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LE SACREMENT DE L'EUCHARISTIE

Résumé du Catéchisme de l'Église Catholique (*)

P. Robert MARTIN, osb

 

INTRODUCTION

Avant d'exposer les grandes vérités sur le sacrement de l'Eucharistie, il est bon de survoler les points les plus importants de l'"économie sacramentelle" en général, comme le fait le Catéchisme dans les numéros 1076 à 1209. L'économie sacramentelle c'est comme le régime de vie du temps de l'Église, durant lequel le Christ manifeste, rend présent et communique son œuvre de salut par la liturgie de son Église, 'jusqu'à ce qu'il vienne'. C'est ainsi que nous sont communiqués les fruits du mystère pascal du Christ, sa mort et sa résurrection.

D'une manière générale, dans la liturgie de l'Église, Dieu le Père est béni et adoré comme la source de toutes les bénédictions de la création et du salut, dont il nous a bénis en son Fils, pour nous donner l'Esprit de l'adoption filiale. Le Christ est assis à la droite du Père, il répand désormais l'Esprit Saint en son Corps qui est l'Église par les sacrements, institués par lui pour communiquer sa grâce. Les sacrements sont des signes sensibles, des paroles et des actions qui réalisent efficacement ce qu'ils signifient. Principalement, c'est le mystère pascal qui nous est ainsi donné. C'est un événement réel, advenu dans notre histoire; mais il est unique, car tout ce qu'a fait et souffert le Christ participe de l'éternité divine et domine ainsi tous les temps. L'événement de la Croix et de la Résurrection demeure et nous est rendu présent par les sacrements.

Pour réaliser cela, l'Esprit Saint agit dans l'Église en la préparant à rencontrer son Seigneur. Il rappelle et manifeste le Christ à la foi de l'assemblée. Il rend présent et actualise l'œuvre salvifique du Christ et fait fructifier le don de la communion dans l'Église. Ainsi par toute la liturgie nous recevons et exprimons "la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit".

Il y a dans l'Église sept sacrements: Les sacrements de l'initiation chrétienne: le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie; les sacrements de guérison: la Pénitence et l'Onction des malades; et les sacrements du service de la communion: l'Ordre et le Mariage. Ce sont les sacrements du Christ, puisqu'ils ont été institués par lui et qu'ils nous transmettent ses paroles et ses actions. Ce sont en même temps les sacrements de l'Église, confiés à elle pour qu'elle les dispense, et par là même, ce sont eux qui font l'Église, qui la forment comme communauté sacerdotale structurée par le sacerdoce baptismal et celui des ministres ordonnés. Ce sont les sacrements de la foi, car ils supposent la foi de l'Église à laquelle le fidèle est invité à adhérer et en même temps cette foi est nourrie et fortifiée par les sacrements. Enfin par eux l'Esprit Saint unit vitalement les fidèles au Christ Sauveur et fait grandir l'Église dans la charité et dans sa mission de témoignage.

(*) Numéros 1322 à 1419

 

I. L'EUCHARISTIE - SOURCE ET SOMMET DE LA VIE ECCLÉSIALE

La Sainte Eucharistie achève l’initiation chrétienne. Ceux qui ont été élevés à la dignité du sacerdoce royal par le Baptême et configurés plus profondément au Christ par la Confirmation, ceux-là, par le moyen de l’Eucharistie, participent avec toute la communauté au sacrifice même du Seigneur.

L’Eucharistie est " la source et le sommet de toute la vie chrétienne ". Les autres sacrements ainsi que tous les ministères dans l'Église sont tous liés à l’Eucharistie et ordonnés à elle. Car la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque.

Tous les sacrements signifient et réalisent une réalité spirituelle. Pour l'Eucharistie c'est d'abord la communion de vie avec Dieu. En effet elle est le lieu où Dieu sanctifie le monde par le Christ et où les hommes, dans l'Esprit Saint, rendent un culte au Christ et, par lui, au Père. D'autre part l'Eucharistie signifie et réalise l'unité du Peuple de Dieu. Et dans la célébration de la messe nous nous unissons déjà à la liturgie du ciel et nous anticipons la vie éternelle.

 

II. COMMENT EST APPELÉ CE SACREMENT

La richesse inépuisable de ce sacrement s’exprime dans les différents noms qu’on lui donne. Chacun de ces noms en évoque certains aspects. On l’appelle :

 

Eucharistie parce qu’il est 'action de grâces' à Dieu. Ce terme rappelle les bénédictions juives qui proclament – surtout pendant le repas – les œuvres de Dieu : la création, la rédemption et la sanctification.

