse: que la vertu très éclatante de ta puissance sans bornes prononce tes louanges. Que la splendeur incomparable de ton éternelle clarté te bénisse. Que ta louange résulte de l’éclat si doux de ta resplendissante beauté.

Sois béni par l’abîme de tes justes jugements. Sois loué par la profondeur insondable de ton éternelle sagesse. Sois béni par le nombre innombrable de toutes tes tendresses. Sois loué par le poids immense de toutes tes miséricordes.

 

Ici offre à Dieu une hostie de jubilation, disant dévotement:

 

Jubilation à toi, de par toutes les entrailles de ta miséricorde et de par l’abondance surabondante de ton infinie bonté. Jubilation à toi, de par l’excessive et regorgeante charité que tu as pour les hommes, et de par la libéralité que rien ne peut retenir de ton très bienfaisant amour. Jubilation à toi, de par la force triomphante de ta douceur surabondante, et de par la plénitude de toute félicité que tu gardes en toi pour ceux qui te sont chers.

 

Adore ici le Seigneur ton Dieu, afin qu’il t’introduise en son saint tabernacle, et se loue lui-même pour toi, et dis :

 

O mon Dieu, ô vie toute bienheureuse, c’est vers toi seul que mon oeil est fixé. Ah ! quand donc ton rayon vivifiant m’attirera et m’introduira, moi petite étincelle, dans les splendeurs de ta sainteté, afin que devant ton trône ma langue aussi fasse retentir la jubilation de ta louange, là où tout loue ensemble, en un doux chant d’actions de grâces, Dieu le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Quand donc la fibre de mon désir s’unira-t-elle à ces lyres séraphiques qui te chantent l’ineffable Sanctus, afin que la joie et la jubilation de mon coeur se mettent à l’unisson de ces bienheureux Esprits pour te louer comme eux?

Oh ! quand serai-j e retirée du filet des chasseurs, et enveloppée dans la toison plus blanche que neige de ta pureté sans tache, afin de te voir plus éclatant de beauté que les Anges, toi qui marches en avant du choeur des Vierges et des Saints, et que j’entende le cantique nouveau de l’alliance éternelle, que tu entonnes et leur chantes sur une harpe si douce, ô toi leur Roi et leur Époux; cantique dans lequel la gloire de ta voix si éclatante résonne par-dessus tous les instruments du Paradis, cantique où toute voix, toute langue se trouve en défaut pour te louer dignement.

Oh! quelle et combien grande est la jubilation, là où résonne une souveraine et éternelle voix de louange et action de grâces, voix de Dieu un en trois personnes : là où toute la musique du ciel perdant toute sa beauté demeure muette; là où toute la troupe des séraphins tient ses ailes baissées ! De grâce, ô Dieu de mon coeur, le bien-aimé de mes désirs, 1à, dans ce trésor que tu possèdes par la très riche abondance de toi-même, à cette heure, en la jubilation de ton divin Coeur, pour moi indigne, donne à ta voix un tour nouveau de louange et d’action de grâces, et que l’instrument de ta jubilation te fasse satisfaction pour moi, pour tout le bien que tu m’as fait en ma création, ma rédemption et mon élection qui m’a séparée du monde.

 

Oui, et dans ce tour nouveau de ta louange, enferme en toi mon amour, par un noeud de dilection si indissoluble, que la moelle de mon coeur ne cesse de jubiler à toi, tout le temps que j’aurai à porter mon misérable exil, que toujours j’aie soif de te louer, que toujours je désire revenir à toi qui m’as créée; jusqu’à ce que quittant ce corps pesant, je paraisse devant toi dans ton saint paradis, là où à la vue de ton visage très divin mon coeur sera rempli de joie, et ma langue sera toute à la jubilation : là où je serai dans une allégresse éternelle à cause de ta bonté, là où je me glorifierai de la jouissance à jamais durable de ta face d’où coule le miel. Amen.

 

Alors comme toute fondue et rendant l’esprit à la vue de l’immensité des richesses et des délices de la gloire de ton Dieu, de l’inestimable beauté de sa louange, de la gloire des saints qui sont en sa présence, de l’éclat plus doux que le miel de son très resplendissant et très glorieux visage, invite toutes les créatures à louer Dieu avec le cantique : Benedicite, omnia opera Domini, Domino.

 

PSAUME

 

Tous les ouvrages du Seigneur, bénissez le Seigneur : louez et surexaltez-le dans les siècles.

Anges du Seigneur, bénissez le Seigneur; cieux, bénissez le Seigneur.

Toutes les eaux qui sont par-dessus les cieux, bénissez le Seigneur; toutes les armées du Seigneur, tous les astres, bénissez le Seigneur.

Soleil et lune, bénissez le Seigneur; étoiles du ciel, bénissez le Seigneur.

Toute pluie et rosée, bénissez le Seigneur; tous les souffles de Dieu, bénissez le Seigneur.

Feu et chaleur, bénissez le Seigneur; froid et chaleur, bénissez le Seigneur.

Rosées et frimas, bénissez le Seigneur; gelée et froidure, bénissez le Seigneur.

Glaces et neiges, bénissez le Seigneur; nuits et jours, bénissez le Seigneur.

Lumières et ténèbres, bénissez le Seigneur; éclairs et nuages, bénissez le Seigneur.

Que la terre bénisse le Seigneur, qu’elle le loue et le surexalte dans les siècles.

            ontagnes et collines, bénissez le Seigneur; toutes les choses qui germent en la terre, bénissez le Seigneur.

Sources d’eaux, bénissez le Seigneur ; mers et fleuves, bénissez le Seigneur.

Monstres marins et toutes créatures qui se meuvent dans les eaux, bénissez le Seigneur; tous les oiseaux du ciel, bénissez le Seigneur.

Toutes bêtes et troupeaux, bénissez le Seigneur; enfants des hommes, bénissez le Seigneur.

Qu’Israël bénisse le Seigneur ; qu’il le loue et le surexalte dans les siècles.

Prêtres du Seigneur, bénissez le Seigneur; serviteurs du Seigneur, bénissez le Seigneur.

Esprits et âmes des justes, bénissez le Seigneur; saints et humbles de coeur, bénissez le Seigneur.

Ananie, Azarie, Misaël, bénissez le Seigneur; louez-le et surexaltez-le dans les siècles.

Bénissons le Père, et le Fils et le Saint-Esprit; louons-le et surexaltons-le dans les siècles.

Tu es béni, Seigneur, dans le firmament du ciel; et louable et glorieux et surexalté dans les siècles.

 

Mort coeur et ma chair ont tressailli de joie en toi Dieu vivant, et mon âme s’est réjouie en toi mon vrai salut. Oh! qu’il est admirable, ton temple, ô Dieu des armées! Combien est glorieux le lieu de ton habitation, là où dans ta majesté, ô Dieu très haut, tu commandes à toutes choses. Toute la vertu de mon âme se fond de désir, pour l’entrée en ta gloire. O Dieu, mon Dieu, l’amour et la jubilation de mon coeur, mon refuge et ma force, ma gloire et ma louange, ô Dieu, quand donc te louera mon âme dans l’assemblée des Saints?

Quand mes yeux te verront-ils, ô Dieu dés Dieux, mon Dieu? Dieu de mon coeur, quand me réjouiras-tu par la vue de ta face d’où coule le miel? Quand m’accorderas-tu ce que mon âme désire, par la manifestation de ta gloire? Mon Dieu, mon partage si bien choisi, ma force et ma gloire, quand entrerai-je en tes merveilles, pour voir ta puissance et ta gloire? Quand donc au lieu de l’esprit de douleur me revêtiras-tu du manteau de la gloire, afin qu’avec les Anges tous mes membres t’offrent une hostie de louange ?

O Dieu de ma vie, quand donc entrerai-je dans le tabernacle de ta gloire, afin - que moi aussi je te chante le très splendide Alleluia, et que devant tous tes saints, mon âme et mon coeur te confessent que tu as usé de miséricorde avec moi jusqu’à la magnificence? O Dieu, mon splendide héritage, quand sera brisé le filet de la mort, afin que sans intermédiaire mon âme, mon unique, te voie et te loue. Oh! quand habiterai-je pour toujours en ton tabernacle, afin que sans cesse je loue ton nom, et que je chante à ta-magnificence un cantique nouveau sur l’immensité de ta miséricorde?

Mon Seigneur, il n’est pas semblable à toi parmi les Dieux, et rien n’est comparable à la sublimité des richesses de ta gloire admirable. Qui pénètrera l’abîme de ta sagesse, qui comptera les trésors infinis de ta miséricorde inépuisable? Non, il n’est rien si grand, si bon, que toi mon Dieu, roi immortel. Qui dira .la gloire de ta majesté? Qui pourra se rassasier de la vue de ta clarté? Comment l’oeil pourra-t-il voir assez, l’oreille entendre assez, dans l’admiration de la gloire de ton visage?

O Dieu, mon Dieu, seul tu es admirable et glorieux. Seul tu es grand et digne de louange, seul tu es doux et aimable, seul tu es beau et agréable, seul tu es plein de grâces et de délices, seul tu es tel et si grand, que nul ne t’est pareil, dans toute la gloire de la terre et du ciel. Ta lumière admirable est à mon coeur aimable plus que toute gloire; et seule elle peut réjouir mon esprit et changer les ennuis de cette vie, en joie et en allégresse.-

Oh! quand allumeras-tu la lampe de mon âme de manière à ne plus s’éteindre, quand la réallumeras-tu en toi, de manière à ce que je te connaisse en toi, comme j’y suis connue? Oh! combien heureux et bienheureux est celui que la gloire de ton visage tient déjà caché en soi ! Oh! quand ce très doux rayon m’absorbera-t-il aussi moi tout indigne, afin que je devienne avec toi, un seul esprit, un seul amour! Tout ce qui est en moi te le dit: Seigneur, qui est pareil à toi? Tu n’as point de pareil en gloire, parce que tu es le seul Dieu glorieux et surexalté dans tous les siècles. Oh ! quand me relèveras-tu de la poussière, moi pauvrette, afin que je demeure devant ta face royale, me donnant au lieu de la cendre la couronne de la joie éternelle, afin qu’avec les accents d’une éternelle jubilation, mon âme te rende des louanges, pour tous les biens que tu m’as accordés gratuitement.

Déjà mon âme et mon coeur, brûlent pour toi de désir, ô Dieu de mon coeur et mon partage pour l’éternité. Mon esprit est en toi ravi de joie, ô Dieu mon salut. Si j’avais en mon pouvoir toutes les créatures, je les réunirais toutes, toutes ces belles oeuvres de tes doigts, pour te louer et te glorifier. Au souvenir de ta louange, mon esprit et mon âme sont tout fondus. Si j’avais les forces de tous les Anges et de tous les hommes, très volontiers et comme rien je les userais à ta louange, afin de pouvoir entrer au milieu de ces souveraines louanges, de ces joies si désirées qui sont devant ton trône saint, là où tu es ton repos, toi et avec toi ton arche sainte, en ce repos tout - bienheureux, là où des milliers de milliers d’anges te chantent nuit et jour et sans fin: Sanctus, Sanctus, Sanctus!

