JEAN-PAUL II (1984)
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JEAN-PAUL II (1984)
S. NICOLAS DE FLÜE
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PÈLERINAGE
13 MAI 1940
ACTUALITÉS

Homélie à la messe pour la paix à Flüeli (1984)

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Nicolas de Flue (1417-1487), conseiller de son village (Sachseln, canton d’Obwald), père de famille nombreuse, se retira pendant les vingt dernières années de sa vie dans un ermitage proche de sa maison, avec l’accord de sa femme Dorothée. En 1481, sa médiation rétablit la paix entre les cantons et l’unité de la Confédération dans laquelle entrèrent les cantons de Fribourg et de Soleure.

 

Après un déjeuner rapide à la nonciature de Berne, Jean-Paul II est allé en hélicoptère à Flüeli, village où vécut saint Nicolas de Flue, vénéré par les Suisses comme le « Père de la patrie » à cause de son influence pacificatrice. Le Pape a visité la maison du saint avant de célébrer la messe en plein air sur le pré attenant au lieu dit « Schiblochmatte ». Il a prononcé l’homélie suivante (1) :

 

Les exigences actuelles de fraternité et de justice

Dans l’amitié et dans la justice entre frères

Prenez garde à vos responsabilités internationales

La paix de Dieu dans notre cœur

 

 

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Les exigences actuelles de fraternité et de justice

 

CHERS FRÈRES ET SOEURS,

 

« Que le nom du Seigneur soit votre salut ! »

C’est par cette formule de salutation du Père de votre patrie que je peux entrer en contact avec vous, ici à Flüeli.

C’est ici que saint Nicolas a vécu et agi. C’est en cet endroit qu’il a vécu vingt-trois ans d’heureuse vie de famille avec sa femme Dorothée et qu’il a élevé ses dix enfants. C’est ici qu’il a décidé, à l’issue d’un dur conflit intérieur, de faire la volonté du Christ en quittant ses frères et soeurs, sa femme et ses enfants, ses champs et sa maison (cf. Mt 19, 29) afin de servir Dieu seul. C’est ici, au Ranft, qu’il a mené durant vingt ans une vie d’ermite, éloigné de tout et pourtant ouvert aux détresses du monde et de sa patrie.

Au nom de Jésus, je salue les citoyens suisses qui habitent aujourd’hui ces communes et préservent la précieuse mémoire de ce saint hors du commun ; et aussi tous les fidèles qui, de loin ou de près, sont venus jusqu’ici avec leurs évêques et leurs prêtres pour cette messe. J’adresse un salut respectueux aux représentants des autorités civiles, auxquelles est confié le souci du bien-être des citoyens dans les cantons et pour qui l’action de saint Nicolas de Flue, au service de la paix et de la justice, peut être aujourd’hui encore un exemple et un modèle de grande signification.

1. « Le Règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit-Saint » (Rm 14, 17), c’est ce que nous venons d’entendre dans la lecture tirée de l’Épître aux Romains. L’apôtre Paul adressait ces mots à la communauté de Rome dans le contexte historique du moment. Nous voulons les méditer aujourd’hui par rapport à ce pays et à ce saint qui est un symbole pour le pays et son peuple : Nicolas de Flue et la Suisse.

Cette vérité sur la nature du royaume de Dieu a atteint ses extrêmes conséquences dans la vie de Nicolas, bien au-delà des limites humaines habituelles. Nicolas a été un homme qui, durant de nombreuses années de son existence a renoncé à la nourriture et à la boisson afin d’être témoin pour le royaume de Dieu. Dans la vie et l’action de Frère Nicolas en Suisse, le

royaume de Dieu s’est révélé comme « justice, paix et joie dans l’Esprit-Saint ». Voici plus de cinq cents ans qu’est sorti du silence de la prière et de l’union du Ranft son message de paix qui, à la Diète de Stans, restaura l’unité entre les Confédérés divisés et en conflit, ouvrant une étape nouvelle de leur histoire. Ici à Flüeli, où l’image de Frère Nicolas est encore vivante à nos yeux, nous croyons entendre encore sa voix exhorter à la paix dans votre propre pays, à assumer vos responsabilités envers la paix du monde, envers la paix dans vos coeurs.