Repas du Seigneur parce qu’il s’agit de la Cène que le Seigneur a prise avec ses disciples la veille de sa passion et de l’anticipation du repas des noces de l’Agneau dans la Jérusalem céleste comme nous le décrit le livre de l'Apocalypse.

Fraction du Pain parce que ce rite, propre au repas juif, a été utilisé par Jésus lorsqu’il bénissait et distribuait le pain en maître de table surtout lors de la dernière Cène. C’est à ce geste que les disciples le reconnaîtront après sa résurrection et c’est de cette expression que les premiers chrétiens désigneront leurs assemblées eucharistiques. Ils signifient par là que tous ceux qui mangent à l’unique pain rompu, le Christ, entrent en communion avec Lui et ne forment plus qu’un seul corps en Lui.

Assemblée eucharistique (synaxis) parce que l’Eucharistie est célébrée en l’assemblée des fidèles, expression visible de l’Église.

Mémorial de la passion et de la résurrection du Seigneur.

Saint Sacrifice, parce qu’il actualise l’unique sacrifice du Christ Sauveur et qu’il inclut l’offrande de l’Église ; il achève et dépasse tous les sacrifices de l’Ancienne Alliance.

Sainte et divine Liturgie, parce que toute la liturgie de l’Église trouve son centre et son expression la plus dense dans la célébration de ce sacrement ; c’est dans le même sens qu’on l’appelle aussi célébration des Saints Mystères. On parle également du Très Saint Sacrement parce qu’il est le sacrement des sacrements. On désigne de ce nom les espèces eucharistiques gardées dans le tabernacle.

Communion, parce que c’est par ce sacrement que nous nous unissons au Christ qui nous rend participants de son Corps et de son Sang pour former un seul corps; on l’appelle encore les choses saintes, pain des anges, pain du ciel, médicament d’immortalité, viatique...

Sainte Messe parce que la liturgie dans laquelle s’est accompli le mystère du salut, se termine par l’envoi des fidèles (' missio ') afin qu’ils accomplissent la volonté de Dieu dans leur vie quotidienne.

III. L'EUCHARISTIE DANS L'ÉCONOMIE DU SALUT

Les signes du pain et du vin

"Faîtes ceci en mémoire de moi." Fidèle à cet ordre du Seigneur, l'Église continue à offrir le pain et le vin pour qu'ils deviennent mystérieusement le Corps et le Sang du Christ. Le pain et le vin signifient d'abord la bonté de la création. Ils sont le fruit de la terre et de la vigne qui sont des dons du Créateur. Dans l'Ancienne Alliance ils sont offerts en signe de reconnaissance au Créateur. Dans le contexte de l’Exode, les pains azymes qu’Israël mange chaque année à la Pâque, commémorent la hâte du départ libérateur d’Égypte ; le souvenir de la manne du désert rappellera toujours à Israël qu’il vit du pain de la Parole de Dieu. Enfin, le pain de tous les jours est le fruit de la Terre promise, gage de la fidélité de Dieu à ses promesses. La ' coupe de bénédiction ', à la fin du repas pascal des juifs, ajoute à la joie festive du vin une dimension eschatologique, celle de l’attente messianique du rétablissement de Jérusalem. Jésus a institué son Eucharistie en donnant un sens nouveau et définitif à la bénédiction du pain et de la coupe. Dans les miracles de la multiplication des pains, il préfigure la surabondance de cet unique pain de son Eucharistie; et le signe de l’eau changée en vin à Cana annonce déjà l’Heure de la glorification de Jésus. Il manifeste l’accomplissement du repas des noces dans le Royaume du Père, où les fidèles boiront le vin nouveau devenu le Sang du Christ.

 

L'institution de l'Eucharistie

Saint Jean nous a transmis le discours de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm qui prépare ses disciples au don de ce sacrement; Il se désigne comme le pain de vie, descendu du ciel. Saint Jean encore nous décrit le geste du lavement des pieds au début du dernier repas pascal avec l'enseignement de Jésus qui donne le commandement de l'amour. Les autres évangélistes et Saint Paul nous rapportent le récit de l'institution proprement dite de l'Eucharistie par le Christ, comme mémorial de sa mort et de sa résurrection. En même temps, il ordonne à ses apôtres de le célébrer jusqu'à son retour, les établissant alors prêtres du Nouveau Testament.