Là, là, dans l’encensoir d’or de ton divin Coeur, dans lequel à ta gloire brûle sans fin le très doux parfum de l’amour éternel, là je jette moi aussi un tout petit grain, mon coeur, souhaitant et désirant que, malgré sa petitesse et- son indignité, il reçoive le souffle de ton esprit et par lui une vie très puissante, afin qu’il entre dans l’unique brasier de ta louange; et que ces longs soupirs que je lance vers toi du fond des abîmes de la terre, à cause du long temps qu’il me faut attendre, soient pour toi une louange et une gloire éternelle. Amen.

 

Alors désirant vivement louer Dieu de ton esprit et de ton âme, et ne trouvant pas de paroles convenables à sa dignité, prie le Seigneur Jésus, ton amant, que lui-même se glorifie pour toi, d’une louange telle et tellement grande qu’il lui convient, qu’il lui plaît, et comme il aime le plus à être loué, disant dévotement de coeur et de bouche:

 

Sois béni, ô Dieu, ma douceur, par la sainte gloire de ta divinité, en laquelle tu as daigné pendant neuf mois habiter et remplir les chastes entrailles de la Vierge Marie. Sois bénie par la très haute vertu de ta divinité, qui s’est abaissée jusqu’à cette humble vallée qu’est la Vierge. Sois béni, ô Dieu très haut, par ta toute-puissance qui a créé toutes choses, et par laquelle tu as donné à cette rose qu’est la Vierge tant de vertu, de beauté et d’éclat, que tu as pu en être épris de désir.

Sois béni par ton admirable sagesse, dont la grâce abondante a fait que le corps et l’âme et toute la vie de la Vierge Marie ont été convenables à ta dignité. Sois béni par ton amour, puissant et sage et très doux, qui t’a porté, toi la fleur et l’époux de la virginité, à devenir le fils de la Vierge. Sois béni par l’anéantissement de ta majesté, lequel m’a valu les trésors de l’héritage éternel. Sois béni pour avoir pris notre humanité, ce qui m’a appelée en la société de ta divinité. Sois béni par cet exil de trente-trois ans que tu as enduré pour moi, afin de ramener mon âme qui était perdue, à la fontaine de la vie éternelle.

Sois béni par tous les travaux, les douleurs et les sueurs par lesquels tu as sanctifié toutes mes angoisses, mes souffrances et mes maladies. Sois béni par l’expérience que tu as faite de ma misère, ce qui t’a fait pour moi un Père de grande miséricorde, et, un Dieu d’infinie clémence. Sois béni par ton abondante dilection, par laquelle tu es devenu de mon âme la précieuse rédemption. Sois béni par toutes et chacune des gouttes de ton très précieux sang, par lesquelles tu as donné la vie à mon âme, et tu m’as rachetée à un si haut prix.

Sois béni par l’amertume de ta précieuse mort, que ton amour très puissant t’a fait endurer pour moi; mort par les mérites de laquelle je ne crains pas de prendre en toi tout ce qui de moi me manque en mérites, et de penser avec assurance que vraiment tu as soin de moi, parce que tu es mien, et que je suis tienne, par le droit éternel que tu t’es acquis sur moi. Sois béni par ta propre gloire, honneur et puissance, lesquelles remplissent et nourrissent admirablement les armées des cieux.

 

Ici, comme tout entière attachée à Dieu ton amant, prie le Seigneur, que lui-même avec sa très chère Mère la Vierge Marie, et toute la milice céleste, s’offre à lui-même une hostie de jubilation, dans la fête joyeuse de son amour, et que lui-même comme un très agréable joueur de harpe, chante le premier sur l’orgue de sa divinité, et par la harpe de son humanité, tu lui diras donc:

O Dieu de ma vie, jubilation à toi pour moi, de par ta suprême divinité et trinité, de par l’unité d’essence, de par la propriété des personnes, de par leur douce société, intime et mutuelle familiarité. Jubilation à toi de par la sublimité de ton incompréhensible dignité, de par ton immuable éternité, ta pureté hors de toute atteinte, ta sainteté source de sainteté, et de par ta glorieuse et parfaite félicité. Jubilation à toi de par la chair très pure de ton humanité, par laquelle tu m’as purifiée, étant devenu os de mes os, et chair de ma chair.

Jubilation à toi, de par ton âme très resplendissante, très précieux gage par lequel a été rachetée mon âme. Jubilation à toi, de par ton Coeur déifié, source de miel, lequel à ta mort fut ouvert par l’amour. Jubilation à toi, de par ce Coeur très aimant et très fidèle, dans lequel la lance m’a ouvert une voie, afin que mon cœur aille là se reposer. Jubilation à toi, de par ce Coeur très doux, l’unique refuge de mon exil, lequel toujours est pour moi dans une si bienveillante sollicitude, et ne cesse jamais d’avoir soif de moi, jusqu’à ce qu’il me reçoive à toujours en lui.

Jubilation à toi pour moi de par le coeur très digne et l’âme de la glorieuse Vierge Marie, que tu t’es choisie pour mère, pour mon salut et mon avantage, afin que sa maternelle bonté soit toujours prête à me secourir. Jubilation à toi de par le soin très fidèle que tu as de moi, et par  lequel tu m’as pourvue d’une telle et si grande patronne et avocate, par laquelle je puisse très facilement trouver ta grâce, et dans laquelle avec confiance je crois que m’est réservée ton éternelle miséricorde. Jubilation à toi par ce tabernacle admirable de ta gloire, lequel seul t’a servi dignement en ta maison et par lequel tu peux très bien suppléer à toi la mesure de louange et de gloire qui t’est due par moi.

Jubilation à toi pour moi, de par les sept Esprits glorieux, qui se tiennent devant ton trône. Jubilation à toi de par les troupes innombrables des Anges, que tu envoies au service de la race des élus que tu t’es acquise. Jubilation à toi de par les vingt-quatre Vieillards avec les Patriarches et les Prophètes, qui t’offrant leurs couronnes, se prosternent devant ton trône, te’ chantant sur leurs harpes des louanges et des actions de grâces infinies. Jubilation à toi de par les quatre saints Animaux ailés, dont toutes les entrailles jour et nuit célèbrent tes louanges.

Jubilation à toi, de par la dignité des Apôtres tes frères et très chers amis, par les suffrages desquels tu soutiens miraculeusement ta sainte Église. Jubilation à toi de par la troupe victorieuse des Martyrs, laquelle est toute empourprée de ton sang. Jubilation à toi, de par l’armée très parfaite des Confesseurs, dont tu as transféré les âmes dans ton admirable lumière. Jubilation à toi de par toute la sainte et toute pure virginité, laquelle est ornée avec toi d’une même clarté et pureté plus éclatante que la neige. Que pour moi elle jubile à toi ce cantique nouveau qui retentit en la bouche des Vierges alors qu’elles te suivent partout où tu vas, ô bon Jésus, le roi et l’époux des vierges. Jubilation à toi pour moi, de par la moelle de ta divinité, et la très suave douceur dont est rassasiée et engraissée la Jérusalem céleste, en la splendeur de ton divin visage. Jubilation à toi, de par toute l’armée de tes élus, la portion de ton héritage et ton peuple particulier, parce qu’ils sont avec toi et toi avec eux, et que -tu es à jamais leur Dieu.

Jubilation à toi de par tous les astres du ciel, qui luisent à toi avec joie, qui obéissent à tes ordres, et sont là toujours soumis à ta voix. Jubilation à toi, de par toutes tes oeuvres admirables, toutes celles que renferme l’étendue du ciel et de la terre et de l’abîme : que toutes elles te chantent cette louange, qui venant de toi, retourne à toi comme à son origine. Jubilation à toi, de par mon coeur et mon âme, avec toute la substance de ma chair et de mon esprit, avec la coopération de l’univers tout entier.

Donc à toi, de qui sont toutes choses, par qui sont toutes choses, en qui sont toutes choses, à toi seul, gloire et honneur, dans tous les siècles. Amen. 

 

Alors, comme un peu fortifiée par la louange de ton Dieu, de ton Roi qui est au saint lieu, d’un coeur dilaté lève-toi pour prendre tes délices en Dieu ton amant, jetant en lui tout l’amour de ton coeur, afin qu’il te nourrisse ici des bénédictions de sa douceur, et qu’il te mène là-haut à cette bénédiction qui te fera jouir de lui pleinement et éternellement. Tu diras donc:

 

O Dieu, ô mon Dieu, parce que tu es mien, rien ne me saurait manquer. Et parce que je suis tienne, en toi mon Dieu mon salut je me glorifierai éternellement. En toute tristesse qui m’arrive, tu me prépares en toi un festin très désiré. Et où mon âme serait-elle bien, si ce n’est en toi, ô Dieu de ma vie? Si dans ce .lieu de misère le souvenir de ta louange est si doux, que sera-ce, ô mon Dieu, quand dans la splendeur de ta divinité nous apparaîtra ta gloire. Si les quelques gouttes qui nous arrivent à l’avance de ta douceur nous réjouissent ainsi, que sera-ce, ô sainte et suprême douceur, quand me sera donnée ta plénitude? Si ta consolation remplit de bien mon désir, que sera-ce, ô Dieu de mon salut, quand tu auras recueilli toute mon âme en toi?

Oh! quelles et combien grandes seront les délices intimes de ta présence d’où coule le miel, quand ici-bas hélas ! pour un moment rare et trop court, placée au lieu où tu lui fais goûter tes douceurs, mon âme se fond et s’écoule en toi! Quel festin tu nous feras en la manifestation de ton divin visage, quand ici-bas près des courants de tes grâces intérieures, si suavement, si agréablement, tu nourris mon esprit et la moelle de mon âme. O Dieu, mon Dieu, quand tu convertis mon âme à toi, tu ne me permets ni de penser, ni de sentir autre chose que toi, tu m’enlèves moi-même à moi-même pour me porter en toi, afin que je n’aie plus aucune sollicitude de moi, parce que m’ayant emportée tu me caches en toi-même.

Et quelle sera alors ma joie, mon allégresse, ma jubilation, quand tu m’auras découvert la beauté de ta divinité, et que mon âme te verra face à face? Certes, rien alors né saura me plaire, sinon de m’appliquer à voir ta gloire, ô mon Dieu, et à me tenir autour de l’autel de ma réconciliation, pour t’immoler la moelle de mon âme dans la louange et la jubilation.

