VIE DE SAINT OTHMAR

Abbé de Saint-Gall

(Migne PL (1879) cp. 1029-1042)

 

Table des matières ; Bibliothèque.

Introduction.

 

Sur le Maître-Autel de la chapelle de Notre-Dame du Vorbourg à Delémont, est représenté sur un panneau doré Saint Othmar ou Otmar, premier Abbé bénédictin et fondateur de la très célèbre Abbaye de Saint-Gall. Le culte de saint Othmar est très répandu en Suisse alémanique. Il ne semble pas que ce soit  le cas dans la francophonie, puisqu’il a été impossible de trouver une traduction française de sa Vie. Dans cette modeste chapelle à la longue histoire, on trouve la mention de Saint Othmar lors de la réconciliation de la chapelle en 1586. Iso Baumer nous dit ceci :  1586 « est l'année de la réconciliation de la chapelle du Vorbourg ; le document y relatif atteste en même temps une restauration de la chapelle « L'an du Seigneur MDLXXXVI, le lundi de Pâques qui était le 7 avril, Nous Marc, par la grâce de Dieu et du Siège apostolique, évêque de Lydda, vicaire général de Notre Révérendissime Père et Seigneur en Jésus-Christ Jacques Christophe, évêque de Bâle, avons réconcilié cette chapelle, presque tombée en ruine par vétusté, mais maintenant restaurée, et qui selon la tradition, avait été jadis consacrée à saint Imier et à saint Othmar, confesseurs, par le Souverain Pontife Léon IX d'heureuse mémoire. Et le même jour, nous avons consacré cet autel en l'honneur de Dieu tout-puissant, de la Bienheureuse Vierge Marie, de saint Michel, archange et des saints Himier et Othmar, confesseurs, et nous y avons renfermé des reliques de saint Valentin et de saint Randoald, martyrs, de saint Grégoire, pape, et d'autres saints ; en accordant aujourd'hui une année, et le jour anniversaire de la consécration, quarante jours d'indulgence en la forme usitée, aux fidèles qui visiteront cette chapelle. De quoi le Seigneur nous soit propice, et, par les mérites et les prières de ses saints, il daigne avoir pitié de nous. Amen. » Il s'agit de l'évêque auxiliaire Marc Tettinger. André Chèvre situe cette réconciliation dans le cadre de la restauration religieuse entreprise par le prince-évêque Jacques-Christophe Blarer de Wartensee, à la suite de la réforme tridentine. » (Iso Baumer, Pèlerinages jurassiens, Le Vorbourg près Delémont, Éditions jurassiennes, Porrentruy, 1976, p. 31)

           

Remarquons au passage, qu’il y eut des liens certains autrefois entre la proche Abbaye bénédictine de Moutier-Grandval et celle de Saint-Gall, puisque le célèbre maître et copiste, Iso moine de Saint-Gall (829-871) avait enseigné dans ce monastère durant les dernières années de sa vie.

 

            Dans un excellent ouvrage M. Gian Franco Schubiger  nous dit ceci à propos des sources : « Au sujet d'Otmar, d'excellentes informations sont livrées par la vita que le moine de Saint-Gall, Gozbert le Jeune, rédigea en 830, septante ans après la mort d'Otmar. Sur la demande de Gozbert, Walahfried Strabo, du monastère de Reichenau, affina le style du premier texte entre 834 et 838. Cet ouvrage comprend neuf chapitres sur la vie proprement dite d'Otmar et huit chapitres sur les événements miraculeux qui eurent lieu sur son tombeau. La description de ces derniers a été complétée en 864-867 par deux opuscules du moine de Saint-Gall Iso qui raconte ce qui s'est passé depuis la rédaction de Walahfried. On possède donc des données précises sur Otmar. » (M. Gian Franco Schubiger, Saints, martyrs et bienheureux en Suisse , Editons Saint-Augustin 1990, p. 107.)

 

            La traduction qui est présentée ici a été réalisée pour combler une apparente lacune.

 

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Diocèse de Saint Gall ; La cathédrale ; Stiftsbibliothek 

 

 

Des remerciements tout particuliers
au P. Abbé Lukas Schenker de Mariastein, pour sa disponibilité
 

 

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Introduction.

SAINT OTMAR, ABBÉ DE SAINT-GALL ( +  759) Fête 16 novembre

VIE DE SAINT OTHMAR

PROLOGUE. Aux frères du Monastère de Saint-Gall.

CHAPITRE 1. Comment Othmar, à cause de la sainteté de sa vie, fut placé à la tête de la ‘cella’ de Saint Gall et, par décret royal, y institua la vie régulière.

CHAPITRE 2. Par quelle perfection de sainte vie il a brillé.

CHAPITRE 3. Quelle grande miséricorde il eut un jour envers des pauvres.

CHAPITRE 4. Comment il eut à subir de nombreux outrages à cause du zèle de justice dont il brûlait.

CHAPITRE 5. De quelle retenue il fit preuve devant sa mise en accusation pour un crime fictif  et de quelle peine son accusateur fut frappé.

CHAPITRE 6. Comment il finit sa vie dans l’étroite clôture d’un lieu de détention.

CHAPITRE 7. Comment longtemps après, son corps fut trouvé sans corruption.

CHAPITRE 8. Comment, de façon admirable, la tempête fut apaisée dans la translation de son corps.

CHAPITRE 9. Abondante boisson servie par le ciel. Lieu où son corps fut enseveli après sa translation.

CHAPITRE 10. Un sourd-muet est guéri à son tombeau.

CHAPITRE 11. Comment une lumière venue du ciel apparut dans le même lieu.

CHAPITRE 12. Au même endroit, avec quelle facilité, un homme dont le cas était désespéré à la suite d’une chute se rétablit en pleine santé.

CHAPITRE 13. Un recroquevillé rendu à la santé.

CHAPITRE 14. La cire changée en pierre.

CHAPITRE 15. Un clerc retrouve l’usage de ses mains.

CHAPITRE 16. Comment ce tombeau demeura indemne dans la destruction de la basilique et comment les reliques du saint furent transférées dans une place d’honneur.

CHAPITRE 17. Apparition manifestée à un frère dans ce même oratoire.

VITA SANCTI OTHMARI

ABBATIS SAN-GALLENSIS.

INCIPIT VITA

PROLOGUS.

CAPUT PRIMUM. Quomodo vir Dei Othmarus pro sanctitate vitae celluloe sancti Galli sit proelatus, et regia auctoritate regularem inibivitam instituerit.

CAPUT II. Qua conversationis sanctae perfectione nituerit.

CAPUT III. Quantam in pauperes misericordiam habuerit.

CAPUT IV. Qualiter a quibusdam iniquis pro zelo justitiae, quo fervebat, multis affectus sit contumeliis.

CAPUT V. Quam in objectione ficti criminis modestiam tenuerit, et qua accusator ejus poena multatus sit.

CAPUT VI. Quomodo inter arcta custodice claustra vitam finierit.

CAPUT VII. Qualiter post multum temporis corpus ejus sine corruptione repertum sit.

CAPUT VIII. Quam mirabiliter in translatione corporis ejus tempestas sedata sit.

CAPUT IX. De abundantia potus coelitus subministrati, et ubi corpus ejus post translationem sit tumulatum.

CAPUT X. Mutus et surdus ad sepulcrum ejus est curatus.

CAPUT XI. Quomodo lux in eodem loco coelitus data apparuerit.

CAPUT XII. Quidam ibidem casu desperatus quam facile convaluerit.

CAPUT XIII. Contractus sanitati restitutus.

CAPUT XIV. Terra in lapidem conversa.

CAPUT XV. Clerico cuidam manus restitutae.

CAPUT XVI. Quomodo idem sepulcrum in destructione basilicae illaesum permanserit, et qualiter in altum locum reliquiae viri sancti translatae sint.

CAPUT XVII. Quae ostensio in eadem oratorio cuidam fratri manifestata sit.

 

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SAINT OTMAR, ABBÉ DE SAINT-GALL ( +  759) Fête 16 novembre

 

(RR. PP. Bénédictins de Paris, Vie des Saints et des Bienheureux selon l’ordre du calendrier avec l’historique des Fêtes, tome XI — Novembre — p. 511-513, Paris 1954.)

 

SAINT OTMAR

ABBÉ DE SAINT-GALL ( +  759)

 

Walafrid Strabon, abbé de Reichenau ( + 849), s’intéressa à l’histoire de l’abbaye voisine de Saint-Gall; il écrivit la vie d’Otmar d’abord en appendice à celle de saint Gall, puis dans une biographie spéciale dont il reprit les éléments à celle qu’avait composée le diacre Gozbert vers 830. La valeur historique du récit de Walafrid Strabon est sujette à caution : il cherchait à dégager les moines de Saint-Gall de tous liens d’obéissance envers l’évêque de Constance, et il a sollicité l’histoire pour faire remonter l’immunité monastique à Otmar, sinon à saint Gall lui-même.

A vrai dire quand saint Gall, renonçant à suivre son maître saint Colomban dans sa vie errante, s’était fixé sur les bords de la Steinach, il ne désirait rien d’autre que de vivre la vie érémitique dans un cadre stable (voir au 16 octobre, t. X, p. 500-504). Lors de sa mort survenue après 627, il fut enterré sur place. Sur son tombeau aussitôt vénéré comme celui d’un saint, on construisit une église autour de laquelle il y eut toujours quelques ermites qui suivaient peut-être la règle de saint Colomban.