En célébrant la dernière Cène avec ses apôtres au cours du repas pascal, Jésus a donné son sens définitif à la Pâque juive. En effet, le passage de Jésus à son Père par sa mort et sa résurrection, la Pâque nouvelle, est anticipée dans la Cène et célébrée dans l’Eucharistie qui accomplit la Pâque juive et anticipe la Pâque finale de l’Église dans la gloire du Royaume.

"Faites ceci en mémoire de moi"

Le commandement de Jésus de répéter ses gestes et ses paroles " jusqu’à ce qu’il vienne ", ne demande pas seulement de se souvenir de Jésus et de ce qu’il a fait. Il vise la célébration liturgique, par les apôtres et leurs successeurs, du mémorial du Christ, de sa vie, de sa mort, de sa résurrection et de son intercession auprès du Père.

Dès le commencement, l’Église a été fidèle à l’ordre du Seigneur. On le voit dans les Actes des Apôtres où les chrétiens se réunissent " pour rompre le pain ", surtout " le premier jour de la semaine ", c’est-à-dire le jour du Dimanche, le jour de la résurrection de Jésus. Depuis ces temps-là jusqu’à nos jours la célébration de l’Eucharistie s’est perpétuée, de sorte qu’aujourd’hui nous la rencontrons partout dans l’Église, avec la même structure fondamentale. Elle demeure le centre de la vie de l’Église.

Ainsi, de célébration en célébration, annonçant le mystère pascal de Jésus " jusqu’à ce qu’Il vienne ", le peuple de Dieu en pèlerinage " s’avance par la porte étroite de la Croix " vers le banquet céleste, quand tous les élus s’assiéront à la table du Royaume.

 

IV. LA CÉLÉBRATION LITURGIQUE DE L'EUCHARISTIE

La liturgie de l’Eucharistie se déroule selon une structure fondamentale qui s’est conservée à travers les siècles jusqu’à nous. Elle se déploie en deux grands moments qui forment une unité foncière :

– le rassemblement, la liturgie de la Parole, avec les lectures, l’homélie et la prière universelle ;

– la liturgie eucharistique, avec la présentation du pain et du vin, l’action de grâce consécratoire et la communion.

Liturgie de la Parole et liturgie eucharistique constituent ensemble " un seul et même acte du culte "; en effet, la table dressée pour nous dans l’Eucharistie est à la fois celle de la Parole de Dieu et celle du Corps du Seigneur.

Ainsi le Christ lui-même rassemble les fidèles, et l'évêque ou le prêtre qui préside le représente visiblement. Les lectures de l'Écriture Sainte sont commentées dans l'homélie qui exhorte à les mettre en pratique, et les intercessions confient au Seigneur les besoins de tous les hommes. On apporte alors à l'autel le pain et le vin qui seront offerts par le prêtre au nom du Christ dans le sacrifice eucharistique où ils deviendront le corps et le sang de Celui-ci. Vient alors la prière eucharistique, appelée anaphore, prière d'action de grâces et de consécration. C'est le cœur et le sommet de la célébration.

Elle commence par la préface où l’Église rend grâces au Père, par le Christ, dans l’Esprit Saint, pour toutes ses œuvres, pour la création, la rédemption et la sanctification. Toute la communauté rejoint alors cette louange incessante que l’Église céleste, les anges et tous les saints, chantent au Dieu trois fois Saint (Sanctus). Puis l’épiclèse demande au Père d’envoyer son Esprit Saint sur le pain et le vin, afin qu’ils deviennent, par sa puissance, le Corps et le Sang de Jésus-Christ, et que ceux qui prennent part à l’Eucharistie soient un seul corps et un seul esprit. Dans le récit de l’institution la force des paroles et de l’action du Christ, et la puissance de l’Esprit Saint, rendent sacramentellement présents sous les espèces du pain et du vin son Corps et son Sang, son sacrifice offert sur la croix une fois pour toutes. Dans l’anamnèse qui suit, l’Église fait mémoire de la passion, de la résurrection et du retour glorieux du Christ Jésus ; elle présente au Père l’offrande de son Fils qui nous réconcilie avec Lui. Enfin, dans les intercessions, l’Église exprime que l’Eucharistie est célébrée en communion avec toute l’Église du ciel et de la terre, des vivants et des défunts, et dans la communion avec les pasteurs de l’Église. La célébration se termine par la communion précédée de la prière du Seigneur et de la fraction du pain. Les fidèles reçoivent alors " le pain du ciel " et " la coupe du salut ", le Corps et le Sang du Christ qui s’est livré " pour la vie du monde ".

