TABLEAU SACHSELN
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JEAN-PAUL II (1984)
S. NICOLAS DE FLÜE
PRIÈRE QUOTIDIENNE
TABLEAU SACHSELN
LETTRE AUX BERNOIS
SENT. SPIRITUELLES
MÉDITATIONS
PÈLERINAGE
13 MAI 1940
ACTUALITÉS

L'interprétation du tableau de Sachseln par le peintre Paul Deschwanden

 

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Le tableau conservé à l'église de Sachseln représente comment la sainte Trinité révèle aux hommes son mystère, comment le sacrement de l'autel remplace supérieurement (mirabilius reformasti) l'arbre de vie du paradis perdu par le péché, comment l'homme, attiré et fortifié par ce pain du ciel, parcourt les étapes successives de la vie spirituelle: purification, illumination, union, et parvient à l'éternel et bienheureux repos au sein de Dieu.

Trois rayons partant du divin visage, respectivement de l'oreille, de l'oeil et de la bouche, représentent la révélation de Dieu comme créateur, rédempteur et sanctificateur. Trois autres, partant des médaillons de la consécration, de la nativité du Sauveur, de la scène du jardin des oliviers, s'épanouissent du dehors au dedans et signifient les trois étapes de la vie spirituelle purgative, illuminative, unitive, ou des commençants, des progressants, des parfaits.

Les trois premiers représentent comment Dieu cherche l'homme égaré, entend l'appel de sa misère, accueille sa pénitence et lui donne le baiser de paix.

Les trois autres qui vont de l'extérieur au centre symbolisent les trois demandes de la prière de Nicolas, expression du désir de franchir les trois étapes du chemin de la perfection spirituelle.

 

1. Mon Seigneur et mon Dieu, ôte-moi tout ce qui m'empêche (d'aller) à toi : désir de purification.

2. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui m'aide à aller à toi: désir de sanctification progressive.

3. Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi à moi et donne-moi tout à toi : désir d'union.

 

Tout homme est appelé par Dieu à s'engager dans ce chemin... Ceux qui répondent avec une absolue fidélité obtiennent en un sens, dés ici-bas, l'objet de la troisième demande. Le coeur créé pour Dieu trouve en lui seul son repos: c'est ce que symbolise le troisième rayon qui seul traverse le cercle lumineux de l'éternelle habitation de Dieu.

A chaque rayon épanoui vers le dehors, correspond le rayon opposé qui s'élargit vers le centre. La grâce de Dieu prévient; l'effort de l'homme répond. On distingue ainsi trois couples de rayons de sens opposé se prolongeant sur une même ligne.

 

I. Correspondance de la création et de la consécration eucharistique, le médaillon dit de la création évoque plutôt l'institution de la sainte Eucharistie, aliment de la vie divine comme les fruits de l'arbre paradisiaque entretenaient la vie physique et préservaient l'homme de la mort. Le Seigneur bénit le pain et le vin; trois anges adorent. Ils semblent se réjouir d'un mystère qui leur fait recouvrer un commensal perdu : l'homme. Des animaux symboliques, comme déjà en d'autres tableaux d'une époque antérieure, représentent les dispositions de désir, de pureté, d'humilité, etc., qu'il convient d'apporter à la communion. A l'opposé, le prêtre, usant du pouvoir reçu de Jésus, consacre l'hostie, en répétant en son nom les paroles mêmes de l'institution ceci est mon corps... Elles sont l'instrument du mystère de la transsubstantiation: le pain et le vin deviennent le corps et le sang unis à l'âme et la divinité de son Fils. C'est ce que Dieu donne, ce qu'il peut donner de plus précieux et de plus pur. L'homme doit s'approcher en suppliant : O mon Dieu et mon Seigneur, ôte-moi tout ce qui m'empêche d'aller à toi.

 

II. La nativité et le crucifiement de Jésus se répondent à leur tour. Au pied de la croix est étendue la robe sans couture de Jésus, teinte de son sang. Elle représente l'Eglise née de son côté ouvert comme Eve fut tirée du premier Adam, et qui engendre à Dieu ses enfants d'adoption. Dans la nativité, le Verbe éternel, Fils de Dieu, devenait « le fils de l'homme ». Dans la nouvelle naissance spirituelle, de l'eau et de l'Esprit, l'homme devient fils de Dieu : pour le devenir en perfection, il prie : Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui m'aide à aller à toi.