 

 

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Dans l’amitié et dans la justice entre frères

 

 

im000244.jpg (255340 octets)2. Le Père de votre patrie vous exhorte aujourd’hui à la  paix dans votre pays. « Mon conseil est aussi que vous soyez bienveillants en ces affaires, car un bien en apporte un autre. Mais si cela ne peut se régler dans l’amitié, que la justice fasse alors pour le mieux », écrivait le Frère Nicolas en 1482 au bourgmestre et conseiller de Constance. Bonté et bienveillance constituent la condition première et fondamentale pour la paix, dans la vie d’une communauté comme dans la vie personnelle. « Revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte », ainsi saint Paul exhorte les baptisés (Col 3, 12-14). Pour qu’une telle consigne ne demeure pas un pieux idéal face à l’âpre réalité politique et sociale d’un pays, nous devons voir comment elle peut se traduire dans la vie publique. L’histoire de l’événement de Stans peut nous l’enseigner : il s’agit de s’accepter mutuellement dans la différence et, pour cela, d’être en mesure de renoncer à satisfaire des exigences pourtant justifiées.

3. Aujourd’hui cette acceptation mutuelle implique de nouveaux devoirs. Le fossé entre les générations s’est élargi. Les jeunes doivent accepter les adultes, les adultes doivent accepter les jeunes et les deux ensemble doivent accepter les plus âgés. C’est précisément là qu’il faut aujourd’hui beaucoup de « bonté et d’amitié » pour comprendre dans l’amitié les problèmes de l’autre génération, pour reconnaître la justesse de leur point de vue, pour chercher ensemble de nouvelles solutions. Ne vous laissez pas décourager dans vos efforts pour vous entendre entre vous tous ! Jusqu’ici, en tant que confédérés de différentes langues, cultures et confessions, vous avez su vous accepter mutuellement ; aujourd’hui, cette acceptation mutuelle doit s’étendre à des gens qui ont d’autres manières de penser et de vivre, voire une toute autre religion, qui cherchent auprès de vous travail et protection tout en vous offrant leur service — et leur humanité.

Tâche difficile, certes, mais pas plus difficile que la croissance commune que vous avez connue de la Confédération et de ses diverses ethnies. Dans les étrangers qui sont chez vous, voyez avant tout des personnes humaines qui vous sont profondément proches par les mêmes joies et soucis, par les mêmes souhaits et les mêmes espoirs fondamentaux et qui partagent avec vous la même destinée humaine !

4. Pourtant il n’est pas toujours possible que l’acceptation de l’autre se passe dans un simple climat de « bonté et d’amitié » ; la compréhension fait souvent défaut, le contact mutuel manque souvent. C’est là que l’autre partie du conseil du saint Frère Nicolas prend sa valeur : « Si cela ne peut se régler à l’amiable, que la justice fasse alors pour le mieux. » La paix repose sur l’amitié mais plus fondamentalement encore sur la justice. La protection des droits de l’homme et l’engagement pour la paix sont profondément liés. Votre État est fier d’être un État de droit. Mais un État de droit ne peut s’en tenir au seul droit formulé jusqu’à présent ; eu égard aux conditions qui changent si rapidement, il faut établir aussi un droit renouvelé, un droit qui défende surtout ceux qui ne sont pas protégés, ceux qui sont repoussés : la vie avant la naissance, les jeunes et les vieux, les étrangers, la nature saccagée. Empoignez avec courage ces tâches qui sont de première urgence et essayez de les résoudre avec cette sagesse dont Frère Nicolas disait : « La sagesse est souverainement aimable parce qu’elle arrange toutes choses au mieux. »

Toute acceptation de l’autre, que ce soit dans l’amitié ou dans une sage justice, implique la disposition au renoncement à ce qui nous appartient : renoncement à nos propres droits, renoncement à la prétention d’en savoir plus que les autres, renoncement à l’imposition violente de son propre point de vue. La paix est un bien d’un tel prix qu’elle doit toujours

être obtenue au prix de sacrifices, tant des individus que des communautés.