 

V. LE SACRIFICE SACRAMENTEL : ACTION DE GRÂCES, MÉMORIAL, PRÉSENCE

Considérons maintenant les trois composantes principales de l'Eucharistie:

      - action de grâce et louange au Père,
      - mémorial sacrificiel du Christ et de son Corps,
      - présence du Christ par la puissance de sa Parole et de son Esprit.

 

L'action de grâces et la louange au Père

L’Eucharistie est un sacrifice d’action de grâce au Père, une bénédiction par laquelle l’Église exprime sa reconnaissance à Dieu pour tous ses bienfaits, pour tout ce qu’il a accompli par la création, la rédemption et la sanctification. Eucharistie signifie d’abord : action de grâce.

L’Eucharistie est aussi le sacrifice de louange, par lequel l’Église chante la gloire de Dieu au nom de toute la création. Ce sacrifice de louange n’est possible qu’à travers le Christ : Il unit les fidèles à sa personne, à sa louange et à son intercession, en sorte que le sacrifice de louange au Père est offert par le Christ et avec lui pour être accepté en lui.

 

Le mémorial sacrificiel du Christ et de son Corps, l’Église

L’Eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ. Dans le sens de l’Écriture Sainte le mémorial n’est pas seulement le souvenir des événements du passé, mais la proclamation des merveilles que Dieu a accomplies pour les hommes. Dans la célébration liturgique de ces événements, ils deviennent d’une certaine façon présents et actuels. Ainsi dans l'Eucharistie, le sacrifice que le Christ a offert une fois pour toutes sur la Croix demeure toujours actuel. Le caractère sacrificiel de l’Eucharistie est manifesté dans les paroles mêmes de l’institution : " Ceci est mon Corps qui va être donné pour vous " et " Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang, qui va être versé pour vous ". Dans l’Eucharistie le Christ donne ce corps même qu’il a livré pour nous sur la croix, le sang même qu’il a " répandu pour une multitude en rémission des péchés ". L’Eucharistie est donc un sacrifice parce qu’elle représente (rend présent) le sacrifice de la croix, parce qu’elle en est le mémorial et parce qu’elle en applique le fruit . Le sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie sont un unique sacrifice : " C’est une seule et même victime, c’est le même qui offre maintenant par le ministère des prêtres, qui s’est offert lui-même alors sur la Croix. Seule la manière d’offrir diffère ": manière sanglante sur l'autel de la Croix, manière non sanglante dans ce sacrement.

L’Eucharistie est également le sacrifice de l’Église. L’Église, qui est le Corps du Christ, participe à l’offrande de son Chef. Avec Lui, elle est offerte elle-même tout entière. Elle s’unit à son intercession auprès du Père pour tous les hommes. Dans l’Eucharistie, le sacrifice du Christ devient aussi le sacrifice des membres de son Corps. La vie des fidèles, leur louange, leur souffrance, leur prière, leur travail, sont unis à ceux du Christ et à sa totale offrande, et acquièrent ainsi une valeur nouvelle. Le sacrifice du Christ présent sur l’autel donne à toutes les générations de chrétiens la possibilité d’être unis à son offrande. Toute l’Église est unie à l’offrande et à l’intercession du Christ: Le Pape, les évêques et tous les ministres, en communion avec la Vierge Marie et tous les saints du ciel, en priant aussi pour les fidèles défunts.

 

La présence du Christ par la puissance de sa Parole et de l’Esprit Saint

Le Christ mort et ressuscité est présent à son Église de multiples manières, mais au plus haut point et d'une manière unique sous les espèces eucharistiques. Le Concile de Trente l'affirme solennellement: Dans le très saint sacrement de l’Eucharistie sont " contenus vraiment, réellement et substantiellement le Corps et le Sang conjointement avec l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, et, par conséquent, le Christ tout entier ". Cette présence est dite réelle, non à titre exclusif, comme si les autres présences n’étaient pas ‘réelles’, mais par excellence parce qu’elle est substantielle, et que par elle le Christ, Dieu et homme, se rend présent tout entier ".