Oh ! alors, mon âme, tu verras, tu seras inondée de biens, ton coeur admirera et se dilatera, quand sera réunie pour toi l’abondance des richesses, des délices et de la magnificence de la gloire de cette mer immense de toute la Trinité toujours adorable. Quand tu verras venir ces riches nations que le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs de sa main puissante a rachetées et sauvées de la main de l’ennemi: quand tu seras toute couverte par l’inondation de la miséricorde et de la charité, de la divine toute-puissance, sagesse et bonté, avec l’heureux sort de l’adoption éternelle. Alors t’arrivera le calice de la vision divine, et tu en seras enivrée, le calice enivrant et si beau de la gloire de la divine face, et tu seras abreuvée au torrent des divins plaisirs, alors que la fontaine de lumière elle-même te réjouira éternellement dans les délices de sa plénitude. Alors tu verras les cieux habités et remplis par la gloire de Dieu, et cet astre brillant de la Vierge, qui après Dieu, illumine tout le ciel, par l’éclat de sa très pure lumière ; tu verras les oeuvres admirables des doigts de pieu; ,tu verras- les astres du matin, qui avec tant de joie se tiennent devant la face de Dieu, pour le servir.

 

O Dieu de mon coeur, et mon partage très heureusement choisi, hélas, hélas! combien de temps serai-je encore privée de la vue de ton très doux visage? A toi seul est bien connue la nature si fragile, comme tu sais, de mon séjour ici-bas; seul tu connais quelle et combien grande est la misère de mon exil.

Oui, ô le bien-aimé de mes désirs, c’est de toi qu’a soif le plus intime de mon coeur. De grâce fais-moi bientôt arriver à toi, ô Dieu, fontaine de vie, afin qu’à tout jamais je puise en toi la vie éternelle. De grâce fais bientôt luire sur moi ton visage, afin que dans la joie, je te voie face à face. Oui, bientôt, bientôt montre-toi à moi; afin que j’aie le bonheur de me réjouir de toi pour l’éternité.

Oui, oui, ô la vie de mon esprit, prends le cri de mon désir, et unis-le en une seule voix, à la voix si musicale et si festoyante de ton amour; approprie-toi si bien ma vie, et attache si bien mon âme à ton amour, que toute ma vie et toutes mes actions te chantent des louanges sur le psalterion à dix cordes, et que toutes mes intentions unies à toi, commencent, avancent et se terminent en toi, à la vraie vie de mon âme.

Oui, oui, ô le vrai amour de mon coeur, pour moi, en ce moment, rends-toi à toi-même une gloire si solennelle et si éclatante de louange et d’action de grâces, que tous les ordres du ciel y unissent leur jubilation, surtout pour ce bien très grand et très doux que tu es pour moi, toi mon Dieu, et pour ce que. tu daignes bien être connu de moi, qui suis la balayure de toutes tes créatures, de moi être aimé et loué, car tu es Dieu mon sauveur, la cause unique de mon salut, et la vie de mon âme.

Oui et que dans cette louange magnifique, mon âme dépense en toi la pauvre petite moelle de son esprit, se fondant en l’amour de ta louange, jusqu’à ce que mon esprit ait le bonheur de revenir à toi, mon Dieu! Oui, et fais que dans cette vie, je me délecte si bien en la mémoire de ta louange, qu’à l’heure de ma mort; l’amour puissant et la soif de te voir, de te louer et d’être avec toi, surmontent en moi la puissance de la mort, et qu’en cette angoisse tu me sois toi-même la porte pour la patrie, jusqu’à ce que tu me mènes à ces joies intimes de la vie du ciel, afin qu’à tout jamais mon esprit et mon âme soient ravis de joie, en toi. Amen.

 

Enfin comme une tourterelle solitaire, toute désireuse de voir la face si douce du bien-aimé, défaillante d’ennui de cette vie, abaissant les ailes de tes désirs, avec les saints Animaux, devant le trône de Dieu: fais devant le Seigneur ton Dieu profession de garder tout ton coeur là où il est lui-même, lui ton cher trésor, et demande-lui une heureuse mort.

 

Mon coeur s’est attaché, là où veut Jésus qui est ma vie. Oui Jésus, bien-aimé par-dessus tous les bien-aimés, tu es la vie fidèle de mon âme. Tu es toute la langueur de mon âme; c’est de toi seul qu’a soif le plus intime de mon coeur. Ta délicieuse béatitude, ta merveilleuse beauté, ton honorable visage, ton aimable éclat, m’ont blessée d’une suave blessure qui me rend pesante la vue de la lumière de ce monde.

Je me suis à moi-même un fardeau. Combien longtemps attendrai-je, ô mon bien-aimé, pour jouir de toi et voir ton aimable visage? Tu es la soif de mon âme. Le ciel, la terre et tout ce qu’ils contiennent, sans toi sont pour moi comme une glace d’hiver. Ton aimable visage est ma seule consolation, mon réjouissant printemps.

De grâce, ô amour, ô amour, quand recevrai-je de toi ce bien, que mon corps par toi mis à mort retourne en poussière, et que mon âme revienne en toi, ô Dieu, sa vivante origine ? Tes divines influences, qui sont si pures, et qui de ton trône suprême lancent avec tant d’amour leurs rayons déiformes, environnent puissamment mon esprit tout entier. Au milieu de la violente tempête de ce monde, que peut donc attendre encore, une pauvre petite feuille d’arbre?

De grâce, ô amour, ô amour, tiens-moi de ta droite puissante, de peur que je ne sois submergée dans cette tempête. Le doux bruit de l’eau vive, jaillissant de sa divine origine, a puissamment saisi mon coeur. Jamais lyre n’a eu un son si doux. Cette vie me devient méprisable comme un rêve. Combien de temps, combien de temps serai-je encore exposée à ses illusions!

De grâce, ô amour, ô amour, ne cesse jamais de me tenir en tes chaînes, jusqu’à ce que tu me présentes à l’unique bien-aimé de mon coeur, sur sa très douce poitrine. O douce odeur du fruit de vie, qui est toi-même, ô mon unique bien-aimé, tu m’as pris mon esprit, en sorte que mon corps m’est devenu repoussant comme un fumier, aussi je ne cesse de soupirer vers toi.

O amour, ô amour, dis-moi, quand veux-tu me séparer de ce corps, afin que je jouisse sans milieu du bien-aimé de mon coeur, et que je demeure avec lui sans fin? Un seul rayon de ta divinité; vers, moi lancé par ton humanité, réjouit si merveilleusement mon esprit, que si j’avais mille corps je les quitterais sur-le-champ. Quelles sont, selon toi, les délices cachées en la jouissance de ta resplendissante clarté? Je compterais comme rien mille morts, afin de pouvoir contempler la douceur de ta vérité.

De grâce, ô amour, ô amour, agis avec moi selon ta miséricorde, et enlève-moi vite à cette fête magnifique, où je contemple la gloire du fidèle Sauveur mon époux. La plénitude de ta divinité peut seule rassasier mon âme que pour toi tu as daigné créer. Une seule goutte de ta douceur versée en moi ravit si fortement mon esprit que la mort prendrait en moi le goût de la vie, si elle me donnait de pouvoir contempler ta face sans aucune interruption.

De grâce, ô amour, ô amour, quand sépareras-tu si bien mon âme de mon corps, que mon esprit demeure toujours en toi, mon très cher. Ton aimable embrassement a pour moi une saveur si douce, que si j’avais mille coeurs, vite ils se fondraient. Ton vivant baiser absorbe en toi ma vie, et attache à toi très fortement mon âme. Combien volontiers, volontiers, je rendrai le dernier soupir, pour me plonger parfaitement dans le fleuve de ta divinité!

De grâce, ô amour, ô amour, qu’il te plaise de venir en moi faire la fête de tes noces, afin que mon âme, retirée de cette vallée de misères, soit absorbée en sa source, comme une goutte d’eau dans la mer. Oui très doux Jésus, le tout bien-aimé de mon coeur au-dessus de tout ce qui peut être aimé, mon bien unique et choisi, sois mon guide en la misère présente, afin que je passe mes jours en ta louange, et que je finisse bien ma vie en ta grâce et ton amitié.

De grâce, ô Jésus, doux amour, sois le refuge de ta pauvre épouse, qui sans toi n’a rien du tout, pas le moindre bien. D’ans la vaste mer de ce monde, sois sa direction, et en l’affreuse tempête de la mort sa consolation. Rends-moi la main de ta miséricorde, sois toi-même mon bâton de ferme appui, sur lequel je m’appuierai si solidement, ô doux libérateur de mon âme, qu’à la vue de ta puissance, toutes les insolences et artifices de mes ennemis en soient réduits à rien.

De grâce, ô Jésus, mon fidèle ami, que l’abîme de ton inépuisable miséricorde soit pour moi un port très sûr, dans lequel j’échappe aux assauts épouvantables de tous mes ennemis. Et toi-même sois alors pour moi un soir asile dans lequel je me jette avec joie au sortir de la captivité de tous les maux. De grâce, ô Jésus ma douce espérance, que ton Coeur déifié, ouvert pour l’amour de moi et toujours abordable à tous les pécheurs, sois pour mon âme au sortir du corps son premier refuge. Que là, par l’abîme de ton amour infini, tous mes péchés soient détruits en un moment, afin que sans obstacle, ô le bien-aimé de mon coeur, j’entre avec toi dans la joie du ciel.

De grâce, ô Jésus, mon unique salut, mon Sauveur et mon Dieu, en cette extrémité envoie-moi comme une aide fidèle, Marie ton admirable Mère, la glorieuse étoile de la mer, afin qu’à la vue de la belle aurore de sa face glorieuse, je reconnaisse, ô Soleil de justice, par la clarté de ta lumière, que tu approches de mon âme. Oui, bien-aimé par-dessus tous les bien-aimés, tu connais le désir de mon coeur, car c’est pour toi seul que soupire mon âme. De grâce donc, viens bientôt, afin qu’à la vue de ton aimable visage, j’oublie entièrement toutes les douleurs de mon coeur.

De grâce, ô amour, ô amour, guette l’heure de ma mort, marque-la de. ton sceau, afin que sous ta garde fidèle, par ton infinie bonté qui fait ma seule confiance, rien ne puisse nuire à mon âme. A ma mort montre ta douce sagesse, et fortifie ma pauvre âme, avec une telle efficacité, que à tout jamais resplendisse en elle la miséricorde infinie, que par toi-même, ô roi de gloire, tu auras faite à mon âme dans ma vie et dans ma mort. Alors par ta puissance consume toutes mes forces, et par ta bonté, submerge-moi en l’abîme de ta divinité, et que là, dans ta gloire, le doux visage de Jésus le bien-aimé de mon coeur me rassasie, me ranime, et me comble de biens. Amen.