Vers 720 Otmar devenu abbé imposa la Règle de saint Benoît, transformant ainsi la colonie d’ermites en une abbaye qui devait au siècle suivant prendre une importance considérable. D’après Walafrid Strabon, Otmar né en Thurgovie avait été élevé à la cour du comte de Coire Victor, et après son ordination sacerdotale, il avait été chargé du soin d’une église dédiée à saint Florinus. Le noble Waltram, qui revendiquait par droit héréditaire la propriété du domaine de Saint-Gall aurait prié le comte Victor d’autoriser Otmar à venir prendre la direction des ermites. Dans la Vie de saint Gall, Walafrid Strabon prétend que. Charles Martel prit le monastère sous sa protection et lui fit d’amples donations; dans la Vie d’Otmar le même Walafrid Strabon attribue ces bienfaits au roi Pépin. Il ne faut voir dans ces épisodes qu’une invention destinée à faire croire que l’abbaye de Saint-Gall était de fondation royale. En réalité, bien que limités, les droits des évêques de Constance étaient réels au VIIIe siècle. Les moines n’obtinrent leur première charte d’immunité qu’en 818; celle de 854 consacra leur pleine indépendance. D’après les chroniqueurs de Saint-Gall, Pépin et Carloman auraient multiplié les donations généreuses; il faut en rabattre : au temps d’Otmar, les bâtiments étaient certainement modestes, puisque tous durent être reconstruits au début du siècle suivant, et les chartes conservées nous montrent que l’extension du domaine monastique est bien postérieure à Otmar. La pauvreté des débuts eut l’heureux résultat de donner aux moines une ardeur qui fit trop souvent défaut à leurs successeurs le moine Vinithar raconte qu’alors ses confrères n’hésitaient pas à mendier des feuilles de parchemin, ne serait-ce qu’une seule, pour constituer leur bibliothèque; quant à lui, il consentait à copier tout ce que l’on voulait en échange de quelques-unes de ces précieuses feuilles.

Walafrid Strabon se contente de vanter la charité et l’humilité d’Otmar en rapportant quelques anecdotes. Souvent Otmar rentrait nu au monastère, parce qu’il avait laissé tous ses vêtements aux pauvres. Un jour Pépin lui avait donné 70 marcs d’argent; il en fit part si largement aux pauvres rencontrés sur son chemin qu’il serait arrivé les mains vides si ses compagnons n’avaient modéré sa générosité. Il avait aménagé pour les lépreux un abri où il se rendait la nuit pour laver et panser leurs plaies.

Si Otmar dédaignait les richesses, il n’en était pas de même de ses voisins, les comtes Warin et Ruadhart, dont l’administration se transformait souvent en vols éhontés. Otmar alla porter plainte à Pépin qui ordonna aux comtes de restituer ce qu’ils avaient pris. Ils n’en firent rien et, quand Otmar voulut aller rendre compte de leur conduite, ils se saisirent de lui et subornèrent de mauvais moines qui l’accusèrent de crimes graves. D’abord emprisonné au palais, il fut relégué dans une île du Rhin en face de Stein (Argovie). Soumis à un régime très dur et en butte à des gardiens indiscrets et malveillants, il y mourut le 16 novembre 759.

Dès l’année 768 ou 769 le corps d’Otmar fut ramené à Saint-Gall et déposé dans l’église. Sa reconstruction ayant été entreprise en 830, le corps fut emmené dans l’église Saint-Pierre située dans le cimetière près du monastère. Le 25 octobre 864, ou le rapporta dans la nouvelle église Saint-Gall. Enfin le 24 septembre 867, il fut transporté en présence des moines de Reichenau et de Kempten dans la nouvelle église Saint-Otmar. A partir de cette époque, on célébra à Saint-Gall, le 16 novembre, la fête principale de saint Otmar pourvue d’une vigile, et le 24 septembre la translation de ses reliques.

 

 

Bibl. — La Vie écrite par le diacre Gozbert et citée par Walafrid Strabon est perdue. Walafrid Strabon, Vita Otmari (Biblioth. hag. lat., n. 6386), dans Mabillon, Acta sanct. ord. S. Bened., saec., III-2, p. 154-162; P. L., t. CXIV, col. 1031-1042; Mon. Germ. hist., Script., t. I, p. 41-47. — Walafrid Strabon, Vita S. Galli, I. II, c. 10-14 (Biblioth. hag. lat., n. 3248); Mon. Germ. hist., Script. rer. merov., t. IV, p. 318-323. — Iso de Saint-Gall, Miracula (Biblioth. hag. lat., n. 6387), dans Mabillon, op.cit., p. 162-173; P. L., t. CXXI, col. 779-796; Mon. Germ. hist., Script., t. II, p. 47-54. — Ekkehard IV, abbé de Saint-GaIl, Rythmi de S. Otmaro abbate (Biblioth. hag. lat., n. 6388), dans Mon. Germ. hist., Script., t. II, p. 55-58. — Ratpert, Casus S. Galli, ibid., t. n, p. 62. — P. Emmanuel Munding, Die Kalendarien von St. Gallen, Beuron, 1948, 1951. — O. Scheiwiller, dans Zeitschrift für schweizerische Kirchengesch., t. XIII, P. t-32. E-A. Stückelberg, Die schweizerischen Heiligen des Mittelalters, p. 91-94. — A.-M. Zimmermann, Kalend. bened., t. III, p. 312-315.

 

Dans la bibliographie il faut encore mentionner :

 

DUFT J., Die Lebensgeschichten der Heiligen Gallus und Otmar – Au den lateinischen Viten übersetzt., Verl. Ostschweiz, St. Gallen 1988.

Werner VOGLER, L’Abbaye de Saint-Gall, rayonnement spirituel et culturel, Bibliothèque abbatiale Saint-Gall, 2001.

 

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VIE DE SAINT OTHMAR

Abbé de Saint-Gall

Traduction Fr. Paul de Cornulier, osb

 

 

 

PROLOGUE. Aux frères du Monastère de Saint-Gall.

 

 

 

Vraiment c’est avec plus que de l’entrain que nous avons composé les deux opuscules concernant la vie et les vertus du bienheureux confesseur Gall selon la créance (renommée) qui, par écrit ou par oral, était parvenue jusqu’à nous. Vous qui êtes dans le monastère de ce même Père, frères très chers, par l’ardeur de votre saint propos, vous donnez un exemple de la ferveur que celui-ci eut pour les choses de Dieu. Vous m’ordonnez d’ajouter un récit qui concerne les œuvres et les vertus du saint Père Othmar, démontrées par sa vie méritante. Cette relation nous est confiée avec l’attestation de votre témoignage et sur la base d’écrits authentiques. Cette documentation est pleine de vérité et disposée intelligemment. Si donc nous recommençons cette œuvre, alors que notre très cher frère Gozbertus a déjà édité ce récit dans un opuscule, ce n’est pas pour une autre raison que celle-ci : à savoir qu’à sa charité nous ne pouvons ni ne devons rien refuser. Or il a demandé que cela soit fait, bien plus il l’a ordonné. Nous avons entrepris ce travail sans nonchalance et lui-même nous l’avons accueilli avec joie comme celui qui presse l’ouvrage. C’est pourquoi, pour le lecteur de bonne foi, que suffise ce récit abrégé de notre part ; s’il s’en trouve un qui soit incrédule, qu’il ait recours à cette relation que nous suivons et qu’il vienne à la foi par l’assertion de nombreux témoins, et, s’il en a la grâce, il ne sera pas long à croire.

 

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CHAPITRE 1. Comment Othmar, à cause de la sainteté de sa vie, fut placé à la tête de la ‘cella’ de Saint Gall et, par décret royal, y institua la vie régulière.

 

 

Othmar, issu de la race des Alamans, fut conduit dans son jeune âge par son frère à Rhétia Curia [Chur ou Coire, sur le Rhin, Grisons] et mis au service de Victor, comte de cette région ; il y demeura longtemps et fut éduqué dans la science des lettres. Il s’attacha à la vertu et acquit des mœurs louables. Il fut élevé à la dignité sacerdotale et, le comte lui donnant toute liberté à son égard, il fut nommé au titre ecclésial de Saint Florin confesseur. Comme la probité de ses mœurs et la pureté de sa sainte vie répandaient au loin sa renommée et parvenaient aux oreilles d’un grand nombre, un certain Waltramme, qui revendiquait un droit d’héritage de ses parents sur la vaste solitude dans laquelle saint Gall avait construit sa cella, demanda à Victor, ci-dessus mentionné, que Othmar soit placé à la tête de la cella et, ayant été exaucé dans son vœu, il lui confia solennellement la cella et tous les biens attenants. Et comme son intérêt pour la réalisation de cette œuvre croissait, se rendant auprès du roi Pépin, il lui parla dudit Abbé ; quant au lieu qui jadis lui appartenait, il le livra par droit de propriété au prince en le priant instamment que l’Abbé Othmar exerce son entière autorité sur ce lieu de par décret royal. Ledit prince ayant accédé à sa demande, il remit ce lieu qui lui appartenait au saint homme et ordonna que soit instaurée la vie régulière. Othmar, s’y étant retiré, construisit aussitôt des locaux convenables pour les moines et restaura avec soin l’état des lieux pour l’utilité du service divin. Il invita des religieux à le suivre par sa générosité dans l’application à la dévotion de sorte qu’il augmenta beaucoup les possessions du monastère par les dons qu’il reçut ; en peu d’années il attira de nombreux sujets à la milice de la vie sainte et il les gouverna avec soin par son magistère.

 

[Cella = petite communauté monastique]

 

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CHAPITRE 2. Par quelle perfection de sainte vie il a brillé.

 

Après ce court exposé, il serait bon d’évoquer brièvement la sainteté de sa vie, afin qu’il apparaisse clairement à tous par quels progrès, en degrés ascendants, il s’est élevé jusqu’à la gloire. Il s’appliquait à la pratique d’une grande modération, macérant son corps par des jeûnes fréquents, à tel point que, à l’occasion des principaux jours de jeûne, il avait coutume de les prolonger de deux jours. Muni de ce bouclier pour se défendre contre les jets de pierre de la tentation, il aimait les veilles et repoussait par l’assiduité de sa prière les esprits du mal. Protégé principalement par la grâce d’une grande humilité, il aimait tellement la pauvreté volontaire qu’il fuyait par tous les moyens la gloire terrestre. Telle était sa coutume : si pour quelque service du monastère, la nécessité demandait qu’il prenne la route il choisissait de monter sur le dos vil et pacifique d’une bourrique. Entre autres choses, sa sollicitude envers les pauvres était si grande qu’il s’appliquait à l’exercer par ses propres soins plutôt que de faire appel aux autres. Dans cette œuvre de miséricorde qu’on appelle l’aumône, c’est à peine si l’on pouvait être regardé comme son second. En effet, pour les lépreux qui vivent d’habitude soigneusement à l’écart des autres hommes, il établit un petit hospice non loin du monastère, séparé de l’endroit où on logeait les autres pauvres ; il leur prodiguait des soins de toutes sortes à tel point que même la nuit, il sortait du monastère et soignait leurs infirmités avec un respect admirable inspiré par la piété. Il leur lavait la tête et les pieds, nettoyait de ses propres mains leurs blessures purulentes et leur servait la nourriture nécessaire, retournant sans cesse en son âme la sentence que le juste Juge portera à l’égard des miséricordieux : « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25). C’est pourquoi ceux qui le connaissaient le vénéraient et l’appelaient ‘Père des pauvres’. Il possédait en plénitude une si grande miséricorde que s’il voyait un pauvre engourdi de froid à cause de sa nudité, presque toujours il se dépouillait de ses habits pour en couvrir les membres du miséreux ; ainsi, sans tunique et recouvert seulement de sa coule, il revenait au monastère. Il préférait, méprisant l’apparat de ce temps, revêtir l’éternelle incorruptibilité, plutôt que de perdre une bonne œuvre et de souffrir la honte d’une nudité future.