La conversion du pain et du vin au Corps et au Sang du Christ est appelée transsubstantiation. Elle s'opère grâce à l'efficacité de la Parole du Christ et de l'action de l'Esprit Saint. Par la consécration du pain et du vin s’opère le changement de toute la substance du pain en la substance du Corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son Sang. Le Christ est tout entier présent dans chacune des espèces et tout entier dans chacune de leurs parties, de sorte que la fraction du pain ne divise pas le Christ. La présence eucharistique du Christ commence au moment de la consécration et dure aussi longtemps que les espèces eucharistiques subsistent. Ainsi le culte d’adoration qui est dû au sacrement de l’Eucharistie s'exerce non seulement durant la messe, mais aussi en dehors de sa célébration. La sainte réserve (tabernacle) est d’abord destinée à garder dignement l’Eucharistie pour qu’elle puisse être portée aux malades et aux absents en dehors de la messe. Elle permet aussi l'adoration silencieuse du Seigneur présent mystérieusement au milieu de nous comme celui qui nous a aimés et qui s’est livré pour nous. La présence du véritable Corps du Christ et du véritable Sang du Christ dans ce sacrement, "on ne l’apprend point par les sens, dit S. Thomas, mais par la foi seule, laquelle s’appuie sur l’autorité de Dieu".

 

VI. LE BANQUET PASCAL

La messe est ainsi à la fois et inséparablement le mémorial sacrificiel dans lequel se perpétue le sacrifice de la croix, et le banquet sacré de la communion au Corps et au Sang du Seigneur. L'autel, autour duquel nous célébrons, représente les deux aspects de cet unique mystère: l'autel du sacrifice et la table du Seigneur; d'autant plus que l'autel est le symbole du Christ lui-même, présent comme victime et comme aliment céleste.

Le Seigneur nous adresse une invitation pressante à le recevoir dans le sacrement de l’Eucharistie : " En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la Chair du Fils de l’homme et ne buvez son Sang, vous n’aurez pas la vie en vous ". L’Église fait obligation aux fidèles de participer les dimanches et les jours de fête à la divine liturgie et de recevoir au moins une fois par an l’Eucharistie, préparés par le sacrement de la Réconciliation. Mais l’Église recommande vivement aux fidèles de recevoir la sainte Eucharistie les dimanches et les jours de fête, ou plus souvent encore, même tous les jours. Ils se préparent humblement et dignement en observant le jeûne prescrit.

Grâce à la présence sacramentelle du Christ sous chacune des espèces, la communion à la seule espèce du pain permet de recevoir tout le fruit de grâce de l’Eucharistie. Pour des raisons pastorales, c'est la manière habituelle de communier dans le rite latin.

 

Les fruits de la communion

Recevoir l’Eucharistie dans la communion porte comme fruit principal l’union intime au Christ Jésus. Le Seigneur dit en effet : " Qui mange ma Chair et boit mon Sang demeure en moi et moi en lui ". La communion à la Chair du Christ ressuscité, vivifiée par l’Esprit Saint, conserve, accroît et renouvelle la vie de grâce reçue au Baptême. Cette croissance de la vie chrétienne a besoin d’être nourrie par la communion eucharistique, pain de notre pèlerinage, jusqu’au moment de la mort, où il nous sera donné comme viatique.

Ensuite la communion nous sépare du péché. En effet, nous recevons le Corps du Christ 'livré pour nous', et le Sang versé pour la multitude en rémission des péchés. Ainsi l'Eucharistie, fortifiant la charité, efface les péchés véniels. En se donnant à nous, le Christ ravive notre amour et nous rend capables de rompre les attachements désordonnés aux créatures et de nous enraciner en Lui En progressant dans son amitié, il nous est difficile de rompre avec Lui par le péché mortel. Précisons que L’Eucharistie n’est pas ordonnée au pardon des péchés mortels. Ceci est propre au sacrement de la Réconciliation. Le propre de l’Eucharistie est d’être le sacrement de ceux qui sont dans la pleine communion de l’Église.

De plus la communion, en nous unissant plus étroitement au Christ, nous unit à tous les fidèles qui forment un seul corps, l'Église. l’Eucharistie fait l’Église. Elle renouvelle, fortifie, approfondit cette incorporation au Corps du Christ déjà réalisée par le Baptême. Par là nous reconnaissons le Christ dans tous nos frères, particulièrement les plus pauvres. L'Eucharistie, 'signe de l'unité', nous fait ressentir les divisions de l’Église qui rompent la participation commune à la table du Seigneur, et ainsi nos prières sont d’autant plus pressantes pour que reviennent les jours de l’unité complète de tous ceux qui croient en Lui.