 

Ici recommande encore une fois à Dieu ta mort et la fin de ta vie, afin qu’il soit ton aide en toutes choses, et qu’il règle et dispose la fin de ta vie selon sa miséricorde. Tu diras donc cette prière:

 

Mon Dieu et mon Seigneur, mon doux créateur et rédempteur, en qui seul a espéré mon coeur, en qui j’ai cru, que j’ai confessé, ô fleur fleurie de la divinité, arrose-moi de la rosée de ta toute fleurie humanité, afin que mon âme se réjouisse sous les gouttes de ta sainte douceur et charité, oubliant les maux de cet exil, et s’enrichissant des accroissements de toutes les vertus, par toi fleur et perle première de vertus, portant patiemment avec toi les misères de ce pèlerinage, et gardant la patience dans toutes les angoisses et tribulations.

Mon Dieu et mon Roi, qui es dans le sanctuaire, dans lequel est cachée ma vie avec mon Jésus, me voilà tout inondée de tes chastes délices. Déjà ma vie est passée de moi en toi: je suis morte et vivante. Et où irai-je maintenant autre part qu’en toi? Dans le ciel et sur la terre, je ne connais plus rien si ce n’est toi. Mon Dieu, toi que loue Israël, toi qui habites dans le sanctuaire, mon Dieu en qui je suis, en qui je me meus, en qui je vis, en toi seul je mets ma confiance. En toi mon coeur s’est dilaté, parce que tu es toute nia joie, ma seule joie, et tout mon désir. Le rayon de ta lumière a éveillé mon esprit endormi.

Oh! quand mon âme sera-t-elle absorbée dans le fleuve vivifiant de ton éternelle et très douce jouissance? Oh! quand le déluge de ton amour emportera-t-il mon esprit, et me rendra-t-il à toi pour voir ton visage d’où coule le miel, ô le Dieu de ma vie, et l’auteur de mon salut, et le soutien de mon âme, sans lequel je ne suis, ni ne sais, ni ne peux, ni ne vaux rien, en qui seul j’espère, vers qui seul je désire arriver, dont je désire voir la face souverainement délicieuse qui verse la vie, auquel éternellement et inséparablement je désire être attachée, de tout mon coeur, de toute mon âme, de toute ma force.

Toi-même, de grâce, consacre mon être et ma vie à ta louange et à ta gloire, afin qu’en toutes mes pensées, paroles et oeuvres, en tous mes mouvements intérieurs, la moelle de mon âme toujours te loue et glorifie, et de même toute la substance et puissance de mon corps, avec une très pleine charité et dilection. De ce que mon âme est exilée en la prison de ce corps, désirant, brûlant de désir, soupirant vers toi, ô Dieu fontaine de vie ; de ce qu’elle est misérable en cet exil, ignorant mon entrée et ma sortie; surtout de ce que toi, Père des miséricordes, tune méprises ni ne délaisses l’ouvrage de tes mains que tout cela émeuve sur moi l’abîme de ta miséricorde, miséricorde que tu as exercée envers moi, quand pendant trente-trois ans tu as daigné porter le même exil; miséricorde que tu m’as montrée quand pour mon salut, sur la Croix, ton Coeur très doux fut brisé d’amour.

De grâce, ô vie toute bienheureuse de mon âme, en toutes mes tentations, sois ma victoire et mon triomphe; en toutes mes maladies ma patience; en toutes mes tribulations ma consolation ; en toutes mes pensées paroles et actions, sois mon intention, commencement, fin et récompense; en toute ma vie ma sanctification; en la longueur de mon attente, jusqu’à la fin du bon combat, sois ma persévérance.

O mon héritage si magnifique, ô la meilleure part pour mon âme, vers qui seul tend mon attente et mon espérance, de grâce, à l’heure de ma mort, dispose et règle pour moi toutes choses par ta miséricorde et ta clémence, de manière que l’étendard de ta précieuse Croix soit alors pour moi une arme très puissante contre toutes les embûches de Satan; que les armes magnifiques de ta victorieuse Passion, les clous et la lance, soient pour moi des traits invincibles contre les mille tromperies de l’ennemi ; afin que fortifiée de ta mort amoureuse et triomphante, marquée du signe de ton précieux sang, toi étant mon guide et mon viatique, je passe sans crainte par le passage si étroit de la mort.

Et alors, ô mon salut, ne m’abandonne pas, mais apparais-moi dans ta charité, ta bonté, ta miséricorde, afin que je te voie face à face, toi mon Dieu qui m’as aimée, et qui m’as créée pour toi. Là, ô cher Jésus, le soutien de mon âme, dans le miroir de la vision manifeste, montre-moi la gloire de ta divinité, afin que mon esprit et mon âme se remplissent d’une louange aussi douce que splendide, pour toi, et que mon coeur se réjouisse à tout jamais, en toi, mon doux Sauveur. Et mon unique, celle que tu as rachetée, se réjouira des biens de ta maison, engraissée qu’elle sera par l’intime rassasiement de la jouissance de ta face d’où coule le miel, heureuse et toute ravie d’avoir échappé à ces embûches sans fin, à ces pièges du diable, de la chair et du monde, et aux angoisses de la mort ; heureuse encore à cause de toi, ô mon très doux partage et ma vie très agréable qu’alors elle possèdera, là où tu seras en moi, et moi en toi, attachée à toi par un amour éternel et inséparable; là où je louerai sans fin ton nom, à cause de tous les biens que tu m’as faits, parce que tu es le Dieu de ma vie, le rédempteur et l’amant de mon âme.

 

Ici demande au Seigneur sa bénédiction, et la confirmation de son amour, jusqu’à ce que tu arrives au bonheur de le voir.

 

            O amour unissant, Dieu de mon cœur, louange et jubilation de mon esprit ! Mon Roi et mon Dieu! Mon bien-aimé choisi entre mille! Époux très aimable de mon âme! Seigneur des armées, unique amour, et souhait, et désir de mon coeur! De grâce, ô amour Dieu, sois pour moi dans le temps une dot pleine de la bénédiction de la douceur divine. Qu’à toi, en un esprit, en une respiration, en une seule volonté et charité, mon esprit soit attaché, jusqu’à ce qu’il devienne un même esprit avec toi pour toujours. O amour brûlant, sois pour moi une bénédiction vive et efficace, douce et embrasante, en ce mien pèlerinage, afin que mon âme, et toute ma puissance et substance, brûle sans s’éteindre jamais, comme une vraie étincelle, en la flamme de ta charité.

O amour vivant, sois toi-même pour moi une bénédiction en qui je trouve mon achèvement et ma perfection, et qui amène devant toi mon âme comme une digne épouse ; en sorte que toute ma vie soit réglée en ta charité; que ma mort soit pleinement consommée en toi, ô ma vie toute bienheureuse, par une grande vivacité de foi, d’espérance et de charité, et dignement préparée par tous les sacrements de l’Église; que toutes mes forces s’usent à te servir, que mes entrailles et toutes mes moelles se dessèchent en ton amour; que mon âme quittant le fardeau de mon corps, te suive joyeuse, tranquille et’ libre, ô mon doux amant, jusque dans l’intimité si riche et si belle de la Sainte-Trinité, là 0ù tous mes péchés m’étant remis par ta miséricorde, toutes mes fautes effacées par ton inestimable charité, ma pauvre vie perdue, avec toutes ses ruines, sera rétablie, par toi, ô amour si riche, par la vie très parfaite de mon Jésus. Que mon âme ici languissante et mourante des ennuis de cette vie se réjouisse 1k en toi, ô amour vivant et toujours jeune; que renouvelée comme l’aigle, elle goûte la joie de ton visage d’où coule le miel, pareille lt celui qui trouve et déjà tient pour toujours les joies infinies de la vie éternelle, qu’elle possédera en toi éternellement, ô amour Dieu. Amen.

 

 


SEPTIÈME EXERCICE

RÉPARATION POUR LES PÉCHÉS ET PRÉPARATION A LA MORT

 

 

Quand tu voudras célébrer un jour de réparation, à chacune des sept heures, tu te recueilleras en toi-même, afin de pouvoir converser avec l’amour, l’envoyant pour toi près du Père des miséricordes, comme pour l’apaiser, afin que du trésor de la Passion de son fils, il te remette toutes tes offenses jusqu’à la plus petite négligence, afin qu’à ta mort tu aies pleine confiance que tous tes péchés te sont entièrement remis.

 

Et d’abord à Matines, dis cette première strophe de l’hymne:

 

É1ève l’amour de notre esprit

Vers toi, auteur du pardon :

Afin que tu sois clément pour nos coeurs

Dont tu auras expulsé les souillures.

 

Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux, en nous pardonnant; accorde-moi, quoique indigne, ce que je souhaite, d’être à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.

 

Avec la Miséricorde et l’Amour, tu apaiseras ainsi le Père, disant de coeur et de bouche:

 

O douce Miséricorde de Dieu, pleine de tendresse et de clémence, me voici moi misérable, en la douleur et l’angoisse de mon coeur, ayant recours à tes charitables conseils, parce que tu es toute mon espérance et ma confiance. Jamais tu n’as dédaigné un malheureux. Jamais tu n’as repoussé le pécheur le plus souillé. Jamais tu n’as rejeté personne ayant recours à toi. Jamais tu n’as laissé sans compassion l’âme dans les angoisses. Toujours tu es venue au secours de l’indigent comme une mère. Toujours tu es arrivée avec bonté, selon la force de ton nom, à tous ceux qui t’ont invoquée. De grâce, ne me rejette pas non plus moi-même bien qu’indigne à cause de mes péchés, ne me repousse pas à cause de ma vie inutile.

Ne fais pas fi de moi, ne dis pas: Pourquoi a-t-elle aussi une place sur la terre? Mais selon ta propre nature, aie pour moi une tendre, tendre sollicitude. Je suis dans une extrême disette de mérites, et je viens, je viens à ces hôpitaux pleins de charité que tu tiens pour les pauvres, de peur de mourir dans la rue par le froid et la pluie de ma vie inutile; j’espère recevoir de ta main généreuse une aumône qui sera la réparation de ma vie perdue. Là avec les chaudes toisons de ta tendresse, tu me réchaufferas les côtés trop à nu; ta charité effacera tous mes péchés, et suppléera à toutes mes négligences. De grâce, ouvre-moi l’abri sûr de ta maison, afin que- j’y sois sauvée par ta grâce. Que par toi me vienne en aide la tendre charité de Dieu, en laquelle seule est toute la santé de mon âme et de mon esprit.

De grâce, ô Amour, ô Amour, regarde mon Jésus, lui ton royal captif, regarde-le orné de la couronne de miséricorde, lui qu’en ce moment tu as saisi avec une telle violence, afin de t’approprier avec lui tous ses biens, pour enrichir ensuite le ciel et la terre de ton très riche butin, et pour remplir de bien toutes les créatures, au moyen des trésors de ton très glorieux captif. De grâce,  par ce très cher butin, par lui ton captif mille fois bien-aimé, rachète-moi ma pauvre vie perdue ; cette vie si inutile, rétablis-la-moi, non pas sept fois, mais cent fois. Car si même j’avais seule toutes les vies des hommes, et des anges, je ne pourrais jamais valoir ce que vaut ton très désirable captif; combien moins le vaudrais-je, moi vile femme, cendre et poussière!