 

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CHAPITRE 3. Quelle grande miséricorde il eut un jour envers des pauvres.

 

Un jour, allant chez le roi Pépin, il fut reçu avec honneur et entre autres bienfaits de sa largesse royale, il reçu septante livres d’argent pour subvenir aux nécessités de ses frères. Mais à peine sorti de là pour revenir chez lui, il donna la plus grande partie de cette somme aux pauvres devant les portes du palais. Poussé par les frères qui étaient avec lui, c’est à peine s’il garda quelques pièces avec lesquelles par la suite il acheta un terrain proche du monastère. N’oubliant pas les préceptes du Seigneur, il ne pensait pas au lendemain pour lui-même, sachant qu’un moine doit se contenter du vêtement et de la nourriture : c’est pourquoi, pour lui même et pour les siens, il choisit la pauvreté plutôt que le superflu des biens transitoires, charge trop lourde pour des esprits dégagés de tout.

 

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CHAPITRE 4. Comment il eut à subir de nombreux outrages à cause du zèle de justice dont il brûlait.

 

Donc, bien que le Seigneur eût décidé de récompenser dignement ses bonnes actions, l’esprit malin, ennemi de toute bonté, jaloux de ses bonnes actions et s’affligeant de ce que par son exemple les autres progressaient dans le bien, s’efforça de troubler le repos qu’Othmar avait acquis dans le service du Christ, non sans grand labeur. Mais, bien qu’il fût secoué par les vents d’une adversité momentanée, comme il avait ses racines sur la pierre de la vérité, le cèdre du paradis demeura inébranlable. Warin et Ruadhardus, qui en ce temps là avaient la charge de toute l’Alémanie, par la permission du diable, et dominés par la maladie très cruelle du vice, firent passer sous leur pouvoir la plus grande partie des biens ecclésiastiques qu’Othmar tenait sous son autorité. Par une audace pleine de violence, ils se firent adjuger la plus grande partie des possessions de Saint-Gall. L’homme de Dieu, non parce qu’il soupirait après des biens terrestres, mais parce qu’il craignait que la vie monastique ne vienne à péricliter en ce lieu du fait de la pénurie, se rendit auprès du roi Pépin, lui exposa la présomption tyrannique de ceux-ci. Il lui affirma également qu’il encourrait une grave culpabilité s’il favorisait leur action par son consentement. C’est pourquoi le bienveillant prince, étant en tous points d’accord, menaça ceux-ci de les priver de sa bienveillance s’ils ne restituaient pas sans délai à l’église de Dieu les biens qu’ils lui avaient ravi injustement. Mais ces derniers, en regagnant leur pays, infectés par le vice de la rapacité et rendus fous furieux comme des bêtes sauvages, négligèrent l’ordre du roi : comme l’homme de Dieu Othmar pour la même affaire, voulait retourner auprès du prince, ils envoyèrent en secret des soldats derrière lui et le firent revenir par force, enchaîné. Or il y avait un certain Lambert qui faisait partie des frères par sa profession, non par la sainteté de sa vie. Ils le persuadèrent de monter de toute pièce une machination et de lancer contre lui l’accusation de luxure. Tel était leur calcul : ternir sa renommée de sainteté en jetant sur elle le soupçon et ainsi ils trouveraient une occasion de le déposer. C’est pourquoi, beaucoup, ignorant le caractère mensonger d’un tel complot, convoquèrent une réunion.

 

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CHAPITRE 5. De quelle retenue il fit preuve devant sa mise en accusation pour un crime fictif  et de quelle peine son accusateur fut frappé.

 

Donc, Othmar, cet homme chaste et intègre, égal aux anciens par la maturité de ses mœurs, est placé au milieu de l’assemblée et Lambertus ministre de mensonge se présente devant tous pour l’accuser. Ayant obtenu licence de parler, oublieux de la vérité, champion du mensonge, il déclare avoir connu une femme qui avait subi une violence impure de la part du saint homme. A quoi, on rapporte que celui-ci ne donna aucune réponse. Et comme beaucoup le poussaient à répondre à ces accusations, il se contenta d’une parole de ce genre : Je proclame que j’ai péché au-delà de toute mesure et en bien des domaines : quant à l’accusation au sujet d’un crime de ce genre, j’en prends Dieu à témoin, lui qui scrute tous mes secrets. Mais comme ceux-ci insistaient avec plus de force pour qu’il se blanchisse d’une telle accusation, lui-même, se sentant en sécurité dans son esprit et libre dans sa conscience, persista dans son silence. Et lorsqu’il réalisa que licence lui était donné par les juges pour porter plainte, il préféra, pour se disculper du crime et prouver la sincérité de son cœur, plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes. Bientôt donc, afin qu’il soit clair pour tous que sa chasteté avait été diffamée, la vengeance divine frappa Lambertus. Envahi par des tremblements de fièvres, peu à peu la vigueur de ses membres l’abandonna et il commença à se recroqueviller. Et ainsi, tous ses membres ayant perdu leur forme ou leur droiture naturelle, ayant la tête inclinée à terre comme un quadrupède, non seulement il était effrayant à voir dans sa difformité, mais il ne cessait de proclamer à haute voix qu’il avait péché contre un saint.

 

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CHAPITRE 6. Comment il finit sa vie dans l’étroite clôture d’un lieu de détention.

 

Cette affaire commencée de façon inique finit de façon plus injuste encore : L’homme de Dieu Othmar fut enfermé dans le château du bourg fortifié de Potamus. Là, comme il n’était permis à personne d’entrer ou de parler avec lui, il passa plusieurs jours sans aucun soutien de nourriture. Comme il souffrait de l’épreuve prolongée de la faim, Peragosus (ou Patgozus) l’un des frères, prit l’habitude de venir la nuit et de lui offrir le soulagement de la nourriture. Au bout d’un certain temps un homme riche, Gozbertus, demanda aux princes iniques [ci-dessus nommés] que l’homme de Dieu lui fut confié ; il l’assigna à résidence dans une île du Rhin appelée Stein, près de son domaine. Là, le saint Père, s’adonnant exclusivement aux exercices spirituels, à savoir la prière et le jeûne, servit Dieu avec d’autant plus de liberté qu’il était dégagé de tout rapport avec les hommes et des soucis du siècle. Et là, vaquant avec ardeur à ses occupations et à d’autres dévotions similaires, après un bref laps de temps, loin des perturbations et des étroitesses angoissantes de ce monde, il émigra vers les larges espaces des joies célestes le seizième [ou le dix-septième] jour des Calendes de décembre, et son corps, enseveli dans cette même île, demeura ensuite de nombreux jours sans corruption.

 

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CHAPITRE 7. Comment longtemps après, son corps fut trouvé sans corruption.

 

Dix ans après sa mort, les frères eurent une vision du Seigneur leur demandant de ramener le corps de leur cher Père au monastère. La volonté divine étant manifeste, onze d’entre les frères se rendent à l’endroit où était conservée la dépouille mortelle du saint homme et, ouvrant son tombeau, il le trouve indemne de toute corruption, excepté que le bout d’un pied qui avait été lavé à l’eau changea de couleur comme s’il se décomposait. C’est bien le miracle qui convenait pour mettre en lumière le signe de la sainteté véritable : en effet, en trouvant son corps intact, on comprenait combien il avait été au-dessus de l’accusation qui pour un temps avait paru le submerger. En foi de quoi, les pieux frères étant mieux instruits par ces faits nouveaux, déposèrent le corps avec honneur dans un bateau. Ils allumèrent des cierges, l’un à la tête l’autre aux pieds. [note : Année 769 d’après Hermann Contract]

 

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CHAPITRE 8. Comment, de façon admirable, la tempête fut apaisée dans la translation de son corps.

 

Ayant quitté le rivage, comme ils se lançaient au large sur des voies incertaines, et comme ils ramaient de toutes leurs forces, désirant rentrer le plus vite possible, aussitôt le vent et la pluie firent irruption avec une telle violence qu’ils auraient grand peine, pensaient-ils, à s’en sortir. Mais par une admirable disposition de la toute puissance divine, et (à ce que nous croyons) par les mérites du saint homme, il se produisit que les éléments qui – à nous paraissent insensibles – obéissant aux ordres de leur créateur, se comportèrent comme s’ils comprenaient qu’ils portaient les reliques du saint homme. La mer, agitée par la tempête accompagnée de pluie, suspendit ses eaux dans les hauteurs et ne fit aucun mal à ceux qui ramaient, mais partout où arrivait le navire, les vents étaient repoussés et les flots gonflés s’aplatissaient. Et ainsi, entourés de tous côtés par la masse des ondes et le souffle des vents, ils en étaient séparés par un espace non négligeable comme si l’esquif était ceint d’une haie protectrice de sorte que pas même une goutte d’eau ne tomba sur eux, alors que la pluie inondait violemment de part et d’autre. De même pour les cierges allumés à la tête et aux pieds du bienheureux en son honneur : une fois allumés, leur flamme ne s’éteignit jamais jusqu’à l’arrivée du corps au monastère.

 

 

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CHAPITRE 9. Abondante boisson servie par le ciel. Lieu où son corps fut enseveli après sa translation.