 

III. Enfin, se répondent l'annonciation et l'arrestation de Jésus au jardin. A la voix de l'ange, la Vierge immaculée, pleine de grâce, conçoit en elle le Saint des Saints. Il devient son Fils. C'est en vue de la maternité divine que Marie a été préservée du péché et comblée de grâce dès l'aurore. La présence en elle du Verbe incarné consomme sa sainteté. A l'opposé, resplendit souverainement la perfection des vertus et de l'amour du Christ

à la plus atroce des offenses, la trahison de l'apôtre par un baiser, il répond par le plus doux des avertissements. Les deux rayons : celui qui sort du cercle et celui qui entre représentent donc la suprême vertu et perfection. La prière assortie est ici : Seigneur, prends-moi à moi et donne-moi tout à toi. Elle n'est définitivement exaucée que dans l'éternité, dans la lumière divine. L'âme retourne au Père par le renoncement total à soi-même et l'imitation de Jésus. Aux six jours du travail spirituel succède le sabbat de l'éternel repos. Telle est la signification fondamentale des rayons et médaillons. Reste à indiquer celle de divers détails :

 

1. Dans l'image de la consécration, on aperçoit un cercueil : La messe est célébrée pour les âmes du purgatoire, l'Eglise militante contemple l'Eglise triomphante, intercède pour l'Eglise souffrante, afin que les âmes de cette dernière entrent au plus tôt dans la gloire.

2. Dans le médaillon de la nativité, on aperçoit près du divin nouveau-né un bâton et une besace : Il est né au cours du voyage de Marie et Joseph. Le Verbe incarné qui vient du sein du Père et y remonte à l'ascension est voyageur et pèlerin; son douloureux voyage sur la terre sauve les hommes, fait d'eux des voyageurs en marche (viatores) vers le ciel, vraie Patrie où ils le verront (comprehensores).

3. Dans le médaillon de l'annonciation, on aperçoit des béquilles : elles représentent tous les ex-voto par lesquels les innombrables bénéficiaires des grâces et des miracles, obtenus par l'intercession de la toute-sainte Marie, lui témoigneront au cours des siècles chrétiens leur reconnaissance filiale.

4. Le rayon qui se dirige en s'élargissant vers le médaillon de la création, où le Sauveur bénit le pain et le vin, touche l'oreille divine pour signifier que Dieu entend la parole: Ceci est mon corps, et que la Trinité accomplit la transsubstantiation dont l'humanité du Sauveur est l'instrument, les prêtres qui consacrent étant eux-mêmes les représentants et les instruments vivants du Sauveur souverain Prêtre.

Le 5ème rayon dirigé vers le crucifiement touche l'œil divin pour signifier la complaisance et l'amour du Père pour son Fils obéissant jusqu'à la mort, et pour les hommes frères du Christ, devenant par sa mort membres de son corps mystique et fils adoptifs.

6. Le rayon qui va vers l'annonciation est émis par la bouche divine comme le souffle qui donna la vie à Adam, et le souffle du Christ donnant aux Apôtres l'Esprit-Saint et la vie de la grâce: Insufflavit eos et acceperunt Spiritum Sanctum.

7. Ces rayons ne pénètrent pas à l'intérieur des médaillons pour indiquer le respect divin de la liberté humaine.

8. Aux quatre coins du tableau se voient représentés par leurs symboles respectifs les quatre évangélistes qui ont narré chacun l'histoire du salut.

9. Le cercle intérieur et les six cercles (médaillons) forment un tout parfait comme l'ensemble des vérités et des commandements divins. Le chiffre même est celui des jours de la création et du repos divin, des sacrements, des demandes du Pater, des dons du Saint-Esprit...

 

 

M.- B. Lavaud, O.P. VIE PROFONDE DE NICOLAS DE FLUE, p. 211-214, Fribourg 1942

 

 

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