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Figures Bibliques

 

FIGURES BIBLIQUES

 

 

ADAM ET EVE (1)

 

Ils dorment tous deux dessous le ciel bleu,

Couple qu'enchanta le charme de Dieu ;

Autour d'eux, surpris, vibre entier le monde :

Bêtes, arbres, vents, tout danse la ronde !

Tel, auprès d'un lit ou de deux berceaux,

Un chant de nourrice endort deux jumeaux,

Accourt fredonner chaque créature

Près des deux dormants dessus la verdure !

La brise embaumée emplit l'horizon,

Chaque arbre frémit en sa frondaison ;

Entre ciel et terre, éclate un ramage,

Un concert d'oiseaux au brillant plumage!

 

L'un gazouille ici : « Berçons leur sommeil ! »

L'autre dit : « Qu'ils ont beau front, teint vermeil ! »

Les cris des perdrix et des hirondelles

Se mêlent à leurs grands battements d'ailes !

Volètent les uns ; d'autres viennent, vont ;

La tourterelle a, ce jour, bel aplomb !

Chacun semble, dans son langage, dire :

 

« Charmants fiancés que le Monde admire,

« Debout ! L'heure sonne où le doux Hymen

« Vous tend à tous deux sa divine main !

« Trêve au long sommeil ! Le Bonheur vous frôle :

« Nos ailes pour vous vont leur farandole !

« Beau couple assorti par le Créateur,

 

(1) Extrait de l'Homélie sur la Création du Monde. Voir édition chaldéenne Bedjan, tome III, p. 124.

 

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« Debout ! Prends la Terre en triomphateur !

« Toi, qu'un rêve d'or étreint, ankylose,

« Eve, ouvre tes yeux à l'apothéose !

« Ta sieste a par trop duré : maintenant

« Réveille, réveille Adam doucement !

« Bel adolescent, debout! Ta jolie

« Moitié va chasser ta mélancolie !

« Rouvre enfin tes yeux et vois ton portrait

« Ressemblant à toi, comme toi parfait! »

 

***

 

Que ce doux sommeil, somme aîné des sommes,

Ravit, alanguit le premier des hommes !

Sommeil virginal, qui, seul, dorlota

La vierge qu'Adam, l'œil clos, enfanta!

 

Ne s'endormit point Adam de lui-même :

Dieu l'hypnotisa et, par stratagème

Sublime, Il tira de sa côte Eva

Et, l'œuvre achevée, Il le releva!

 

Adam se réveille et voit, là présente,

Une image fraîche, auguste, éclatante;

Quel est ce minois rose devant lui?

De quel ciel ce jour radieux a lui?

Avec quelle extase il voit son visage !

Avec quel élan il dit : « Mon image ! »

Comparant son corps à son propre corps,

Il clame éperdu en de saints transports :

« La voici mon os, ma chair et mon âme.

Fille, sœur, épouse et compagne et femme ! »

Se lèvent tous deux, innocents et beaux

Sous leurs vêtement légers, idéaux :

Fraîche mariée, Eve prend, endosse,

Cadeau mis dans sa corbeille de noce,

Un voile en tissu de pure splendeur

Cadrant à merveille avec sa candeur !

D'Adam admirant la belle prestance,

Le soleil jeta, pour la circonstance,

Sur son torse un frac tout d'illusions,

Nuptial habit tramé de rayons !

 

D'Eden les portails hauts s'ouvrent d'emblée :

Le couple y pénètre et, sous la feuillée,

Trouve enfin le nid que Dieu, de sa main,

Prépara pour leur angélique hymen !

 

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ÉLIE (1)

 

Le monde est pour Élie un trop étroit séjour,

Point ne le contiendrait de l'Univers le tour !

Il subjugue les cieux : la pluie, à sa parole,

Tarit en haut; en bas, la terre se désole.

La Mort lâche sa proie, à son commandement ;

Son feu happe les faux prophètes hardiment !

Du Bienheureux Séjour visionnaire, il mine

Des idoles l'autel et son courroux fulmine

A la face des rois contre l'impiété,

Sans que rien, ici-bas, dompte sa volonté!

Manifestation terrible ou magnifique,

Son geste a le prodige à tel point héroïque,

Qu'à la fin, dans un char de flamme, il vole au ciel !

 

ELISÉE

 

Elisée est un gouffre vaste, immatériel,

Une âme où l'Esprit-Saint plonge, nage, évolue.

Grâce, héroïsme, ardeur, tout en son âme afflue :

Il divise le fleuve, il en assainit l'eau ;

De la lèpre il combat le répugnant fléau.

D'une sève tarie, à sa prière, émerge

Un fruit pour la maman stérile, qui l'héberge ;

Son corps se mesurant sur le corps d'un enfant

Mort, témoignage à la Résurrection rend!

Des princes menacés, la victoire il prépare,

Sans drapeau déployer, sans sonner la fanfare !

Son mystique génie, igné comme un brasier,

Des révélations feuillette le dossier!

Sa dépouille, en la tombe, au défunt rend la vie

Et la troupe angélique en est toute ravie !

 

JONAS

 

Quant à Jonas, qu'il ait pour chantre l'Océan !

Vienne la Mer ravir sa proie à mon élan!

Que l'onde qui mugit, que le flot qui déferle,

Se disputent l'honneur de vanter cette perle !

Vivant stater happé par un gros cétacé,

Et sur terre, un matin, indemne replacé,

Jonas est de Jésus l'ombre intense et l'emblème

De sa mort et de sa Résurrection même !

 

(1) Tous les vers qui suivent sont extraits de l'Homélie sur l'éloge de saint Jean-Baptiste, édition chaldéenne de Bedjan, tome III, p. 687 à 710.