 

Reste encore un miracle que le Seigneur révéla aux frères dévots dans la translation du saint corps. En effet, comme ils étaient fatigués après avoir ramé avec une grande ardeur, l’heure étant venue de se reposer et de refaire leurs forces par un aliment corporel, ils célébrèrent les louanges du Seigneur, après quoi ils s’assirent et, comme ils se disaient que pour un joyeux repas, il fallait y mélanger la consolation d’un breuvage, l’un des serviteurs rapporta qu’il ne restait plus aucune boisson, sauf celle qui était contenue dans un petit flacon, ce qui aurait à peine suffi à l’un d’eux, pour goûter plutôt que boire, mais eux évoquèrent les miracles du Seigneur, comment il avait nourri une grande multitude avec peu de pains. Sur ce, avec le peu qu’ils avaient, ils firent une charitable distribution à tous ceux qui étaient là. Et, de façon merveilleuse, la boisson qu’on puisait dans le flacon se mit à augmenter de telle sorte qu’un continuel écoulement ne semblait pas la diminuer jusqu’à ce que la soif des buveurs fut vaincue par l’abondance. Alors, remplis de stupeur devant l’étrangeté du fait, ils rendirent des actions de grâce et des louanges au Seigneur dispensateur de tous les biens, lui qui pourvoyait de façon si merveilleuse à leur suffisance. Et aussitôt qu’ils arrivèrent au terme de leur voyage, la boisson cessa dans le flacon. Et comme ils touchaient terre en arrivant au port qu’ils désiraient, ils racontèrent point par point ce qui s’était passé aux frères qui arrivaient au-devant d’eux avec les louanges de Dieu ; alors, après avoir célébré leur joie en commun, ils transportèrent le corps du saint homme au monastère avec honneur et le déposèrent dans un sarcophage entre l’autel de Saint Jean-Baptiste et le mur. C’est là ensuite que, par l’action des mérites du saint, le Seigneur daigna manifester des miracles dignes de mémoire.

 

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CHAPITRE 10. Un sourd-muet est guéri à son tombeau.

 

 

Effectivement, au bout d’un certain temps, un sourd-muet vint au monastère pour prier avec quelques personnes du voisinage. Et comme il était privé depuis sa plus tendre enfance de la faculté de parler et d’entendre, il portait deux plaquettes pendues au cou qui, en s’entrechoquant, produisaient un son propre à solliciter un geste de miséricorde, chose qu’il ne pouvait exprimer de vive voix. Comme il entrait à l’église avec ceux qui l’accompagnaient, tandis qu’il voyait ceux-ci poser sur chaque autel des particules de cire, selon la coutume en usage chez les pauvres, lui-même, allant au sépulcre de l’homme de Dieu, posa dessus les deux plaquettes qu’il portait et se prosterna comme pour prier ; aussitôt, il tomba dans un profond sommeil et, ainsi qu’il l’a raconté plus tard, il vit un vieillard au visage rayonnant revêtu de l’habit monastique qui sortit du tombeau et lui dit : Homme pourquoi t’endors-tu ici ? Comme lui était totalement incapable de répondre, le vieillard lui dit : Lève-toi et sache que tu dois me demander de te donner un remède pour être guéri des infirmités dont tu as souffert jusqu’ici. Laisse ces plaquettes ici, sors aussitôt du monastère dans lequel tu ne dois dire à aucun (des moines) ce qui t’a été concédé par Dieu. S’éveillant, il se mit debout, sortit du monastère en grande hâte et, le jour baissant, il alla loger chez un homme riche appelé Ratgozi. Comme celui-ci lui demandait d’où il venait, il lui exposa point par point où et comment il avait reçu le don de la santé. Mais celui-ci ne crut pas à son histoire ; il ordonna de le retenir sous bonne garde et lui-même, voulant s’enquérir avec plus de certitude de la vérité de la chose, se rendit la nuit même au monastère et trouva les plaquettes sur le tombeau. Il interrogea avec soin ceux qui l’avaient accompagné au monastère et qui ignoraient encore ce qui s’était passé : il leur demanda si cet homme était bien avec eux lorsqu’ils allaient au monastère et du coup il réalisa que ce qu’il avait entendu raconter dans sa maison était vrai. Cet événement fut très rapidement connu des contemporains et le récit authentique en est parvenu jusqu’à nous.

 

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CHAPITRE 11. Comment une lumière venue du ciel apparut dans le même lieu.

 

Un prêtre de la communauté, nommé Tanco, tenait dans cette même église l’office de gardien. La nuit, pour ranimer les lumières, il avait coutume d’entrer dans la basilique et par trois fois il les trouva toutes complètement éteintes. Arrivant au sépulcre du saint homme, il découvrit, à côté, un cierge allumé et, comprenant que l’éclat splendide de cette lumière venait du ciel, il se garda bien de l’éteindre. Or, comme il s’éloignait, la lumière qui était venue d’elle-même s’évanouit aussi d’elle-même. Et voici l’indice d’un miracle plus grand : la flamme brillait normalement, mais la cire semblait ne diminuer en rien par l’effet de cette flamme. Comme ce prêtre vénérable renouvelait très souvent cette expérience à cause de sa fonction, cela repousse toute idée de doute, vu la véracité du témoin.

 

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CHAPITRE 12. Au même endroit, avec quelle facilité, un homme dont le cas était désespéré à la suite d’une chute se rétablit en pleine santé.

 

Un jour, alors qu’il était nécessaire de réparer le toit de l’église croulant de vétusté, un familier du monastère qui devait porter des tuiles jusqu’au faîte, alourdi par sa charge, tomba de toute la hauteur du bâtiment sur le sépulcre de l’homme de Dieu et aussitôt une masse énorme de bois, entraînée par cette chute, tomba sur lui et le recouvrit. Ceux qui se tenaient là accoururent pensant qu’ils le trouveraient déjà sans vie ; ils avaient l’intention de lui rendre les derniers devoirs. Ayant déblayé un peu de cette masse de bois, ils le découvrirent gisant et sans aucun mouvement des membres ; mais ensuite, se remettant à respirer avec de longs soupirs, celui-ci se leva, sain et sauf, sans aucune lésion et reprit tout joyeux le travail qu’il avait commencé. Dans ce miracle sans aucun doute brillèrent les mérites du saint Père, car la toiture était tombée sur cet homme de toute sa hauteur, laquelle ne comptait pas moins de quarante pieds au-dessus du sol et le poids, qui ensuite l’écrasait, aurait suffi à ensevelir une multitude d’hommes. Or cette masse avait bien pu recouvrir celui qui était tombé, mais non pas l’écraser.

 

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CHAPITRE 13. Un recroquevillé rendu à la santé.

 

Une autre fois se présente un aveugle, qu’on reçoit à l’hôtellerie des pauvres aménagée pour subvenir à leurs nécessités ; et la nuit suivante, comme il voulait se rendre à l’église, un garçon qui aurait dû lui servir de guide refusa de lui offrir ce service en raison du froid vif. Et comme l’autre se lamentait de ne pouvoir assister à cet office solennel (car c’étaient les Vigiles du Dimanche), un adolescent aux membres tout contractés, à tel point qu’il ne pouvait marcher qu’en rampant sur les mains, comme il dormait au même endroit, eut compassion de sa douleur, se tira de son lit et dirigea les pas de l’aveugle, lui apportant l’assistance qui était en son pouvoir. En entrant à l’église, une bienheureuse erreur les conduisit au tombeau d’Othmar. Le guide bénévole de l’aveugle pensait ouvrir une porte dans un angle par laquelle ils pourraient entrer dans la crypte voisine. Mais comme le sarcophage de l’homme de Dieu s’élevait un peu au-dessus du sol, subitement, sans l’avoir prévu, il recula contre le tombeau et tomba à terre de tout son long, et il remplit tout l’espace de l’église de cris effrayants. L’aveugle entendant cela, pensant que son guide était pris d’un mouvement de folie, s’efforça de fuir comme il pouvait. Mais le Seigneur, auteur et amateur de tout bien, voyant que cet enfant infirme avait voulu faire une œuvre de piété qui dépassait ses forces, grâce aussi aux mérites du bienheureux Othmar, daigna le récompenser par le don de la santé. Car aussitôt, il retrouva la forme et l’usage de ses membres. Quand à l’aveugle que peu auparavant il avait tiré vers l’église en rampant, il le conduisit, sa marche étant affermie, dans les autres lieux de prière du même endroit et, comme il resta ensuite un certain temps au monastère, il raconta la chose à tous ceux qui n’y avaient pas assisté, de sorte qu’il ne fut plus loisible à aucun d’en douter.

 

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CHAPITRE 14. La cire changée en pierre.

 

Dans un groupe d’étudiants, l’un d’eux subtilisa furtivement une particule de cire au tombeau du bienheureux Othmar. Revenu à l’hôtellerie, comme il ne se souciait guère de l’acte qu’il avait commis, aussitôt, par une correction manifeste de Dieu, il reconnut, plein de confusion, son erreur. En effet, comme il tirait cette particule de son sein, il la trouva changée en pierre dure. Mais comme il joignait l’obstination à la légèreté, pendant longtemps il cacha la chose à tout le monde, sauf bien sûr à celui qui avait été alors son complice, et actuellement, ce dernier est un rapporteur très fidèle du miracle que nous relatons.

 

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CHAPITRE 15. Un clerc retrouve l’usage de ses mains.

 

Une autre fois arriva un clerc qui avait perdu l’usage de ses mains et qui était dans un état tout à fait pitoyable. Les doigts étaient tordus sur la paume et les ongles s’enfonçaient jusqu’aux os. Et le pauvre souffrait continuellement de douleurs excessives, à tel point que certaines parties des mains étaient putréfiées et exhalaient à la ronde une odeur fétide. Comme cet homme se tenait non loin du tombeau du bienheureux, subitement ses doigts commencèrent à se redresser l’un après l’autre, à leur place, et ils retrouvèrent leur mouvement naturel et coordonné. Pourtant ce dernier, qui aurait dû se réjouir à cause du don de la santé à lui concédé, témoignait de la grandeur de sa douleur par une clameur horrible, mais à la même heure, les mains ayant retrouvé leur intégrité, il se retira peu après complètement guéri.

 

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CHAPITRE 16. Comment ce tombeau demeura indemne dans la destruction de la basilique et comment les reliques du saint furent transférées dans une place d’honneur.