Oh! si le choix m’en était donné, qu’avec mon Jésus très cordialement aimé, tu me fasses aussi captive, que moi toute petite que je suis, tu m’enchaînes, tu me possèdes tout à toi, afin que par l’union et la parole de ce divin captif, je devienne, de pécheresse sainte, de femme inutile, vraiment spirituelle ; d’ennemie, vraie amie de Dieu ; de tiède vraiment altérée de Dieu, de stérile et inféconde, produisant toutes les vertus parfaites, et toute la sainteté . de l’état religieux! Oui, mon cher Jésus, que le sein de ta miséricorde soit le lieu de ma prison et de ma captivité! Que la chaîne de ton divin coeur soit pour. moi un lien tel que dans la violence de ton vivant amour, je devienne ta captive à perpétuité, collée à toi indivisiblement, tout entière vivante et adhérente à toi, afin qu’à tout jamais je ne puisse être séparée de toi. Amen.

 

A Prime, entretiens-toi avec l’Amour et la Vérité, afin qu’elles deux parlant pour toi, à l’heure de la mort, tu arrives sans crainte au jugement, ayant pour charitable avocat, Jésus lui-même ton propre juge. Tu lui diras donc:

 

Seigneur qui es si plein de bonté

Tu sais la chute qui est en l’homme;

Il est créé d’une matière bien faible,

Et nous sommes tombés dans le mal.

 

Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi quoique indigne, ce que je souhaite d’être à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton ‘très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.

 

Tu te mettras donc à apaiser Dieu de la sorte :

 

O chère Vérité, ô parfaite équité de Dieu, comment paraîtrai-je devant ta face, portant mon iniquité, le crime d’avoir perdu ma vie, le poids de mon excessive négligence? J’avais reçu le talent de la foi chrétienne et de la vie spirituelle, mais hélas, hélas! je ne l’ai pas donné aux banquiers pour en retirer la charité, afin de te le rendre comme tu le voulais, avec les profits de l’accroissement en toute perfection. J’avais reçu le talent du temps, non seulement je l’ai dépensé à rien; mais je l’ai perdu, gâté, et il n’en reste rien. Où aller, où me tourner, où fuir pour échapper à ton regard?

O Vérité, tu as à tes côtés comme assesseurs la justice et l’équité. Tu juges toutes choses, avec nombre, poids et mesure. Tout ce que tu saisis, tu le places en tes balances très exactes. Malheur à moi, mille fois malheur, si je te suis livrée sans avoir un avocat qui réponde pour moi. O charité, parle pour moi, réponds pour moi. Obtiens-moi pardon, plaide ma cause, et que je vive à cause de toi.

Je sais ce que je ferai. Je prendrai le calice du salut, je placerai le calice de Jésus dans le plateau vide des balances de la Vérité. Par là je suppléerai à tout ce qui me manque ; je couvrirai tous mes péchés : par ce calice je comblerai toutes mes ruines. Par ce calice je suppléerai, et au delà, à toutes mes imperfections. De grâce, ô Amour, moi; Jésus, lui, ton royal captif, dont toutes les forces ont été épuisées parce que les entrailles de ta miséricorde avaient été émues, ce Jésus qu’à cette heure même avec une telle violence, tu as tramé devant ses juges, pour le charger des péchés du monde entier, lui qui était sans tache, lui qui n’avait à porter que mon amour et mes péchés que tu voulais punir en lui ; oui, lui très innocent, lui très cher, lui condamné pour l’amour de mon amour, lui pour moi livré à la mort, je veux aujourd’hui le recevoir de toi, ô très cher Amour, pour le compagnon de mon jugement. Donne-le-moi pour otage, afin que je l’aie pour présider à toute l’affaire de mon jugement.

O chère Vérité, aller à toi sans mon Jésus me serait insupportable; mais paraître devant toi avec mon Jésus, ce m’est doux et aimable à l’excès. O Vérité, maintenant siège au tribunal entre en ta salle d’audience, et dis contre moi tout ce que tu voudras. Je ne craindrai aucun mal; je sais, je sais que ton visage ne me confondra pas, car j’ai avec moi ma grande espérance et toute ma confiance. Je, voudrais bien savoir quelle sentence tu prononcerais à mon sujet, maintenant que j’ai avec moi mon Jésus, lui mon très cher, lui mon très fidèle, qui a pris sur lui ma misère, afin de m’obtenir auprès de toi une complète miséricorde.

Mon très doux Jésus, aimable gage de ma rédemption, viens avec moi au jugement. Oui, soyons ensemble. Tu vas être mon juge et mon avocat. Tu diras ce que tu t’es fait pour moi, quel bien tu m’as souhaité, combien cher tu m’as payée, afin que je puise en toi ma justification. Tu as vécu pour moi, afin que je ne mourusse pas. Tu as porté mes péchés. Tu es mort pour moi, afin de me retirer de la mort éternelle. Tu m’as donné tous tes biens, afin que par toi je devinsse riche en mérites. De grâce, à l’heure de ma mort, juge-moi selon cette innocence, selon cette toute pureté que tu m’as conférée en toi, alors que tu as toi-même payé toute ma dette, ayant été jugé et condamné pour moi, afin que moi toute pauvrette et indigente par moi-même, je trouve en toi l’abondance de tous les biens.

 

A Tierce, tu t’adresseras à la Paix et à l’Amour, afin que la moelle et la force de tes pensées, soient à toujours consacrées au Seigneur, et que par elle tu te trouves à la mort pleinement réconciliée à Dieu. Tu diras donc :

 

Daigne instruire notre procès,

Toi à qui nulle âme n’est inconnue

Eloigne de nous toutes les rêveries

Du monde trompeur.

 

 

Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux, en nous pardonnant; accorde-moi quoique indigne ce que je souhaite, d’être, à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.

O Paix de Dieu, qui surpasses toute pensée, suave et aimable, douce et utile, partout où tu viens, là est une sécurité imperturbable. Seule, tu peux arrêter la colère du souverain; tu ornes de clémence le trône du roi; tu enrichis de miséricorde et de bonté le royaume de la gloire suprême. De grâce, plaide ma cause, car je suis coupable et pauvre. De grâce, prends-moi sous tes ailes, afin que je sois protégée contre des maux imminents, que je redoute à cause de mes négligences, grandes et  innombrables.

Le créancier est à ma porte, me redemandant la vie qui m’a été donnée en dépôt. L’huissier est là, exigeant de moi le tribut du temps qui m’a été donné; et il n’est pas sûr pour moi-même de causer avec lui, puisque je n’ai pas de quoi payer ma dette. O très doux Jésus, toi qui es ma paix, tu gardes le silence? Tu ne fais pas semblant? Tu restes muet? De grâce, au moins à cette heure, parle pour moi, dis dans la charité ce seul petit mot : « Moi, je le rachèterai. » Car tu es le - refuge de tous les misérables. Tu ne passes auprès de personne sans lui offrir le salut. Tu n’as jamais renvoyé sans être réconcilié celui qui a recours à toi. De grâce, ne passe pas près de moi pauvre et désespérée sans me faire la charité. Apaise pour moi le Père: reçois-moi dans le sein de ta charité. Donne-moi à boire ce verre d’eau froide de la sainte espérance, afin que je puisse vivre. O charité, rafraîchis ma langue. Rends la vie à mon âme qui est près de se mourir d’indigence spirituelle.

De grâce, ô Amour, ô Amour, mon Jésus, à cette heure pour moi flagellé, couronné d’épines, traité sans pitié, Jésus mon vrai Roi, hors duquel je n’en connais point d’autre, que tu as fait l’opprobre des hommes, abject et repoussé comme un lépreux, au point que la Judée a nié qu’il fut le sien, afin que grâce à toi, il fut mien, ce Jésus très innocent, très cher, qui pour moi payé si pleinement ce qu’il ne devait pas, oh! plaise à toi de me le donner, mon Jésus, dans les bras de mon âme, afin que je le pose sur mon coeur, et que je rende la vie à mon âme par l’amertume de ses douleurs et de ses souffrances! De grâce, que ce très amer châtiment que tu lui as infligé pour me donner la paix, soit le paiement de toutes mes dettes et négligences.

O Paix, puisses-tu être pour moi une chaîne glorieuse qui me lie pour toujours à Jésus. Sois la très chère colonne sur laquelle je m’appuie, afin qu’attachée à toi par une indivisible amitié, je devienne avec Jésus un seul coeur, une seule âme: qu’en toi, ô très douce Paix, je reçoive la flagellation de la charité, les plaies intérieures de l’amour; que par toi je demeure attachée à mon Jésus pour toujours. O Paix, fais-moi encore une toute petite chose,. Ouvre-moi ce vase d’albâtre, ce très précieux trésor d’amour, que tu as en réserve en toi, afin que par sa vivante odeur, il réveille mon esprit engourdi.

Arrose et oins mes sens du sang de la tête très glorieuse de Jésus, et de la douleur de ses sens adorables, afin que par la saveur de ce baume je sois tout entière tirée de la paresse et de la torpeur de mon esprit, comme on voit au printemps la terre changer sa stérilité en une floraison nouvelle.

De grâce, ô mon très doux Jésus, que les actes de tes sens très saints soient la rémission de ma faute, et la réparation de toutes mes négligences; afin que je trouve en toi tout ce qui me manque en moi, que je le trouve, dis-je, en toi, qui tout entier t’es dépensé pour moi. Amen.

 

A Sexte, tu t’entretiendras avec la Sagesse et l’Amour, afin que tout en toi soit renouvelé, et qu’à l’heure de la mort, par la vertu de la sainte croix de Jésus-Christ, tu sois à l’abri de toutes les tentations et embûches de l’ennemi.

 

Nous sommes arrivés ici comme étrangers,

Nous gémissons dans l’exil

Tu es le port et la patrie.

Conduis-nous au séjour de la vie.

 

Que la bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi quoique indigne ce que je souhaite, d’être à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.

O admirable Sagesse de Dieu, que ta voix est puissante, qu’elle est magnifique. Sans exception tu appelles à toi tous ceux qui te désirent. Tu habites en les humbles. Tu aimes ceux qui t’aiment. Tu rends justice au pauvre. Tu as une tendre compassion pour tous., Tu ne hais rien de ce que tu as créé. Tu sembles ne pas voir les péchés des hommes, et tu les attends miséricordieusement à pénitence. De grâce, ouvre-moi aussi une source de vie, donne-moi à goûter de ton indulgence, afin que je sache ce qui est agréable à tes yeux en tout temps.