 

 

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Prenez garde à vos responsabilités internationales

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5. Frères et soeurs ! Nicolas de Flue nous rappelle aussi notre responsabilité envers la paix dans le monde. Il appartient déjà à la vocation première de l’Église d’annoncer le Royaume de Dieu qui est un royaume « de justice, de paix et de joie ». Cet Évangile de la paix, l’Église l’annonce aujourd’hui avec une particulière insistance en raison des menaces

qui pèsent aujourd’hui sur le monde. Des tensions politico-idéologiques, la faim et la misère, l’endettement de nombreux États, les multiples violations des droits de l’homme : ces sources d’une angoisse qui peut aller jusqu’au désespoir se répandent aujourd’hui dans le monde et n’épargnent pas les peuples en meilleure position. Tous les peuples doivent donc se mettre ensemble face à cette situation et chercher ensemble des solutions équitables et conformes à la dignité humaine. L’Église du Christ est disposée elle aussi à apporter sa contribution. Par ses messages pour la Journée mondiale annuelle de la paix, par ses multiples initiatives de paix, par ses rencontres avec les hommes politiques, les diplomates et les savants, elle cherche infatigablement à répandre l’idée qu’il n’y a, dans la situation actuelle, aucune autre solution que le dialogue, l’équilibre des intérêts et des accords équitables.

6. En ce qui concerne la Suisse et ses rapports avec les autres pays, Frère Nicolas a aussi, en son temps, donné un conseil à ses concitoyens, ainsi formulé selon la tradition : « Ne repoussez pas trop loin vos frontières… Ne vous mêlez pas des affaires des étrangers. » Ce principe a finalement conduit à votre neutralité, reconnue et très utile. Sous sa protection, la

petite Suisse est devenue une puissance économique et financière.

En tant que société démocratique, veillez attentivement à tout ce qui se passe dans ce puissant monde de l’argent! Le monde de la finance est aussi un monde humain, notre monde, soumis à la conscience de nous tous ; pour lui aussi il y a des principes éthiques. Veillez surtout à ce que vous apportiez une contribution au service de la paix du monde avec votre économie et vos banques et non une contribution — peut-être indirecte — à la guerre et à l’injustice.

La neutralité suisse est un grand bien ; employez à fond les possibilités qu’elle vous offre pour assurer un asile aux réfugiés, pour développer les oeuvres d’entraide qui ne peuvent agir qu’à partir d’un pays neutre. Ils sont nombreux mes compatriotes qui, à différents moments de l’histoire, ont trouvé refuge dans votre pays — par exemple dans un camp ici à Flüeli —, et l’on entend parler constamment de l’aide rapide et généreuse des Suisses en cas de catastrophes.

Oui, « ne repoussez pas trop loin vos frontières », mais n’hésitez pas à regarder par-dessus elles, faites vôtres les soucis des autres peuples, tendez par-dessus vos frontières une main secourable. Et cela, faites-le aussi au plan de vos organes d’État et des moyens financiers. Les organisations internationales, dont le siège est à Genève, constituent

une obligation morale pour toute la Suisse, pour chaque Suisse en particulier.

 

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La paix de Dieu dans notre cœur

 

35_32.jpg (87446 octets)Chers frères et soeurs : Nicolas de Flue nous exhorte à la paix dans le pays et à la paix dans le monde, mais il nous appelle surtout à la paix dans notre propre coeur. Dans le Sermon sur la Montagne, Jésus ne loue pas seulement les pacifiques mais aussi les artisans de paix, ceux qui par l’engagement de tout leur être « font la paix ». La paix doit être construite, élaborée, implorée.

Mais une personne qui n’est pas en accord avec elle-même, qui vit un conflit en elle-même ne peut construire aucune paix. Aussi Frère Nicolas alla-t-il jusqu’à la plus haute intime source de paix lorsqu’il écrivit au Conseil bernois : « La paix est pleinement en Dieu car Dieu est la paix. » Dieu dans l’unité des trois personnes est le modèle premier et la source de toute paix ; il nous donne cette paix comme premier don de la Rédemption, comme prémices de la Seigneurie de Dieu sur la Terre, comme don de l’Esprit-Saint : « Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix… fidélité » (Ga 5, 22). « Le royaume de Dieu est justice, paix et joie dans le Saint-Esprit » (Rm 14,17). Nous devons remercier l’Esprit pour sa paix et lui demander qu’il approfondisse en nous son action. Alors, la paix que Dieu produit en nous pourra rayonner du plus intime de nous-mêmes et entraîner les autres. Dans la paix de Jésus, que le monde ne peut donner (cf. Jn 14, 27), nous pouvons devenir nous-mêmes de vrais artisans de paix.