 

Je ne pense pas qu’il faille passer sous silence ce qui est arrivé récemment à propos du tombeau du saint, quand l’église du bienheureux Gall fut détruite en vue d’être reconstruite. Dans cette basilique, près de l’autel du bienheureux Jean Baptiste, le sépulcre, contigu au mur, était construit sur ses quatre côtés, non avec de grandes pierres de taille mais avec un assemblage de moellons. Au-dessus, il y avait des planches de trois ou quatre doigts d’épaisseur, mises en travers et enduites par-dessus de ciment : A l’intérieur gisait le corps du saint homme posé seulement sur une planche de bois élevée un peu au-dessus du fond. Beaucoup pensaient que le corps du saint était sous terre et que cet ouvrage servait seulement à désigner la place cimentée de la sépulture. Ils croyaient donc que la tombe resterait intacte. Avec des engins, ils frappèrent les murs de l’église qui s’écroulèrent sous les coups redoublés des béliers. Ces murs d’une grande hauteur, frappés avec les engins, s’écroulèrent presque en même temps et recouvrirent le sépulcre de l’homme de Dieu. Chose étonnante, ils n’endommagèrent aucune partie du sépulcre ; et lorsqu’on retira les gravats, on découvrit le tombeau entièrement intact comme s’il n’avait subi le choc d’aucun des murs tombés sur lui. Mais ensuite, comme quelqu’un par mégarde jetait contre lui une petite pierre, instantanément un morceau se brisa. Enfin, ayant réalisé que les reliques du saint Père s’y trouvaient, ils les enlevèrent de là et les transférèrent avec grand honneur dans l’église du bienheureux Pierre derrière l’autel. [Année 830]

 

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CHAPITRE 17. Apparition manifestée à un frère dans ce même oratoire.

 

Peu de jours s’étant écoulés, tandis qu’un frère, devançant l’heure des Vigiles nocturnes, était entré une nuit dans le même oratoire pour y prier, et comme en priant avec ferveur de tout son cœur, il dirigeait son regard vers l’autel, il vit je ne sais quel personnage debout à la droite de l’autel dans l’éclat d’une splendeur angélique ; il étincelait dans son habit sacerdotal et la face tournée vers l’Orient, il offrait par l’attitude de son corps le modèle d’une prière fervente. De plus le témoin affirma que ses vêtements brillaient d’un tel éclat que leur splendeur se reflétait sur l’obscure condition de l’infirmité humaine. Comme il regardait cela longuement, se demandant avec une grande agitation d’esprit s’il devait approcher, le personnage qui lui était apparu se retira le laissant abasourdi de stupeur devant ce prodige. Il n’est pas incroyable de penser qu’en manifestant visiblement sa présence, cet homme vénérable avait voulu déclarer ceci : Les frères qui avaient réalisé sa seconde translation avaient exécuté ce travail de façon digne et habile.

 

©, Abbaye Saint Benoît de Port-Valais, CH-1897 Le Bouveret (VS), 16 novembre 2003.

 

 

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VITA SANCTI OTHMARI

ABBATIS SAN-GALLENSIS.

 

(Migne PL (1879) cp. 1029-1042)

 

MABILLONII OSERVATIONES PRAEVIAE

(Acta Sanctorum ordinis S. Benedic., tom. IV.)

 

1. Sancti OTHMARI non uno modo pingebatur apud atiquos. In chartis a Melchiore gldasto vulgatis in tomis II et III Alamannicarum, legitur Audemarus, Audomarus,Autmarus et Othmarus abbas Durgaugensis seu monasterii S. Galloni quem alii Gallonem, vulgo.Gallum appellant. utriusque Vitam, sanctorum scillicet Galli et Othmari, litteris mandavit Walafridus Strabus abbas Augiensis, ad petitionem Gozperti, abbatis sancti Gallensis, uti Hepidamus in Annilibus testatur cum ipso Walafrido in prologo suo : qui Walafridus anno 849 excessite vivis, et quidem XV Kalend. septemb. ex S. Galli Necrologio apud Goldastum.

2. Hujus fere aequalis Iso coenobita monasterii S. Galli duobus libris translationes et miracula S. Othmari exaravit. Is multis laudatur ad Ekkehardo Juniore in libro de Casibus S. Galli, cap. 2, ubi Notkerum Balbulum, Tutilonem et Ratpertum discipulos habuisse dicitur. Apud Hepidannum vero, anno 871, Iso mayister obiit prid. Id. Maii, quem itidem annum signat Hermannus Contractus. Exstant etiam hymni duo apud Canisium in tomo V antiqua rum. Lectionum, pag. 757 et 767, unus a Nokcero medico; alius ab anonymo conditus in S. Othmari honorem.

3. Statim a suo ipsius obitu,Othmarus sanctus habitus est. Hinc post sepulturae annns decem corpus ipsius e Stein insula revectum est in S. Galli monasterium. Non tamen ante annum 864 honoratus est publico cultu, quem Salomon, Constantiensis episcopus, ipsi decrevit post solemnem e tumulo levationem Ekkehardus, cap. 1, de Casib. S. Galli, (b) scribit, B. Othmarum auctoritate Romano insanctum levatum.Quod vereor ut dixerit habita ratione sui temporis, nimirum saeculi XI, quo Romani Pontificis suffragium in levandis e terra sanctorum corporibus solebat exspectari. Nam Iso monachus, testis et historicus translationis a Salomone factae, Romani pontificis intercessisse auctoritatem non memorat in lib. I, cap. 2 et sequentibus. S. Wolfganus, Ratisponensis antistes, S. Othmarum praecipua devotione coluit.

4. Notkerus, medicus et monachus caenobii S. Galli in hymno a se compōsito Othmarum martyrem draedicat his versibus :

 

Principum saevas doluit rapinas.

Inde raptorum studiit gravatus,

Martyris palma meruit superna

Scandere regna.

 

Nimirum eo tempore familiare erat ut homines innocentes violenta qualibet morte ab aliis affecti, martyres appellarentur. Verum et si pro jnsticia vifam finivit in exsilio S. Othmarus, non tamen continuo martyr appellandus, quem sane titulum apud solum Notkerum ipsi attributum legimus. Cuonradus Camerarius instituit lumen ante aram S. Othmari omni nocte arsurum, ut in necrologio Gallensi legitur V, II Id . Octobcis.

Monasterium S. Galli; in dioecesi Constantiensi situm ad lacum Acronium, olim dictum Durgaugense eo quod situm esset in pago Durgaugia, quem etiam Arbonensem vocant ; istud, inquam, monasterium; fama et ainplitudine hactenus celeberrimum, sua debet primordia et incrementa Othmaro abbati, qui cellam exiguam a S. Gallo conditam et pene destitutam amplificavit, et necessariis instructam aedificiis monachis Benedictinis assignavit, factus et ipse monachus, cum antea fuisset presbyter saecularis. Sane Pippinus rex, dum Othmaro cellam S. Galli commendavit, ipsi concessit libellum quem Benedictus Pater de coenobitarum conversatione composuerat, testante Walafrido in libro de Miraculis S. Galli, cap. 2, ubi priscum cellae S. Galli statum describit. Nec dubium quin eo animo a Pippino id factum sit, ut novum monasterium institutis Benedictis informaretur. Et Kero, S. Gallensis monachus , regnante Pippino, Caroli Alagni patre, S. Benedicti Regulam Alamannice reddidit in gratiam monachorum imperitorum, uti apud Goldastum legitur in tomo II Rerum Alamannicarum. Hinc frequens mentio Regulae S. Benedicti in Historia Ekkehardi Junioris, cui praeivit Hartmannus saeculo IX, ejusdem coenobii monachus, in Litania metrica, tomo V Canisii, pag. 732, relata his versibus :

 

O dilecte Dei radians virtute corusca,

Sancte Othmare Pater, junge preces pariter.

Summe Dei cultor, monachorum rector et abbas,

O Benedicte sacer atque benigme Pater,

Istud cmnobium coetumque tibi famulantum,

Nostraque sanctificans cuncta tuere simul.

 

6. Variae donationes S. Othmaro factae leguntur apud Goldastum in tomis II et III Rerum Alainannicarum, ubi Othmari nomen varie exprimitur , ut supra monuimus.

7. Floruere in illo coenobio complures viri pii, et illustres, in his praeter Othmarum sancti Eusebius Scottus saeculo IX ; Notkerus, cognomento Balbulus, anno 912 mortuus ; Wiborada, femina reclusa ; Foillanus Scottus beatae memoriae saeculo X, de quibus suo loco. Viri scientia pro temporum captu praediti : Iso magister, Tutilo, Ratpertus, Ekkehardi senior et junior, Hepidannus, Burchardus, Bertholdus, aliique Sancti Gallenses monachi, ut missos faciam plurimos episcopali et abbatiali dignitate conspicuos, qui ex eadem palaestra. prodierunt. His adnumerandus est Notkerus, Leodicensis episcopus, uti alias probabimus. Ibidem etiam viguerunt scholae interiores pro monachis, exteriores pro laicis. Notare juvat hoc loco, Aginonem venerabilem Patrem, episcopum et rectorem monasterii S. Galloni nominari in quadam Ruakeri charta, data anno 24 regni Caroli Magni, apud Goldastum in notis ad caput 15 historiae Burchardi de Casibus ejusdem coenobii ; quo tamen tempore Werdo abbas loco prmfuisse dicitur.

 

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INCIPIT VITA

 

PROLOGUS.

 

Ad Fratres monasterii Sancti Galli.

Finitis duobus libellis quos de vita et virtutibus beati Galli confessoris juxta fidem quae vel scripto vel dicto ad nos usque pervenerat, vere potius quam lepide composuimus ; jubentibus vobis, fratres charissimi, qui in coenobio ejusdem sancti Patris constituti, fervoris ejus quem in Dei rebus habuit, sancti strenuitate propositi specimen exhibetis, libet subnectere eam relationem, quae de sancti Patris Othmari studiis et virtutibus per ejus merita ostensis

vestra assertione et cura litteris est mandata veracibus : quae cum sit veritate plena, ratione perspicua, non ob aliud a nobis ent iterata, nisi quia charrissimus frater Gozbertus qui idem opusculum edidit, cujus charitati quidquam negare nec volumus nec debemus, id ut fieret postulavit, imo praecepit, quem etiam in hac occupatione instantissimum ergodiocten (a) sine taedio laeti sustinuimus. Itaque lectori credulo sufficiat haec abbreviatio nostra ; incredulus autem qui fuerit, ad eam conscriptionem quam sequimur recurrens, multiplici

 

(a) Graece egrodoxtens id est exactorem operis monitorem : qua voce usus est Hieronymis in Epitaphio Nepotiani.