O Sagesse, tu portes en ta main droite le drapeau sacré de l’éternité; à toi tout réussit heureusement. Toi, toute seule, tu peux toutes choses. Demeurant immuable en toi, tu renouvelles toutes choses. De grâce, renouvelle-moi et sanctifie-moi en toi, afin que tu puisses te rendre présente en mon âme. C’est toi qui fais les amis de Dieu. Je t’en prie, fais-moi acquérir l’amitié de Dieu. Fais-moi dès le matin te rechercher avec empressement, afin que je te trouve en vérité. Toi-même viens au-devant de moi, afin que j’aie le vrai désir de’ te posséder.

Oh ! avec quelle prudence tu vas régler toutes choses, avec quelle providence tu disposes tout, toi qui, en vue de sauver les hommes, par un très sage conseil, as entrepris .de circonvenir le roi de gloire, lui insinuant une pensée de paix, prenant, sa royale majesté pour accomplir le dessein de ta charité, et lui as imposé une occasion d’amour, afin qu’il portât sur le bois le péché du peuple. Oui, oui, il est ainsi, ô admirable Sagesse de Dieu; toute la malice diabolique n’a pu empêcher tes oeuvres magnifiques; toute l’ignorance de la perversité humaine n’a pu empêcher ta résolution miséricordieuse; toute la multitude des crimes n’a pu prévaloir contre la grandeur de ta miséricorde, l’immensité de ton amour, la plénitude de ta bonté; et ton habileté suprême a prévalu, pour disposer tout avec suavité, et atteindre avec force d’une extrémité à l’autre.

O Sagesse, puissance surexcellente de la divine majesté, qu’il te plaise de déployer ton efficacité en moi bien qu’indigne. Qu’il te plaise, par un souffle de ta bouche, de chasser et anéantir en moi, pauvre petite, tout ce qui résiste à ta volonté, à ton bon plaisir, afin que par toi je vainque toutes les tentations, afin que par un grand amour mourant à moi je vive par toi, que par toi je surmonte tous les obstacles ; et que sous ta conduite, je me tire heureusement du naufrage de cette vie, recevant de toi l’habillement de la charité, le manteau de la dilection, et faisant avec toi l’alliance du vivant amour.

O Sagesse, quel jeu tu joues, et comment tu circonviens mon Jésus. Tu dépouilles le Roi de gloire, et tu fais de lui un spectacle d’ignominie. Tu cloues à la croix la rançon du monde entier. Toi seule tu pèses et discernes ce que vaut ce mystère pour payer la dette de toutes les prévarications. Tu élèves de la terre en la croix la vie de tous, afin que par sa mort il attire et vivifie toutes choses.

O Amour sage, quel doux remède tu prépares afin de parer à la perte universelle. Quel doux remède tu appliques pour guérir la blessure de tous. O Amour, ton conseil est le secours des perdus. Tu condamnes l’Innocent afin de sauver un malheureux coupable. Tu verses le sang du Juste, afin d’apaiser la Justice en courroux, et d’attirer la clémence du Père sur le pauvre et l’indigent. O amour sage, ta sentence est le soulagement des misérables. Tu plaides pour la paix, tu écoutes les réclamations de la miséricorde. Par un sage conseil, tu secours l’angoisse universelle, par la très bienveillante volonté de ta clémence. Tu mets fin au malheur de tous, par le glorieux travail de ta miséricorde. O Amour, ton invention est pour les perdus l’occasion du salut.

O Sagesse, maintenant donc est ouvert ton cellier rempli de compassion. De grâce, jette les yeux sur moi misérable, me tenant dehors,  à la porte de ta charité. De grâce, remplis le manteau de ma pauvreté de la bénédiction de tes douceurs. Devant toi est mon désir, pareil à un vase vide. De grâce, ouvre-moi la porte de ta plénitude. Enseigne à mon coeur tes chastes conseils, tes préceptes lumineux, tes témoignages fidèles. Fais que j’aie bon souvenir de tes commandements pour les accomplir. De grâce, ô mon Jésus, ne me traite pas selon mes péchés et ne me punis pas selon mes iniquités. Et comme par ton sang tu m’as été propice, daigne par la vertu de ta sainte et précieuse croix me réparer tout ce que j’ai perdu de ma vie. De grâce, ô Amour sage, cache et efface tout mes péchés. Supplée toi-même à toutes mes négligences, par mon Jésus qui de son gré s’est abandonné à toi.

 

A None, entretiens-toi avec l’Amour et la Dilection, afin qu’elles te donnent leurs biens en échange de tes maux, et que tu enfermes ta mort dans la mort de l’Agneau, en sorte que sous une telle protection, tu passes ici en toute sécurité.

 

Dis le verset:

 

Étant riche, tu t’es fait pauvre;

Pour nous tu as été cloué à la croix;

Par le sang et l’eau coulant de ton côté,

Lave et purifie-nous de la vie du vieil homme.

 

Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi quoique indigne ce que je souhaite, d’être à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.

O belle Dilection de Dieu! O flamme d’amour plus forte que la mort ! Tu es la réparation de la créature, le salut ,et la rédemption du monde entier. Combien douce est ta parole, combien belle est ta conversation. Ta société n’est point ennuyeuse, ta compagnie est la vraie joie qui n’a point de fin. Entre donc en ma pauvre demeure, et repose avec moi. Fais-moi entendre tes discours pleins du Saint-Esprit, afin qu’avec toi j’oublie toutes mes angoisses et, tribulations. En cette voie où je marche, sois avec moi, car tous les biens me viennent en même temps que toi.

O Dilection si digne d’honneur, me voici pauvre petite femme, renversée par mes négligences comme, par un vent très violent, épouvantée de mes péchés qui sont pour ma conscience comme un tonnerre; je me réfugie sous le toit de ta miséricorde, car je vois que je n’ai plus d’espoir sinon en toi, et nulle part hors de toi je ne trouve de repos. Comme une mère, tu me réchauffes dans ton sein, moi petite perdue. Par un conseil très habile et très prévoyant, tu te joues du Fils du Très-Haut, et tu ne le ménages pas, au point de le faire mourir, afin de sauver un misérable désespéré.

O charité, ô dilection, tu as fait dans le fils de la Vierge, et pour les pécheurs, une chose telle, qu’en toi tu as donné espérance à tous les désespérés. Par ta bonté tu contrains tous les hommes à agir avec confiance avec toi; et afin qu’aucun misérable ne puisse se plaindre de toi, tu prends la cause de tous et la mets en état de salut. O charité, à moi pauvrette, à moi délaissée, prépare en toi une chambre de conseil, un nid de refuge, où je puisse reposer mon esprit fatigué. Porte avec moi le litige de mon exil. Soutiens mon esprit pusillanime. Console les angoisses de mon coeur, et dis-moi: Je ne t’oublierai pas. De grâce, ô charité, vérifie en ceci ta parole. Tu as des réunions, daigne m’y appeler ; des fêtes, mon âme les désire vivement; une sorte de marché pieux, je voudrais en être, afin de recevoir tes biens en échange de mes maux. C’est toi qui as tenu mon Jésus, mon doux salut, si fortement attaché à la croix, que défaillant sous ta main, il est mort d’amour.

O charité, que fais-tu? A qui t’en prends-tu? Tu n’as pas de repos, tu n’épargnes rien pour sauver les misérables. Tu ne donnes à l’Amour aucune mesure. Voilà la fontaine de vie, tu lui fais souffrir une telle soif, qu’il ne lui suffit pas de mourir une fois, mais en mourant il se livre encore à l’Amour, au point qu’il a soif et qu’il souhaite de mourir encore pour chacun de nous, pour racheter ses pauvres perdus à un plus cher prix. O Amour, tu as eu cette adresse de toucher si habilement le nerf du coeur de mon Jésus, que touché par l’amour, il s’est desséché. O Amour, que cela te suffise, garde donc quelque mesure, maintenant que mon Jésus est mort, là sous tes yeux, cloué à la croix. Il est mort, oui bien mort, afin que j’ai la vie plus abondamment; il est mort, afin que le Père m’adoptât pour sa fille plus amoureusement; il est mort afin que je vécusse plus heureusement.

O mort très chère, sois mon très heureux partage. De grâce, ô mort, que mon âme trouve en toi son nid. O mort qui produis les fruits de la vie éternelle; de grâce que je sois toute engloutie dans les flots de vie qui coulent de toi. O mort qui es vie sans fin, de grâce, que sous tes ailes j’espère. O mort salutaire, que mon âme demeure en tes biens magnifiques. O mort très précieuse, tu es le plus cher de tous mes biens. De grâce, absorbe en toi toute ma vie, et que ma mort soit toute noyée en toi.

O mort très efficace, que sous ta garde ma mort soit sûre et tranquille. O mort vivifiante, que je me fonde sous tes ailes. O mort d’où coule la vie, de grâce qu’une douce étincelle de vie, venant de toi, brûle en moi à tout jamais. O mort glorieuse! ô mort fructueuse! O mort qui renfermes tout mon salut, douce alliance de ma rédemption, pacte très ferme de ma réconciliation. O mort triomphante, douce et vivifiante, en toi brille pour moi une charité telle, qu’il n’y en a ni au ciel ni en terre qui lui soit pareille.

O mort si cordialement chère, tu es la confiance de mon coeur. O mort très aimante, en toi  se trouvent pour moi tous les biens; de grâce, prends tendrement soin de moi, afin qu’en mourant doucement je me repose sous ton ombre. O mort très miséricordieuse, tu es ma vie très heureuse., Tu es mon partage excellent. Tu es ma rédemption très abondante. Tu es mon héritage très magnifique. Enveloppe-moi tout entière en toi, en toi cache ma vie, en toi prends ma mort.

O mort source de douceur, toi-même pourvois à ma mort; lors des angoisses de la mort, environne-moi tout entière. Que par toi j’aie une fin heureuse, et que les larrons ne viennent pas inquiéter mon départ. Reçois mon esprit, dans le sein de ta très chère rédemption. Prends mon âme dans le lit de ta très abondante charité, absorbe en toi ma vie, plonge-moi tout entière en toi. O chère mort, prépare-moi en toi mon repos. Fais-moi heureusement expirer et suavement m’endormir en toi. O mort très cordialement aimée, garde-moi alors en toi pour toujours, en ta charité maternelle, en acquisition et possession à jamais durable.

O Amour, c’est toi qui m’as acquis cette mort très salutaire, ce partage très cher. Tu as pour moi fait tant et de telles choses, que tu m’as obligée à te servir à perpétuité. Que te rendrai-je pour de tels bienfaits qui sont infinis? Quelles louanges et actions de grâces pourrai-je t’offrir, quand même je m’y dépenserais mille fois. O ma si copieuse rédemption, que suis-je à côté de toi, moi pauvre petite femme? Je t’offrirai donc toute mon âme que tu as rachetée, je t’apporterai tout l’amour de mon coeur. Transporte en toi toute ma vie; fais-moi passer en toi tout entière, et me renfermant en toi, fais-moi une même chose avec toi.