 

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Roulant au fond des mers l'espace de trois jours,

Jonas est un tableau défiant tout concours

Du Christ scrutant le fond de ce formidable antre

Où la rapace Mort ses légions concentre !

Jonas sondant l'abîme, en son monstre poisson,

C'est Jésus mort jetant sur Schéol le frisson !

Jonas, signe implanté au fond du précipice,

Indique le Sauveur et sa mort rédemptrice !

Jonas, calque ébauché dans le gouffre béant,

A pour original le Vainqueur du Néant !

 

ISAIE ET JÉRÉMIE

 

Définir Isaïe est chose malaisée;

Décrire Jérémie est tâche trop osée.

Vaisseaux de l'Esprit-Saint, splendides pendentifs

Où brillent du Très-Haut les rayons exclusifs !

Deux chastes fronts nimbés de clarté sidérale.

Deux esprits d'où sévit, frissonnante rafale,

Ou duo de clairon sonore, impétueux,

Le souffle prophétique, ample, majestueux!

Deux lampes déchirant de l'Erreur les ténèbres,

Deux lustres en éclat à tout jamais célèbres !

Voyants sans cesse épris d'un sublime Idéal,

De toutes les vertus synthèse et point central !

La terre, sous leurs pas, leur demeure étrangère;

Leur patrimoine est Dieu; leur séjour, son Mystère!

Maîtres rompus à l'art de sonder tous secrets,

De la Vérité seule ils chantent les attraits.

Point de fibre en leur âme où l'Esprit-Saint n'exulte!

Point d'émois en leur cœur où le Beau n'ait son culte

 

ÉZÉCHIEL

 

Vois cet autre génie!... Avec ses visions.

J'éprouve, en mes accents, mille confusions!

Vois ce front contristé, front qu'une apocalypse

Flamboyante éblouit, enivre, embrase, éclipse !

Au contact du grand char du Très-Haut consumé.

C'est l'homme des douleurs en esprit transforme,

C'est l'âme qu'un creuset céleste transfigure,

C'est l'esprit où le vent de l'Au-delà susurre !

Son inspiration, vaste foyer ardent,

A le chant prophétique immense, transcendant :

En lui, la matière à l'Esprit seul laissant place,

L'Allégorie divine à son épaule enlace

Tout le pesant fardeau des péchés d'Israël :

Peines, labeurs, efforts, c'est tout Ezéchiel !

 

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DANIEL

 

Mes vers sonneraient faux à viser Daniel

Si le grand Messager, si Gabriel l'archange

Du ciel ne me jetait ses termes de louange.

Ce choriste céleste appelle « homme charmant »

Daniel, qu'il salue affectueusement.

S'il est « homme charmant » pour l'ange qui l'aborde,

C'est que la grâce en lui de toutes parts déborde !

De toutes ses beautés, cette appellation

Synthétise l'éclat et la distinction !

Son front de l'effigie angélique a l'empeinte;

Plus d'un esprit céleste aspire à son étreinte !

Du pur écho des cieux l'heureux tour traduisant,

Je dis que Daniel est « homme séduisant » !

 

LES TROIS JEUNES GENS DE LA FOURNAISE (1)

 

Des « Trois de la Fournaise » essaierai-je l'éloge?

Dans un cercle de feu mon élan ne se loge !

Au fond de leur brasier, sereins, calmes et doux,

Tous les trois m'ont fixé terrible rendez-vous!

Accourrai-je y mêler ma vétille à leur âme,

Sans que ma cendre au vent vole au gré de la flamme?

En leur intimité je ne puis chevaucher

Dans le gouffre où crépite un immense bûcher !

Sur la vague brûlante, où leur triple stature

Triomphe, je ferais, hélas! triste figure!

Au sein de la fournaise, où de chaque tison

S'élève un tourbillon rouge dans l'horizon,

Le front haut, le pas sûr, le cœur droit, l'air candide,

Ils semblent tous planer dans un globe splendide !

Un flamboyant manteau les drape dans ses plis ;

La braise là s'incruste en éclatants rubis !

L'étincelle, en ses bonds, sur leurs cheveux essaime

Des brillants que n'a point des rois le diadème !

Qu'importe que, sinistre et féroce, ait voulu

Le feu sur leurs beaux corps jeter son dévolu !

Pour leurs traits rayonnants, en guise de supplice.

La flamme a des baisers d'une tendre nourrice !

C'est que le feu divin, que recèlent leurs cœurs,

A dompté du bûcher les cruelles ardeurs !

L'amour immatériel — leur flamme enchanteresse —

Transformant leur torture en divine allégresse,

 

(1) Sidrac, Misac et Abdenago, qui, sur l'ordre de Nabuchodonosor, jetés dans une fournaise ardente. (Daniel, chap. III,  V. 15 et suivants.)

 

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Ils demeurent intacts, tel un baume odorant

Qui des siècles futurs affronte le torrent !

 

JOSUÉ

 

Viens de Josué voir la grandeur manifeste :

Tout dans ses actions quel beau génie atteste !

Barrant la route au fleuve au rapide courant,

Défiant de ses flots l'impétueux torrent,

Il en franchit le lit furibond, à sa suite

Entraînant vaillamment son escadron d'élite !

Sa voix, en plein combat, émet un tel écho

Qu'en un clin d'œil les murs tombent de Jéricho !

Dieu dans ses ennemis fait de sanglantes brèches :

Les rois Amorrhéens succombent sous ses flèches !

Les cieux ont, sur son ordre, enfanté de leurs seins

Des grêlons mitraillant tous les Chananéens !

Il parle et du soleil tout le char grandiose

Stoppe et, dans son azur, la Lune se repose !

A sa sommation, aux tons impérieux,

Tout semble s'arrêter sur la route des cieux !...