 

astipulatione testium conventus ad fidem, si gratus est, segnis non erit.

 

 

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CAPUT PRIMUM. Quomodo vir Dei Othmarus pro sanctitate vitae celluloe sancti Galli sit proelatus, et regia auctoritate regularem inibivitam instituerit.

 

Igitur Othmarus, genere Alamanrorum oriundus, in aetate puerili a fratre suo Raetiam (a) Curiensem perductus est, et in servitio Victoris, earumdem partium comitis, multo tempore constitutus, et litterarum scientia sublimatus, virtutum sectator morumque laudabilium possessor, sacerdotii gradum conscendit, et a supradicto comite benigne retentus, cuidam titulo sancti Florini confessoris praelatus est. Cumque morum ejus probitas et sancti vitae munditia longe lateque plurimorum aures rumore dulci respergeret, Waltramnus quidam qui sibi vastitatem eremi, in qua sanctus Gallus cellulam construxerat, velut a parentibus haereditario ad se jure transmissam vindicavit , eumdem Othmarum a Victore supradicto ad praeficiendum eidem cellulae postulavit ; et voti compos effectus, cellulam cum omnibus qui ad eam pertinebant , illi solemniter commendavit. Atque ut sui melius desiderii convalesceret utilitas , ad Pippinum (b) regem profectus, eumdem abbatem ipsi praesentavit, et locum cui eum pridem praefecerati, proprietatis jure principi contradidit ; omni instantia deposcens ut regia auctoritate ex integro Othmarus abbas eidem praeficeretur loco. Cujus petitioni jam dictus princeps assensum praebens, locum sibi traditum viro venerabili commendavit , et regularem inibi vitam instituere jussit. At ille regressus , confestim boni mandritae studium in ipso exsecutus initio, undique versum congrua monachis habitacula construxit, et ipsius sacri loci statum ad utilitatem divini servitii studiosissime reformavit. Religiosos etiam quosque ita liberalitate sua ad devotionis studium invitavit, ut ex quorumdam donationihus possessiones ipsius coenobii admodum dilataret, et infra paucos annos complures ad sacrae militiam vitae attractos magisterio suo et cura decentissime gubernaret.

 

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CAPUT II. Qua conversationis sanctae perfectione nituerit.

 

His praelibatis, vitae ejus sanctitatem liceat summatim perstringere, ut liquido cunctis clareat quibus profectuum gradibus ad hanc gloriam sit evectus. Erat denique parcimoniae sectator eximius , creberrimo macerans jejunio corpus, ita ut in praecipuis jejuniorum diebus ex consuetudine bidui abstinentiam continuaret frequentius. Et his contra tentamentorum jacula clypeis praemunitus vigilias amabat, et assiduitate orandi spiritalia nequitiae repellebat. Symmae autem humilitatis gratia praecipue praeditus , in tantum voluntariam paupertatem diligebat, ut terrenam gloriam omnibus fugeret modis. Cui etiam haec erat consuetudo, ut si quoquam pro utilitate monasterii eum tendere necessitas poposcisset, vilis miti dorso veheretur aselli. Erat inter caetera tanta in eo pauperum sollicitudo , ut eorum curam per se potius quam per alios exhibere studeret. In eo vero misericordiae opere quod eleemosyna dicitur, vix cuiquam habebatur secundus. Nam ad suscipiendos leprosos, qui a caeteris hominibus sejuncti manere semotim consueverunt , hospitiolum haud longe a monasterio extra eas mansiones quibus caeteri pauperes recipiebantur constituit, et eis curam per se omnimodis impendebat ita sollicite, ut nocturnis etiam horis monasterio saepe digressus, curam infirmtati eorum miro devotionis adhiberet obsequio. Capita siquidem eorum pedesque abluens, purulenta suis manibus vulnera detergebat, et victui necessaria ministrabat, illam semper animo revolvens sententiam quam justus judex misericordibus prolaturus est dicens : Quod uni ex minimis fratribus meis fecistis, mihi fecistis (Matth. XXV). Sicque factum est ut cunctorum qui eum noverant veneratione sublimis, Pater pauperum appellaretur a pluribus. Quem tam pleniter misericordia, studium possederat, ut si quem pauperum nuditatis injuria torpentem conspiceret, plerumque suis exutus vestibus, miseri contegeret artus, ita ut interdum sine tunica , sola cappa  (c) contectus ad monasterium remearet. Maluit enim per praesentis pompae contemptum ad indumentum incorruptionis aeternae pertingere, quam per boni operis amissioneln futurae nuditatis opprobria sustinere.

 

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CAPUT III. Quantam in pauperes misericordiam habuerit.

 

Quodam etiam tempore ad Pippinum regem veniens, honorifice susceptus est, et inter alia largitatis ejus beneficia, ad necessitates fratrum suorum sublevandas argenti libras (d) septuaginta percepit. Sed mox

 

 

(a) Raetia Curiensis seu prima, cujus eaput urbs Curia; Chur ad Rhenum, comitatum Tirolensem complectitur : alia, secunda dicta, ab urbe Curia ad Danubium usque porrigitur, a Bajoaria Lico fluvio discreta.

 

(b) Imo ad Carolum Pippini regis patrem, ut patet tum, ex ipso Walafrido in lib. de Mirac. sancti Galli, cap. 11, tum ex Hepidanno monacho in libro de casitius sancti Galli, et Hermanno Contracto in Chronico ubi Othmarus “anno 720 cellae sancti Galli primus Abbas constitutus, coenobialem inibi vitam instituisse; et quadraginta per annos nobiliter, rexisse” dicitur. Porro victor “consilio cujusdam ducis nomine Nebi persuasus ad praefatum pricipem Carolum cum eidem duce properavit, ipsique eamdem cellam proprietatis jure contradidit, et ut Othmarum presbyterum eidem loco praeficere exoravit,” inquit tiiralafridus. Quanquam ex libro I  Isonis de Miraculis sancti Othmari, cap, 5, discimus Otmarum per victorem primo quidem ad Carolum, deinde, Carolo mortuo, ad Pippinum filium fuisse deductum, ut in concessi loci possessione confirmaretur.

 

(c) Id est cuculla, uti discimus ex epistola Theodemari, abbatis Casinensis, ad Carolum Magnum.

 

(d) Walafridus in libro de Miraculis S. Galli, cap. 11, auctor est Pippinum rogatu Carolomanni fratris multa S. Othmaro donaria concessisse, in his codicem Regulae S. Benedicti et campanum : et coenobii S.Galli praedia diplomate confirmasse.

 

ut ad sua rediret egressus , maximam ejusdem pecunia; partem prae foribus palatii pauperibus erogavit. Paucos autem solidos vix a fratribus qui secum erant compulsus retinuit, quibus postmodum quoddam territorinm monasterio vicinum coemit. Dominicorum enim non immemor mandatorum, sui causa de crastino non cogitabat , sciens monachum victu et tegumento contentum esse debere : et ideo paupertatem sibi potius suisque delegit, quam rerum transeuntium possessionem superfluam , expeditis mentibus onerosam.

 

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CAPUT IV. Qualiter a quibusdam iniquis pro zelo justitiae, quo fervebat, multis affectus sit contumeliis.

 

Igitur cum jam Dominus meritis ejus digna rependere decrevisset, callidus universae bonitatis inimicus bonis ejus actibus invidens, ejusque exemplis aliorum vitam dolens proficere, quietem quam in Christi servitio licet non parum laborando possedit, perturbare contendit. Sed, quamvis flatibus temporariae adversitatis pulsata, radicem petrae veritatis habens infixam, paradisi cedrus inconvulsa permansit. Nam Varinus (a) et Ruadhardus, qui tunc temporis totius Alamanniae curam administrabant, diabolo suadente immanissimo avaritim morbo praeventi, res ecclesiarum sub sua potestate sitarum ma;na ex parte in proprietatis sua; dominium per vim contraxerunt. Qui cum sibi de possessionibus B. Galli perplura eodem violentiae ausu vindicassent, vir Dei Othmarus non possessionibus terrenis inhians, sed coenobialis vitae in eodem loco rerum ingruente penuria defectum praemetuens, Pippinum regem adiit , ipsique tyrannicam eorum praesumptionem exposuit, pariter protestatus grave eum crimen incursurum si eorum actibus consentiendo faveret. Qua pro causa benevolus princeps utrumque conveniens, interminatus est eis gratia sua illos omnimodis carituros si non ecclesiae Dei quae injuste abstulerant, absque recrastinatione restituerent. At illi patriam repetentes , vitio rapacitatis infecti et bestiali saevitia efferati, jussionem regiam neglexerunt : virum etiam Dei Othmarum, cum pro hac re iterum principem adire vellet, missis post eum clanculum militibus, vinculis injectum per vim reduci fecerunt ; necnon et Lambertum quemdam, qui fratribus ejus professione connumeratus erat , non vitae sanctitate, persuaserunt ut ei ficta quadam machinatione crimen luxuriae impingeret, id elaborantes ut , sanctitate ejus hujusmodi suspicionibus infamata, deponendi cum occasionem invenirent. Qua causa plurimi tam dolosae factionis ignari ad concilium (e) sunt evocati.

 

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CAPUT V. Quam in objectione ficti criminis modestiam tenuerit, et qua accusator ejus poena multatus sit.

 

Itaque vir venerabilis, castae [Al., castitate] integer vitae ac morum maturitate grandaevus, in medio concilii collocatur, et in ejus accusationem Lambertus falsitatis minister coram omnibus praesentatur : acceptaque loquendi licentia veritatis oblitus, falsitatis assertor dixit se quamdam feminam nosse quae a viro beato vim pollutionis fuisset perpessa. Ad quod fertur nullum dedisse responsum. Cumque plurimis respondere cogeretur objectis, hujusmodi dicto temperavit eloquium : Fateor, inquiens , me supra modum peccasse in multis, de hujusmodi autem objectione criminis secreti mei inspectorem Deum invoco testem. Illis autem ut hujus facti se excusatione purgaret, attentius ei instantibns, mente securus, conscientia liber , tacitus perduravit. Et quia accusandi licentiam apud judices patere cognovit, maluit pro sinceritate sui pectoris divino quam humano pro excusatione Criminis placere judicio. Mox ergo ut cunctis claresceret ipsius castimoniarri falso fuisse infamatam, Lambertum ultio divina corripuit. Nam febrium vexatione pervasus, paulatim resoluto membrorum vigore contrahi coepit. Sicque omnibus membris status sui amittentibus rectitudinem vel formam, capite ad terram more quadrupedum inclinato, non solum deformitate figurae terribilis, verum etiam viva voce in sanctum peccasse omni tempore fatebatur.