Dans cette méditation, nous avons aujourd’hui rendu visite à Nicolas de Flue. Cette paix dans l’Esprit-Saint, nous voulons la demander avec son intercession ! Les paroles de la liturgie de ce jour se sont réalisées merveilleusement pour le Frère Nicolas : « Décharge ton fardeau sur le Seigneur, et lui te subviendra, il ne peut à jamais laisser chanceler le juste » (Ps 55, 23.) Et dans le psaume responsorial, nous entendons précisément prier notre saint : « Fais-nous savoir comment compter nos jours, que nous venions de coeur à la sagesse !… Paraisse ton oeuvre pour tes serviteurs, ta splendeur soit sur leurs enfants ! » (Ps 90, 12-16). Oui, la splendeur de Dieu, le saint homme la contemple partout où la paix est vraiment construite. C’est le message que les anges avaient déjà porté la nuit de la naissance du Seigneur. Sur la terre suisse, Frère Nicolas l’a recueilli. Son oeuvre de paix, il en a fait un impressionnant témoignage à la gloire de Dieu qui, jusqu’en nos jours, brille aux yeux de ses compatriotes, de génération en génération.

8. Dans l’Évangile de ce jour, le Christ déclare à Pierre et aux autres apôtres : « Dans la régénération, quand le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël. Et quiconque aura laisse maison, frères, soeurs, père, mère, enfants ou champs à cause de mon nom, recevra bien davantage et aura en héritage la vie éternelle (Mt 19, 28-29). Voyez, tel est Nicolas de Flue, votre compatriote ! Il y a 517 ans, il a quitté par vocation sa femme, ses enfants, sa maison, ses champs : il a pris à la lettre les mots de l’Évangile ! Dans les cantons suisses, son nom est connu de tous : voilà un vrai témoin du Christ ! Un homme qui appliqua l’Évangile jusqu’au dernier de ses mots. Rendons aussi hommage à son épouse Dorothée : dans une décision qui lui a coûté elle a permis à son mari de s’en aller. C’est avec raison que beaucoup l’associent au témoignage d’héroïsme de Frère Nicolas.

C’est ainsi que les personnes saintes demeurent dans le Peuple de Dieu comme un exemple vivant de la voie, de la vérité et de la vie que le Christ est lui-même.

Mais les saints sont aussi des juges : « Vous jugerez les douze tribus d’Israël », ainsi s’exprime l’Évangile. Oui, ils jugent les coeurs, les consciences, nos actions. Ils jugent les façons de vivre, les moeurs. Ils jugent les générations ; surtout les générations du pays où le Christ les a autrefois appelés.

Fils et filles de Suisse ! Prenez exemple sur Frère Nicolas, soumettez-vous à son jugement. C’est à son exemple et selon son jugement que l’histoire de votre pays devrait se poursuivre. Depuis tant de générations, il y a eu parmi vous la présence spirituelle d’un homme qui a confirmé la réalité de la vie éternelle par toute sa vie terrestre. Regardez-le ! Et

voyez aussi cette réalité de Dieu ! Donnez à cette réalité un espace nouveau dans votre esprit, dans votre comportement, dans votre conscience, dans votre coeur.

« Fais-nous compter nos jours, que nous venions de cœur à la sagesse ! … Paraisse ton oeuvre pour tes serviteurs, ta splendeur soit sur leurs enfants » : que le Père céleste nous le garantisse comme l’héritage particulier du saint Frère Nicolas, le patron de votre patrie.

 

Texte allemand dans l’Osservatore Romano du 16 juin. Traduction du service d’information des évêques suisses. Titre, sous-titres et note de la DC.

 

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