O Amour, l’ardeur. de ta flamme divine m’a ouvert le coeur très doux de mon Jésus. O coeur source de douceur ! O coeur regorgeant de miséricorde ! O coeur surabondant de charité ! O coeur distillant de suavité ! O coeur plein de tendresse. Oui fais-moi mourir d’amour et de dilection pour toi. O très cher coeur, je t’en prie, absorbe en toi tout mon coeur. O très chère perle de mon coeur, invite-moi à ton festin vivifiant. Verse-moi, à moi indigne, le vin de ta consolation, afin que mes ruines spirituelles soient comblées par ta divine charité, et que la surabondance de ta charité supplée à l’indigence et à la pauvreté de mon âme.

O Amour, qu’il te plaise donc d’offrir maintenant ce coeur, ce très doux parfum, ce très suave encens, ce très digne sacrifice, de l’offrir pour moi, devant l’autel d’or de la réconciliation des hommes, en réparation de tous les jours où j’ai vécu, sans te rapporter quelque fruit. O Amour, plonge mon esprit dans le courant de ce coeur plus doux que le miel, ensevelissant en l’abîme de la divine miséricorde toute la masse de mes iniquités et négligences. En Jésus rends-moi moh esprit très lucide, mes affections très pures, afin que par toi je possède un coeur libre de tout amour charnel, un coeur dégagé, élevé, et qu’à l’heure de ma mort, sous ta conduite, je le remette pur entre les mains de Dieu.

O coeur aimé par-dessus tout, c’est vers toi que mon coeur crie maintenant. Souviens-toi de moi; que la douceur de ta charité vienne réconforter mon coeur, je t’en supplie. De grâce, que la moelle de ta tendresse s’émeuve sur moi, car hélas! j’ai bien des démérites; mais de vrais mérites, je n’ai rien. Mon Jésus, que le mérite de ta mort, qui lui seul a eu assez d’efficace pour payer la dette de tous, me remettre toutes mes fautes, me rendre tous les biens que j’ai perdus, me convertissant si efficacement à toi, que par la violence du divin amour, totalement changée de ce que j’étais, je trouve à tes yeux cette grâce, j’obtienne cette miséricorde, que tu m’as méritée quand par l’amour de mon amour, tu as défailli mourant sur la croix. Donne-moi encore, ô cher Jésus,  de t’aimer toi seul en tout et par-dessus tout, de m’attacher à toi avec ferveur, d’espérer et de surespérer en toi.

Donne-moi de plus de répondre dignement à la mort, afin qu’à l’heure de ma mort, sans aucun retardement, je mérite de goûter le très doux fruit de ma rédemption, et le mérite souverainement digne de ta mort, avec une aussi grande efficace, que tu l’as désiré pour moi, quand ayant soif de mon salut, tu as rendu l’esprit, et m’as rachetée au prix si élevé de ton sang. O Amour, à ma mort, dis-moi un doux au revoir, afin que doucement je me repose en paix en toi. Amen.

 

A Vêpres, va avec l’Amour et la Bonté apaiser Dieu, afin qu’au terme de ta vie elles répondent en ta place au Seigneur pour toutes tes dettes et imperfections.

 

Dis ce verset:

 

Heureuse la Charité qui a, soif

De toi, fontaine de vie, ô Vérité !

Oui, bienheureux un peuple

Dont les yeux sont fixés en toi,

 

 

Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi bien qu’indigne, d’être à l’heure de ma mort, sans obstacles, rassasiée de la vue de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.

O douce Bonté de Dieu ! O chère libéralité de Dieu ! Tu ouvres ton sein à tous, tu es le refuge des pauvres. O Bonté, quel conseil me donnes-tu? J’ai grand froid, je ne puis plus supporter l’âpreté de l’hiver, où fuir? La tiédeur de mon esprit a été portée ,au point de glacer mon coeur tout entier. Mets-moi à l’ombre de tes épaules; cache ma honte et ma nudité, afin que sous tes ailes je me réchauffe, et recouvre à toujours l’espérance.

O Bonté, ô Bonté, je suis dans l’angoisse, m’abandonne pas. Ne détourne pas ta face de mes sanglots et de mes cris. Que ta charité te force à m’écouter patiemment. Ouvre-moi ton sein, que je me repose un peu, et devant toi je répandrai mon esprit, étant bien assurée sur toi-même et la compassion qui t’est propre, que tu ne méprises jamais un désolé, que tu ne dédaignes point celui qui souffre. Oh! que toutes tes manières de faire sont avenantes aux misérables ; oh ! combien agréables aux défaillants les odeurs de tes parfums!

Tu relèves ceux qui sont brisés, tu délies ceux qui sont enchaînés; tu compatis à tous ceux qui souffrent, tu regardes avec des tendresses mère les besoins de tous. Pieusement tu prends soin des désespérés. Avec grande clémence subviens à l’indigence de tous. De grâce, prête l’oreille à ma demande, à moi pauvre indigente, afin que pour mon âme tu m’accordes un de tes rares entretiens, et que je reçoive de toi tes chers conseils.

Voici:  je redoute grandement les péchés que j’ai commis ; j’ai honte de toutes mes omissions, je redoute à l’excès ce que j’ai perdu de ma vie. Je crains l’examen qui se fera alors que « l’homme, noble, » Jésus-Christ, entrera en compte avec moi. S’il veut me redemander le dépôt de mon temps et le profit du talent de l’intelligence qu’il m’a donné, assurément je ne pourrai lui répondre rien qui satisfasse sa charité.

Que ferai-je? Où me tourner? Fuir la terre, je ne le peux; mendier, je ne l’ose. O Bonté, ô Bonté, ouvre la bouche maintenant, et que ton doux conseil, e t’en supplie, vienne rendre la vie à mon esprit. Réponds-moi, de grâce, dis-moi ce que tu penses que je doive faire; car ton nom même le dit, tu as de vrai un bon coeur, et tu sais très bien ce qui m’est le plus expédient. De grâce, pardonne-moi, viens à mon secours, et ne sois point insensible à la tribulation que je souffre. Que la pauvreté de mon esprit t’émeuve, et que touchée à l’endroit le plus sensible du coeur, tu me dises: A nous deux, faisons bourse commune !

O Bonté, ô Bonté, tu as chez toi un dépôt de telles et de si grandes richesses, que le ciel et la terre ne sauraient les contenir. Tu as contraint mon Jésus à donner sa vie pour nia vie, son âme pour mon âme; pour faire miens tous ses biens, et pour de ton abondance enrichir les pauvres. De grâce, appelle à ta table mon âme affamée, afin que je puise la vie dans tes richesses, et que par toi élevée et nourrie sous la discipline du Seigneur, je ne défaille point, jusqu’à ce que conduite par toi je revienne à mon Dieu, et je rende mon esprit â celui qui me l’a donné.

O Bonté, ô tendresse, ô douce libéralité de Dieu! tu as dans ta chambre secrète, un certain don admirable, qui met le ciel en stupeur et la terre en admiration, lequel depuis le commencement des siècles jusqu’à la fin n’a jamais eu, et jamais n’aura son pareil. En effet, tous les jours, à l’autel, tu offres pour moi à Dieu le Père un tel sacrifice, un tel holocauste, un tel encens. Oui surpasse tout mérite, et qui vraiment peut rien payer mes dettes. Tu offres au Père son Fils qui est vraiment l’objet de ses complaisances, afin de l’apaiser envers moi et de me réconcilier à lui.

Donc, par ce sacrement qui peut sans peine suppléer à toutes mes imperfections, et réparer tous mes défauts, renouvelle ma vie, rends-moi au centuple tout ce que j’ai perdu, afin que mon âme en toi se réjouisse, afin que par toi ma jeunesse soit renouvelée comme celle de l’aigle, que ma vie se convertisse à toi, que toute ma puissance entre à ton service, que toute ma substance te glorifie. Mon Jésus, par ta bonté efface toutes mes iniquités, par ta charité couvre et fais disparaître tous mes péchés, par ta dilection supplée à toutes mes négligences, par ton amour rétablis-moi en cette liberté d’esprit, liberté que tu m’as acquise, toi l’Innocence même, en mourant pour moi et la payant de ton sang. Fais-moi conforme à ta volonté, afin que je transforme ma vie en toi. Fais-moi tout entière telle que tu veux que je sois, afin qu’après cette vie, sortant du .nuage de mon corps, je voie dans la jubilation ta face plus douce que le miel.

 

A Complies, tu converseras avec l’Amour et la Persévérance, afin que ta pauvre vie étant échangée avec la très digne vie du Seigneur Jésus, par lui tu te trouves à l’heure de la mort, pleinement consommée en la Sainteté et la perfection de l’état religieux.

 

 C’est à toi une grande gloire,

Que le souvenir de ta louange,

Laquelle célèbrent sans fin

Ceux qui élèvent leur coeur en haut.

 

 

Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi bien qu’indigne d’être à l’heure de ma mort, sans obstacle, rassasiée de la vue de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.

O charité persévérante du Seigneur Jésus, qui nous a aimés jusqu’à la mort, seule tu portes le diadème de la royauté. A toi est dû le titre de gloire, le triomphe de la victoire. Par tes soins prévoyants, sous ta garde diligente, arrivent au Roi des rois des présents tels que le ciel en est dans l’étonnement.

O charité persévérante, vraiment ta voix est douce et retentissante, ta face est suave et gracieuse. Tu sais même dans le désert recueillir des dons si rares, des vertus si. variées, des parfums si doux, que le Dieu du ciel d’un regard joyeux révère ta face, louant et désirant ta beauté, ta splendeur. Par-dessus tout Dieu te favorise de sa complaisance, il est immuable au milieu de toi, reposant là comme un époux en sa chambre nuptiale. De grâce, ô vrai midi, aide-moi dès le matin, préservant mon âme de tout crépuscule, de tout aveuglement.

O charité persévérante, tu es la perfection de toutes les vertus, la santé de l’esprit. Tu rends légers les fardeaux pesants; tu sais par ton accoutumance, ton b?n usage, rendre doux et agréables les travaux de toutes les vertus. O parfaite charité de Dieu, en toi est toute douceur et suavité. Tu es la vraie paix, la sécurité. En toi il y a paix et tranquillité imperturbable. Tu es le commencement et la perfection de tous les biens, tu es l’accomplissement des commandements de Dieu. Tu es le sabbat des sabbats. En toi la sagesse trouve son repos, en toi l’amour parfait son oeuvre.