 

VII. L'EUCHARISTIE - " GAGE DE LA GLOIRE À VENIR "

L'Eucharistie, mémorial de la Pâques du Seigneur, nourriture de la vie spirituelle, est enfin l'anticipation de la gloire céleste. Lors de la dernière Cène, le Seigneur a lui-même tourné le regard de ses disciples vers l’accomplissement de la Pâque dans le royaume de Dieu : " Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu’au jour où je boirai avec vous le vin nouveau dans le Royaume de mon Père ". L'Eucharistie se célèbre dans l'attente de la bienheureuse espérance et l’avènement de notre Sauveur Jésus-Christ. De cette grande espérance, celle des cieux nouveaux et de la terre nouvelle en lesquels habitera la justice, nous n’avons pas de gage plus sûr, de signe plus manifeste que l’Eucharistie, remède d'immortalité.

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Le Catéchisme résume ainsi en quelques points la doctrine du
Sacrement de l'Eucharistie:

  • Jésus dit : " Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais... Qui mange ma Chair et boit mon Sang a la vie éternelle ... il demeure en moi et moi en lui " (Jn 6, 51. 54. 56).
  • L’eucharistie est le cœur et le sommet de la vie de l’Église car en elle le Christ associe son Église et tous ses membres à son sacrifice de louange et d’action de grâces offert une fois pour toutes sur la Croix à son Père ; par ce sacrifice il répand les grâces du salut sur son Corps, qui est l’Église.
  • La célébration eucharistique comporte toujours : la proclamation de la Parole de Dieu, l’action de grâce à Dieu le Père pour tous ses bienfaits, surtout pour le don de son Fils, la consécration du pain et du vin et la participation au banquet liturgique par la réception du Corps et du Sang du Seigneur. Ces éléments constituent un seul et même acte de culte.
  • L’Eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ : c’est-à-dire de l’œuvre du salut accomplie par la vie, la mort et la résurrection du Christ, œuvre rendue présente par l’action liturgique.
  • C’est le Christ lui-même, grand prêtre éternel de la nouvelle Alliance, qui, agissant par le ministère des prêtres, offre le sacrifice eucharistique. Et c’est encore le même Christ, réellement présent sous les espèces du pain et du vin, qui est l’offrande du sacrifice eucharistique.
  • Seuls les prêtres validement ordonnés peuvent présider l’Eucharistie et consacrer le pain et le vin pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Seigneur.
  • Les signes essentiels du sacrement eucharistique sont le pain de blé et le vin du vignoble, sur lesquels est invoquée la bénédiction de l’Esprit Saint et le prêtre prononce les paroles de la consécration dites par Jésus pendant la dernière cène : " Ceci est mon corps livré pour vous ... Ceci est la coupe de mon sang ... "
  • Par la consécration s’opère la transsubstantiation du pain et du vin dans le Corps et le Sang du Christ. Sous les espèces consacrées du pain et du vin, le Christ lui-même, vivant et glorieux, est présent de manière vraie, réelle et substantielle, son Corps et son Sang, avec son âme et sa divinité (Concile de Trente).
  • En tant que sacrifice, l’Eucharistie est aussi offerte en réparation des péchés des vivants et des défunts, et pour obtenir de Dieu des bienfaits spirituels ou temporels.
  • Celui qui veut recevoir le Christ dans la Communion eucharistique doit se trouver en état de grâce. Si quelqu’un a conscience d’avoir péché mortellement, il ne doit pas accéder à l’Eucharistie sans avoir reçu préalablement l’absolution dans le sacrement de Pénitence.
  • La sainte Communion au Corps et au Sang du Christ accroît l’union du communiant avec le Seigneur, lui remet les péchés véniels et le préserve des péchés graves. Puisque les liens de charité entre le communiant et le Christ sont renforcés, la réception de ce sacrement renforce l’unité de l’Église, Corps mystique du Christ.
  • L’Église recommande vivement aux fidèles de recevoir la sainte communion quand ils participent à la célébration de l’Eucharistie ; elle leur en fait obligation au moins une fois par an.
  • Puisque le Christ lui-même est présent dans le Sacrement de l’Autel, il faut l’honorer d’un culte d’adoration. " La visite au Très Saint Sacrement est une preuve de gratitude, un signe d’amour et un devoir d’adoration envers le Christ, notre Seigneur ".
  • Le Christ ayant passé de ce monde au Père, nous donne dans l’Eucharistie le gage de la gloire auprès de Lui : la participation au Saint Sacrifice nous identifie avec son Cœur, soutient nos forces au long du pèlerinage de cette vie, nous fait souhaiter la Vie éternelle et nous unit déjà à l’Église du Ciel, à la Sainte Vierge Marie et à tous les Saints.

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