 

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CAPUT VI. Quomodo inter arcta custodice claustra vitam finierit.

 

Consilio autem inique inchoato et iniquius terminato, vir Dei Othmarus apud villam Potamum (c) palatio inclusus est. Quo cum nullus intrare vel colloqui cum eo permitteretur, aliquot dies absque corporalis sustentaculo victus transegit. Cumque diuturna vexatione famis Iaboraret, Peragosus [Surio Patgozus] quidam e fratribus ejus noctu advenire solebat, et ei victus solatia miaistrare. Postmodum vero Gozbertus (d) quidam, vir potens, dum sibi

 

(a) Litterae Scalcomanni cujusdam relatae apud Goldastum in tomo II Rerum Alamannicarum, ordine 45, datae “leguntur in anno primo Carlomanni regis sub Roadnarto comite ;” et aliae Winiberti, ordine 43, datae “die Dominico, VI  Idus Octob., anno X, regnante domno Pippino rege Franc. sub Warino comite.” Itidemque aliae ordine 67.  Warinus comes adhuc erat anno IV Caroli Magni. Ex charta 29. Confer caput 13  Walafridi de miraculis S. Galli (supra). Stumpfius Warinum Herovimy Ruadhardum Turgoviae comites facit ; Goldastus in notis ad Raperti caput 2, Cameroe nuntios appellat, ex Ekkehardo de casib. S. Galli, cap.1 ante medium.

 

(b) Nempe, anno 745, testante Hepidanno his verbis : “Sidonias episcopus Contantiensis et abbas Augiae B. Othmarum de adulterio accusavit,      mox missum in exsilium.”

 

(c) Potamum olim oppidum, teste, Ekkehardo infra citando, palatio regio Illustre (a quo Potamicus, lacus nomen traxit, allas Acronius et Brigantinus dictus); destructum est ab anno 917, quo in loco postea ibi reaedificata arx Bodmen seu Podmen, quam hodie incolunt nohilissimi Bodmeni, uti Gosdastus in Ekkehardi caput 1 adnotavit. Hinc non longe distat locus Stein, situs juxta emersum Rheni e lacu veneto, ubi Othmarus diem supremum obiit.

 

(d) Apud Goldastum in tomo III Rerum Alamannicacarum, pag. 54 et 55, legitur donatio Gautzperti facta Audomaro abbati Durgauginsi de monasterio S. Gallonis VI  Kalend. Novemb.,  anno III regnante Pippino.

 

virum Dei commendari ab iniquis principibus impetrasset, in quadam Rheni fluminis insula nomine Stein juxta prxdium suum custodiae illum deputavit : ubi idem sanctus Pater spirituali tantummodo exercitio, id est orationibus ac jejuniis vacans, eo liberius Domino deservivit quo ab humana frequentatione curisque smcularibus fuerat absolutus. His et similibus notae devotionis insistens operibus, exacto non multi temporis spatio, ab his mundanae perturbationis angustiis ad coelestis latitudinem gaudii , decimo sexto [Chesnio male decimo septimo] Kalendarum Decembrium die commigravit (a), et corpus ejus in eadem insula tumulatum multis deinceps diebus ibidem sine corruptione permansit.

 

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CAPUT VII. Qualiter post multum temporis corpus ejus sine corruptione repertum sit.

 

Evolutis autem post transitum ejus decem annis, fratres illius per visionem a Domino commoniti sunt, ut corpus chari Patris ad monasterium reducerent. Hoc patefacto divinae voluntatis consilio, undecim ex eisdem fratribus noctu ad locum in quo sancti viri exuviae servabantur deveniunt, et sepulcrum aperientes, corpus ejus ab omni corruptione, illaesum reperiunt, excepto quod pars extrema pedis unius quam aqua abluebat, tantum colore mutato quasi tabida videbatur. Et congruo satis miraculo prima sanitatis ejus indicia claruerunt, ut videlicet tam illaesum a corruptione corpus illius inveniretur, quam liber ipse fuerat a crimine, cujus oppositione superatus videbatur ad tempus. Hac itaque devoti fratres rerum novitate, perfectius instructi, corpus honorifice sumptum rati imposuerunt, et accendentes candelas , unam ad caput, alteram collocaverunt (c) ad pedes.

 

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CAPUT VIII. Quam mirabiliter in translatione corporis ejus tempestas sedata sit.

 

Cumque deserto littore incertis se profundi viis commisissent, et summa instantia remigio insistentes sub omni celeritate cuperent remeare, continuo tanta vis pluviae et ventorum prorupit, ut vix effugium se crederent habituros. Sed mira omnipotentis Dei dispensatione et (ut credimus) sancti viri meritis actum est, ut ipsa etiam elementa, quae nobis insensibilia videntur, famulantia sui creatoris imperio, quanti viri reliquiae ibidem veherentur sentirent. Nam pelagus circumquagtie imbrifera tempestate commotum, undas in altum suspendens, nihil omnino remigantibus molestix intulit, sed in quamcunque partem navis devenit, rejectis flatibus tumentes in se fluctus depressit. Et ita omni ex parte undarum molibus, imbrium effusionibus, ventorumque flalibus non parvo dimotis spatio, quasi sepe quadam scapha cingebatur, ut ne una quidem pluviae gutta, qute hinc inde vehementer inundabat, in illam descenderet. Cerei quoque clui in beati Patris obsequium ardentes ad caput pedesque fuerant collocati, lumen primae accensionis nequaquam amiserunt, quoadusque corpus ejus ad monasterium deferretur.

 

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CAPUT IX. De abundantia potus coelitus subministrati, et ubi corpus ejus post translationem sit tumulatum.

 

Aliud adhuc restat miraculum quod in eodem sacri corporis translatione devotis fratribus Dominus patefecit. Nam cum ex nimia remigandi instantia fessi, adveniente refectionis hora ad recuperandas alimento corporeo vires; laudibus Domini praemissis consedissent, tandemque felici convivio intermisceri potus solatia commonerent, uuus ministrorum intulii nihil ibi jam potuum superesse, praeter quod in flascone parvo servabatur, unde vix unicuique quippiam ad gustandum potiusquam ad bibendum praeberi potuisset. Illi vero miraculorum Domini, quomodo paucis panibus multitudinem hominum paverit numerosam, facientes mentionem, ex eodem parvo quod habebant, cunctis qui aderant cum clraritate distribui fecerunt. Et mirum in modum ceepit in eodem vasculo ita liquoris haustus crescere, ut continua etfusione nihil minui videretur, quoadusque bibentes poculorum copia vincerentur. Ergo, pro rei novitate obstupefacti, largitori omnium bonorum Domino, qui eis tam mirabiliter sufficientiam praebuit, debitas gratiarum actiones cum laudibus persolverunt. Statimque ut iter coeptum ibdem aggressi sunt, in vasculo potus cessavit. Cumque optati littoris portum subissent, fratribus qui obviam cum Dei laudibus venerunt, quae gesta fuerant ex ordine retexerunt ; celebratoque in commune gaudio, sancti viri corpus magno sumptum cum honore ad monasterium transtulerunt, et inter aram sancti Joannis Baptistae et parietem in sarcophago posuerunt. Ubi etiam postmodtum ipsius facientibus meritis memoria digna Dominus dignatus est manifestare miracula.

 

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CAPUT X. Mutus et surdus ad sepulcrum ejus est curatus.

 

Denique quadam tempore surdus et mutus cum quibusdam de vicinis locis orationis causa monasterium adeuntibus venit. Et quia a primaeva aetate et locutionis et auditus carebat officiis, tabellas duas

 

(a) Expletis non minus quadraginta.annis regiminis sui, inquit Walafridus cap. 15 de Miraculis S. Galli ; et quidem anno septimo regni Pippini, ex Ivone infra lib. cap. 5, proinde anno Christi non 758, ut apud Hepidannum, non 760, ut apud Albertum Stadensem abbatem; sed anno 759, ut recte apud Hermannum Conlractum legitur. Certe Joannem Othmari successorem, ex monacho Augiensi, coenobio S. Galli praefuisse anno 761, immo anno 760, patet tum ex charta 44 apud Goldastum, data die Dominico, V Nonas Maias regnante Pippino, id est anno 761 ; tum ex alia charta 59, data anno octavo Pippini regis, die 15 Januarii, in gratiam Joannis abbatis, quod convenit anno 760.

 

(b) Omittit hoc loco Walafridus interitum Sidonii Constantiensis episcopi, ob direptas res monasterii S. Galli, ex cap. 18 de Miraculis S. Galli repetendum.

 

(c) Id factum anno 769 recte statuit Hermannus Contractus.

 

 

collo dependentes gestabat, quarum collisione et sonitu misericordiae opus, quod voce nequibat, precabatur. Is cum suis conviatoribus ecclesiam ingressus, dum eos singulis altaribus particulas cerae, sicuti pauperum est consuetudo, imponere conspiceret, ad viri Dei sepulcrum accedens, tabulas quas gestabat desuper posuit, seseque quasi oraturus ante illud prostravit ; et protinus alto sopore depressus, ut ipse postmodum retulit, senem quemdam facie nitidum, monachico habitu gloriosum, quasi e tumulo vidit procedere dicentem sibi : O homo, cur hic sopore deprimeris ? Cumque ad interrogata nihil penitus respondere potuisset, senior ad eum dixit : Surge, et incommodorum quibus hactenus laborasti , remedium a me tibi impetratum scias. Ergo tabulis istic dimissis confestimque monasterio decedens, donum a Deo tibi concessum in hoc loco nemini pandas. Qui cum evigilans surrexisset, sub magna festinatione monasterio digressus, inclinato jam die vesperi ad cujusdam Ratgozi potentis viri hospitium divertit. Cumque ab illo interrogaretur unde veniret, per ordinem exposuit, ubi, quando et quomodo sanitatis donum fuisset adeptus: At ille narrationi ejus non credens, teneri eum et custodiri praecepit, ipseque veritatem rei certius inquisiturus, eadem nocte ad monasterium venit, et tabulas super tumulum positas reperit. Conviatores quoque sancti cum invenisset adhnc ejusdem facti ignaros, diligenter ab illis inquiivit, si talem hominem monasterium pergentes in comitatu habuissent : et continuo ex eorum narratione vera esse quae domi audierat deprehendit. Quae res et praeseutibus citius innotuit, et ad nos usque relatione veridica pervenit.