O charité persévérante, c’est toi qui en mon Jésus as accompli l’oeuvre voulue par sa bonté. C’est toi qui as accompli l’oeuvre de notre rédemption, faisant rentrer les perdus en l’état d’adoption. C’est toi qui as suavement fait s’endormir en paix mon Jésus; c’est en toi qu’il s’est reposé de ses labeurs, sous ton ombre qu’il a dormi, en toi qu’il a gardé doucement le repos du sabbat, sous ton sceau qu’enfermé et enseveli il a dormi du sommeil d’amour.

O charité, sous ta garde, sous ta diligence, ta vigilance, tu gardes le cher prix de mon âme, prisé plus que l’or et la topaze, lequel seul peut suppléer à tous mes défauts et réparer toutes mes imperfections. De grâce, là où tu gardes en réserve mon très cher trésor, place et réserve aussi mon coeur, afin que par toi mon esprit tout entier demeure là où habite mon cher, mon très cher bien.

O charité qui es vie, ô persévérance si forte du Seigneur Jésus, vers toi du fond de mon coeur s’élève le cri de mon esprit. De grâce, sois mon ambassadeur, parle pour moi, et si bien, que mon Jésus, mon Roi et mon Dieu, qui avec toi a accompli l’oeuvre que le Père lui avait mise en main pour l’accomplir, que mon Jésus me donne aussi par toi un coeur pur, à moi pauvre petit vermisseau, qu’il me donne un esprit invincible pour le servir avec un zèle fidèle et diligent, qu’il me donne de porter constamment ses commandements, d’une épaule toute de bonne volonté, sous le joug de l’amour, afin que toi, ô amour efficace, en ma vie et en ma mort, tu sois le prix de mon rachat au centuple, et que je te reçoive toi-même pour ma couronne, car ma joie tout entière est en toi.

Fais-moi par une contrition aimante et une humble pénitence ronger mes péchés, et toute l’imperfection et les défauts de mes oeuvres, les ronger pareille à un petit chien’6, afin qu’après cette vie, je reçoive cette miette très douce, je veux dire la très douce jouissance de la face d’où coule le miel de Jésus, afin que par toi je sois rassasiée dans la joie éternelle, alors que m’apparaîtra la gloire de mon Jésus.

O amour solide, fort et insurmontable, que ton habileté m’enseigne à aimer Jésus avec une invincible constance, et à le servir avec une persévérance victorieuse; afin que par ton excitation, ton impulsion, je sois toujours prête quand le Seigneur viendra, à la première ou à la seconde veille, et que je ne sois ni engourdie ni endormie quand ~se fera le cri au milieu de la nuit, mais que sous tes ordres et ta conduite, je sois digne d’entrer aux noces avec l’Agneau.

Qu’il en soit ainsi, et que par tes soins ma lampe se trouve alors remplie de l’huile de la charité, ardente du feu de la dilection, éclairée de la brillante lumière des oeuvres d’une foi vive, afin que par toi je possède les délices de la vie éternelle.

Mon très doux Jésus, Epoux très aimé, fais maintenant revivre en toi mon esprit, et par ta mort rends-moi une vie qui soit pour toi seul. Donne-moi de me conduire d’une manière digne de ton sang précieux. Donne-moi un esprit qui te savoure, une pensée qui te pense, une âme qui comprenne ta volonté, une vertu qui accomplisse ton bon plaisir, une fermeté qui persévère avec toi. De grâce, et à l’heure de ma mort ouvre-moi sans retard la porte de ton très doux coeur; afin que par toi sans aucun empêchement je mérite d’entrer en la chambre nuptiale de ton vivant amour, là où je t’aurai, où je jouirai de toi, ô la vraie joie de mon coeur. Amen.

 

Le jour où tu célèbres cette réparation, sur le midi, tu prieras le Seigneur de t’introduire dans le jardin de son divin coeur, pour y être lavée sept fois dans le Jourdain des mérites de sa vie et de sa passion, afin que purifiée de tout péché, au jour de ta mort, tu sois toute belle introduite en la. chambre nuptiale de son divin amour.

O Jésus, mon vivant salut, toi qui es du pays des anges, si éclatant de beauté, hélas, hélas ! mon âme, ta créature bien-aimée, est dans les ténèbres de l’aveuglement. Sois donc mon salut et ma parfaite lumière. Mon bien-aimé, par les pures larmes de tes yeux très brillants, lave toutes les taches des péchés de mes yeux, afin qu’au terme de ma vie, sans empêchement, des yeux purs de mon coeur, dans le miroir de la Sainte Trinité, je voie ton très doux visage, car tu es seul l’objet de tous les désirs de mon coeur. De grâce, plonge-moi vite dans l’abîmé de la divine jouissance.

O Jésus, mon aimable espérance, Epoux fidèle et plein de miséricorde, qui ne méprise jamais les soupirs des malheureux, hélas, hélas! par ma faute mon oreille est devenue sourde. O Père des miséricordes, de grâce, que d’une oreille docile, je t’obéisse en toute ma vie. Mon bien-aimé, par la douce bonté de tes bénites oreilles, efface les péchés de mes oreilles, afin qu’à ma mort je n’aie point la crainte de la rude parole; mais qu’à ton très doux appel, mes oreilles reçoivent la joie et l’allégresse, parce que seul tu es toute mon attente. De grâce, emmène-moi vite à tes noces.

O éternelle douceur de mon âme, ô unique bien-aimé de mon coeur, toi dont le visage est tout amabilité et le coeur tout suavité, hélas, hélas! ma pensée s’en va courir hors de toi. De grâce, ô Dieu de mon coeur, recueille en toi mon esprit dissipé. Mon bien-aimé, par la pure intention de tes très saintes pensées, par l’amour ardent de ton coeur percé, lave toutes les fautes de mes méchantes pensées, et de mon coeur coupable, afin que ta passion très amère me tienne sous son ombre à ma mort, et que ton Coeur ouvert d’amour soit ma demeure pour toujours, parce que seul tu es ‘mon bien-aimé par-dessus toutes les créatures. De grâce, ne souffre pas que je m’éloigne longtemps de toi, ô l’unique bien-aimé de mon coeur.

O Jésus, fils unique du Père céleste, doux et miséricordieux Seigneur, qui jamais ne laisses en la désolation ceux que tu as adoptés pour enfants, hélas, hélas! j’ai beaucoup péché par ma langue. O toi qui es ma gloire, remplis ma bouche de ta louange. Mon bien-aimé, par la vivante puissance des douces paroles de ta bénite bouche, efface toutes les offenses de ma bouche souillée, afin que dans le baiser de ta paix plus douce que le miel, joyeuse je parte de ce monde, car ta bouche si douce seule peut consoler l’intime de mon coeur. De grâce, ô bel Amour, lance à mon coeur un trait de ta vivante. dilection, afin que mourante je tombe en l’abîme de la source de vie qui est toi-même.

O Jésus, très sage ouvrier, très excellent travailleur, qui as si bien réparé l’ouvrage de tes mains que j’ai brisé, hélas! toutes mes oeuvres sont imparfaites, et non selon ta loi. De grâce, ô mon refuge et ma force, que toutes mes oeuvres soient sanctifiées en toi par la coopération de ton vivant amour. Mon bien-aimé, par tes oeuvres si parfaites, par tes mains clouées à la croix, efface toutes les offenses de mes mains impies, afin que sans empêchement, sans retard, à ma mort je me jette en tes doux embrassements, parce que tu es mon légitime époux, choisi entre mille. De grâce, à cette heure dernière, non pour mes mérites, mais par ta propre bonté, reconnais-moi comme tienne.

O Jésus, jeune, aimable, amiable et désirable, toi dont la société est si noble et si souhaitable, hélas, hélas ! j’ ai quitté, le droit chemin, et je n’ai pas gardé tes commandements. De grâce, ô mon cher guide, dirige mes pas dans ta volonté. Mon bien-aimé, par la douloureuse fatigue de tes bénits pieds, et par les divines plaies qui les ont percés, lave toutes les fautes de mes pieds pécheurs, afin que par toi, ô fidèle défenseur de mon voyage, j’arrive pleine de joie jusqu’à ce tabernacle admirable de la maison de Dieu, car tu es l’unique couronne après laquelle je cours. De grâce, donne-moi un amour actif, qui ne me laisse pas agir avec tiédeur et négligence, mais qui me fasse infatigablement courir après toi.

O Jésus, grand Dieu, doux et compatissant,. qui ne sais donner que des choses grandes ! ô Dieu vivant, dont l’influence pleine d’ardeur ramène en ton sein tout ce qui jamais est sorti de toi, hélas, hélas ! ma vie tout entière est perdue, desséchée, anéantie. De grâce, ô Dieu de ma vie, que ma vie en toi reverdisse, refleurisse et prenne la force de porter de dignes fruits. Mon bien-aimé, par la noble innocence de ta vie, par sa pureté et sa sainteté, efface toutes  les taches de ma vie perdue, afin que ma vie ne soit plus désormais avec moi, mais que par la force brûlante de ton amour, elle soit tout entière emportée en toi, et qu’à l’heure de ma mort je me trouve heureusement en toi, ô ma vraie vie! car tu es mon souverain et très aimé bien, l’unique refuge de mon âme. De grâce, donne-moi de languir d’amour après toi, de mourir de désir, de te louer avec jubilation, et de brider éternellement du feu de ta charité. Amen.

 

Le soir, comme pour cueillir des fleurs avec le Bien-aimé, tu prieras pour lui demander sa bénédiction et les vertus comme ci-dessous :

 

Bien-aimé Jésus, que ton âme aujourd’hui me bénisse. Me bénisse ta suprême divinité. Me bénisse ta fructueuse humanité, avec telle efficace, que ta royale munificence me laisse des signes si évidents de ta bénédiction, que devenue tout autre que j’étais je m’attache à toi inséparablement par un amour invincible. Fais-moi parfaite en amour. Fais-moi agréable à toi en l’esprit d’humilité, en la fraternelle charité, en la chaste simplicité, en l’humble modestie, en la pureté du. coeur, en la garde des sens, en la sainteté de la vie, en la prompte obéissance, ,en la douce patience, en la science spirituelle, en la pauvreté volontaire, en la sainte douceur, en la gravité de la conduite, en la joie de l’esprit, en toute vérité, en la bonne conscience, en la constance de la foi, en la sainte persévérance, en la force de l’espérance, en la plénitude de la charité, et en la bienheureuse perfection de ta dilection; afin que mon coeur vrai buisson d’épines se convertisse en un paradis et un buisson de toutes vertus et perfection, et devienne comme un champ, tout plein de paix, de sainteté et de piété, comme un champ que le Seigneur a béni.

De grâce, ô Jésus, très cordialement aimé, sois avec moi toujours, de telle sorte que mon coeur demeure avec toi, que ton amour persévère indivisiblement avec moi, et que mon départ de ce monde soit tellement béni de toi, que dégagé des liens du corps, mon esprit repose en toi à tout jamais. Amen.

 


 

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