 

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CAPUT XI. Quomodo lux in eodem loco coelitus data apparuerit.

 

Presbyter quidam ex ipsa congregatione nomine Tanco, duri in eadem Ecclesia custodis officium gereret, nocturnae quietis tempore pro reficiendis luminaribus basilicam solitus introire, tribus vicibus pene omnia reperit exstineta. Ad sancti autem viri sepulcrum perveniens, ardentem cereum juxia illud invenit, sciensque luminis illius administrari coelitus splendorem, esstinguere non praesumpsit. Ut vero discessit, lux quae per se venerat, per se etiam subtracta est. Ubi et ad majoris indicium miraculi, ignis quidam in candela solito rutilabat, cerae vero nihil per lmnc ardorem minui videhatnr. Haec idem venerabilis presbyter saepius sua relatione confirmans, omne dubitationis argumentum ab hoc facto veritatis ratione depellit.

 

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CAPUT XII. Quidam ibidem casu desperatus quam facile convaluerit.

 

Quodam etiam tempore, cum ejusdem ecclesiae tecta vetustate dilapsa necessario restaurarentur , quidam ex ipsius monasterii familia tegularum quas ad fastigia basilicae deferre debuerat, onere praegravatus, de ipsa tecti aliitudine supra viri Dei corruit sepulcrum : moxque immensum aliud lignorum pondus corruentis impulsum attactu in ipso eum casus exitio desuper operuit. Cumque astantes occurrerent, ut ei quem jam exanimem crediderunt, funeris debita persolverent, sublato lignorum pondere aliquantisper, nullos membrorum motus ostendens jacuit; ac deinde per longa suspiria halitum resumens , absque ulla laesione surrexit incolumis, et ad incoepti operis laborem rediit gaudens. In hoc ergo miraculo haud dubie sancti Patris merita claruerunt, cum et altitudo tecti unde supradictus homo ceciderat, non minus quadraginta pedum mensura a terra esset suspensa, et pondus insequens corruentem quod ad multorum hominum oppressionem sufficeret, operire praecipitem, non conterere potuisset.

 

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CAPUT XIII. Contractus sanitati restitutus.

 

Alio tempore caecus quidam adveniens, hospitio pauperum necessitatibus praeparato susceptus est ; et nocte eadem cum ecclesiam vellet adire puerulus qui ei ducatum praebere debuerat, ob nimiam frigoris asperitatem officii sui negavit juvamen. Cumque nimis doleret quod tantae solemnitati interesse non mereretur (erant quippe Dominicae diei vigiliae) , adolescens quidam ita membris omnibus contractus, ut non aliter quoquam incedere quam manibus reptando potuisset ; cum in eodem loco quiesceret , ejus dolori compassus de lecto se protraxit, et quali potuit solatio caeci vestigia rexit. Ut ergo ecclesiam intraverant, utili errore ad sepulerum Othmari venere. Putabat etenim iisdam benevolus caeci praecessor in ipso angulo aliquod ostium patere, per quod cryptam eadem loco vicinam intrare potuissent. Itaque ex improviso in sarcophagum viri Dei quia paulo altius eminebat a terra impingens, subito resiliit, et ad terram protinus concidit, totiusque ecclesiae spatia horrentibus implevit clamoribus. Caecus vero haec audiens, ductorem suum insania aestimans agitari, prout poterat aufugere studuit. Misericors autem Dominus totius boni auctor et amator, quia viderat debilem puerum ultra vires opus pietatis exhibere voluisse, beati Othmari etiam meritis id obtinentibus, benevalentiam ejus dono sanitatis remunerare dignatus est. Nam protinus in statum suum membris restitutis, caecum quem paulo ante manibus reptans ad ecclesiam traxit, firmatis jam gressibus per coetera in eodem ambitu orationis loca deduxit ; et quia aliquandiu postea in ipso monasterio mansit, ita omnibus etiam qui huic facto minas interfuerant, idipsum declaravit, ut de eo nulli deinceps licuerit dubitare.

 

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CAPUT XIV. Terra in lapidem conversa.

 

Quidam de numero scholasticorum ab eodem beati Othmari tumulo particulam cerae furtim subtraxit. Regressus autem ad hospitium cum parvipenderet quod commisit, statim manifesta Dei correctione stultitiae suae errorem confusus agnovit.Nam cum eamdem particulam de sinu proferret, in lapidis duritiam eam reperit commutatam. Cumque temeritati obstinationem junxisset, multo tempore hoc factum a cunctorum agnitione abscondit, praeter eam videlicet qui et earumdem rerum tunc erat conscius, et hoc in tempore miraculi quod retulimus relator exstat fidelissimus.

 

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CAPUT XV. Clerico cuidam manus restitutae.

 

Alio quoque tempore clericus quidam advenit, cui utriusque manus officium miserabili prorsus modo fuerat denegatum. Nam contortis in volam digitis unguibusque ad ossa usque palmarum immersis, nimiis sine intermissione cruciabatur miser doloribus, ita ut etiam quidam partes manuum putrefactae gravem longius fetorem emitterent. Is cum non longe beati viri tumulo consisteret, subito coeperunt digiti ejus singulatim ex ordine erigi, et ad naturalium concordiam actionum redire. Ipse vero qui pro concesso sanitatis dono gaudere debuerat, doloris magnitudinem clamore horribili testabatur, et eadem hora, manibus ad integrum restitutis, postmodum sanus abscessit.

 

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CAPUT XVI. Quomodo idem sepulcrum in destructione basilicae illaesum permanserit, et qualiter in altum locum reliquiae viri sancti translatae sint.

 

Quid nuper quoque circa ejusdem viri sancti sepulcrum gestum sit, quando ecclesia B. Galli reaedificandi causa destruebatur, arbitramur non esse silentio supprimendum. In eadem basilica, juxta aram beati Joannis Baptistae, arca quaedam parieti contigua non magnis lapidibus opere caementicio in quatuor lateribus constructa, superius autem tabulis, quarum grossitudo trium vel quatuor erat digitorum, in transgressum positis caementoque desuper litis cooperta videbatur, in qua sancti viri corpusculum paulo altius a pavimento a sublevatum tabula lignea A tantum supposita jacebat. Aestimantes igitur multi corpus sancti Patris sub terra positum, arcae vero constructionem ad designandum tantummodo sepulturae locum caementatam , ideo tumulum remanere intactum posse credentes, muros ecclesia machinis aggressi crebris arietum ictibus ruere compulerunt. Qui cum ex omni parte magnae altitudinis essent, magnis machinarum impulsibus pariter pene corruentes; sepulcro viri Dei superferrentur, mirum in modum nullam arcae particulam laeserunt: Quae evectis cineribus sic intacta ex omni parte reperta est, ac si nullo cadentium impetu parietum impetita fuisset. Postea vero dum quidam saxam haud grande super eam incaute jecisset, protinus quadam ex parte confracta est. Tandem itaque cognito quod in ea reliquiae sancti .Patris haberentur, cum magno eas honore inde transtulerunt, et in ecclesia beati Petri post altare posuerunt”.

 

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CAPUT XVII. Quae ostensio in eadem oratorio cuidam fratri manifestata sit.

 

Paucis deinde diebus exactis, quidam frater dum nocturnas vigilias praiveniens idem oratoriunl orandi gratia quadam nocte fuisset ingressus, totoque affectu precibus insistens ad altare direxisset intentum, nescio quam a dextris altaris in angelica; claritatis nitore vidit stare personam, sacerdotali quidam habitu praefulgentem, facie autem ad orientem versa, gestu corporis intentissimae orationis specimen exhibentem : vestimenta vero ipsa tanti fuisse nitoris asseruit, ut humanae infirmitatis reverberarent obtutus. Cumque haec diu conspiceret, et utrum propius deberet accedere anxia mentis agitatione trutinaret, persona qui apparuerat se subtrahens, eum miraculo et stupore consternatnm reliquit. Non est igitur        incredibile eumdem venerabilem virum praesentiae, suae visione declarare voluisse, digna circa translationem suam fraternae devotionis iteratam fuisse solertiam.

 

 

(a) Nota morem antiquum asservandi sanctorum reliquias. Sic monachi Liudisfarnenses corpus sancti Cuthberti e terra levatum, “novaque in theca reconditum, supra pavimentum sanctuarii posuerunt,” inquit Beda in lib IV, Hist., cap. 30. Legendus idem auctor, lib. IV, cap. 3 ubi describit locum sepulcri S. Ceaddae episcopi, “tumba lignea in modum domunculae facta coopertum, habentem foramen in pariete, per quod solent hi qui causa devotionis adveniunt, manum mittere,” etc. Eadem fere de tumulo S. Venerandi episcopi scribit Gregorius Turonensis episcopus in lib. de Gloria conf., cap. 37, ibidemque cap. 44. Tranquillus episcpus sepulcrum super terram habuisse perhibetur. In hunc fere modum hactenus visuntur monumenta S. Bernardi et S. Malachiae apud Claramvallem. Corpus S. Othmari ad dextram partem altaris fuisse collocatum, tradit Iso monachus in lib. I Miraculorum, cap. 5, quod Beda etiam de SS. Aidani et Ceaddae reliquiis affirmat in Hist. lib. III, capp. 17 et 23.

 

(b) Nempe anno, non 729, ut Hepidanno videtur, sed insequente, ut colligitur ex consecuta translationis historia. Cerle basilicae sancti Galli instaurationem anno 830 fuisse inchoatam docet Ralpertus cap. 6 ; et Iso monachus in lib. I de Mirac. S. Othmari, cap. 5 scribit hanc translationem factam fuisse “XVII Kalend. Maii, in die sancto Parasceves,” a id est anno 830, quo Pascha in XV Kalend. Maii incidebat.

 

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